RÉSUMÉ. — CONCLUSION. — ÉPILOGUE
Résumé.
Avant d'arriver à la conclusion de notre travail, nous voulons donner, du Moyen Age, une appréciation d'ensemble due à un écrivain non suspect de cléricalisme. Nous voulons parler de Larousse, fondateur du Grand Dictionnaire universel, vaste encyclopédie antichrétienne et révolutionnaire, qui nous a été signalée. Nous aimons à connaître l'opinion des adversaires de l'Eglise sur les questions où elle est intéressée; ils nous ont souvent fourni nos meilleures armes en sa faveur, tantôt en nous apportant l'appui d'aveux arrachés par l'évidence, tantôt en montrant l'inanité de leurs critiques.
«f Quand on a médité, dit Larousse, sur l'histoire du Moyen Age, trop exalté par les uns, trop décrié par les autres, la première question qui s'impose à l'esprit est celle-ci : Le Moyen Age a-t-il été un progrès ou une décadence....?
« Le flambeau de la civilisation a subi de nombreuses éclipses, et^ à certaines époques de l'histoire, on a pu se
demander avec anxiété si la société humaine n'était pas sur le point de se dissoudre. Le Moyen Age est-il une de ces époques néfastes, ou marque-t-il un nouveau pas dans la marche du progrès?
« Nous résumerons d'un mot l'idée que nous sommes arrivé à nous faire de cette grande et singulière évolution du monde occidental. Le Moyen Age, pour nous, a été un recul apparent qui a préparé, en réalité, les grands progrès de Vhumanité dans le monde moderne. C'est une période d'incubation qu'a suivie le grand et laborieux enfantement de la science et de la liberté,
« Pour bien saisir la valeur historique du Moyen Age, il faut le mettre en présence de la période qui l'a précédé : rantiquité. L'antiquité! Ah! ce n'est pas nous qui voudrions en médire. On ne peut oublier la grande cité athénienne, l'austérité républicaine de Sparte, la grandeur des délibérations du Sénat et l'ardent patriotisme du peuple romain. C'est la Grèce qui a enfanté la philosophie et porté les arts à une perfection qui est restée désespérante.
« Cependant, il faut dire que lorsque le Moyen Age ouvrit une ère toute nouvelle, la mémoire même de ces grandeurs antiques s'était effacée. Il ne restait du monde antique que les abus. La puissance publique était tombée dans la main d'un seul homme, à la fois faible et tyrannique. »
Ainsi, le Moyen Age n'avait rien reçu des temps qui l'avaient immédiatement précédé, la mémoire même de la grandeur antique s'était effacée. N'avons-nous pas dit cela au début de ces Etudes?
Quand il s'ouvrit, en effet, huit cents ans s'étaient écoulés depuis le siècle de Périclès, quatre cents depuis celui d'Auguste. Une longue période de décadence et de
corruption, de tyrannie et d'esclavage, précède le Moyen Age.
Eh bien! que fait-il et que laisse-t-il après lui?
Après nous avoir sauvés et relevés des dévastations cinq ( fois séculaires des barbares, après avoir traversé de lamentables périodes de calamités et de fléaux de toutes sortes, il laisse au mo7ide riiéritage de la science et de la liberté, il retrouve, conserve et répand les richesses de la science antique, et allume le flambeau de la science moderne. Son œuvre d'enfantement est entravée par toutes les passions humaines, par les erreurs et les superstitions païennes, et pourtant, après mille ans d'eflbrts opiniâtres, il arrive à la splendeur du xiii^ siècle, et prépare les progrès ultérieurs qui ne pouvaient sortir que du temps et de l'expérience.
L'histoire a-t-elle jamais constaté une aussi gigantesque lutte couronnée par une victoire aussi féconde? Le Moyen Age est sorti de la nuit et il a produit la lumière. Où donc Larousse voit-il, là, un recul même apparent?
Mais à qui fut due, au Moyen Age, cette marche ascensionnelle de l'humanité? Il va nous le dire encore.
« A des superstitions mortes succède, au Moyen Age, une foi vive.... Comme il est impossible que la lumière, morale s'éteigne tout à fait dans la conscience humaine, il faut que les dernières étincelles s'en conservent quelque part. Cest le sanctuaire de l Eglise qui en est le refuge au Moyen Age,
« Dans leur invasion dévastatrice, les barbares n'avaient rencontré de résistance sérieuse que dans la puissance morale de VEglise, et dans les fonctions civiles dont elle était investie. Au naufrage des institutions politiques avaient résisté quelques nninicipes administrés par des évêques défenseurs des cités. La supériorité de leurs
lumières leur valut un ascendant considérable sur l'esprit inculte des conquérants. Le fier Sicambre se courbait sous la bénédiction de saint Rémi, le brutal Ghilpéric redoutait les remontrances de Grégoire de Tours, et frémissait sous les rudes apostrophes de saint Germain.
« Unité de pensée et de foi ; telle a toujours été, telle sera toujours l'aspiration de l'humanité. Uantiquité n'avait jamais rien eu de pareil. La Rome des Césars n'avait pu donner au monde que l'unité politique. Au Moyen Age, la Rome des papes y substitua l'unité religieuse.... L'Eglise dominait (lisez : dirigeait) alors les consciences par ses dogmes. Elle attirait les peuples par la soif de la justice et par la pureté de sa morale..,. Les peuples foulés aux pieds tendaient vers elle leurs mains suppliantes. »
On vient d'entendre Larousse historien. Selon lui, c'est bien l'Eglise qui fut le facteur de tout progrès au Moyen Age, qui dompta les barbares, fut le refugje des lumières, et fonda la République chrétienne, en attirant à elle les peuples foulés aux pieds, par leur soif de la justice et la pureté de sa morale. L'éloge est complet.
Mais après l'historien, le sectaire va se montrer dans un curieux compromis entre sa probité historique d'un côté, et ses préjugés anticléricaux et révolutionnaires de l'autre. Quand il veut conclure, il ne voit plus, dans le Moyen Age, qu'une tentative de théocratie avortée; puis il termine brusquement en disant :
« Par des routes différentes, le monde n'en poursuit pas moins sa marche vers l'unité (quelle unité? sociale, politique ou religieuse?), et cette unité s'opérera un jour sous cette devise entrevue à la fin du Moyen Age et formulée par la Révolution française : Justice et Liberté. »
Pardon ! la Révolution française, qui a pu formuler cette
devise, ne l'a pas inventée; elle Ta copiée du Moyen Age. Celui-ci ne Ta pas seulement entrevue, mais mise en pratique; et c'est ce qui attirait les peuples vers l'Eglise, vous venez de le dire vous-même. Elle seule a donné la chose ; la Révolution ne lui a emprunté que la formule : suum cuique. On ne doit à la Révolution que de belles phrases et de tristes actes.
Au contraire, il n'est aucun bien social qui n'ait été dû à l'Eglise dans le passé, et il n'en est aucun, dans le présent, qu'on n'ait copié d'elle, après qu'il eut été perdu malgré elle, par suite de la rupture de la société avec elle. Voilà la vérité.
La froide devise : liberté, égalité, fraternité, qui s'étale sur nos murailles, n'est encore qu'une formule des sentiments qui étaient dans les cœurs au Moyen Age, et qui sont affichés maintenant avec les objets perdus.
Quant à l'unité de pensée obtenue par l'Eglise, vous croyez que le monde y marche par des routes différentes, et qu'elle s'opérera un jour. Ce jour-là n'apparaît même pas à travers les brouillards de l'avenir. La Révolution est un dissolvant et non un principe d'union. Elle n'a produit encore que la nouvelle Babel, où se débat la société contemporaine, après le nouveau déluge d'erreurs, de mensonges et de crimes, qui a englouti l'ancienne.
C'était fatal. La société moderne issue de la Révolution a, pour unique Credo, la Déclaration des droits de rhomme. Elle a oublié ou désappris l'Evangile, cette déclaration sévère de ses devoirs. Il semble, au premier abord, que cela importe peu, quant aux conséquences sociales, car la même idée de justice parait devoir résulter de l'une et l'autre thèse, sous deux aspects dilïérents. Je ne puis, en effet, avoir un droit sur vous que vous n'ayez un devoir envers moi, et vice versa. Le devoir serait
ainsi garanti par l'observation du droit, comme le droit par l'observation du devoir.
Mais, en réalité, il y a là une véritable antithèse, une antinomie ; car le droit représente la face égoïste des relations humaines, tandis que le devoir en est la lace généreuse et dévouée, a dit excellemment le P. Lacordaire. 1
A ridée des devoirs sociaux, principe de dévouement '■ que prêchait l'Eglise, la Révolution a substitué l'idée des ^ droits, principe d'égoïsme. Pour qui sait le comprendre, tout est dans cette simple distinction. Elle donne la clef de la société chrétienne et de la société révolutionnaire ; elle explique la différence des rapports sociaux, autrefois et aujourd'hui, entre le gouvernant et le gouverné, le supérieur et l'inférieur, le patron et l'ouvrier. Elle explique, de nos jours, l'absence de respect dans les lamilles et les Etats, l'amour désordonné d'indépendance et des jouissances, la fréquence des grèves et des révolutions.
L'Eglise connaissait mieux que vous la nature hMmaine et la philosophie de l'histoire ; c'est pourquoi elle parlait à l'homme surtout de ses devoirs, qu'il tend à oublier, tout en sauvegardant ses droits, qu'elle lui a conquis. Vous ne lui parlez, vous, que de ses droits, qu'il est déjà disposé à s'exagérer. Par là, vous avez développé ses prétentions et ses convoitises, son envie et sa haine. Vous lui avez fait oublier ses devoirs, qui sont les droits des autres.
Le résultat de votre œuvre a été l'antagonisme permanent entre les classes, l'encouragement à la révolte.
Pour parer à ce danger, créé par vous, il vous faut à présent une police et des armées inutiles autrefois. Le guet, à Paris, sous Louis XIV encore, se composait de cent archers. Aujourd'imi, vingt mille sergents de ville,
gardes municipaux ou agents secrets ne suffisent pas toujours à maintenir l'ordre public, et à empêcher les vols et assassinats en plein jour. Ce n'est pas contre ceux qui ont conservé la foi chrétienne du Moyen Age qu'on a besoin de ces précautions, mais contre les nouvelles couches sceptiques et révolutionnaires. La police n'a que faire dans les églises et les maisons religieuses, et elle le sait bien ; si elle prend des précautions, c'est contre la clientèle des cabarets, des ateliers et des clubs, gens sans foi ni loi, qu'excitent vos doctrines et vos journaux.
Viennent des grèves où les ouvriers revendiquent le droit de gagner toujours plus en travaillant moins, le patron menacé de ruine sera watriné s'il ne cède, et on n'osera pas sévir contre les assassins.
Viennent les insurrections, comme les journées de Juin ou la Commune, vingt généraux et cent mille citoyens de la même patrie trouveront la mort comme dans les plus grandes batailles contre l'ennemi.
En 1871, les révolutionnaires ont bridé, à Paris, un millier d'immeubles, le Conseil d'Etat, le Ministère des finances, la Cour des comptes, le palais des Tuileries. Le Journal des assurances a publié la liste officielle des cinq cents millions de dégâts causés par l'incendie. La bibliothèque du Louvre a été brûlée ; elle contenait l'une des plus précieuses collections de documents anciens. On a sauvé à grand'peine le Louvre et la Bil»liothèque nationale. A la prochaine guerre sociale, réussirait-on à préserver de ces nouveaux Vandales ce qui reste de nos trésors artistiques et littéraires? Qui oserait affirmer qu'ils n'auront pas le sort de la bibliulhèque d'Alexandrie, où sept cent mille rouleaux manuscrits furent la proie des flammes?
Le retour à la barbarie, voilà l'œuvre, le produit de la
Révolution, dont vous attendez l'union, la justice et la liberté ! Hommes deux fois aveugles ! vous ne voyez pas que le Moyen Age avait dû à l'Eglise ces trois bienfaits avec tant d'autres, et qu'ils sont incompatibles avec la double maladie morale dont la France est atteinte : le fanatisme antireligieux, et Vidolâlrie révolutionnaire,
Edgar Quinet a osé comparer le christianisme à la Révolution française : le parallèle est écrasant pour elle. Le christianisme avait converti et affranchi le monde par la force morale ; la Révolution a flatté et déchaîné à nouveau les instincts égoïstes et les passions sanguinaires. Par suite elle a nécessité le retour à la force brutale pour comprimer ces instincts et ces passions. Mais ils ont acquis une telle puissance que le pouvoir lui-même en a peur. Il les ménage, il leur cède, il leur jette en pâture l'Eglise, l'enseignement, la magistrature, les places. Il leur livre la société. Il n'a d'audace que contre des religieux sans défense, et fait feu sur des jeunes filles qui ne savent que prier, comme à Ghâteauvillain.
Au Moyen Age, au moins, les barbares étaient des étrangers conquérants, qui, une fois vainqueurs, laissaient faire à l'Eglise son œuvre libérale et civilisatrice. Ils n'étaient ni aveugles ni lâches.
Conclusion.
Comme le touriste, amateur des beautés alpestres, monte sur les sommets pour en embrasser l'ensemble, élevons-nous pour contempler, d'un coup d'œil, l'œuvre du Moyen Age et la résumer.
Bien des fois, du haut des Pyrénées et des Alpes
suisses, nous avons admiré de splendides panoramas terrestres. Le Moyen Age, dans le monde moral, oflre à l'àme humaine un spectacle analogue.
La première partie de ces Etudes nous a montré qu'au point de vue intellectuel, il ne lut jamais dépassé en élévation et en protondeur. On peut dire de plusieurs de ces grands hommes ce qu'Emile Saisset a dit de Roger Bacon : « Ce n'est pas seulement un promoteur, c'est un inventeur. Il s'est fait, par un miracle d'intelligence, le contemporain des hommes de génie à venir. »
Le siècle de Louis XIV, celui qu'on appelle le grand siècle, où les arts, les lettres, la science et la philosophie marchaient, dit Voltaire, d'accord avec la gloire, fut le fruit du xIIl^ Il ne saurait l'emporter sur l'arbre qui a produit ce fruit. Le Moyen Age a été le restaurateur de la science antique, le père de la science moderne, le berceau de la liberté.
Sous le rapport moral, c'est le règne de la droiture, de la vertu et de l'honneur. Il a relevé la dignité humaine, aboli l'esclavage, rendu son rang à la femme, londé le droit des gens, moralisé l'individu, ennobli l'obéissance, adouci l'autorité, créé la chevalerie, fait des rois les pères de leurs peuples. Il a introduit la miséricorde dans les tribunaux, proscrit les pénalités cruelles, et même accordé le pardon au repentir ; il a couvert le monde d'institutions charitables. Eu égard aux temps qui l'ont précédé, le Moyen Age fut une révolution complète : la révolution de la charité, de la justice et de la liberté par l'Eglise.
Pour la première fois dans le monde, la force morale remplaçait la force physique, malgré de tristes exceptions. L'Evangile était le code des nations, le Droit public chrétien en était l'application sociale.
Loin que cette tentative théocratique ait avorté, elle a donc été féconde en bienfaits. Elle a substitué le christianisme au paganisme et à la barbarie. Elle a placé au sommet de Tordre social les Droits de Dieu, à la base les libertés du peuple. Le pouvoir spirituel était le défenseur des premiers, le pouvoir temporel, le protecteur des secondes.
Tel était le droit public nouveau enseigné par la théocratie chrétienne. Ceux qui le critiquent n'en comprennent pas la grandeur. Il n'est pas de plus sublime idéal. Le Moyen Age, qui le réalisa, n'est pas seulement un soleil levant; arrivé à son apogée, au xiii^ siècle, il peut être comparé au soleil à son midi. Selon Littré, le xiii® siècle est le grand siècle de la France.
Malgré des abus, des erreurs, des scandales, des trahisons, des crimes même, faciles à relever dans une période de mille ans, voilà l'œuvre du Moyen Age. Il est le sommet de la civilisation morale. Il n'est pas, dans l'histoire du monde, une époque à laquelle l'humanité ait dû des services semblables.
En commençant l'étude du Moyen Age, on se doute bien, quand on connaît l'Eglise, qu'on va découvrir une nouvelle moisson de ses mérites et de ses bienfaits, mais nul n'oserait espérer une moisson aussi riche de gerbes d'or, malgré l'ivraie qui s'y mêle.
Et pourtant, combien méconnaissent encore l'Eglise!
« Pauvre vieille mère du monde moderne, battue par ton fils et qui nous es chère, ce n'est pas nous qui voudrions te blesser encore, » disait Michelet, avant d'avoir sacrifié à ce besoin de popularité malsaine qui a causé la chute de tant d'esprits comme lui et Victor Hugo.
Pour nous, heureux d'apporter, dans ce travail, le faible tribut de notre admiration et de notre amour pour
la divine envoyée du Christ, nous voudrions contribuer au retour de l'esprit de justice en laveur du Moyen Age, qui fut son œuvre.
Nous ne saurions mieux conclure qu'en rapportant ici l'hommage inattendu d'un récent ministre de l'instruction publique, et celui d'un historien que nous avons souvent cité dans ces Etudes.
« Je n'ai jamais pensé, dit M. Spuller, que l'histoire de notre pays, qui a rempli le monde du Moyen Age de sa CIVILISATION et DE SA GLOIRE, pût être abandonnée à une critique mal informée, sans vues, sa7is patriotisme et sans équité.
« Au contraire, je suis pleinement convaincu que nous autres, hommes de la France d'aujourd'hui, nous avons plus d'intérêt qu'on ne pense à mettre en lumière nos véritables origines, à nous en réclamer, à nous en glorifier. Ce serait d'ailleurs une singulière ingratitude; ce serait aussi méconnaître nos intérêts, que de nous séparer, nous plébéiens, de cette nation française qui a brillé, par sa noblesse, comme une fleur de chevalerie, d'élégance et de bravoure; qui a été, par son clergé, une grande
ÉCOLE DE POLITIQUE, DE SCIENCE ET DE CHARITÉ, et qui, par
sa royauté si habile, si persévérante, a tenu une si grande place dans le monde (^). »
On ne s'attendait pas à cette éloquente réhabilitation de l'Eglise, de la noblesse, de la monarchie et du Moyen Age par un ministre de l'instruction publique sous notre triste République. L'hommage n'en a que plus de poids; c'est un signe du revirement profond qui se fait dans les esprits. M. Spuller parlait devant un auditoire de savants; il ne pouvait pas dire que la France ne commence vrai-
(i) Discours au congrès des socii'los savaulos, 4 juin 1887.
ment qu'à la Révolution. On garde ces facéties pour les réunions électorales et les clubs.
M. Duruy, de son côté, a résumé le rôle de l'Eglise au Moyen Age.
« A une société violente elle enseigna la douceur; à des hommes vindicatifs elle enseigna le pardon; à la hiérarchie féodale elle opposa l'égalité de tous les hommes; à la turbulence, la discipline; a la servitude, la liberté; a la
FORGE, le droit.
« Contre des maîtres superbes elle protégait l'esclave, contre le divorce et la polygamie elle défendait les droits de la femme, des enfants, de la famille. Les Etats ne connaissaient plus, pour les fonctions publiques, que la succession de la chair, elle leur montra la succession selon l'esprit, par la libre élection des abbés, des évêques, des pontifes même; et des serfs vinrent s'asseoir dans la chaire de saint Pierre, au-dessus des rois. Les princes et seigneurs féodaux se croyaient au-dessus de toute loi ; les papes firent gronder sur leurs têtes les foudres de l'Eglise. Alors que la force seule régnait j les papes s étaient faits les gardiens des lois morales, et à ceux des princes qui violaient ces lois, ils les rappelaient en déliant les peuples du serment de fidélité. Le pontificat parlait au nom et place du droit populaire (^). »
Restons sur cette appréciation du Moyen Age politique par un historien savant et impartial. En parlant du Moyen Age intellectuel, il ajoute :
« Les barbares avaient fait litière de la civilisation antique, l'Eglise en recueillit dans ses monastères les débris mutilés. Mère des croyances, elle fut aussi celle
DE LA pensée, des ARTS ET DE LA SCIENCE. » (1) Histoire du Moyen Age. Préf.
L'apothéose du Moyen Age et de l'Eglise est complète, grâce à la science historique contemporaine, qui redresse peu à peu les idées fausses et mensongères de l'école sceptique et révolutionnaire, sous laquelle l'esprit de la France est resté longtemps courbé.
Par un juste retour des choses d'ici-bas, des laïques, historiens, professeurs, parlent de l'Eglise et de la liberté dans le même sens que l'illustre Léon XIII dans son Encyclique Immortale Dei.
« Cette liberté honnête et digne de l'homme, dit le grand Pontife, l'Eglise la patronne ouvertement, et, afin d'en garantir aux peuples la jouissance, elle n'a jamais cessé d'agir, de combattre. Les institutions les plus capables de contribuer au bien général de l'Etat, toutes celles qui ont pour but de protéger les peuples contre les caprices tyranniques des princes, d'empêcher le pouvoir central d'intervenir d'une façon importune dans les affaires municipales ou domestiques, toutes celles qui relèvent la dignité de la personne humaine, ou sont de nature à garantir à chaque citoyen Végalité des droits, l'Eglise catholique les a, ou bien établies, ou bien prises sous sa protection, ou bien conservées. Les monuments historiques sont là pour l'attester. »
Nous ne pouvons mieux clore ces Etudes et cette conclusion que par cette parole auguste.