I. — La Légende
Augustin Thierry disait : « Le protestantisme et l'histoire sont absolument incompatibles. Le système protestant a été obligé de construire à son usage une histoire fictive ; je m'étonne qu'on se maintienne sur un pareil terrain. »
On peut en dire autant de la légende révolutionnaire.
Pour se faire accepter de ses contemporains, la Révolution a dû les opprimer et les vaincre par la terreur. Pour tromper les générations suivantes, il lui a fallu construire aussi, à son usage, une histoire fictive. Des torrents de sang au début, des torrents de mensonges ensuite, voilà la raison de son succès d'abord, puis l'explication de la duperie séculaire dont tant d'honnêtes gens sont encore victimes.
L'immense majorité des Français, plus des dix-neuf vingtièmes, étaient opposés à la Révolution. Gomment a-t-elle réussi, et pourquoi?
Le spirituel Alphonse Karr en a donné une raison générale en indiquant la recette pour faire une révolution.
« Prenez, dit-il, trois hommes convaincus, cinquante ambitieux, cinq cents gredins et dix mille badauds. » Si vous savez mélanger, secundum artem, et employer les éléments de cette association, et si elle ne trouve pas, devant elle, un pouvoir énergique et fort, elle réussira à courber sous des lois plus tyranniques que celles dont elle se plaint, vingt-cinq millions d'hommes.
C'est ce qui est arrivé de 1789 à 1799.
Tous les ingrédients requis se sont rencontrés alors.
L'utopiste Mably, dont Tidéal politique était Lacédémone; le sophiste Rousseau, inventeur du do. me de la souveraineté populaire, c'est-à-dire de la force l)rutale du nombre, et le fanatique Camille Desmoulins, sunt trois convaincus qui symbolisent les idées mères de la Révolution : république et irréligion.
Les ambitieux ne manquaient pas, les gredins et les badauds moins encore.
On cherche à rejeter sur Louis XVI la responsabilité de la Révolution.
C'est pure hypocrisie.
Ses ennemis étaient décidés à le renverser cl à lui ôter la vie. Ce qu'ils voulaient, c'était une guerre à mort à la monarchie et à l'Eglise. L'habileté et la perversité triomphèrent de la faiblesse du mieux intentionné dos rois par les moyens les plus criminels.
Mignct, le plus calme et le plus modéré des auteurs favorables à la Révolution, tout en la croyant fatale, dit cependant : « Il serait téméraire d'affirmer que la face des choses n'eût pas pu devenir différente; ce qu'il y a de certain, c'est que la Révolution, avec les causes qui l'ont amenée, les passions qu'elle a employées et soulevées, devait avoir cette marche et cette issue. »
Sans doute, en employant et en soulevant des passions
criminelleSy elle devait aboutir à la profusion de crimes qu'on va voir. Mais c'est précisément ce que nous lui reprochons. Ses meneurs ont méprisé la volonté nationale, au lieu de la consulter loyalement; ils ont terrorisé la France, et, pour cela, ont ouvert les prisons et les bagnes, fait appel aux égorgeurs ; ils ont pillé, misa feu et à sang, anéanti l'instruction, amené la banqueroute, la misère, la guerre civile et l'invasion; tout cela sans nous valoir une seule liberté de plus que celles proclamées dans la Déclaration royale du 23 juin 1789.
Voilà le fait capital, indéniable, qui ressort de rhistoire.