V. — La justice révolutionnaire
On va voir, d'ailleurs, ce qu'était leur justice.
Le 5 juillet 1793, le Comité de salut public reprochait à Fouquier-Tinville la lenteur de ses jugements, et lui prescrivait d'en élever le nombre à cent cinquante par jour. Il fallait débiter cent cinquante victimes.
Le 24 octobre 1793, un décret interdit aux comités révolutionnaires de faire connaître le motif des arrestations qu'ils ordonnent.
On comprend quel parti la passion politique, la haine, la vengeance et l'intérêt personnel pouvaient tirer d'un pareil décret. Le crime avait carte blanche.
Pour aller vite en besogne, un décret du 7 mars 1794
défend d'interrompre les sessions du tribunal, les décadis.
Aussi, en douze mois envoya-t-il à la mort plus de quatre
j mille victimes, à Paris seulement, dont neuf cents femmes,
un grand nombre de vieillards et plusieurs enfants.
Le 8 juin, pour aller plus vite encore, nouveau décret du Comité de salut public qui ordonne de juger sur-techàmp, sa7îs enquête, sans procédure, sans défense d'avocat.
Ce n'était pas encore assez. Le surlendemain, Couthon propose la loi dite de sang, par laquelle on renouvelle l'ordre de supprimer toute procédure; on dispense de
preuves contre les accusés, on leur interdit des défenseurs, en avouant cyniquement qu'il s'agit moins de jugei^ les royalistes que de les détruire. Les jurés étaient nommés par le tribunal révolutionnaire et payés. On les appelait jurés patriotes.
Dans ces conditions, tout jugement était un assassinat juridique.
Et il y a des naïfs qui croient encore, après cent ans, que la Révolution s'est faite par et pour la liberté, par et pour la justice !
Le fait dominant de la Révolution, c'est la compression de la volonté nationale, la terrorisation de la France, la dictature de bandes de scélérats poussés par des politiques ambitieux et des sectaires fanatiques antireligieux (*).
La Commune de 1871, avec ses meurtres et ses incendies innombrables, combattant, elle aussi, le gouvernement et la volonté de la France, n'est qu'un diminutif de la Révolution. La Commune avorta, la Révolution triompha : voilà toute la différence. Pour beaucoup cela suffit; le succès justifie tout.
« C'est par ce régime, dit M. Taine, que trois cent mille Jacobins sont parvenus à dominer sept millions
(1) Le fanatisme antireligieux des Loges a été, en effet, un des principaux mobiles de la révolution.
Le 9 novembre 1793, un arrêté de la Commune ordonne de brûler lea reliques de sainte Geneviève, la libératrice de Paris, et de porter sa châsse à la Monnaie. On n'ose pas obéir à cet arrêté en plein jour. H est exécuté la nuit en place de Grève.
Trois jours après, le 12 novembre, sur la proposition d'Hébert, la Commun* arrête que « tous les clochers do Paris seront abattus, parce qu'ils bUssent, par leur hauteur, le principe d'égalilé. u
Le même jour, Chaumetto, procureur général de la Commune, informa U conseil que d'/wnnêles artistes s'occupout do construire une guillotine à trenU colliers, qui pourra faire tomber trente têtes à la fois.
L'odieux et le grotesque marchaient de pair à cette époque, qu'on ne connaît pas assez.
de Français, royalistes, républicains modérés ou indifférents. »
Ils étaient ou ils représentaient le gouvernement fondé sur le vote populaire, disent leurs partisans, et un gouvernement a le droit et le devoir de se défendre. Voici la vérité à ce sujet.