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CHAPITRE II

l'enseignement au moyen AGE. — ÉCOLES ÉPISCOPALES^ ÉCOLES MONASTIQUES, UNIVERSITÉS, SORBONNE

ï. IY« et V" siècles. Premières invasions. Ecoles épiscopales, — II. VI" siècle. Ecoles monastiques. Première renaissance chrétienne des lettres. — III. vu* siècle. Seconde période d'invasions. Le vénérable Bède. — IV. VIII* et ix® siècles. Charlemagne, Alcuin. Seconde renaissance chrétienne. — V. x" siècle. Troisième période d'invasions. L'an mille. Civilisation arabe. — VI. Infériorité des peuples non chrétiens. Musulmans, Indiens, Chinois. Gerbert. — VII. XI* et xu" siècles. Troisième renaissance chrétienne. Saint Anselme, Abélard, saint Bernard. — VlII. Les Trouvères. Suger. Universités. La Sorbonne. Immense mouvement intellectuel.

IVe et Ve siècles. Premières invasions — Ecoles épiscopales.

Dès le IV® siècle, c'est-à-dire avant l'ouverture du Moyen Age, le poète Ausone parle déjà du collège de Bordeaux^ où plusieurs de S('s amis professaient. Marseille, où saint Cassien avait établi un monastère, était surnommée la Ville des sciences, et elle était fréquentée par la jeunesse italienne et la jeunesse gauloise.

Saint Hilaire avait fondé une école impurtanlo à Poi-

— ailiers, dont il était évoque; saint Honorât à Lérins, dans le célèbre monastère de ce nom ; saint Martin à Tours et dans l'abbaye de Marmoutiers, illustrée plus tard par saint Patrick, apôtre de Tlrlande.

Autun avait déjà plusieurs écoles. Prise Tan 21, par Sacrovir, qui avait soulevé une partie de la Gaule contre Tibère, assiégée, prise et détruite encore par le consul usurpateur Tétricus, au uf siècle, elle avait été relevée par Constantin. Saccagée de nouveau par les Sarrasins au viii^ siècle, puis par les Northmans au ix% elle offre un spécimen des vicissitudes que subirent d'innombrablesvilles de la Gaule pendant les guerres et les invasions du V* au x*' siècle. C'est à ces vicissitudes que sont dus surtout les temps d'arrêt périodiques dans le développement de l'instruction publique au Moyen Age.

Au milieu de chaos intermittents, comment les études eussent-elles pu fleurir? Elles ont besoin de calme et de paix; l'Eglise les apportait et les prêchait; le vieux monde et la barbarie lui opposaient la guerre.

Pourtant, elle n'abandonna jamais son œuvre. A mesure que le christianisme avait pénétré dans la Gaule et que les diocèses s'étaient établis, les évêques avaient fondé, auprès de leurs cathédrales, des écoles épiscopales pour les jeunes gens qui se destinaient à l'état ecclésiastique, et tous ceux dont les parents tenaient à une éducation chrétienne pour leurs enfants. Ces écoles donnaient l'instruction à tous les degrés; elles avaient des cours élémentaires et des cours supérieurs ^^).

On avouera qu'au v*" siècle, ce n'était pas de science que l'Eglise pouvait s'occuper. La société avait de plus pres-

(1) AuzoLLE, Calendrier historique de l'enseignement et des institutions de la France. 1882.

sants besoins après les effroyables ravages causés par les Wisigolhs d'Alaric et les Huns d'Attila. Il fallait réparer les ruines et les dévastations amoncelées par ces barbares. C'étaient les plaies physiques, les maux matériels, que l'Eglise eut alors à panser; et l'on sait comment elle s'en acquitta. Elle ne se contenta pas de réorganiser la société, de soigner et de consoler les vaincus de la guerre et de l'invasion, elle fit plus, elle les sauva de la barbarie des envahisseurs, en convertissant ceux-ci, en leur faisant embrasser la religion des vaincus.

Des pontifes, des femmes chrétiennes, s'étaient mis à la tête de la résistance au commencement des périls; sainte Geneviève l'avait organisée devant Paris contre Attila, saint Aignan devant Orléans, saint Loup devant Troyes, le pape saint Léon devant Rome. Partout, les hordes sauvages avaient trouvé devant elles l'ascendant d'une vierge chrétienne ou d'un prêtre armé d'une croix.

Quand l'invasion fut consommée, il ne resta plus qu'à plaider pour les victimes et à réparer leurs maux. Ce fut encore l'œuvre des pontifes, auxquels la reconnaissance des populations avait décerné le titre de défenseurs des cités : civitatum defensores.

« Ce sont les évêques qui ont fait la France, » dit le protestant Gibbon : c'est vrai au pied de la lettre. Dès l'époque qui nous occupe, ils sont tellement les représentants attitrés de la patrie gauloise, que la chape de saint Martin de Tours servait d'étendard national.

On voit quels services l'Eglise rendit alors à nos pères. Ces services ne lui laissaient guère le loisir de s'occuper de science. En face de l'incendie, une double préocupation l'emporte sur toute autre : d'abord éteindre le feu, ensuite relever les ruines.

C'est ce que fit l'Eglise, avec un dévouement qui fut

récompensé par des siècles de reconnaissance. Mais comment eùt-olle pu décider les peuples à s'occuper de culture intellectuelle, quand ils vivaient, pour ainsi dire, au jour le jour? Quand la vie elle-même (Mait précaire et qu'il fallait à tout inslanl la défendre, la ^urande préoccupation était celle des armes et de la vie matérielle. Celle des travaux intellectuels ne venait qu'en troisième ligne.

Malgré la dureté des temps, on ne doit pourtant pas omettre de mentionner, au v*" siècle, Sidoine Apollinaire, écrivain et poète remarquable, souvent traduit, et très consulté par M. Guizot pour l'histoire de son temps. Elevé, malgré lui, à la dignité de l'épiscopat à Clermont, quoique marié, il se sépara de sa femme d'un commua accord avec elle, et fut un des exemples de l'épiscopat.

vie siècle. Première renaissance chrétienne. — Ecoles monastiques.

Le calme à peine rétabli au commencement du vi° siècle, on voit se relever les anciennes écoles épiscopales et en surgir de nouvelles, pour distribuer, avec les monastères, l'enseignement religieux et profane.

Claude Joly(*)cite l'école de Luxeuil fondée par saint Colomban, celle de saint Césaire, évêque d'Arles, celle de Vienne en Dauphiné, celle de Mouzon, très fréquentée et prospère; les célèbres écoles de Paris, sous la direction de saint Germain, son évêque, et qui servirent de modèles à celles d'Angleterre; l'école d'Angers sous saint Lézin, celles de Chartres, du Mans, de Bourges, de Chàlon-sur-

(1) Traité historique des écoles épiscopales^ 1678.

Saône, de Metz, de Cambrai, de Beauvais, de Clermont, Dans cette dernière ville, M. Guizot cite une autre école où Ton enseignait le code Théodosien, circonstance, dit-il,. qu'il n'a pas retrouvée ailleurs.

Toutes ces écoles du vi^ siècle brillèrent d'un certain éclat, dans les intervalles de paix, à ces époques de trouble et de confusion; M. Duruy l'avoue (i).

Les écoles épiscopales n'étaient pas la source unique, ni même principale, d'où découlait l'enseignement. Les monastères le distribuaient abondamment, et ils étaient le foyer spécial de la science et de l'érudition. N'étant pas absorbés par les soins particuliers au ministère pastoral, ils se vouaient à la recherche et à la reproduction des manuscrits, précieux dépôt du savoir antique. C'est à eux qu'on doit tous ceux qui nous sont parvenus à travers les âges et les révolutions.

Toutes les règles monastiques prescrivaient expressément l'étude.

Celle de saint Césaire, observée dès 544 dans diflerents monastères d'hommes et couvents de femmes, commandait aux religieuses elles-mêmes de consacrer chaque jour quelques heures à l'étude des lettres humaines et à la copie des manuscrits. L'illustre Cuvier reconnaît que dans certains couvents les nonnes s'occupaient à reproduire ces archives intellectuelles i-\

La règle de saint Ferréol, en 5o8, ordonnait à tous les moines d'étudier les lettres et d'instruire les catéchumènes.

Les monastères soumis à la règle de saint Colomban n'étaient pas seulement des lieux de retraite et de prière^

(1) Histoire du Moyen Age.

(2) Il isloire des sciences naturcUes. Paris, ISll, t. I, p. 401,

mais encore expressément des écoles de lettres. Il institua, dans tous, des cours de sciences prulanes.

La règle la plus génér^ilenient aduptée lut celle de saint Benoît, regardée comme un modèle de sagesse. Introduite en Franc»', au vi° siècle, par saint Maur et quelques autres moines du Mont-Cassin , premier monastère fondé par saint Benoit lui-même, elle s'étendit considérablement en France et en Europe.

Saint Benoit ordonnait de recevoir indistinctement dans les maisons de son ordre des enfants, des adolescents, des adultes pauvres ou riches , maîtres ou serviteurs , savants ou ignorants, clercs ou laïques. Il en sortit, plus tard, tant et de si remarquables travaux, qu'aujourd'hui encore, le plus grand éloge qu'on puisse faire d'une œuvre d'érudition, c'est de dire : c est un travail de bénédictin.

En dehors de l'initiative des évêques et des religieux, plusieurs conciles ordonnèrent au clergé d'instruire les eniants, notamment ceux de Vaison en 529, de Tours en 576, de Rouen en 700, de Màcon et de Paris en 829. Plus tard le concile de Latran impose même la gratuité de renseignement.

« L'Eglise, dit-il, étant obligée de pourvoir aux besoins corporels et spirituels des indigents, nous ordonnons qu'il y ait, à l'avenir, dans chaque église cathédrale, pour l'instruction des pauvres clercs, un maître à qui on assurera un bénéfice suffisant, et qui donnera ses leçons gratuitement. On rétablira les anciennes écoles dans les autres églises et les monastères où des fondations ont été créées à ce sujet; on n'exigera rien pour la permission d'enseigner, et on ne la refusera point à celui qui est capable (0. »

(1) Labbe et GossART, Collection des conciles, 1671.

Nous sommes loin, on le voit, de la prétendue opposition du clergé aux lumières, pendant le Moyen Age, et même de son indifférence à leur endroit.

Les écoles épiscopales et monastiques suivaient le programme adopté dans les écoles romaines , c'est-à dire le trivium et le quadrivium, qui constituaient ce qu'on appelait les sept arts libéraux.

Le trivium renfermait la grammaire, la rhétorique et la dialectique. Bède comprenait, sous ces dénominations, l'éloquence et la philosophie; Alcuin, l'éthique et la physique.

Le quadrivium comprenait l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique, ainsi que la mécanique, à laquelle se rattachaient les industries textiles, la fabrication des armes, l'agriculture , la navigation , la chasse et le théâtre.

Quatre savants ont jeté un grand lustre sur cette époque, €t leurs ouvrages ont longtemps servi de base à l'enseignement au Moyen Age : Martianus Capella à la fm du v'^ siècle, Boèce et Gassiodore au vi% enfin Isidore de Séville au commencement du \\f.

Le premier a laissé une encyclopédie traitant des sept arts libéraux, qui jouit d'un grand crédit au Moyen Age. Boèce cultiva avec le plus grand succès les lettres et la philosophie grecques. Il a composé, dans la prison où des envieux l'avaient fait jeter par Théodoric, le traité de la Consolation, qui l'a immortalisé et qui est répandu dans toutes les langues.

Son ami Gassiodore, après avoir été, comme lui, premier ministre et consul sous Théodoric, se retira, à la fm de sa vie, dans un monastère de la Galabre. Il y composa ses ouvrages, rassembla et fit copier par les moines de précieux manuscrits de l'antiquité. Il avait lui-même traduit.

avec Boèce, toute la philosophie d'Aristote et de Platon, en montrant leur accord avec la foi catholique, dit Rohrbacher dans son Ilisloire uuivo'sdle de C Eglise.

Isidore de Séville est Fauteur renommé d'une encyclopédie des sciences de son temps, d'une histoire depuis Adam jusqu'en 626, et d'une histoire des Goths que des savants allemands ont fait traduire récemment dans leur langue.

Trois autres illustrations littéraires du \f siècle doivent être mentionnées ici.

Fortunat, évêque de Poitiers, auteur du Vexilla régis, est le meilleur poète de son temps. Ses écrits sont aussi un monument précieux pour l'histoire.

Saint Avit, qui eut part à la conversion de Clovis et à celle de Sigismond, roi des Bourguignons, rendit aux lettres d'aussi grands services qu'à la religion. On a de lui cinq poèmes dont l'un, entre autres, traite le même sujet que Milton dans son Paradis perdu. M. Guizot, comparant les deux œuvres, dans son Histoire de la civilisation en France, déclare saint Avit supérieur parfois au grand poète anglais.

Saint Grégoire de Tours était disciple de saint Avit. On admire son caractère élevé et énergique dans sa défense de Mérovée et de Prétextât contre Ghilpéric et la cruelle Frédégonde. Ses connaissances et ses lumières étaient audessus de son temps.

Parmi les nombreux écrits qu'on lui doit, son Histoire des Francs est un trésor de renseignements sur cette époque. Aucun document ne fait mieux connaître les commencements du Moyen Age, ses mœurs barbares et l'influence chrétienne qui les dompta enfin. Que saint Grégoire fasse le tableau des fléaux qui s'abattent sur la Gaule au commencement du vii^ siècle : déluge en Au-

vergne, tremblement de terre à Bordeaux, Orléans et autres villes embrasées, la peste dans toute la Gaule ; qu'il peigne la repentancede Frédégonde et de Chilpéric devant la mort imminente de leurs fils, ou bien les angoisses de Childebert cherchant à sauver son second neveu de la fureur de Glotaire gui vient d'égorger le premier, on est constamment attiré par cette œuvre dramatique, pleine d'élévation et de sentiment vrai.

Le vi*" siècle constitue une première renaissance chrétieane des lettres.

vile siècle. Nouvelles invasions. — Bède et Alcuin.

L'Eglise n'avait pas cessé de protéger et d'encourager la culture intellectuelle avec une ardeur infatigable quand, à la fin du \f siècle et au commencement du vii% survint la seconde période des invasions des Franks et des Ostroi;'oths. Nouvelle perturbation incompatible avec l'avancement des études.

Toutefois l'école de Gap, sous saint Arige, acquerra une lelle renommée que l'élite de la jeunesse italienne viendra s'y former à la connaissance des lettres et des sciences.

C'est de cette époque que date l'abbaye de Fécamp (66i), celle plus célèbre de Fontenelle ou Saint-Wandrille (680), un des plus beaux édifices de la France, détruit par les Northmans en 850 et rétabli en 1035. Celle du Mont-Saint- Micliel est du viii*' siècle.

Le commencement de celui-ci fut malheureux. Deux l'aisons expl'Kiuent alors la décadence des études : d'abord l'intrusion de Charles Martel dans le gouvernement de rKglise par la nomination arbitraire île gens laiz aux

«vùch6s,et la spoliation du patrimoine ecclésiastique ; puis les irruptions des Sarrasins et des Gotlis. Les laiz intrus n'avaient pas, pour les études, le même souci que le clergé I légitime; et les barbares furent cause aussi, dit Claude Joly, que les écoles épiscopales et monastiques furent beaucoup négligées (^).

Heureusement, elles florissaient dans un petit coin de terre : l'Irlande.

« Pendant que le continent languissait dans l'anarchie €t les troubles, dit M. Léon Maître, les Irlandais, protégés contre les invasions par les flots du sinus Britannicus, se livraient en paix aux jouissances de l'étude. Les germes de littérature que saint Patrick, évêque de Marmoutiers, avait déposés chez ce peuple s'étaient promptement développés. Les écoles de l'Irlande étaient suivies par ceux qui aspiraient à un savoir étendu. Le vénérable Bède en fut la lumière. Cet homme, le plus distingué de son siècle, embrassa toutes les sciences connues de son temps. Il a laissé, outre une foule d'écrits sur les sciences naturelles, les mathématiques, la philosophie et la théologie, une importante histoire de l'Angleterre jusqu'en 731. €'est, dit-on, pour celui qui veut en étudier les origines, un monument d'une importance égale à celui de Grégoire de Tours pour étudier les nôtres.

« Jamais, dit Bède, la Grande-Bretagne ne vit de temps plus heureux. Les clercs parlaient grec et latin comme la langue maternelle, et ceux qui témoignaient du goût pour les lettres trouvaient des maîtres versés dans les sciences •sacrées et profanes (') . »

C'est là que se forma Alcuin, son célèbre disciple.

(1) Traité des écoles épiscopales, 1678, p. 133.

(2) Ecoles épisc. et monast. de l'Occident depuis Charlemagne jusqu'à Philippe Auguste, par Léon Maître, de l'Ecole des chartes.

La bibliothèque dont on avait confié la garde à cefiameux docteur renfermait des richesses immenses pour l'époque : les saints Pères, Aristote, Platon, Virgile, \ Gicéron, Lucain, Stace, Pline, Justin, Probus, Phocas, • Donat, Priscien, Servius, etc. (').

L'Irlande allait rendre à la Gaule, dans Alcuin, cequ'elle en avait reçu dans saint Patrick, un puissant promoteur du savoir humain.

ville et IXe siècles. Gharlemagne. — Seconde renaissance

chrétienne.

Nous voici à la seconde moitié du viii^ siècle.

Gharlemagne, d'accord avec la papauté, va organiser l'Europe chrétienne. Il est dominé par la noble ambition de réaliser la plus haute et la plus belle conception de Tordre social qu'on puisse imaginer : au sommet le droit de Dieu, à la base la libérée du peuple ; le pouvoir spirituel défenseur du premier, le pouvoir temporel protecteur de la seconde. De son règne datera la seconde renaissance chrétienne des lettres.

La réputation de l'immense savoir d'Alcuin avait passé la mer. Gharlemagne l'attira en France pour le faire con-^ tribucr à l'exécution de son grand dessein d'organisation des études dans l'empire. Lui-même suivit ses leçons avec toute sa famille et ses grands dignitaires. Le palais impérial devint une sorte d'Académie à laquelle est restée le nom iVEcole pcdatine.

Sous la double impulsion de Gharlemagne et d'Alcuin,.

^1) Ecoles épisc. et monast. île l'Occident depuùi Charlcmagne jusqu'à Philippe Atigusle, par Léon Maitri:, de l'Ecole des charlos.

les écoles fermées ou détruites vont se rouvrir et les études-vont reprendre leur essor.

En 78G, l'empereur fait venir de Rome des maîtres de

' grammaire et d'arithmétique ; en 787, il écrit aux évêques

I une circulaire pour la création d'établissements scolaires

sur tous les points de son empire où il n'y en avait pas.

encore. Chaque évéché et chaque monastère devront

avoir leur école.

Il fait une obligation aux prêtres des bourgs et villagesmême d'apprendre aux enfants, indépendamment de la lecture et de l'écriture, les éléments du calcul, de la grammaire et de la musique. Ils ne devaient exiger aucune rétribution des élèves (^).

On voit que l'instruction universelle et gratuite n'est pas une invention moderne. L'idée en remonte à un clérical, et qui plus est, à un clérical du Moyen Age,

Le savant Ampère disait à l'Institut, en 1837 : « Charlemagne avait probablement établi p/ws d'écoles primaires quil nen existe aujourd'hui (~). »

Aussi, à la fin du règne de Gharlemagne, le Chroniqueur dit en parlant de ce glorieux règne : Tant monteplia et fructifia la doctrine à Paris et par tout le royaidme de France, Dieu merci, que la fontaine de doctrine et de sapiense est à Paris aussi comme elle fut jadis à Rome et à Athènes (^).

Alcuin savait le latin, le grec et l'hébreu. « C'était vraiment un lettré, dit M. Duruy ; il connaissait Pythagore, il cite souvent Aristote, Platon, Homère, Virgile, Pline. Il a laissé, outre un dialogue sur la rhétorique et son livre des sept arts, des lettres sur la théologie, la grammaire,

(1) Baluze, Capitulaires des rois franks.

(2) Ampère, Hist. de la littérature sous Charlemagne.

(3) Chronique de Saint- Denis. Gestes de Charlemagne.

-rétymologic, l'astronomie, la chronologie, et sur les écoles prospères qu'il avait restaurées, notamment à Tours, Ferrières, Fontenelle, Fulde, etc. (^). »

Pour conserver les richesses littéraires de la Grèce et de Rome, il recommande énergiquement la reproduction des manuscrits anciens. Charlemagne et ses filles elles-mêmes s'en occupèrent (2). On dit même que c'est à ce grand prince que fut due la ponctuation, qui rendit plus facile la lecture et la compréhension des vieux parchemins. « C'est une œuvre très méritoire, dit Alcuin, et utile au salut bien plus que le travail des champs, qui ne profite qu'au ventre, tandis que le travail du copiste profite à l'àme. »

Il faut avouer que ces hommes-là, si grands dans leur simplicité, dépassaient, par l'élévation et la noblesse des vues, certains de nos écrivains d'aujourd'hui qui les bafouent et s'occupent autant de bonne chère que de belles-lettres.

Retiré de la politique, Alcuin s'était réfugié à son abbaye de Saint-Martin de Tours, d'où il écrivait à Charlemagne :

« Je me fais tout à tous afin de multiplier les hommes de savoir pour la prospérité de l'Eglise et l'ornement de votre règne.... Au matin de ma vie j'ai travaillé au progrès des lettres dans la Grande-Bretagne ; maintenant que mon sang presque glacé m'annonce le soir de mon existence, je ne cesse pas de poursuivre mon œuvre en France. »

C'est à ses leçons qu'on venait, en effet, terminer ses xHudcs sur le trivium et le quadrivium, sans compter les distances ni les obstacles, de tous les points de l'Occi-

(1) Uuloirc du Moyen Age.

(2) CnAMi'oi.i.ioN-FiGEAC, Mdnuscrtts du Moyen Age, p. iv. el Blainvillk, nisl. des sciences de l'organisalion, 1845, t. II, cités par PoucnKi, Hist. des sciences nalur elles au Moyen Age.

— u dent el de l'Orient. Il n'est pas d'école épiscopale ou monastique qui ne soit redevable de sa résurrection à ce noble missionnaire de la science, dont l'ardeur ne s'est éteinte ([ue dans le tombeau.

Pour abréger, nous renvoyons à l'ouvrage déjà cité de M. Léon Maître sur les écoles épiscopales et monastiques de rOccident. On y verra que les écolûtres rivalisaient de zèle avec les écoliers.

Disons seulement qu'au commencement du ix*' siècle Hincmar, archevêque de Reims, succédait à Alcuin. Il iut l'oracle de son siècle. M. Guizot le compare à Bossuet pour l'élévation de son esprit et la prudence de sa conduite.

En 835, un concile recommandait l'enseignement des lettres divines et humaines.

En 859, nouvelles tentatives pour restaurer les écoles carlovingiennes, parce que cette interruption des études amène Vignorance de la foi et la disette de toute science, L'Eglise, loin de redouter l'instruction, la provoquait et la considérait comme son auxiliaire.

Dans son rapport à l'empereur, en 1863, sur la liberté d'enseignement primaire, M. Duruy dit expressément : <r L'Eglise, qui a été dépositaire de toute science, distribuait le pain de Vesprit comme celui de rame, gratuitement. Je ne parle pas des monastères, où le plus pauvre était admis, et d'où il est sorti souvent abbé ou évêque, parfois même pape, comme Grégoire VII et Sixte-Quint, mais des écoles extérieures. Les décrets des conciles, les décrétâtes des papes, attestent le désir du clergé de multiplier les écoles gratuites en faveur des pauvres. »

Dans son Histoire du Moyen Age, M. Duruy dit que le ix'' siècle, malgré sa déchéance, abrita un mouvement intellectuel qui ne manqua pas de grandeur.

Xe siècle. Dernières invasions. — L'an mille. — La science arabe. — Infériorité des peuples non chrétiens.

Voici venir la troisième invasion, ou plutôt la troisième période des invasions. Hincmar meurt en fuyant les^ Northmans qui avaient envahi son diocèse. L'œuvre colos-' sale de l'Eglise, fruit de labeurs plusieurs fois séculaires, va périr en partie aussi dans ce flot nouveau débordant de toutes parts.

Au midi, les Sarrasins envahissent la Provence et le Dauphiné; à Test, les Bulgares et les Hongrois ou Magyare dévastent TAlsace , la Lorraine et la Bourgogne. Les Northmans, entrés par le nord, ravagent tout sur leur passage : Laon, Rouen, Saint-Denis, Paris, Orléans, Autun, Tours, Nantes, Bordeaux, Toulouse et tant d'autres villes. L'abbaye de Noirmoutiers est détruite par eux.

Outre les invasions , les guerres féodales à l'intérieur entraînent des brigandages, des incendies et toutes sortes de calamités épouvantables qui ont fait appeler le x^ siècle Yâge de fer du Moyen Age.

En face de tels Ihuiux, nouveau temps d'arrêt des études. En accusera-t-on l'Eglise? M. Duruy va répondre.

« La confusion politique augmente, l'empire achève de s'écrouler, les seigneurs s'agitent, combattent, dépouillent, font le désordre à leur aise. Quelle place, au milieu de ces violences, pour les études:'* Aussi ne les trouve-t-oii plus qu'au fond de quelque monastère isolé, seul asile où se cachent, au x*' siècle, pour éviter le souille des tempêtes, les derniers et pâles flambeaux de la science. Dans FEglisc la pensée renaissait.... Ailleurs, nuit protonde.

affreuse misère physique et morale, des pestes, des famines.... Sur soixante-dix années (de 970 à lOiO), on allait en compter quarante de famines et d'épidémies mortelles (»). »

Pour comble, Tan mille approche; ces fléaux étaient tels qu'on les prend pour le prélude de la fm du monde; on croit qu'il va périr. Cette superstition s'étend à tel point qu'Abbon, abbé de Fleury, exhorte le roi Robert et son fds à arrêter le faux bruit qui se répandait partout, que le monde finirait quand la fête de l'Annonciation coïnciderait avec le vendredi saint; ce qui était absurde, dit le savant abbé, puisque cette coïncidence s'était présentée trois ans auparavant, en 992.

Ce qui avait pu donner naissance à ces craintes, c'est l'annonce, dans l'Evangile, de la fm certaine du monde. Or, la science moderne la confirme. Le plus célèbre des savants naturalistes contemporains, Cuvier, parle comme l'Ecriture sainte qui, dans la Genèse, raconte la création du monde, et, dans l'Evangile, en prédit la fin. « Tout, dans les entrailles du globe, dit Cuvier, indique un commencement et annojice une fin. »

Il n'est pas étonnant que des esprits ardents et naïfs, comme il y en a toujours dans les foules, aient cru voir, •dans la réunion de tant de fléaux, les signes de cette fin. L'Eglise n'y a été pour rien. A ce moment il y eut deux conciles en France et un à Rome en 998 ; il n'y est même , pas question de l'an mille.

On s'y occupe des affaires de l'Eglise et du monde

1 comme à l'ordinaire. Quant à la légende des fidèles atten-

' dant, dans les églises, l'heure oii allait sonner la trompette

du jugement dernier, ne bâtissant plus, n'amassant plus

(1) Histoire du Moyen Age, p. 250-059.

pour Favenir, et donnant leurs biens aux églises, ce sont des fables ou des exagérations qui transforment en une panique universelle Teffarement d'un certain nombre.

« Les opinions des millénaires étaient très peu répandues, dit M. Digot; et l'Europe, à peine débarrassée des incursions des Normands et des Hongrois, n'attendit pas, pour renaître, que le dernier jour du x^ siècle fût accompli. Au contraire, la renaissance sociale, politique, littéraire, semble plutôt dater du milieu de ce siècle (0. »

Cependant Raoul Glaber, bénédictin du xf siècle, dont Tautorité est incontestable, dépose qu'on trouve la trace des terreurs de l'an mille dans des actes de donation (2). Mais ce sont là des faits individuels, et la logique interdit de conclure du particulier au général.

Quoi qu'il en soit, c'est dans ce x^ siècle qu'apparaissent les deux grandes figures d'Adalbéron et de Gerbert. Le premier, archevêque de Reims, grand chancelier de France sous Lothaire, Louis V et Hugues Gapet qu'il sacra, fut l'un des plus savants prélats de son temps. Il fit fleurir les écoles de Reims et y fonda, en 973, une abbaye célèbre sous la direction de Bénédictins.

Gerbert, dont nous allons parler, ne fut pas moins célèbre.

Au viu'' siècle , les sciences avaient semblé s'avancer parallèlement en Orient et en Occident. Presque au moment où les écoles carlovingiennes étaient créées en France, Al-Mansour, deuxième calife abbasside, ouvrait à Bagdad, londée par lui en 762, une université qui allait devenir florissante aux ix® et x® siècles, et étendre au loin ses ramifications, nutaniuKMit en Espagne.

(1) Congrès scionliflquo do 18")0. Recherches sur les écoles cpiscopales elvionastiques de la province de Trêves.

(2) Léon M.MTiiK, Ecoles épiumpalci^ et mondsliqitex. p. 97.

« A ce moment, dit M. Pouchet, le ralentissement du mouvement intellectuel en Europe coïncidait avec son essor dans la péninsule ibérique. La civilisation arab<% qu'on a voulu opposer vainement à la civilisation chrétienne de rOccident, avait pourtant fait faire, en Espagne, d'incontestables progrès aux arts et surtout à la médecine. Avicenne est à la fois THippocrate et l'Aristote des Arabes. Averroès est surnommé le commentateur de ce dernier.

« On doit aux Arabes de nombreux monuments dont la richesse le dispute à l'élégance, notamment l'Alhambra de Grenade, la Musquée de Gordoue, l'Alcazar de Séville. Le marbre et For y sont répandus à profusion.

« A côté d'eux s'élevaient des écoles ouvertes à toutes les nations. Toutefois, d'après Cuvier , de Blainville et Hœfer, malgré la fécondité de l'école arabe, elle ne fit pas faire aux sciences un progrès proportionné à ses innom»brables travaux. Sa part d'influence sur la civilisation générale est donc moindi'e qu'on ne s'y attendait (^). »

Il fallait pourtant s'y attendre, comme on va voir, et sa^ déchéance le prouve.

Infériorité des peuples non chrétiens. — Les Musulmans,, les Indiens, les Chinois. — Gerbert.

L'infériorité où sont demeurés ou tombés les peuples qui n'ont pas connu le christianisme ou qui l'ont rejeté est incontestable.

On sait ce qu'étaient devenues les contrées du nord de

(1) PoucnET, Histoire des sciences naturelles au Moyen Age ou Albert le GrancL et son époque.

l'Afrique avant notre conquête. Les Indes n'ont pas fait de progrès depuis Manou. A la mort de son mari, la veuve :s'y tue encore, et les Anglais ont de la peine à combattre cette coutume.

Depuis Mahomet, l'esclavage et la polygamie n'ont pas cessé d'exister dans les sociétés musulmanes; la femme est restée esclave et dégradée. Le fatalisme et le sensualisme de l'Orient le condamnent à l'inertie et à la brutalité. Tant il est vrai que les croyances sont les vraies éducatrices des peuples. Tant vaut la religion, tant vaut Yhorr^me.

Il est une contrée dont Voltaire a voulu opposer la civilisation à celle des contrées chrétiennes : la Chine. Eh bien! la science des Chinois, dit Philarète Chasles, con- :siste à emmagasiner des mots.

<r Le Chinois a déterminé le nombre des symboles hiéroglyphiques destinés à reproduire la pensée par récriture. La m.ultitude de ces signes symboliques exige un immense effort de mémoire : toute Tintelligence se concentre dans la mémoire. On classe les hommes d'après le nombre des signes qu'ils ont retenus. Qui sait trois mille mots est mandarin de seconde classe; qui en possède quatre mille est mandarin de première classe (0. »

Aussi Benjamin Constant appelait-il ce peuple le plus lettré et le plus idiot de tous les peuples.

Par une singulière rencontre les Chinois connaissaient comme nous, et peut-être avant nous, la boussole, et ils sont restés de mauvais navigateurs, ils n'ont rien découvert ; ils avaient la poudre à canon, et ne savaient pas se défendre. Chez eux, le dessin et la peinture sont encore à l'état d'enfance ; ils ignorent complètement la perspective.

{l) PfliLAHÈTE Chasles, Mouen Age.

Ils ont une philosophie pratique qui n'a pas progressé depuis Gonfucius; ils ne connaissent ni ne désirent la 'liberté civile et politique.

Ce rachitisme de la pensée n'a produit qu'une civilisation pétrifiée, qui ne s'est jamais élevée jusqu'aux idées d'examen, d'indépendance, de liberté et de progrès. La Chine est restée orgueilleusement fermée à tout commerce intellectuel jusqu'à ces derniers temps. Il a fallu l'ouvrir à coups de canon.

« Nulle part, il est vrai, dit Philarète Ghasles, la porcelaine n'est mieux cuite, la soie mieux travaillée, le vermillon plus éclatant, la laque plus fine.... mais la Chine a conservé des supplices atroces ; la famine la décime souvent, et on y remédie par des coupes réglées d'enfants nouveau-nés. L'autorité y est arbitraire, la duplicité, la rapacité, sont partout. »

Le droit des gens est ignoré en Chine ; on coupe les têtes des vaincus comme chez les musulmans.

L'esclavage y existe. En dehors de lui, les philosophes du Céleste-Empire enseignent que l'infériorité de la femme est native.

« Jeune fille, dit le docteur Antonini, elle doit être dans la maison comme U7îe timide souris; femme, comme une ombre et un écho. Son obéissance est passive. Elle n'a pas la parole, ne doit jamais contrarier personne et doit supporter la contrariété, souffrir tout et ne faire souffrir personne. C'est le type du sacrifice. Elle ne prend jamais ses repas avec son mari, excepté le premier jour de l'année.

« Légalement, le mari peut battre sa femme et même la tuer ; mais ce dernier cas se présente rarement.

« Le mari n'a qu'une femme légitime ou de premier rang, mais il peut en avoir autant qu'il veut de second rang. La femme de premier rang est la seule mère légale

LE MOYEN âGIî. 4

de tous les enfants de son mari. Ils ne portent le deuil que d'elle.

« La régénération de la femme esclave peut s'opérer par la maternité. Elle est affranchie si elle met au monde un fils.

« C'est la mère qui est chargée de tuer son nouveau-né quand le père a décidé sa mort. Quatre-vingt-dix fois sur cent, c'est sur les fdles que s'exerce cette barbare coutume.

« Le père a droit de vendre ses enfants comme autrefois à Rome. Ils ont un cours. Au moment où le docteur Antonini faisait son voyage d'études des mœurs chinoises, le cours était de quinze centimes la livre. C'est pour racheter et sauver ces innocentes victimes que l'Eglise a institué l'œuvre de la Sainte-Enfance. »

Voilà le peuple que Voltaire exaltait pour l'opposer aux peuples chrétiens. On devine dans quel but. Ce qui l'excuse, c'est qu'il parlait souvent de ce qu'il ignorait, quand il ne mentait pas à dessein, selon sa coutume. Pour savoir ce que la passion antireligieuse a fait dire d'énormités à cet homme, il faut l'avoir lu.

M. Guizot est plus clairvoyant et plus sincère en avouant qu'en Asie, sous le régime des castes, la société est tombée dans l'immobilité.

Revenons à l'Occident chrétien aux ix® et x^ siècles.

L'Eglise, organe du christianisme, a arraché le monde à la barbarie et au sensualisme sous lesquels sont encore courbés les peuples qui ne lui sont pas soumis. Son action civilisatrice est hors de pair.

« Toutefois, dit M. Pouchet, l'histoire naturelle, la médecine, l'astronomie, la chimie, durent à la science arabe quelques découvertes importantes au ix* siècle. »

Gcrbert, moine d'AuriUac, était avide do savoir. Il alla chez les musulmans d'Espagne étudier les lettres, l'algèbre, Tastronomie et la mécanique, pour ouvrir à l'Europe chré-

tienne une source nouvelle de connaissances. Gomme FEglise, il n'était indiflérent à aucun progrès de la science, d'où qu'il vînt.

Son savoir était prodigieux. Une bibliothèque considérable est réunie par ses soins ; il construit des sphères, invente l'horloge à balancier. Hugues Gapet le nomme précepteur de son fils, puis archevêque de Reims. En 999, il monte sur le trône de saint Pierre sous le nom de Sylvestre II : c'est le premier pape français.

ZIe et Xlle siècles. Troisième renaissance chrétienne. — > Saint Anselme. ~ Abélard. — Saint Bernard.

L'an mille est franchi. Au début du xi^ siècle, Fulbert, archevêque de Lyon, gémit encore des tribulations de l'Eglise de France. Il est témoin, dit-il, des dévastations répétées des barbares ; il a la douleur de voir son clergé succomber sous la misère et la faim.

Bientôt, heureusement, les études vont reprendre leur cours. Ce sera le commencement d'une troisième renaissance. Elle se produit surtout en France.

« Richer, moine de Saint-Remi, à Reims, élève de Gerbert, écrit à sa demande une histoire qui va de 882 à 998' et dans laquelle il imite Salluste, comme Eginhard, secrétaire de Gharlemagne, avait imité Suétone. Abbon, moine de Saint-Germain, chante en vers les exploits du comte Eudes et ceux des Parisiens contre les Northmans, dont un autre, Guillaume, compose l'histoire à l'abbaye de Jumièges (0.

(i) DuBUT, Histoire du Moyen Age^ p. 253. }

« Pendant que ceux-là écrivent, d'autres enseignent, et les écoliers accourent.

« A Saint-Etienne de Gaen, Lanfranc (1005-1089) avait plus de quatre mille auditeurs. Il voulut fuir, dans la solitude de l'abbaye du Bec (1077), une illustration qui le porta malgré lui sur le siège de Gantorbéry.

« Saint Anselme, son successeur dans ces deux dernières résidences, recommença la théologie dogmatique, à peu près délaissée depuis saint Augustin. Il s'établit au cœur du dogme chrétien et employa toutes les forces de son puissant esprit et toutes les ressources de la dialectique à en démontrer la vérité. Il procède avec la rigueur de Descartes ; et la preuve fameuse de l'existence de Dieu donnée par le père de la philosophie moderne, lorsqu'il s'élève, du fait seul de la pensée, à l'être absolu qui en renferme la raison et l'origine, n'est qu'un argument de saint Anselme (0. »

Il est merveilleux, dit César Cantu, qu'un moine du XI® siècle ait exposé avec autant de précision la seule preuve complète et satisfaisante de l'existence de Dieu; qu'il ait élevé la conscience jusqu'à la notion de l'être et ait édifié une théologie doctrinale sur une conception de la raison.

Cette grande figure a tenté les savants Mœhler, de RémusatetMontalembert, qui ont écrit la vie de l'illustre penseur. I

Saint Anselme eut pour élèves Guillaume de Champeaux et Abélard, devenus des maîtres illustres à leur tour, au commencement du xii** siècle. Abélard recommandait aux religieuses du Paraclet l'étude non seulement du latin, mais du grec et de l'hébreu. Il leur rappelle qu'Héloïse

(1) DuRUY, Histoire du Moyen Age^ p. 254.

connaissait ces trois langues. M""" de Sévigné ne savait que la première, dans laquelle elle lisait saint Augustin.

Malgré sa passion qu'il expia, ses erreurs qu'il renia et ses torts qu il répara, grâce aux conseils de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, Abélard fut une haute et rare intelligence. M. Cousin le considère comme l'un des deux plus grands philosophes qu'ait eus la France. Il ne le compare qu'à Descartes, et il a jugé utile à la philosophie et aux lettres de traduire et éditer pour la première fois ses œuvres jusque-là éparses et restées manuscrites.

Toutefois, cet esprit hardi jusqu'à la témérité se lança dans le vague des hypothèses et tomba dans des erreurs! que combattit victorieusement saint Bernard, cet athlète du XII* siècle, comparable à Bossuet réfutant, dans Fénelon, l'erreur d'une belle âme. A son tour Abélard, semblable à l'archevêque de Cambrai, fut aussi grand par sa loyale soumission que par son savoir. Il termina ses jours dans le monastère de Cluny, dont il avait pris l'habit.

Aucun homme n'a jamais exercé sur son siècle une influence supérieure à celle de saint Bernard sur le sien. Consulté par les souverains, même sur la politique, ce puissant orateur fut pris souvent pour arbitre par les évêques, les rois et les papes. Il s'opposa énergiquement aux excès du moine Raoul, qui voulait qu'on exterminât les juifs.

Il avait ouvert ses bras à Abélard repentant. Une réconciliation sincère réuûit ces deux rivaux de génie qui jetèrent tant d'éclat sur le xii* siècle. On admire la mâle éloquence, l'austère vertu du grand abbé de Clairvaux, et en même temps on plaint l'illustre fondateur du Paraclet quand on lit ces lignes écrites à Héloïse par Pierre le Vénérable, témoin des derniers moments d'Abélard :

« Je ne me souviens pas d'avoir vu jamais d'homme plus pieux et plus humble. Il lisait continuellement, priait

souvent, parlait peu. L'âge, le jeûne, la prière, augmentaient ses infirmités. Une maladie grave acheva d'éteindre ses forces, le 21 avril 1142, à Tàge de soixante-trois ans. »

Les ordres religieux enseignants continuent de se multiplier. Les fameuses abbayes de Solesmes et de Jumièges datent de cette époque.

Celle de Gluny, qui avait été fondée en 910, donnait naissance, en 1098, à l'abbaye de Citeaux, illustrée par saint Bernard, et qui s'accrut elle-même si prodigieusement qu'il s'ensuivit bientôt la création des quatre abbayes de la Ferté, Pontigny, Morimond et Glairvaux, appelées les quatre filles de Citeaux. Elles donnèrent, à leur tour, naissance à un nombre infini de monastères dans toute l'Europe, qui doit ainsi, à l'origine, son instruction à des fils de l'Eglise et de la France.

La célèbre abbaye du Bec, où avaient enseigné Lanfranc et saint Anselme, mérite une mention à part. C'était alors la plus renommée. Il suffit de parcourir le catalogue des ouvrages composant, au x\f siècle, la bibliothèque de cette abbaye, pour apprécier l'érudition de ceux qui avaient présidé à sa formation, et la hauteur des études dans ce centre d'enseignement.

Nous relevons seulement, dans ce catalogue , les ouvrages cités au bas de cette page. La liste complète en serait trop longue (*).

Une plus longue énumération des sanctuaires de la science, au Moyen Age, serait fastidieuse. Au x^ siècle,

(1) Catalogue d'une partie dos ouvrages composant, au xii* siècle, la bibliothèque de l'abbayo du Bec.

(Extrait d'un Rapport de M. Ravaùson sur les bibliothèques de l'Ouest au Moyen Age.)

Pline. — Pline le Jeune. — Cicérou. — Sallusto. — Inslilidei do Justioien. — Florus. — Tallius. — Pomponius Mola. — Ptolémôe. — Ovide. — Platon. — Priscien. — Sénôque. — Déuioslliône. — Quinlilien. — Suétone. — Palladius.

onze cent huit monastères avaient été fondés, trois cent vingt-six s'élèvent au xi" siècle, sept cent deux au xii^, sans compter les écoles du clergé séculier.

Un immense réseau enseignant enveloppait alors la France, et notamment la Normandie. « Tous les paysans de cette province savaient lire et écrire. Sur cette terre classique du plumitif, ils portaient une escriptoire à leur ceinture, et bon nombre d'entre eux n'étaient pas étrangers au latin.

« Les nobles, pas plus que les vilains, n'étaient hostiles aux lettres. Ils se sont associés d'une manière brillante au mouvement poétique du Midi ; témoin Bertrand de Barn, Guillaume d'Aquitaine, Bernard de Ventadour. Les premiers chroniqueurs qui ont écrit en français, Villehardouin et Joinville, sont sortis de leurs rangs. Il est inexact qu'ils aient abandonné les magistratures au tiers état , parce qu'ils étaient étrangers aux études du droit. En 1337, on voit les enfants des plus grandes familles suivre les cours des universités de fondation récente. Quant aux prétendus actes qu'ils n'auraient pas signés , sous prétexte que leur qualité les dispensait d'apprendre à écrire, ce qui, a-t-on osé dire, est constaté dans ces actes eux-mêmes, ils n'ont jamais existé. On peut mettre le ban et l'arrièreban des paléographes au défi de produire une seule charte où cette formule soit énoncée (*). »

M. Léon Maître dit aussi qu'aucun exemple n'autorise une telle assertion. En résumé, dit-il ailleurs, le flambeau

— Josèphe. — Orose. — Geometria Gilberti. — ' Traité du Zodiaque (arabe). — Comment, ia Porphyrium. — Décrets de Gratien. — Saint Augustin. — Eusôbe.

— Saint Jean Chrysostome. — Cassiodore. — Boèce. — Macrobe. — Martianus Capella. — Isidore de Séville. — Grégoire de Tours. — Saint-Hilaire. — VII lib. Hist. Normannorum. — Raban Maur. — Alcuin. — Bède. — Saint Anselme, etc., etc.

(1) Gb. LouANDRE, Revue des Deux Mondes, 15 janvier t887.

de la science , longtemps obscurci , en Gaule , par les troubles civils et les invasions, s'est tout à coup rallumé dans la main puissante de Gharlemagne.... Recueilli dans les cloîtres des évêchés et des monastères, ce feu sacré a brillé en Occident du ix° au xii'' siècle, sans interruption, grâce aux efforts constants des Alcuin, des Loup de Ferrières, des Gerbert, des Abbon de Fleury, des Lanfranc, des Anselme, des Fulbert de Chartres, des Guillaume de Ghampeaux et des Abélard.

Dès que les invasions ont cessé, le progrès des études a été ininterrompu jusqu'à la guerre de Gent ans, qui a, pour ainsi dire, suspendu toute sève dans la vie nationale.

Les Trouvères. — Suger. — Universités. — La Sorbonne. Immense mouvement intellectuel.

Continuons de suivre l'œuvre d'édification entreprise sous l'impulsion de l'Eglise au xii^ siècle.

G'est l'époque de l'apparition des trouvères ou troubadours, auxquels on doit l'apparition des premières poésies en vieux français et les Chansons de gestes, ou poèmes racontant les exploits des héros, comme la Chanson de Roland, qui est restée la plus renommée. L'honneur, la gloire et la foi, qui résument la chevalerie, en étaient l'inspiration.

Nous voici à la fm du \\f siècle. « Epoque incomparable, dit Ampère, tout naît, tout resplendit à la fois dans le monde moderne : chevalerie, croisades , architecture, langues, littératures, tout jaillit comme par la même explosion. G'est là que débute véritablement l'histoire de nos arts et de notre civilisation. »

— rn —

Une grande figure illustra ce siècle : celle de Suger, élevé à l'abbaye de Saint-Denis avec Louis VI, dont il devint le conseil et le guide.

Il améliora la justice, les lois, les relations étrangères, protégea Tagriculture, le commerce et l'industrie, lavorisa l'aïKranchissement des communes. Ministre encore sous Louis VII , et nommé régent pendant l'absence du roi parti pour la croisade, il mérita, par son administration intègre, vigilante et éclairée, le surnom de Père de la patrie. Ses lettres, ses mémoires, sa Vie de Louis VI, sont des documents importants pour l'histoire de cette époque. Ses œuvres ont été récemment éditées par M. Lecoy de la Marche.

Un fait caractéristique indique l'extension énorme que prit le mouvement intellectuel à cette époque. L'affluence des étudiants à Paris était telle que leur nombre dépassait celui des habitants. Ils ne trouvaient plus à se loger. Philippe Auguste ordonna de reculer l'enceinte de la ville pour les recevoir.

Une nouvelle ère s'ouvre. Des institutions spéciales vont répondre à ce besoin croissant d'études : nous parlons d»s universités.

Les annales de l'Université de Paris remontent jusqu'aux écoles florissantes où enseignaient Guillaume de Champeaux, Abélard et Pierre Lombard, dans la première moitié du xii^ siècle.

Mais le corps de maîtres et d'écoliers, connu sous ce nom, ne date que de l'an 1200. Il fut constitué cette année par Philippe Auguste, qui lui accorda ses plus importants privilèges.

Elle compta bientôt vingt mille élèves, chifïre supérieur à celui d'aujourd'hui, malgré l'énorme difl*érence de celui de la population. Est-ce là un indice d'indifl^érence, d'aban-

don de la science, de la part de l'Eglise ou de la royauté, au Moyen Age?

L'Université de Paris était divisée en sept corps, savoir : trois facultés de théologie, de droit et de médecine, et quatre nations : France, Normandie, Picardie, Angleterre, remplacée plus tard par l'Allemagne. Ces quatre nations constituaient la faculté philosophique, ou des arts, comme on disait alors. Chaque étudiant était enseigné dans sa langue.

L'Université de Paris fut, au Moyen Age, la grande école de VEurope, dit M. Cousin (0. Elle fut la conseillère des rois, qui l'appelaient leur fille aînée. Au xii® siècle on comptait à la fois un pape, vingt cardinaux, cinquante archevêques ou évêques, qui avaient suivi les leçons d'Abélard. Ce florissant état de l'enseignement valut alors à Paris le titre de cité des philosophes : civitas phîlosophorum (2).

De son côté l'Eglise prenait les étudiants sous sa protection, et, par ses canons, allait jusqu'à les déclarer inviolables (3).

« Parfois, dit César Cantu, le nombre des étudiants qui accouraient à cette fontaine du savoir était égal à celui des citoyens. Tout ce qui fut produit de bien par aucun pays, disent les contemporains, les trésors des sciences, les richesses de la terre, tout ce qui procure des jouissances à l'esprit et au corps, sagesse, arts libéraux, élévation de sentiments, douceur de mœurs, tout se retrouve à Paris. L'Egypte, Athènes, Rome, ou quelque cité que ce soit qui ait jamais fleuri par les sciences, lui cèdent la su-

(1) CoUeclion de documents inédits pour l'histoire de Franc£. Paris, 1836, Abélard.

(2) Jourdain.

(3) Du BouLA-Y, Hisloria universitalis Parisiensis^ III, 93-, cité par Pouchbt.

prématie. Athènes ne peut lui être comparée sinon sous ce rapport que les doctes y occupent aussi le premier rang.

« Paris oflrait le séjour le plus agréable, au milieu de l'abondance de toutes choses. Des privilèges royaux assuraient aux étrangers une protection bienveillante ; c'était le rendez-vous de l'élite de la chrétienté. Des princes destinés au trône y venaient pour acquérir des connaissances qu'ils ne pouvaient se procurer ailleurs. Il en était de même des grands seigneurs de tout pays ; ce qui contribuait à donner aux mœurs cette politesse et cette élégance dont Paris a conservé l'héritage. »

A partir du xiv"' siècle, l'Université de Paris voit, sur ses bancs, des écoliers allemands, anglais, italiens, espagnols, persans, arméniens, syriens.

Sans avoir le même éclat que celle de Paris, beaucoup d'autres universités jouiront d'un très grand lustre. Elles vont devenir, avec les écoles ecclésiastiques et les écoles monastiques, de nouveaux centres importants d'où les lumières se répandront au loin.

En voici la liste exacte :

Celle de Bologne, en Italie, fut la première (en 1111) comme il convenait à la terre de la papauté.

Celle de Paris fondée, comme nous avons dit, en 1200, reçut ses statuts de Robert de Courson en 1215. Celle de Toulouse s'ouvrit en 1223 ; celle de Montpellier, en 1284.

L'Angleterre vit naître celle d'Oxford en 1249, et celle de Cambridge en 1257.

L'Italie en eut trois nouvelles au xiii'' siècle : celles de Naples en 1224, de Padoue en 1228, de Rome en 1245.

En Espagne, celle de Valence date de 1209, celle de Salamanque, de 1239.

En Portugal, celle de Coïmbre apparaît en 1270, celle de Lisbonne, en 1290.

Avant la fin du Moyen Age, la France eut, de plus, celles de Grenoble, Orléans, Angers, Orange, Aix, Dôle, transportée plus tard à Besançon, Poitiers, Caen, Valence, Nantes.

L'Angleterre eut, de plus, les universités de Saint-André et Glascow.

L'Italie, celles de Pise, Florence, Sienne, Palerme, Turin, Parme.

L'Espagne, celles de Valladolid et de Tolède.

L'Allemagne donna naissance aux universités de Prague, Vienne, Cologne, Heidelberg, Erfurt, Leipzig, Rostock, Greifswalde, Mayence, Tubingen. Celle de Vienne, en 1453, comptait quatre-vingt-deux proîesseurs, et en 1473, cent cinq pour la faculté de philosophie seulement. On peut deviner, par là, le chiflre énorme de St5s élèves (0.

En Suisse, celle de Genève est fondée en 1368, celle de Bâle, en 1459.

Dans les Pays-Bas, celle de Louvain apparaît en 1426.

Dans les Etats du Nord, celle de Cracovie est de 1364, celles d'Upsal et de Copenhague, de 1476.

Le clergé et notamment les papes soutenaient les universités de leurs dons et les couvraient de leur protection. Les rois, en France, en firent autant.

De ce tableau instructif, il résulte que la France avait donné le jour à treize universités pendant le Moyen Age. Elle n'en a fondé que huit depuis : à Bourges, Bordeaux, Reims, Douai, Besançon, Pau, Dijon, Nancy. j L'Angleterre en avait quatre au Moyen Age; elle en a huit aujourd'hui.

La Suisse, de deux est montée à quatre.

(i) D* Janssen, VAlîemagne à la fin du Moyen Agé.

L* Allemagne, qui en avait douze, en a vingt-huit à présent.

Les Etats du Nord en avaient trois; ils en ont sept.

L'Espagne, qui en avait six, en compte dix aujourd'hui.

L'Italie, qui tenait la tête, puisqu'elle en avait onze dès le Moyen Age, pour un territoire restreint, n'a pas eu besoin d'en créer de nouvelles pour produire des illustrations de tout genre. Après elle, c'était en France que les universités étaient le plus multipliées à égalité d'étendue de territoire.

A la suite des universités, c'est le cas de mentionner une autre institution célèbre du Moyen Age : la Sorbonne, la gloire de Paris et de la France. Elle avait pour but de faciliter, aux écoliers sans ressources, le moyen de s'instruire tout en étant à l'abri des privations et du besoin. Un chanoine de Cambrai, Pierre Sorbon, son fondateur, en 1257, y parvint avec ses économies et la libéralité de saint Louis, de Guillaume de Bray, archidiacre de Reims, de Robert de Douay, chanoine de Sentis, de Geoffroy de Bar, doyen de l'Eglise de Paris, et de Guillaume de Chartres, chapelain du roi (*).

Un édit du 6 janvier 1340, suivi de beaucoup d'autres semblables, accordait aux étudiants toutes sortes de privilèges : exemption de la taille, des péages et autres impôts, facilités de toutes sortes. Nous ne parlons pas des bourses, demi-bourses et nombreuses réductions accordées aux élèves non aisés. C'était l'instruction gratuite ou peu onéreuse, protégée et encouragée, que notre époque croit avoir inventée, et dont elle voudrait se faire honneur.

En résumé, écoles épiscopales, écoles monastiques,

(1) E. AuïOLLB, Calendrier historique de l'enseignement en France. 1881.

UNIVERSITÉS, SORBONNE, GRATUITÉ RELATIVE DE l'ENSEIGNE-

MENT, PRIVILÈGES DES MAITRES ET DES ÉLÈVES, PROTECTION DES ÉTUDES PAR l'EgLISE ET LA ROYAUTÉ, VOilà le SpeclaclC

que nous offre le Moyen Age si décrié.

Depuis qu'il a cessé d'être ravagé par les invasions, les guerres, les fléaux de toutes sortes, la civilisation avance à grands pas.

On sera étonné de ses progrès si l'on tient compte qu'il manqua de deux éléments de succès que nous possédons aujourd'hui : la facilité des communications et Timprimerie.

On doit à Philippe Auguste la création de nombreuses et importantes routes, ajoutées aux routes militaires romaines qu'il répara. Quant à l'imprimerie, la plus belle, | peut-être, des découvertes humaines, on oublie trop qu'elle est le dernier legs du Moyen Age.

Mais n'anticipons pas.

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