CARTES A JOUER PLI BIS
Rosotte del. et t
Imprimé par L.Hen^
CARTES A JOUER (italiennes, XV' Siècle)
Gravées au burin et attribuées tour à-tour à Finiguerra et a Mantegna. Bihl. Nat. de Paris . Cab. des Estampes.
r. Seré èr'Tit
[Vialor pedestris) , Cosmico. xxxiii (Mundus), Ivslicia. xxxvii {Justilia), Iliaco. xxxi {Angélus), Sol. xliv {Sol). Luna.WA {Luna), Oclava sphera. xlviii {Stella), Salurno. XLVii {Senex), Venus, waw {Amor), Maîde. \l\ {Cmrus), Temperancia. xxxw {Temperanlia), Papa, x {Summus ponlifex) , Imperator. ix {Imperator), Misera, i {Stultus). N’ost-il pas permis de supposer que les earles numérales : deniers, coupes, épées et caducées (ou bâtons), qui complétaient les tarocchi de Volalerran, comme tous les tarots italiens, espagnols et allemands, encore employés aujourd’hui, manquent dans le jeu des cinquante cartes gravées, et devraient en faire nécessairement partie? On sait d'ailleurs que le nombre des cartes-tarots a varié selon les époques et selon les pays.
On ne peut mettre en doute que les tarots aient eu cours en France bien avant l’invenlion des cartes du jeu de piquet, lesquelles sont incontestablement françaises d’origine. Mais faut-il reconnaître ces dernières ou bien celles du jeu de tarots, dans le compte de l’argentier Poupart, qui biit mention (en 1392) de « trois jeux de cartes à or et à diverses couleurs, ornés de plusieurs devises?» Une tradition, sans doute erronée, qui ne remonte pas au delà de la découverte du compte de Poupart, et par conséquent à la lin du dix-septième siècle, veut qu’un de ces trois jeux de cartes soit venu jusqu’à nous. Ce sont les cartes, dites de Charles VI, qui ont passé de la bibliothèque deGaignières, où l’abbé de Longuerue avait vu le jeu complet, dans la Bibliothèque du roi, au cabinet des Estampes, où elles ^e trouvent aujourd’hui au nombre de dix-sept seulement. Ces cartes célèbres, qui ont servi de base à toutes les dissertations relatives aux cartes à jouer, doivent être considérées comme les plus anciennes qu’on possède dans toutes les collections publiques et particulières de l’Europe.
Ces cartes sont de vrais tarots : peintes avec délicatesse comme des miniatures de manuscrits, sur un fond doré rempli de points qui forment des ornements en creux, elles sont entourées d’une bordure argentée, dans laquelle un pointillage semblable figure un ruban roulé en spirale. C’est bien là sans doute celte tare, espèce de gauffrure composée de petits trous piqués et alignés en compartiments, à laquelle les tarots doivent leur nom, et dont les caries ont jusqu’à nos jours gardé en quelque sorte une empreinte, quand elles sont couvertes par derrière d’arabesques et de dessins imprimés en noir ou en couleurs. On n’a qu’à comparer les Cartes de Charles VI, peintes, dorées eV tarées ou tarotées, avec la description des tarots italiens de Volaterran, pour se convaincre que les deux jeux étaient presque identiques, quoique le premier soit ineonteslablement plus ancien que la description du second. Au reste, les Cartes de Charles VI ne portent pas de numéros ni de devises, comme celles que Gringonner avait faites pour X é battement de ce pauvre roi en démence; mais on ne peut se méprendre sur les sujets qu’elles représentent et qui se retrouvent en partie dans les tai'ols actuels.
Ces dix-sept cartes, que nous classerons dans l’ordre des tarots de Volaterran, sont : l’Écuyer {Eques), la Justice {Justitia), le Soleil {Sol), la Lune {Luna), la Mort {Mors), la Potence {Patibulum) , l’Ermite {Minimus), la Fortune {Rota Fortunœ), la Maison de Dieu ou la Tour {Propugnaculiim), l’Amour {Amor), le Char {Currus), la Tempérance
Beaux-Arts.
CARTES A JOUER, Fol. V
{Temperantio), le Pape [Summus Pontifex), l’Eiiipereur (/mpera/or ), le Fou {Stullus), la Force ou la Foi, qui pourrait être la Reine [Regina], et le Jugement dernier, dans lequel nous avons hésité à reconnaître l’Ange [Angélus). Il ne manquerait alors ici, pour compléter le jeu de Volaterran, que le Roi, le Voyageur ou Viateur pédestre, le Monde, l’Etoile, le Feu, le Diable, le Vieillard, la Papesse et l’Impératrice. Parmi ces figures, quelles étaient celles que l’abbé de Longuerue avait vues chez Gaignières, et qu’il désignait sous le titre des « quatre Monarchies qui combattaient les unes contre les autres », et qui, selon lui, auraient donné naissance aux quatre couleurs? [Longueruana.^evXm, 1754, in-12, p. 84.)
Ces cartes, hautes de 18 centimètres et larges de 9 environ, y compris la bordure, sont peintes .à la détrempe sur carton épais d’un millimètre. La composition en est ingénieuse et parfois savante, le dessin correct et plein de caractère, renbiminure éclatante et rehaussée d’oi' et d’argent. Les sujets de ces dix-sept cartes méritent d’être décrits rapidement :
Le FoUy coiffé du bonnet à oreilles d’âne et portant une sorte de collet déchiqueté ou dentelé tout autour, tient un collier à gros grains, tandis que quatre enfants ramassent des pierres pour les lui jeter; \ Écuyer, les cheveux relevés en touffe sur la nuque, vêtu d’un justaucor[)s rembourré, h manches boiilfantes, en étofle brochée d’or, et de chausses collantes en laine rouge, est appuyé d’une main sur un écu sans armoiries et lient de l’autre main une épée nue; \ Empereur, couvert d’une armure d’argent, le front ceint d’un diadème lleurdelisé, est sur un trône, avec un globe dans la main gauche et dans la droite un sceptre terminé j)ar une fleur de lis en fer de lance ; le Pape, la tiare en tête, l’Évangile et les clefs de saint Pierre en main , siège entre deux cardinaux ; V Amour est représenté par trois couples d’amants qui se parlent et qui s’embrassent, pendant que deux amours leur lancent des flèches, du haut d’un nuage: les coiffures des femmes et les costumes des hommes, dans cette peinture, sont d’autant plus remaïquables, qu’ils offrent les diverses modes de la cour de Charles VI , le hennin ou bonnet à cornes, introduit en France par Isaheau de Ravière, la coiffe d’orfèvrerie, le surcot à manches ouvertes et pendantes, la ceinture doi'ée, etc.; \a Fortune, la tête entoui’ée d’une auréole octogone, est debout sur une roue, à ti-avers laquelle on voit un paysage; la Tempérance vide une bouteille d’eau dans une bouteille de vin; la Force tient le fût d'une colonne qui se brise; la Lune, ou plutôt le croissant, est représentée au-dessus de deux astrologues, en robes longues fourrées, qui mesurent au compas les conjonctions des planètes; le Soleil éclaire une femme qui, la chevelure épai'seen signe de vii'ginité, file sa (juenouille au milieu d’une prairie; le Char, traîné par deux chevaux qui galopent, porte en triomphe un capitaine armé de toutes pièces, mais coiffé d’une loque, au lieu de casque ; Y Ermite ou le moine, vieillard h gr ande barbe, avec un froc à capuchon, élève en l’air un sablier; la Potence supporte urr joueur pendu par un seul pied, et tenant encor’e un sac d’argent ou de billes dans cha(|ue main ; la Mort, montée sur un cheval gris au poil hérissé, renverse sous sa faux rois, jrapes, évêques et autres grands de la terre.
comme dans les images de la Danse Macabre; la Maison de Dieu semble à demi dévorée par les flammes ; enfin le Jugement dernier nous montre les morts ressuscitant et sortant du sépulcre aux sons des trompettes de l’Éternité.
Les Cartes de Charles YI faisaient donc partie de l’ancien jeu de tarots, puisque nous les reconnaissons encore dans les tarots actuels, qui comprennent, outre les seize figures de notre jeu de piquet, avec les emblèmes : épées, coupes, deniers, bâtons, quarante cartes numérales portant ces emblèmes , au lieu des couleurs : pique, cœur, trèfle, carreau, et vingt-deux cartes numérotées, dites [à tutti), représentant ; i. le Bateleur, ii. Junon, III. l’Impératrice, iv. rEinpereur, v. Jupiter, vi. rAmoureux, vu. le Chariot, viii. la Justice, IX. l’Ermite, x. la Roue de Fortune, xi. la Force, xii. le Pendu, xiii. la Mort, XIV. la Tempérance, xv. le Diable, xvi. la Maison de Dieu, xvii. les Étoiles, xviii. la Lune, XIX. le Soleil, xx. le Jugement, xxi. la Fin du monde, et xxii. le Fou, lequel ne porte pas toujours son numéro d’ordre. Ainsi, l’on ne doit pas chercher dans les Cartes de Charles \T l’origine de nos cartes françaises, de ces cartes à devises que Jacquemin Gringonner peignait pour le roi en 1393, de ces cartes également allégoriques, mais moins bizarres et plus chevaleresques, qui ne tardèrent pas h renqdacer les tarots italiens en France.
Les tarots, c’est-à-dire les atouts (à tutti) de ce jeu, offrant une représentation philosophique de la vie au point de vue chrétien, ne plurent pas sans doute à la cour de Charles VI et de son successeur, cour frivole et corrompue, où, malgré le tumulte des émeutes et les cruels déchirements des discordes civiles, l’on ne s’occupait que de plaisir, de fêtes, de mascarades et de tournois, sous l’influence de la chevalerie galante et voluptueuse. Dans cette cour brillante et raffinée, qui cherchait à s’étourdir sur la gravité des événements politiques, et qui croyait étouffer, par le bruit joyeux des instruments, des danses et des chansons, les cris féroces de la populace des halles, on se souciait peu assurément de jouer avec des cartes parmi lesquelles on voyait passer le Soleil et la Parque, le Pendu, le Diable, la Mort, la Mort surtout ! la Maison de Dieu , le Jugement dernier ; c’était bien assez de rencontrer ces allégories lugubres sur les vitraux peints et dans les sculptures des églises, dans les miniatures des livres d’heures, dans les sermons des prédicateurs, dans les écrits des poètes moraux et des écrivains religieux, sans avoir encore sous les yeux les mêmes enseignements figurés, les mêmes images sinistres et menaçantes, au milieu d’un jeu inventé pour distraire et récréer l’esprit. Nous pensons que si les tarots servirent de passe-temps au pauvre roi Charles pendant ses tristes années de folie sombre et furieuse, ils n’eurent jamais beaucoup de vogue à l’hôtel Barbette, dans les orgies de la reine Isabeau de Bavière; au château de Vincestre (Bicêlre), dans les réunions littéraires du duc de Berry; à l’hôtel du Petit-Musc, dans les joutes et pas d’armes du duc de Bourbon; au séjour d'Orléans, et dans les hôtels des autres princes et de leurs favoris, qui ne songeaient qu’à s'ébattre et à folâtrer, tandis que la guerre, la famine et la peste s’emparaient du royaume.
En revanche , les tarots ne manquèrent pas de frapper vivement l’imagination naïve
et mélancolique des bonnes gens de Paris : pour eux, tout préparés h l’allégorie mystique et religieuse, ce fut le jeu de la Vie ou de la Mort; l’idée morale de l’inventeur se trouva tout à coup comprise , expliquée et commenlée. Ce jeu représentait l’Homme dans les différents élats que la naissance lui donne et dans les conditions diverses on la nature le place : ici , le Fou et V Amoureux ; là, le Pape et Y Empereur. L’Homme, quel que fût son rang social, devait fuir le Diable, écouter la religion {{' Ermite) et s’attacher aux vertus : la Eorce, la Justice el la Tempérance, en poursuivant la Forfunc, car, un jour ou l’autre, la Mort viendrait, la Mort qui saisit le vif mr une potence (le Pendu) comme sur un Char de triomphe , la Mort qui amène le Jugement des âmes et qui ouvre aux justes la Maison de Dieu. Ce fut peut-être là l’origine de la fameuse Danse Macabre, cette terrible et philosophique moralité qui était d’abord un poème, une allégorie en prose ou en vers, et qui devint bientôt un spectacle i)ieux , une représentation scénique, accompagnée de musique et de danse, avant de fournir des images et des emblèmes h tous les arts plastiques. Selon Fabricius {Bibl. lat. med. et inf. lalinitatis. Hamb., 1736,6 vol. in-S", t. v, p. 2), la première Danse des Morts, que la peinture se chargea de reproduire, fut exécutée à Minden en Wetsphalie, l’an 1383 : elle était donc contemporaine des premières cartes à jouer ou tarots. Selon le Journal d’un Bourgeois de Paris , sous le règne de Charles VI, la Danse Macabre fut jouée ou peinte au cimetière des Innocents h Paris en 1424. Depuis celte époque, par toute l’Europe, chaque cimetière, chaque église, chaque couvent voulut avoir sa Danse des Morts en peinture, en sculpture, en tapisserie. Ce sujet, funèbre et burlesque à la fois, avec lequel s’étaient familiarisés les yeux et les esprits de la foule, épouvantait les grands et les riches, consolait et divertissait les pauvres : les artistes en tout genre ne cessaient donc de le reproduire sous toutes les formes et à tout propos; on le retrouvait jusque dans la ciselure des bijoux de femme ; on le retrouvait bien dans le jen de cartes? Les cartes à jouer et les Danses des Morts furent certainement mêlées à l’invention de la xilographie.
Il nous reste les débris de deux anciens jeux de cartes gravées en bois; ce ne sont plus des tarots sarrasins ou italiens, mais des cartes françaises, essentiellement françaises, qui appartiennent au règne de Charles VH, et qui, par conséquent, pourraient bien être du même temps que le Saint Christophe de 1423. Ces deux débris, ou plancbes de cartes, ont été découverts, comme la plupart des cartes anciennes, dans des reliures de livres. La première de ces planches se conserve dans la collection de M. d’Henneville ; la seconde, dans le cabinet des Estampes, à la Bibliothèque du roi. La planche de M. d'IIenneville contient dix-huit cartes à figures, six entières et douze tronquées, sans noms et sans devises : le roi, la reine et le valet de cœur, le roi , la reine et le valet de croissant sont intacts; mais on n’a que les bustes des figures du trèfle et du pique; ainsi que la partie inférieure de six autres figures qui ne correspondent pas à ces dernières, et qui portaient sans doute d’autres couleurs. 11 y a dans ce jeu, d invention française, quelques traces de son origine sarrasine, qui nous reportent toujours aux naib de Viterhe. Ainsi, le cî'oissant des musulmans remplace le carreau ; le trèfle est liguré h la façon arabe ou mo-
resqiie, c’est-à-dire quadrilatère, h quatre paus égaux; le roi de cœur est un roi sauvage couvert de poil, à l’instar d’un singe, appuyé sur un bâton noueux, qui rappelle les basloni des tarots ; la reine de cœur est également couverte de poil , une torche à la main ; le valet de trèfle, qui mériterait d’escorter le roi et la dame de cœur, est aussi velu qu’eux et porte un bâton noueux sur l’épaule; on voit, en outre, les jambes d'un autre personnage velu, parmi celles que le couteau du relieur a séparées de leurs corps respet tifs. Cependant on ne peut douter que ce jeu ait été imaginé ou du moins fabriqué en France. Non-seulement le valet de croissant offre le nom du cartier, F. Clerc, dans une banderole qu’il déroule, mais encore les costumes des personnages sont tout à fait identiques avec ceux des seigneurs, des dames et des domestiques ou varlets de la cour de Charles VII, et leurs couronnes sont ornées de fleurs de lis.
La reine de croissant est habillée, par exemple, comme l’étaient Marie d’Anjou, femme de Charles VII, et Gérarde Gassinel, sa maîtresse, dans les portraits authentiques (jue nous avons d’elles : sa coiffure consiste en une pièce d’étoffe fixée dans les cheveux sous un diadème et flottante autour du cou; la robe de dessous, lacée sur la poitrine, tombe jusqu’aux pieds, tandis que la robe de dessus, ouverte au corsage et garnie de fourrures, est relevée h la hauteur du genou et traîne en queue sur les talons : c’était la mode de relever ainsi, de rebrasser sa robe par devant. La chevelure tombante, les manches justes, la ceinture d’orfèvrerie, caractérisent également les portraits indiqués et les figures des reines du jeu de cartes. Quant aux figures de rois, le roi sauvage excepté, on les reconnaîtrait de même dans les portraits de Charles VII et des seigneurs de sa cour; il y a le chapeau de velours surmonté de la couronne fleurdelisée, la robe entr’ouverte par devant et fourrée d’hermiue ou de menu-vair , le pourpoint serré et les chausses collantes sous cette houppelande. Enfin les valets ressemldent à des pages, à des sergents d’armes de ce temps-là : le valet de cœur , qui marche, le poing sur la hanche, une torche à la main, est surtout l emaï quable par sa toque à plumai l , par sa casaque longue, par son air solennel ; le valet de croissant, vêtu de court, au contraire, porte lestement son pourpoint et ses grègues. Du reste, pas d’armoiries, pas de couleurs mi-parties, pas de broderies sur les vêtements, comme c'était l’usage autorisé par les lois somptuaires, sous les règnes de Charles VI et de Charles VIL
Faut-il, daus les figures de ce singulier jeu de cartes, chercher des personnages réels, des allusions historiques? Faut-il donner un sens à ce croissant, qui doit plus tard se changer en carreau? Faut-il se rendre compte de l’invasion de ce roi et de cette reine sauvages, de ces valets velus, parmi les rois, les reines et les valets vêtus à la mode du temps de Charles Vil? N’est-ce pas une mascarade de cour? N’est-ce point un souvenir du terrible ballet des Ardents?
Le 29 janvier 1392, il y eut bal et gala à l'botel de la reine Blanche à Paris, en l'honneur du mariage d’un chevalier de Vermandois avec une des damoiselles de la reine. Le roi Charles VI venait à peine d'être guéii de sa frénésie. Un de ses favoris, Hugonin de Janzay, inventa un divertissement, auquel devaient prendre part le roi et cinq gentils-
vir
hommes : c’était une womfrie «d’hommes sauvages, enchaisnez, toutveluz, etestoient leiii s habillements propices au corps, veluz, faitz de lin ou d’estoupes attachez à poix résine et engraissez aulcunement pour mieux reluire. » (Juvénal des Ursins.) Froissart, témoin oculaire de cette fête, dit que les six acteurs du ballet, Charles YI, Hugonin de .lanzay, le comte de Jouy, Charles de Poitiers, le bâtard deFoixet le jeune Nantouillet, furent cousus dans des cottes de toile sursemées de poix et « couvertes de délié lin, en forme et couleur de cheveux. » Ils entrèrent dans la salle de danse, en poussant des hurlements et en agitant leurs chaînes. On ne savait pas quels étaient ces masques. Le duc d’Orléans, frère du roi, voulut le découvrir, et « il approcha la torche que l’un de ses varlets tenoit devant lui, si près de lui, que la chaleur du feu entra au lin. » Le roi , ])ar bonheur, s’était séparé de ses compagnons et ne fut pas atteint par les flammes, (^eux-ci furent bridés, h l’exception d’un seul qui alla se jeter dans une cuve pleine d'eau , et « le bâtard de Foix qui , tout ardoit, crioit à hauts cris : Sauvez le roi ! » Chai lesYl, échappé au péril, retomba dans sa démence.
(’e ballet des Ardents avait laissé une profonde impression dans tous les esprits, tellement que, soixante-dix ans après, un graveur allemand, le Maîlre de 1466, choisissait ce sujet pour le re})résenter en estampe. N’est-il pas possible qu’un graveur de cartes ait imaginé d’introduire le même sujet dans un jeu qui se modifiait alors au caprice de l’artiste? Le fait historique était sans doute déjà plus on moins altéré par les haines et les passions des contemporains. Ainsi, on avait accusé la reine Isabeau de Bavière de s’être associée à l’infernale invention de cette mascarade, pour se débarrasser du roi; ainsi, on avait accusé le duc d’Orléans d’avoir exprès mis le feu aux vêtements de ces hommes sauvages, entre lesquels il savait que le roi jouait un rôle. Voilà comment l’auteur du jeu de cartes, adojitant la première de ces accusations, a pu faire figurer la reine de cœur en costume de femme sauvage, une torche à la main. Ce système d’interprétation donnerait lieu à de longs développements. Il suffit de rappeler ici l’expression de momon (mascarade) qui s’est conservée dans le jeu de lansquenet, et qui paraît se rapporter à d'anciennes cartes commémoratives du momon on ballet des Ardents.
Le second jeu de cartes, (pie l’on doit faire remonter à la même époque, a beaucoup pins de similitude avec nos cartes actuelles, par le caractère et le costume des figures, sinon par les noms on les devises des personnages. Ce sont dix cartes gravées en bois et color iées an patron sur une seule feuille : roi, reine et valet de trèfle, roi et reine de carreau, roi, reine et valet de pique, roi et reine de cœur. Voici les inscriptions que portent ces figures, dans l’ordre où elles sont placées sur deux rangs, en commençant par le haut, à gauche : valet de trèfle, Rolan; roi de trèfle, Sant Soci; reine de trèfle. Tromperie; roi de carreau, Coursube; reine de carreau, En toy te fie; valet pique, Emrde ou [n] e tarde ; reine de pique, Leauté doit ou ie aute due; roi de pique, Apollin; reine de cœur, la foy et perdu; roi de cœur, légende coupée. Ce sont bien là, moins les noms, les figures de notre jeu de piquet, les rois portant des sceptres, les reines tenant des fleurs; on reconnaît encore dans nos caries, après plus de quatre siècles, la physio-
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■ t sjrjet poiu ! • nî|*iv^enl«r ' ‘Sud* pas »n ^'.ravenr do cartes
ail itnau». ' 'Vditif ,!uire I' UKine stijei '1.411.*. un leu qui se rnitHiiipit ù. 'i-.au capruai de >• ..riU'î '? îa‘ bo hr»tiH-^ue était >'>n? rli-uto déjii ;>lns.ou nvMn-ittllée*' par K-n liainds^et les pSÆfS* i • « ui' fioiwirainR. Ainsi, r.n a-,aita( « iisél» re^ne-ltubuau df* rt> de seire
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(b* sifniliindé avec îan> cartes .leluelle-* b- * jfj • innie des ligules, sinon parles rifuits un !<•?; (irvt .ns dv> |>er.s<u Ees=>in Ih 'n es gi-ri-.éi'Sje^à'tbois et- colo-
rer.. ;in iiaiTOi' stii ii:î Si-ule feiiiHç : lui reine et v^W 4e iVr/ie, roi et PBÎné de •''flerroK . mi< reine et .valet de ^ ml et rcu' • .le r*fin . 'X '«i )'"s msiTYptiorbi qiœ poiieni ow» qiires., dans l’ordre un i lies sont phu tV*H -ur «I'-un i*atigs, u cominêh<;aut par le liant, .rgantî"- : v:d'*t de <rè/lc. RoljlS: roi a- •ra/h' S^st SiX'.»; tviuu de Irtf’/le* Tkovii*i:bîE; ciH, (\x' rurrcuu, Cotn-iiBr ; r« ait! de r.<trn-r,i , En lov rt iih‘, s^ak*! deip/f^ne, Euhuk ' k |.vj U i.-.rdu? -, tcrtv'di:' Erâmi ihui ou p. u'TE ncL'pmide AvvîMn: mu
•fe ^fru) .j.h ff>r i;t î*£?i>i : t u lie cœur, K’geiuie cVuqx'é. s<mi bien là^ uKur s ;■ \j i'Ç' ifts ikrur^ d-' notiu jf.u de .pique’. l-'S r-/ia ponaui des sceptres, les fcilK-.s «* srs recoirmi» enctiee dan«» nos'î .iru'ii. après plus vie quatre s» . “c.U’^* b- •*-