II. — La Franc-Maçonnerie
Encore une fois, comment donc la Révolution réussitelle?
En dehors des raisons générales, il y en a une spéciale. C'est grâce à un agent nouveau trop peu connu. Pour la première fois, ce formidable agent de destruction entre hardiment en scène dans l'histoire : c'est la franc-maçonnerie, que Félix Pyat a appelée V Eglise de la RévolutioUy et dont Léo Taxil a dévoilé les secrets et les vues.
Les membres de cette institution souterraine s'appellent maçons et, loin de bâtir, ils ne savent que démolir. Pendant dix ans, de 1789 à 1799, ils n'ont fait que cela, sous prétexte de liberté et de progrès, jusqu'à ce que Bonaparte profitât de la lassitude et du dégoût de la nation pour se présenter comme un sauveur et s'emparer du pouvoir.
Les maçons se disent francs, et la dissimulation est leur première condition d'existence. Leur association est, avant tout, une société secrète. Le voile sur leur but réel ne commence à se soulever, pour quelques-uns^ qu'à partir d'un degré élevé de la hiérarchie, et jamais pour
la masse des enrôlés. Les initiés se serviront de ceux-ci comme d'une troupe, dans toute œuvre de destruction sociale et surtout religieuse. Nous possédons un manuscrit authentique de la loge des Sublimes Elus de la Vérité, Orient de Rennes, qui dévoile ces vues.
Au premier pas, Vapprenti prononce un serment par lequel il s'engage, sous peine de mort, à obéir à des chefs mystérieux pour un but inconnu. Et c'est au moment où, abdiquant sa liberté, il s'oblige à obéir en aveugle, que les frères le félicitent de recevoir la lumière et d'arriver à la liberté.
Voilà l'armée de la Révolution qui va marcher à l'assaut de l'ancienne société française.
Des ambitieux et des violents en forment l'état-major. Voici lés noms des principaux chefs qui ont mis habilement en branle les Psoldats inconscients de la Révolution.
Les F.-. F.-. Camille Desmoulins, Péthion, Brissot, Bailly, Rabaud-Saint-Etienne, Danton, Marie-Joseph Ghénier, etc., faisaient partie de la Loge des Neuf Sœurs; Lameth, Lafayette, Gustine, Guillotin, etc., de celle de la Candeur.
Les F.-. F.*. Sieyès, Barnave, Condorcet, Mirabeau, Talleyrand, Grégoire, Tallien, Regnaud Saint-Jean d'Angély, les infâmes Collot d'Herbois, Fouquier-Tinville, Fouché, Santerre, Gouthon, Saint-Just, Garrier, Marat, Robespierre, Billaud-Varennes, étaient membres influents des Loges de la Bouche de fer, du Contrat social et des Amis réunis.
C'est dans cette dernière Loge que Dupont écrivit le plan d'attaque à suivre pour renverser la royauté (*).
(l) Babqukl, Mémoires du jacobinisme, iv-cii. Deschamps, Société* secrètet, III, 540-563.
Ainsi, quoi que fît le Roi, il était, d'avance, systématiquement voué à la mort par la Franc-Maçonnerie, qui allait, elle-même, racoler la lie du peuple pour l'aider dans son œuvre de destruction et de mort.
Voilà donc ceux qui allaient devenir les maîtres des destinées de la France, comme, plus tard, les F.-. F.*. Orémieux, Caussidière, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Marrast, Félix Fyat, Proudhon, etc., le seront sous la seconde République; comme les F.*. F.*. Jules Ferry, Pelletan, Gliallemel-Lacour, Gambetta, Arago, Garnier- Pagès, Glais-Bizoin, Rochefort, Jules Favre, Lockroy, Tirard, Tolain, Brisson, Lanessan, Constans, Jules Roche et tant d'autres le furent ou le sont sous la troisième O.
On le voit, la Franc-Maçonnerie est le vestibule du pouvoir auquel visent les intrigants et les ambitieux, au prix de la paix et du bonheur de leur patrie.
Louis XVI semble, par sa foi sincère et ses instincts généreux, destiné à réparer le passé et à réformer tous les abus. « Il est, pour son peuple, le père de famille, il l'aime, il souffre de ses maux; il distribue lui-môme des secours aux victimes de la disette, il achète, cher, de la farine pour la revendre bon marché au peuple affamé; il supprime maints abus, affranchit les derniers serfs, rend l'état civil aux protestants et aux juifs, abolit la torture. Il veut rendre au peuple les libertés qui lui ont été ravies depuis la monarchie chrétienne du Moyen Age. C'est dans ce but qu'il convoque les Etats généraux. De lui-même il double le chiffre des députés du Tiers, pour le rendre égal à celui de la noblesse et du clergé réunis. »
Quels plus sûrs garants de ses intentions loyales et généreuses?
(1) La Franc- Maçonnerie sous la troisième république^ par Leroux. LE MOYEN AGE. 20
Depuis 178fi.il élaborait les réformes df^mandées ensuite par Ics.Cqhiers de 1789 pour les restituer à la Nation.
Lc^TnçAeurs de la Révolution ne voulurent pas lui en laisser le temps ni le mérite.
Le baron de Haugwitz, homme d'Etat prussien, favorable à la France, et qui avait vieilli dans les Loges, a écrit dans, ses Mémoires rédigés en français: « J'ai acquis la ferme conviction que le drame commencé en 1788- 1789, que la Révolution française, que le régicide avec toutes ses horreurs, non seulement avaient été résolus dans les loges des illuminés, mais qu'ils ont été le reV sultat des serments maron niques. »
Quand on parle d'événements inévitables en euxmêmes, et de justice populaire à propos de la Révolution, on ignore donc le fond de la question, uu on trompe syi?tématiquement les badauds.
Deux témoins auriculaires français confirment le dire du baron de Haugwitz.
Dans la, grande assemblée des francs-maçons réunie à Francfort en 1786, la mort de Louis XVI avait été décidée en même temps que celle de Gustave III, roi de Suède, dévoué à la France, et de Tempereur Joseph IL Le fait a été révélé par deux francs-maçons convoqués à cette assemblée; de Raymond, insj>ecteur «les postes, et de Rouligney, ;président au Parlement.
Joseph II mourut de tristesse en 1790, en voyant les progrès de la Révolution qui UKMiaçait si cruellement sa sœur Marie-Antoinette.
Gustave III se disposait à venir au secours de la Franc(t] et de son rqi^ lorsqu'il lui (ué (Tun coup de pistolet dans un bal masqué, le 1.*) mars I79i\ par le sectaire Ankarstrœm, expé(hé de Paris tout (.wprès.
La Franc-Maçonnerie avait laissé vivre Louis. XVI
pour se servir de son nom apposé au bas des déci'ets qu'elle dictait, et les faire accepter des Français, dont plus des dix-neuf vingtièmes, de l'aveu des Jacobins, étaient restés fidèles à la royauté. C'est tellement vrai que la nation fut révoltée de la captivité de la famille royale au Temple, et c'est pour éviter qu'on ne la délivrât que Danton recourut à la terreur.
Donc, en 1789, le peuple français, sur l'invitation royale, avait manifesté, par sept millions de suffrages» sa volonté de maintenir la royauté, tout en demandant des réformes. C'était là la volonté nationale clairement manifestée par le vote le plus libre qui fut jamais.
Ce n'était pas le compte des encyclopédistes et de la Franc-Maçonnerie, ce laboratoire de la Révolution, comme l'appelle Henri Martin. Ce composé d'ambitieux et de sceptiques s'inquiétait peu de liberté. Ce qu'ils voulaient, c'était la chute de la royauté, la mort de Louis XVI et l'anéantissement de l'Eglise, comme aujourd'hui. Il leur fallait, à tout prix, révolutionner la France pour mettre la main sur le pouvoir et la façonner, malgré elle, à leurs idées.
Dès le début de l'assemblée des Etats généraux, le plan de la Révolution se dessine. Malouet rappelle, dans ses Mémoires, que la majorité était avec lui, le 16 juin, pour repousser la proposition révolutionnaire de substituer, aux Etats généraux, voulus par la Nation, et représentants légitimes de la France, liés par leurs Cahiers, une Assemblée Constituante, s'arrogeant, elle-même, un pouvoir illégal et illimité. Plusieurs Etats provinciaux protestèrent contre cette violation de la volonté nationale.
Quand on vit, dit Malouet, cette majorité , fidèle à son mandat, se lever pour protester contre cet attentat de lèse^nation, les menaces de mort commencèrent à rc-
tentir dans les tribunes, remplies d'une populace avinée. Lui-même fut presque égorgé par un portefaix.
Les cris, les menaces de mort, furent si terribles à la sortie que, le lendemain, sur les trois cents députés qui avaient protesté la veille, avec Malouet, contre la violation du mandat défini par les Cahiers, quatre-vingt-dix, seulement, eurent le courage de persister dans leur opposition.
L'attentat fut consommé. L'assemblée révolutionnaire commença, sous le titre (Y Assemblée nationale ou Constituante, à trahir ses devoirs et à empiéter sur les droits de la nation, en obéissant aux injonctions de la Franc- Maçonnerie sceptique et révolutionnaire.
Celle-ci, d'après un plan convenu, entoura le roi de ses adeptes, qui le trahirent; elle le calomnia pour lui ôter Tamour du peuple, qui l'adorait, et le conduisit par étapes à Téchafaud.
Sans doute, on demandait le redressement des abus, on se plaignait des privilèges et du triste état des finances. Mais le roi, plus que personne, voulait sincèrement remédier à tous ces maux.
La Déclaration royale du 23 juin 1789 proclamait l'égalité de tous les citoyens, la liberté individuelle, le respect de la propriété, la liberté de la presse et des cultes, en un mot tout ce que la Révolution prétendait décréter nominalement, sans lk donner, bien au contraire, comme on va voir. Louis XVÏII, le premier, rendit ces libertés, dont la France était privée depuis un quart de siècle.
Ces libertés étaient si peu l'objectif réel des révolutionnaires, que l'Assemblée nationale les repoussait, parce qu'elles revêtaient, dans la Déclaration royale, la forme d'un bienfait. Nous avons entendu M. Aulard, dans son cours d'histoire procédurière de la Révolution, à la Sor-
bonne (*), reconnaître que, clans sa séance du 9 juillet 1789, TAssemblée nationale émit cette observation blessante pour la royauté.
Ainsi, ce serait pour une misérable question de forme, de préséance, que la Révolution aurait refusé la liberté donnée libéralement par le roi , pour la conquérir révolutionnairement. C'était montrer le bout de l'oreille et laisser voir qu'elle ne cherchait que la lutte et les conflits, c'est-à-dire un moyen d'exécuter le plan tramé depuis trois ans.
Dans la nuit du 4 août, les seigneurs et le clergé renoncèrent spontanément à tous leurs privilèges. Michelet dit à ce sujet : « Jamais le caractère français n'éclata d'une manière plus touchante dans son entraînement généreux. Ces hommes, dès qu'on fit appel à leur désintéressement, répondirent sans hésitation; ils mirent l'argent sous leurs pieds, et les droits honorifiques qu'ils aimaient plus que l'argent. Grand exemple que la noblesse expirante a légué à notre aristocratie bourgeoise C^). »
Pourtant la Révolution ne fit que s'accentuer davantage, ce qui prouve que les privilèges et les abus n'étaient que des prétextes.
Quant aux finances, si elles étaient en souffrance, personne n'en accusait le roi, pas plus que de la terrible famine que la perfidie exploita contre lui. Le régime des assignats n'améliora pas leur état : loin de là. Malgré la confiscati'^ des biens des émigrés, fuyant pour sauver leur vie, la République aboutit vite à la banqueroute.
Aussi le peuple ne s'était-il pas laissé prendre à ces faux prétextes; il était resté franchement royaliste. Danton
(1) Le 6 mars 1889.
(2) Histoire de la révolution française, 1877, t. I, p. 284.
avotfâi't que les républicains étaient, une infime minorité, que la France était attachée profondément à la royauté ; et au lieu de conclure au respect de la volonté nationale, Danton concluait.... qu'il fallait faire peur aux royalistes.
De là la Terreur.
Pour faire la conquête de la France, la Révolution eut recours exactement aux mêmes procédés que les Huns et les Vandales dans leurs invasions de la Gaule, au Moyen Agé ; avec cette différence qu'elle y joignit l'hypocrisie de théories libérales qu'elle viola constamment par une légalité persécutrice.
Pour mieux atteindre son but elle le masqua en arborant un drapeau sur lequel elle écrivit : Liberté, égalité, fraternité, trois mots chrétiens qu'elle gâta en les laïcisant, en en faisant une devise menteuse comme le pavillon* qu'arboraient autrefois les corsaires.
Elle avait proclamé en tête de la Constitution, sous le' nom pompeux de Déclaration des droits de lliomme, un ensemble de principes théoriques dont quelques-uns, juâtes, étaient copiés des principes chrétiens en vigueur au Moyen Age. On va voir comment elle a observé ces principes.
Malgré l'étiquette de liberté, elle étoufta, elle comprima l'opinion publique par ses décrets et ses lois. Malgré: l'étiquette d^égalité, elle divisa la nation en proscrits et en prescripteurs. Malgré l'étiquette de fraternité, jamais ori ne vit couler tant de sang innocent.
m., — La Déclaration des d?'oits de V homme et son application par les lois révolutionnaires.
La Société bibliographique a publié, sous la forme d'un grand placard en couleur destiné à l'aflichage, un
tableau. Synoptique qui nid bien cela eiï relief. Ce' tableau se compose de trois colonnes.
Dans la première sont exposées, article par:article, les réformes otïertcs par Louis XVI dans i^di Déclaration royale du 23 juin 1789.
Dans la seconde figurent les articles correspondants <le la Déclaration des droits de V homme, . \
Enfm la .troisième colonne indique les lois, décrets, par lesquels la Révolution a violé ses propres théories et toutes les libertés proclamées parle roi.
On saisit ainsi, d'un coup d'œil, l'œuvre paternelle et libérale du bon rOi et l'œuvre coupable de la Révolution. Nous allon-s: emprunter à ce tableau ce qu'il a de plus saillant. U a été relevé sur les documents officiels.