I.c bon messire Jean Guyol Nous y fit chauler Nau [Soel
Celte nuitée.
L’on vuida son lonncau.
Et la vinée
Nous manquoil moins que l’eau
Cordet apporta des chapons Poules grasses et dindons;
Quoifpi’il fût d’âge.
Il faisoit des bouillons.
Et du potage
Mieux que tous nos garçons.
Prions Marie et son cher Fils Qu’un jour, en paradis.
Il veuille mettre Tous ceux qui sont ici.
Ce divin maître.
Pour jamais avec lui!
Le curé Jean Guyot (ou Guillot) que nous avons déjà vu figurer dans un autre Noël, était nécessairement un personnage très-connu au quinzième ou seizième siècle. Ici nous
sommes h Chartres (selon quelques antiquaires , ce serait Châtres en Champagne) , à Montlhéry ; dans le Noël, rapporté précédemment, nous étions à Troyes. La popularité du bon messire Jean Guyot était étendue de rile-de-France à la Champagne, et avec son tonneau et sa vinée, il présidait sans doute aux veillées bachiques de la Noël. Cette dernière citation nous permet de couper court aux Noëls : il faudrait, pour ces Chants, la plupart insignifiants et grossiers, des commentaires semblables à celui du docteur Mathanasius sur le Chef-d'œuvre d’iin inconnu ! Nous ne dirons rien de plus des Chants [lopulaires religieux; nous devons toutefois en recommander quelques-uns, tels que les cantiques que répétaient les Flagellants dans leurs processions, et mentionner aussi d’une façon particulière ces épopées triviales et naïvement touchantes, qui, sous le nom de complaintes , nous font entendre les aventures, longuement psalmodiées, d’un habitant quelconque du paradis, ces complaintes de sainte Geneviève de Brabant, de saint Antoine, de saint Roch, etc., que chacun sait par cœur dès l’enfance, que la tradition orale perpétue sans cesse, et que nos descendants retiendront mieux peut-être que telle œuvre où la poésie a déployé toutes ses merveilles : tant est puissante et durable la popularité qui s’attache aux sentiments et aux croyances du peuple.
Après les Chants religieux, nous arrivons naturellement aux Chants domestiques, h ces simples productions do la famille , fleurs écloses à la douce chaleur du foyer, et parmi lesquelles on rencontre de véritables petits chefs d’œuvre. Cette espèce de Chant pourrait se subdiviser à elle seule en plusieurs catégories distinctes; mais le lecteur les tracera lui même à l’aide des citations que nous allons mettre sous ses yeux.
Le Chant domestique est certainement celui qui offre le plus de variété, et celui dont le bagage est le plus nombreux, les Noëls exceptés. C’est aussi celui où l’on rencontre le plus de motifs gracieux et tendres, celui qui fait le mieux résonner la corde simple, naïve et sensible. Il réunit tous les tons cependant ; on y va de l’épigramme au madrigal et de l’élégie à l’épithalame; toutes les humeurs s’y reflètent; c’est, en un mot, une véritable encyclopédie intime. L’amour en a inspiré la plus grande part; les joies et les douleurs de la famille y ont la leur; les industries diverses y ont consigné leurs peines et leurs plaisirs, et c’est en cela que le Chant domestique français est encore celui où l’on trouve le plus d’analogie avec le même Chant chez les autres peuples, car la tristesse, le bonheur, l’amour, les sentiments et les passions se ressemblent partout, h quelques détails près, tandis que les usages religieux et les faits historiques diffèrent d’une nation à l’autre et ne peuvent, par conséquent, avoir les mêmes points de ressemblance ou de rapprochement. La cérémonie des noces, par exemple, a donné naissance à bien des Chants domestiques. En Bretagne, ce sont de curieux et poétiques dialogues échangés, dans cette circonstance, entre deux personnages qui représentent le marié et la mariée. La Bourgogne en a aussi plusieurs du même genre. Voici un de ces chants peu connu, recueilli dans les traditions du Morvand. Laissons parler M. Duvivier : «Puis, on entonne la chanson des Jolées, mot par lequel on désigne les cérémonies de la nuit qui précède le jour de noce. Cette chanson est par demandes et par réponses. Après chaque couplet.
la muselle joue un air, absolument comme, dans nos calhëdrales, l'orgue, après chaque verset d’un psaume :
UN DES grands garçons , pour l'épouseur.
Ouvrez-moi la porte,
La belle, si vous m’aimez?
Ainsi que des couvertes Pour vous couvrir le dos.
LE UÊME.
UNE DES grandes filles, pour la jeune à marier.
Je n’ouvre point ma porte ,
A l’heure de minuit :
Passez par la fenêtre La plus proche de mon lit.