‹ Le Moyen Âge et la RenaissanceChapitre 47 sur 78 · U LM · texte numérisé non relu

U LM

Joh. Zaincr, de Reutlingen lO.

Augsbourg.

Guither Zainer, de Reutlingen . ... 8. 16.

Reutlingen.

Joh. Otmar lO. 24.

Nuremberg.

Fridericus Creusner 10. 15.

Joh. Sensenchmid 31.

Bale.

Rertholdus Rodt 33.

Michael Wenszler 9. 14. 20. 33.

Spire.

Petrus Dracht 20.

Aicustett.

Georgius et Michael Reyser 18.

Lubeck.

Lucas Brandis de Schafs 11. 33.

Cologne.

Ulricus Zel de Hanau. . . 6.9.19.42.43.48.

Arnoldus Therhoernen . . 4.5.34.43.48.50.

Joh. Guldenschaff. 32.35.48.

Joh. Koelhorff de Lubeck 9. 43.

Conradus de Hoemborch . 21.

Barthol. de ünkel 9.

Henricus Quentell 40.

Alost.

Theodoricus Martini 43. 48.

Louvain.

Joh. de VVestphalia 36. 40. 48.

Conradus Bracn 7. 2. 40. 43. 52.

Joh. Veldener 32.

Bruxelles.

Fratres communis vitæ ... 5. 21 . 27. 35.

Anvers.

Theodoricus Martini Alostensis 40.

ÜTRECllT.

Nicolaus Ketelaer et Ger. de Leempt. . . 28.

Joh. Veldener 25.

Deventer.

Richardus Paffroed 23. 26. 38.

Coude.

Ger. Leeu 30. 40.

Paris.

Ulricus Gering 30.

Rome.

üdalricus Han 22.

Lupus Gallus 22.

Venise.

Vindelinus de Spira 2. 39. 51,

Nicolaus Jensen 1. 17. 53. 54.

Bornardus Pictor 51 .

Georgius Walch 37.

.lac. de Rubeis 47. 51.

Florence.

Gallus Bonus 46. 49.

Naples.

Matthias Moravus 29.

ViCENCE.

Jac. Duinensis 44. 45.

Trevise.

Bernard. Celerius de Luere. .... 41.

LE pLEA/TiRS DÜ JEU DES SUISSES ■XY^Siede DiUiiotheque Rouer; jalle LeU’’

I de riaie.e .z Le Suisse..^ Le Duc de /enise  Facc.S l'Erripereur-ô le Roi d'Espagne jj Le P^oi d Angleterre.. 6 le Duc de vVu;ierr.bçig,.., Le ’U.mte Palti;. eignem’ JeaviJacques Trivulce .ii Le Duc de Milan le More A2. Le Duc de Lorraine. i3 Le Duc de Savoie. it Le Mariais Montferra' ..l-5 Dame Marguerite

(f5H!lt€0 51 J©lî€K

’oRiGiNE des caries h jouer a toujours préfu cupé les savants , parce qu’elle se rattache, non-seulement à l’histoire des mœurs, mais encore à l’invention du papier, de la gravure et de l’imprimerie. C’est à ces diiTérenls titres, ([u’un sujet, si futile en a})parence , a mérité d’être examiné avec tant de soin et d’érudition dans un si grand nombre de dissertations et de volumes. Après toutes ce? recherches , après tous ces systèmes , qui se combattent ou se fortifient l’im l’autre, la (pieslion principale ne paraît pas mieux éclaircie. A quelle époque fixer l’invention des cartes à jouer? à qui appartient cette invention?

Il faut diviser la question pour la résoudi e ; car si l’introduction des caries à jouer en Europe ne remonte pas au delà du qual<jrzième siècle, si la découverte du jeu de piquet ou des caries actuelles n’est pas antérieure au règne de Charles VII, il est toutefois éviexistaient dans l’Inde, ou du moins en Chine, dès le douziènu'

3eauz-Arts.

CARTES A JOUER. Fol. I.

siècle, et que rantiquité avait eu des jeux analogues, c’est-h-dire résultant de la renconlre fortuite de cerlaines figures et de certains nombres représentés sur des dés ou des (ableaux. Il est évident enfin que, dans les temps modernes, le jeu d’écbecs et le jeu de caries offrent des rapports frappants qui feraient croire h l’origine commune de ces deux jeux : l’un peint et l’autre sculpté.

Hérodote raconte que les Lydiens, dans un temps de famine, inventèrent la plupart des jeux , entre autres les dés ou tessères. Sophocle, Pliilostrate, Cicéron et Pausanias font honneur de ces inventions aux Grecs, qui les auraient imaginées pour se distraire de la longueur du siège de Troie; ils désignent spécialement Palamèdes et Pyrrhus comme les inventeurs : « Palaniedem et Pyrrhum accepimus castrenses quosdam ludos invenisse, quibus, dum cessarent h graviorihus curis essentque induciæ, à militari lahore aninium familiariter relaxarent. » ( Cicero, De oralore, IL) Ces jeux militaires, ou plutôt joués dans les camps ( ) , c’étaient les échecs, suivant quelques commentateurs; c’étaient les dés ou les osselets, suivant quelques autres. Platon dit positivement, dans son dialogue intitulé Pfiœdre, que le dieu égyptien Theuth, qui avait appris aux hommes l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie, ne dédaigna pas d’inventer le jeu d’osselets {la/i ou calculi) et le jeu de dés [aléa).

Or, les dés, ainsi que les osselets, affectaient différentes formes, selon les combinaisons du jeu ; ils offraient aussi différentes figures peintes ou sculptées. Saint Cyprien, ou l’auteur anonyme du traité de Aleatoribus , accuse l’Esprit du mal d’avoir inspiré l’habile joueur <|ui fabriqua des dés portant l’image des démons. (« Eruditus... instinctu solius Zahuli... banc ergo artem ostendit, quam et colendam Sculpluris cum sua imagine fahricavit. ») Turnèhe, pour expliquer ce passage important, rappelle que l’on voyait sur les dés la représentation plastique du Chien, du Vautour, d’ilercule, de Vénus, etc. « Intaliserant aliquihus fortasse numeri, ut Senio; figuræ, puta Canem,Vulturem, Venerem, Herculem.» Martin Delrio [Disquis. magic, lib. sex) prétend aussi que les dés et les osselets portaient des figures et des noms de dieux ou de déesses. Ces noms se trouvent cités plus d’une fois dans les comédies de Plaute, et l’on pourrait établir, par de bonnes autorités, que les tessères, en devenant des plaques d’os ou de bois ornées de signes ou de peintures [tabulœ sigillalœ), devaient ressembler beaucoup aux cartes indiennes, peintes également sur des feuilles d’ivoire ou d’ écaille, carrées, rondes ou octogones.

Les caries indiennes, dont plusieurs collections possèdent des échantillons d’une date très-reculée, ne sont qu’une métamorphose ou une imitation du jeu des échecs; les principales pièces de ce jeu ont été reproduites sur ces cartes, de manière que huit joueurs, au lieu de deux, sont en présence et se disputent la victoire. Dans le jeu des échecs, il n’y a jamais eu que deux armées de pions, ayant chacune à sa tète un Roi [Schacli) , un Vizir ou général [Pherz], dont on a fait depuis une Reine, un Cavalier [Aspen-suar), un Eléphant [Pltil), dont on a fait le Fou, et un Dromadaire [Rock), dont on a fait la Tour; dans le jeu de cartes orientales , il y a huit armées, représentées i)ar autant de couleurs ou d’emblèmes, ayant chacune son Roi, son Vizir et son Eléphant, outre diver.ses

figures symboliques qui correspondenl à certains coups, à certaines rencontres des cartes numérales. La marche du jeu de cartes et celle du jeu d’échecs diflêrent sans doute, mais il est impossible de ne pas reconnaître que Tun et l’autre jeux ont une analogie frappante (Christie, Inq.inlo Uie ancient greck game, etc. Lond., 1801, in-4, fig. ), qu’ils offrent tous deux une allégorie du terrible jeu de la guerre , et que les joueurs doivent avoir la prudence et l’habileté d’un chef militaire qui livre bataille pour la défense de son souverain. Au reste, on a souvent signalé la similitude qui existe entre la guerre et le jeu d’échecs ; cette similitude se retrouve aussi dans le jeu de cartes.

Les cartes à jouer, proprement dites, avaient été inventées en Chine, ou plutôt importées de ITnde, vers 1 120 (Ab. Ré.müsat, Joiirn. asiat., septembre 1822); elles étaient dès lors en usage chez les Arabes comme dans tout l’Orient : ces Arabes, ces merveilleux joueurs d’échecs, auraient inventé les cartes, si elles ne l’eussent pas été déjà. Ce fut ’ sans doute à la suite des croisades, que les premiers jeux de cartes pénétrèrent en Europe ; mais on doit présumer qu’ils ne s’y répandirent guère, puisqu’on nelesvoitpas mentionnés parmi les jeux de hasard proscrits par les conciles et les synodes ecclésiastiques, ainsi que par les ordonnances des rois. A peine est-il permis de soupçonner que le synode deWorcester, en 1240, a voulu parler des cartes, lorsqu’il défend au clergé d’autoriser \e jeu du roi et de la reine: « Nec sustineant (clerici) ludos fieri de Rege et Regina. » (Cangiüs, Gloss, inf. lalinil.) Le savant Ducange, qui pense que ce pourrait être le jeu de cartes, eût peut-être mieux fait de voir dans ce passage une défense de «jouer au roi et à la reine. » Quoi qu’il en soit, les cartes à jouer étaient, comme les échecs, dans les mains des Arabes et des Sarrasins, quand elles passèrent en Italie avec les traditions, les arts et les usages que l’Occident allait chercher en Orient.

On ne saurait dire si quelque courageux voyageur, tel que Marco Polo ou J. de Mandeville, a rapporté de l’Inde ou de l’Arabie les cartes à jouer originales, que l’Italie, l’Espagne, rAlleniagne et la France s’empressèrent d’accueillir, en les modifiant, et, pour ainsi dire, en se les appropriant. Le Jeu d’or {Bas guldin Spiel), imprimé à Augshourg par Gunter Zeiner, en 1472 , atteste que les cartes avaient cours en Allemagne dès l’année 1300 ; mais ce n’est pas là un témoignage contemporain authentique, et l’on peut supposer que la vanité germanique, qui s’attribuait alors la découverte de l’Imprimerie, au détriment du véritable inventeur, Laurent Coster de Harlem, a voulu s’approprier aussi, sans plus de raison, l’invention des cartes, c’est-à-dire de la gravure sur bois. La plus ancienne mention qu’on ait faite des cartes à jouer, avec date certaine, se trouve dans la chronique inédite de Nicolas de Covelluzzo, qui a vécu avant 1400, et qui eut pour continuateur de sa chronique un de ses descendants, Giovanni de Juzzo de Covelluzzo, auteur d’une histoire de Yiterbe, conservée dans les archives de cette .ville (Felic. Bussi, Istor. délia cilla di Vilerbo. Roma, 1742, in-fol. , p. x et xi). Nicolas de Covelluzzo, témoin oculaire de l’introduction des cartes à jouer dans sa ville natale, a consigné ce fait au folio 28 de sa chronique ms. Anno 1379 : Fu recalo in Vilerbo el gioco delle carte, che renne de Seracinia, e chiamasi, fra loro, naïb. Voici enfin un fait, une date

LE MOYEN AGF

iiicoiiieslable : «En 1379, fut introduit à Viterbe le jeu de cartes qui vient du pays des Sarrasins, et que ceux-ci appellent ndib. » Quelles étaient ces cartes? Était-ce le jeu de cartes des Orientaux, tel qu’il s’est conservé dans l’Inde? était-ce un jeu particulier aux Arabes et dérivé du jeu indien? Le cbroniqueur ne le dit pas.

Cependant le jeu de cartes arrive de l’Arabie, de Médine, qui était la capitale de la Sarrasinie [Seracinia) \ il arrive à Viterbe, en 1379, avec son nom arabe, et il se répand si rapidement en Europe, que nous le trouvons ii Burgos en 1387 , à Paris en 1392 et 1397, à Florence en 1393, à Ulm en 1397, et à Milan vers 1400. Mais ce n’étaient déjà plus sans doute les cartes orientales, et elles avaient pris, en passant d’un lieu dans un autre , quelque chose des costumes et des mœurs du pays qui les adoptait. Elles gardèrent toutefois la racine de leur nom arabe, en Italie, où on les appela ndibi, et en Espagne, où on les nomme encore naypes. Ndib, en arabe, signifie capilaine, lieutenant ; il s’agissait donc d’un jeu militaire, comme le jeu des échecs, et nous sommes tentés de reconnaître dans ce premier jeu de cartes les tarots ou tarocs, tarocchi, tels qu’ils se sont perpétués dans le midi de l’Europe.

Il faut d’abord rapporter et mettre en présence les autorités qui font mention des cartes à jouer antérieurement an quinzième siècle.

Jean P% roi de Castille , rend une ordonnance en 1 387, par laquelle il défend de jouer aux dés, aux naypes et aux échecs. {Recopilacion de las leyes, édit, de 1640, in-foL, p. 305.) On a prétendu que ce mot naypes était une interpolation, parce qu’il ne se trouve phsdans les Ordonnances de Castille, imprimées en 1508, où le texte porte : Jugarjuego de dados ni de tablas a dinero \ mais, pour un recueil d’ordonnances et de lois, on doit toujours préférer la meilleure édition, celle qui a été faite et revue sur les originaux ou sur les copies authentiques des archives du gouvernement. C’est ainsi que l’on consultera de préférence la grande collection des Ordonnances des rois de France, au lieu de s'adresser aux éditions partielles et imparfaites qui l'ont précédée.

Dans un compte de l’argentier Poupart, conservé autrefois dans les archives de la (diambre des Comptes de Paris, on lisait, sous l’année 1392 : « Donné à Jacquemin Gringonner, peintre, pour trois jeux de cartes à or et à diverses couleurs, ornés de plusieurs devises, pour porter devant le seigneur roy pour son esbattement, 50 sols parisis.» ^P. Menestrier, Ribl. cur. et instr. Trévoux, 1714, in-12, t. IL) Il n’y a pas d’amphibologie possible : on peint des jeux de cartes en France l’an 1392. Puis, ces jeux, qui ne semblaient d’abord destinés qu’à Y ébattement de Charles VI en démence, sont bientôt si répandus parmi la bourgeoisie et même le peuple de Paris, (pie le prévôt de Paris, dans une ordonnance du 22 janvier 1397, fait défense aux gens de métier de jouer à la paume, il la boule, aux dés, aux caries et aux quilles, excepté les jours de fête. Et pourtant, vingt-huit ans auparavant, Charles V, dans sa fameuse ordonnance de 1369, qui énumère tous les jeux de hasard en usage alors, n’avait pas parlé des cartes.

Dans la chronique de Jean Morelli, écrite à Florence en 1393, quoique publiée seulement en 1718, le chroniqueur (Conseille à un jeune homme de ne pas jouer aux jeux de

hasard , tels que les dés , mais il lui permet de s’amuser à des jeux d’enfants , tels que les osselets, la toupie, les fers, les ndibi. ( « Non giuocare a zara nè ad allro giuco di dadi, fa de’ giuocclii cheusano i fanciulli, agliaciossi, alla trottola, a’ ferri, a’ naïbi. ») Ce sont bien Là les caries à jouer introduites à Viterbe en 1379, sous le nom sarrasin de ridib. Ces cartes étaient surtout réservées aux enfants, puisque Philippe-Marie Visconli, qui devint duc de Milan en 1430, aimait beaucoup ce jeu en sa jeunesse (vers 1400), et le préférait aux jeux du palet et du ballon ; « Variis ludendi modis ab adolescentia usus est... plerumque eo ludi genere, qui ex imaginibus depictis fit, in quo præcipuè delectaïus est. 3> (Decembrio, Vita Ph. Mar. Vice-comitis. Milan, 1630, cap. lxi.)

Dans le Livre rouge de la ville d’Llm, manuscrit sur vélin conservé aux archives de cette ville, une ordonnance de 1397 fait défense de jouer aux cartes. (Jansen, Ess. sur Porig. de la Grav. en bois et en taille-douce. Paris, 1808, 2 vol. in-8.) Au reste, Heinecken s’autorise d’un passage de l'ancienne chronique d’Clm, pour avancer que les cartes ont été inventées dans cette ville, qui en fabriquait et en exportait beaucoup, ainsi que plusieurs villes d’Allemagne, au Moyen Age.

Tels sont les seuls témoignages avérés, qu’on puisse invoquer pour fixer l’époque approximative de f introduction des cartes à jouer en Europe ; quant à ceux qui donneraient à cette introduction une date antérieure, et qui avaient été mis en avant par l’abbé Rive, Zani, Cicognara, Singer, Jansen, etc. , la critique est venue détruire la Aaleur qu’on leur attribuait. Ainsi, les statuts de l’ordre de la Rande, institué par Alphonse XI, roi de Castille, en 1332, ne font pas mention des cartes à jouer, quoiqu’un traducteur du seizième siècle (Guterry) ait cru devoir ajouter ce jeu à ceux que ces statuts interdisaient aux chevaliers, selon les Epistolas famitiares d’Antonio de Guevara. Ainsi, le Livre du roy Modus et de la rogne Racio, composé en 1372, ne dit absolument rien des cartes , dans les manuscrits comme dans fédilion primitive de 1486. Ainsi, le Traité italien de Sandro di Pipozzo, sur le gouvernement de la famille {Trattato del governo délia famiglia), bien que composé en 1299, ne nous est parvenu que dans une copie manuscrite du quinzième siècle, où le copiste aura sans doute ajouté les naïbi aux jeux de hasard que condamne fauteur ; ce qui est d’autant plus probable, que Pétrarque, dans son livre : De remediis utriusque fortunœ , a énuméré tous les jeux usités de son temps, sans citer les cartes. Ainsi, par une interpolation analogue, un autre copiste du quinzième siècle a introduit les cartes dans le vieux roman de Renard le Contrefait, composé vers 1 341 , en changeant ce vers de l’original :

Jouenl à geiix de dez ou de iables.

Ainsi , quand César de Nostredame rapporte, dans son Histoire de Provence, imprimée en 1631, que les Provençaux donnaient aux valets du jeu de cartes le nom de tuclnns , il n’essaye pas même d’en conclure (jue ce jeu fut contemporain de ces aventuriers qui désolaient le pays en 1361, et dont le nom devint synonyme de bandit, comme on le voit dans une ordonnance de 1387.

Il faut donc, jusqu’à présent du moins, s’arrêter à la chronique de t^ovelluzzo et à la

ii:

(laie (le 1379. pour fixer l’c^poqiie de l’apparition des cartes à jouer en Europe. Elles y arrivèrent sans doute avec un tel renom d’ancienneté, que, cent cinquante ans plus tard, Pierre Ârétin se crut autorisé à leur faire dire : « Nous avons déjà vu tant de choses et ti aversé un si grand nondire de générations, que le soleil, qui éclaire tous les peuples du monde, ne pourrait nous en remontrer, puisqu’il en sait h peine autant que nos souliers. « A pena il sole... sa quel clie sanno fmo aile scarpe nostre. » {Ragionam. nel quale si parla del Gioco.)

A partir du quinzième siècle, les cartes à jouer sont répandues par toute l’Europe : on les nomme dans chaque énumération des jeux de hasard ; on les trouve désignées dans les comptes de l’argenterie des rois et des princes; les conciles et les synodes les condamnent et les défendent, de même que les ordonnances royales et prévôtales; les prédicateurs leur font une guerre implacable; le commerce pourtant ne laisse pas de les multiplier, en perfectionnant les procédés de fabrication; dans les miniatures des manuscrits, dans les premiers essais de la gravure sur bois et sur cuivre, on voit enfin figurer le jeu de cartes; les poêles, les romanciers et les conteurs, n’ont garde de l’oublier dans leurs écrits, et quelle (pie soit d’ailleurs la fragilité des frivoles instruments de ce jeu, on en a retrouvé, on en conserve plusieurs, peints et gravés, qui appartiennent au commencement du quinzième siècle.

L’existence et la popularité des cartes à cette époque ne peuvent être mises en doute ; nous les voyons, pour ainsi dire, se nationaliser en Italie, en Espagne, en Allemagne et en France; leurs noms, leurs couleurs, leurs emblèmes, leur nombre et leur forme changent selon le pays, selon le caprice des joueurs; mais ce sont toujours des cartes à jouer, qu’on les appelle caries larols ou cartes françaises ; ce sont toujours les cartes originaires de l’Orient, venues de Sarrasinie, imitation plus ou moins fidèle de l’antique jeu des échecs.

En Italie, avant l’année 1419, le naïb de Viterbe est devenu ]e larocchino, en passant à Bologne. La maison Fibbia, une des plus anciennes et des plus illustres de cette ville, possède un portrait en pied de Francesco Fibbia, prince de Pise , mort en exil h Bologne, l’an 1419; ce prince, qui fut généralissime des troupes bolonaises, est représenté tenant à la main un jeu de cartes armoriées, dont quelques-unes sont tombées à ses pieds. Une inscription placée au bas du tableau fait connaître que François Fibbia avait obtenu, des réformateurs de Bologne, comme inventeur du taroccbino, le droit de mettre l'écusson de ses armes sur la reine de bâton, et celui des armes de sa femme, qui était une Bentivoglio, sur la reine de deniers: ce (jui prouve que les couleurs italiennes, bâtons, deniers, coupes, épées ( bastoni , denari , coppe , spade) , étaient en usage dès ce temps-là, de même que les couleurs françaises, carreau, trèfle, cœur ei pique. (Cicognara, Mem. spettanti allastor. délia C al coy raphia. Prato, 1831, in-8.)

Les caries {naibi) n’étaient donc pas un jeu d’enfants, du même ordre que le jeu de bille ou de ballon. Saint Bernardin de Sienne et saint Antoine de Florence ne les eussent pas poursuivies avec tant de rigueur, sf les enfants seuls avaient été intéressés dans la

question, ainsi que de savants critiques l’ont pensé. Le 5 mai 1423, saint Bernardin, debout sur les degrés extérieurs de Saint-Pétrone, parle à la foule assemblée pour l’entendre, fulmine contre les jeux de hasard, et exerce tant d’empire sur son auditoire, que chacun va cbercber à l’instant ses cartes, ses dés, ses écbecs, et les ayant apportés sur la place même, y met le feu de sa propi e main, en présence du chef de la république. « Coram gubernatore bujus reipublicæ natbes , taxillos, tesseras et instrumenta insuper lignea, super quæ avare irreligiosi ludi fiebant, combustos esse præcepit. » {Acla Sancl., t. V, p. 281.) L’auto-da-fé des cartes fut si terrible à Sienne, qu’un carlier, ruiné par le sermon de saint Bernardin, vint tout en larmes trouver ce saint et lui dit : « Père, jc' fabriquais des cartes et je n’avais pas d’autre métier pour vivre; en m’empêcbant de faire mon métier, tu me condamnes à mourir de faim ! — Si tu ne sais que peindre , lui répondit le saint bomme, peins cette image! » Et il lui montra un soleil rayonnant, au centre duquel brillait le monogramme du Cbrist ; 1. H. S. Le cartier suivit ce conseil, et s’enricbit bientôt h peindre cette image, que saint Bernardin adopta pour symbole. (Bernini, Ilist. di lutte leheresie. Venise, 1784, t. lY, p. 157.)

Tous les eartiers italiens eependant ne furent pas réduits à peindre des emblèmes de sainteté : à Bologne, une fresque, exécutée en 1440, représente quatre soldats jouant aux cartes, sans doute au tarocchino, inventé par Francesco Fibbia. A Florence, saint Antoine, évêque de cette ville en 1457, n’oublie pas d’anatbématiser les caries et les joueurs de cartes, dans sa Somme tbéologique , cb. xxiii : De facloribm et vendiloribus alearum et taxillorum et chartarum et ndïborum. La distinction que le saint semble faire des cartes et des naïbi donne lieu de croire que c’étaient deux jeux différents, deux espèces de jeux de cartes. Au reste, chaque ville d’Italie fabriquait des cartes, outre celles que l’Allemagne et la Hollande , grâce à l’invention de la gravure sur bois, y importaient en plus grande quantité que les images de saints. Témoin une requête adressée par les eartiers de Venise au sénat de la république : « Ce jourd’hui, 11 octobre 1441 ; comme il paraît que l’art et la fabrication des cartes et des figures imprimées qui se font à Venise, sont tombés dans une décadence totale, et cela à cause de la grande quantité de cartes à jouer et de figures peintes et imprimées qui se font hors de Venise ( le carte de zugar e figure stampide dipinte, faite fuor di Venezia)',l\ quoi on doit remédier, afin quelesdits maîtres, (jui forment une association assez nombreuse, soient utilisés de préférence aux étrangers: il soit ordonné et statué, comme lesdits maîtres nous en ont supplié , que désormais, à compter de ce jour , il ne puisse être introduit dans ce territoire aucuns travaux dudit art, imprimés et peints sur toile et sur papier, comme qui dirait cartes à jouer et quelque autre chose que ce soit dudit art, fait au pinceau ou imprimé, sous peine de saisie des objets introduits et de xxx livres 12 sols d’amende. » (Temanza, Litlere pitloriche, t. V, p. 321.) Il est important de remarquer que cette requête de 1441 parle de cartes imprimées, ainsi que de cartes peintes.

Ces cartes n’étaient que des tarocchi, ou des variétés de tarots, tarocchino, trappola, ou autre jeu analogue. On n’a pas encore retrouvé de cartes italiennes de cette époque,

tmprimées et peintes (celles qui existent dans la curieuse collection de M. Leber , tarots vénitiens gravés sur bois et peints en or, argent et couleurs, « où sont représentées les quatre grandes monarchies de l’antiquité » avec des devises latines, paraissent être de la lin du seizième siècle) ; mais on possède un jeu de cartes gravées au burin, qu’on a voulu attribuer tour à tour à Finiguerra et h Mantegna, et qui sont certainement du temps de ces artistes, qu’elles aient été fabriquées à Padoue, à Venise ou à Florence. On doit supposer que ce jeu de cartes, dont il existe une copie datée de 1485, est imité des premiers tarots italiens. Ces cartes, au nombre de cinquante, numérotées de i àxxxxx, ont 9 pouces 6 cà 8 lignes de hauteur, et 3 pouces 7 à 8 lignes de largeur; le dessin en est simple et grandiose à la fois, la gravure fine et harmonieuse, l’impression nette et pâle. Le jeu entier se divise en cinq séries, chacune de dix cartes, et chacune marquée d’une lettre de l’alphabet : E. I). C. B. A. L’abbé Zani pense que ce sont les initiales des couleurs : Espadone, Denari, Coppe, Hastoni, Alulti. Voici les noms des cartes tels que les donnent des inscriptions en dialecte vénitien.

E. Misero. i.

E. Famcio. ii.

E. Artixan. ni.

E. Merchadante. un.

E. Zintilonio. v.

E. Chavalier. vi.

E. Doxe. vu.

E. Re. vin.

E. Imperator. vini.

E. Papa. X.

D. Caliope. xi.

D. Vrania. xn.

D. Terpsicoi-e. xni.

D. Erato. xnii.

D. Polimnia. xv.

D. Talia. XVI.

D. Melponiene. xvn.

D. Evlai-pe. xvni.

D. Clio. xvnii.

D. ApoHo. XX.

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