‹ Le Moyen Âge et la RenaissanceChapitre 42 sur 78 · XII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

XII' SIÈCLE

Liber Evang., ms. n" 9222. — Bibl. de Bourgogne, à Bruxelles.

F. S<TP direiit.

Miniatures des manuscrits. PI. N

Horace de Vieilcaalel del.

Itisson et Cottard sc.

(Bibl. de Bourgogne, à Bruxelles.]

r’. î>i*re diretif.

culées. On fil aussi usage Irès-fréquemuienl, vers celle époque, des lellres capitales placées en lêle deschapilres : on développait les orneinenls de ces initiales sur toute la hauteur de la page , afin d’y représenter, par la peinture, des sujets analogues au texte du livre. L’Évangéliaire lalin, numéro 665 du Suppléineul , en est un des plus beaux exemples. Notre bordure n” 13 offre un modèle tiré de cet Évangéliaire : l’élégance du style des Miniatures ne peut être comparée qu’à la finesse de leur exécution. On doit encore regarder comme un des plus beaux manusci its de la même époque, le Roman du Sainl-Graal , n® 6769. Tels sont les principaux exemples de l’arl de la Miniature, d’après des manuscrits datés qui peuvent servir à son histoire en France pendant le treizième siècle.

L’Allemagne n'avait pas encore subi au même degré l’ influence gothique, dans rornementaiion et la peinture de ses manuscrits. Cependant on y voit déjà apparaître les premières formes de ce genre nouveau, qui tendait alors à remplacer les traditions de l’art roman ou bysantin. Deux beaux volumes latins, exécutés en Allemagne, servent à constater ce fait : tous deux sont ornés de grandes lettres à personnages, et contiennent le texte des Décrétales de Gralien (Bibl. Nat., n”* 3884 et 3884-^). On peut encore citer, pour la belle exécution de ses lellres ornées, un autre manuscrit latin, qui porte le n“796 (Leclionnaire). Mais l’œuvre la plus remarquable, attribuée à un artiste allemand de la fin du douzième siècle ou du commencement du treizième, se trouve dans le volume coté 2287, de la Bibliothèque Nationale : c’est ime figure de saint Grégoire , dont le style tout particulier est d’un beau caractère, quoique d’un coloris plat et terne. ( PI. XV.)

L’Italie était alors à la tête de la civilisation en toutes choses. Elle avait complètement hérité de la Grèce, qui avait bien dégénéré pour l’art de la peinture. Le génie de la Grèce s’éteignit bientôt pour ne plus se rallumer.

Après avoir étudié les peintures de manuscrits exécutées en France, au treizième siècle , il est impossible de n’être pas frappé par un fait qui se reproduit habituellement ; c’est que toutes les Miniatures des livres de théologie sont évidemment d’une exécution bien plus belle et plus soignée, d’un dessin bien plus correct, que les Miniatures des romans de chevalerie, des chroniques, etc., du même temps. Doit-on en conclure que finspiralion religieuse produisait seule celte supériorité de l’art religieux, et que les idées mystiques étaient assez élevées chez les artistes pour surexciter leur talent lorsqu’ils avaient à traiter des sujets pieux? Faut-il croire plutôt que les monastères avaient seuls assez d’argent pour payer les travaux des artistes les plus renommés? On a pu remarquer, en effet, que la plupart des Miniatures que nous avons choisies, afin d’indiquer les variations de l’art d’orner les manuscrits jusqu’au treizième siècle, sont

tirées des biljles, des évangiles, des missels et des traités théologiqiies. Mais il faut bien reconnaître aussi que, jusqu’au treizième siècle, ce sont là les seuls ouvrages dans lesquels on puisse trouver des peintures de quelque mérite. N’oublions pas que les corporations monastiques absorbaient presque entièrement la richesse et le pouvoir; elles seules pouvaient donc faire exécuter et récompenser tant de chefsd’œuvre, aujourd’hui à peu près inconnus, qui font toutefois l’orgueil de nos établissements publics. Les seigneurs étaient, en ce temps-là, absents pour de lointaines expéditions, ou occupés en France par des querelles intestines qui leur laissaient peu de loisir, et peu d’argent surtout, pour encourager les lettres et les arts. Dans les abbayes et les couvents, il y avait des hommes, simplement soumis à la règle de l’ordre, qui n’avaient fait aucun vœu, et qui rachetaient leurs péchés , non par de longues et dévotes pénitences, mais en enrichissant de magnifiques peintures les livres destinés à ces communautés ; ils recevaient , en échange de leur labeur, toutes les choses nécessaires à la vie : ils pouvaient ainsi employer une partie de leur existence, s’il le fallait, à rornement d’un seul livre.

Voilà ce qui explique aussi l’absence habituelle des noms d’artistes dans les livres à Miniatures, principalement dans ceux écrits en latin. Cependant, dès le treizième siècle, lorsqu’on songea à représenter, dans les chi oniques et dans les romans de chevalerie, les combats et les scènes agitées du monde civil et militaire, il se trouva des artistes tout prêts à se livrer à ce nouveau genre de composition. Pour les époques plus récentes, on ne sait pas, néanmoins, les noms de ceux qui exécutèrent de si belles peintures historiques; mais on peut supposer, d’après la multiplicité des manuscrits, et surtout des romans et chroniques , dès le treizième siècle , que le goût des livres naquit alors parmi les seigneurs, que ceux-ci créèrent des bibliothèques particulières, et que des artistes laïques existaient déjà en grand nombre. ( On connaît le peintre Henry qui a exécuté le volume n” 7019-'* de la Bibliothèque Nat.) Mais si les noms des artistes sont restés ignorés, c’est que, en général, ils avaient toujours des fonctions plus ou moins relevées dans la maison d’un prince ou d’un grand personnage, et (]ue, à ce titre.

des pensions leur étaient assurées, qui leur perniellaienl de se livrer à tout leur amour de l’art, poui- complaire à leur maitre ou seigneur.

Nous avons acquis la preuve de ce dernier fait, en étudiant avec attention les Etats de la maison des ducs d’Orléans aux quatorzième et quinzième siècles. On y voit que le peintre de prédilection du prince Louis d’Orléans, Colard de Laon, avait le titre de son valet de chambre j un autre artiste était en même temps huissier de salle : il se nommait Pietre André. Ces artistes distingués exécutaient toute espèce d’ouvrages de leur profession : après les manuscrits, c’étaient les tableaux sur bois, les armoiries, les harnois de joute, etc. Mais les devoirs de leur charge pesaient toujours sur eux; ils n’en étaient nullement dispensés , et l’on peut constater meme que l’on ne craignait pas de les détourner de leurs occupations de peintre pour des motifs assez frivoles. Ainsi , Pietre André était envoyé en mission, tantôt de Blois à Tours, « pour quérir certaines choses pour la gésine de Madame la duchesse )); tantôt de Blois à Bomorantin, pour savoir des nouvelles de Madame d’Angoulême, «que l’on disoit estre fort malade. »

Quant aux artistes qui vivaient exclusivement de leur profession , les uns exécutaient des ouvrages plus vulgaires , des tableaux benoisl ou autres, que l’on vendait aux passants, à la porte des églises : on désignait ces peintres par le nom peu ambitieux à' enlumineur . Quelques-uns travaillaient de leur métier, sous la direction du peintre en titre d’un seigneur, et alors leur nom ne figurait que sur la cédule qui ordonnait de leur payer quelques sols parisis pour leur besotjne. De là, sans doute, l’ignorance dans laquelle on est resté à l’égard des noms de tant d’artistes éminents dont l’existence ne nous est révélée que par leurs œuvres.

L’étude des Miniatures exécutées pendant le quatorzième siècle, offre un intérêt tout particulier : les scènes de la vie intime , les usages et les croyances populaires, comme les grandes cérémonies publiques, sont représentés en regard des textes historiques ou des récits chevaleresques de cette époque. On y remarque déjà quelques portraits. Enfin la caricature , cette arme qui de tout temps a été si puissante parmi les Français, commence à se montrer avec sa finesse railleuse et caustique. Le clergé et surtout les femmes, en font ordinairement les frais. La chevalerie et les mœurs des seigneurs n’y sont pas non plus épargnées. La royauté seule semble être un peu à l’abri de ces atteintes satiriques.

En remontant aux premières années du quatorzième siècle , nous trouvons, dans un manuscrit daté de 1313 (Bibl. Nat., iF 8504, F. Lat.), des Miniatures, plus intéressantes par les scènes qu’elles retracent , que par leur exécution, laquelle laisse beaucoup à désirer. Toutefois, l’artiste a déployé tout son talent

vir

dans les six premières ; elles représentent le roi de Navarre armé chevalier par son père Philippe le Long, et diverses cérémonies qui se rapportent à cet événement. Mais on doit citer de préférence, comme d’un intérêt tout spécial , les peintures qui représentent les docteurs de l’Université , des philosophes discutant, des juges rendant la justice, diverses scènes de la vie conjugale, des chanteurs s'accompagnant sur le violon, et divers instruments d’agriculture, tels que charrue, char, etc. Comme on le voit, ces sujets de la vie privée ajoutent au mérite matéiiel du volume que nous venons de mentionner. Indépendamment de la même particularité qui recommande aussi une Viç de Saint Denis , traduite de l’espagnol et dédiée au roi Philippe (de Valois), ces manuscrits, n“ 7953-7935, nous montrent, d’uue manière bien plus positive, l’élat de l’art au commencement du quatorzième siècle, où le gothique du siècle précédent était encore dans toute sa vigueur, du moins en France. Ce (jue nous avons dit des Miniatures du Psautier de Saint Louis peut s’aj)pliquer à celles qui datent de la première moitié du quatorzième siècle. Toutefois, le style gothique perd déjà de son caractère, et tend évidemment h arrondir ses angles multipliés : les hrisures sont moins nombreuses, les enroulements de l'ornementation plus fréquents, et ils se dévelop[)ent sous des formes [dus légères et [)lus élégantes. C’est ce qu’on peut voir dans un manuscrit du fonds de La Vallière, n“ Fl, et dans une Vie de Saint Louis, n» 10309-'*, à la Bibliothèque Nationale. Mais, à partir du règne du roi Jean 11, le progrès dans les arts est notable; les teintes des Miniatures sont mieux fondues, le dessin est plus correct, les animaux sont [dus exactement re[>résentés. Plusieurs documents de cetem[)snous ont conservé le nom de Jean Costey (ou Coste), excellent peintre de manuscrits et de tableaux, sous ce règne et sous celui de Charles V. Enli e autres volumes exécutés à l’époque du roi Jean, il faut citer une Chronique universelle, n„ 0890 , destinée au dauphin Charles. Enfin, un autre volume se recommande par ses peintures satiriques ; c’est le Roman de Fauve!, u" 6812 (Planche XVI), dans lequel on remarque des charivaris populaires très-originaux.

Mais la période, pendant laquelle Charles V occupa le trône de France, est une de celles ([ui ont produit les [dus beaux monuments de peinture et de paléographie: on les reconnaît facilement, soit au portrait de ce roi, qui revient sans cesse dans les Miniatures, soit aux bandes tricolores qui entoiîrent ces peintures. Il suffit de citer quelques-uns de ces

Miniatures des manuscrits

A. Rivaud d«L

Bisson et Cottard exc.

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