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CHAPITRE IV

OBJECTIONS CONTRE LE MOYEN AGE INTELLECTUEL I. L'astrologie et l'alchimie. — II. La sorcellerie.

L'astrologie et ralchimicr

En prenant la défense du Moyen Age, nous ne prétendons pas nier ses taches et ses erreurs. Parmi ces dernières, on lui reproche l'astrologie et l'alchimie. Il faut dire, cependant, que ni Tune ni l'autre de ces sciences en enfance n'est particulière au Moyen Age. Toutes deux faisaient partie du legs du paganisme.

L'astrologie remonte aux Chaldéens. De Ghaldée elle passa en Egypte, puis en Grèce. Recueillie par les Arabes,, elle fut portée, par eux, en Espagne et dans tout l'Occident.

Elle se divisait en deux branches : Vastrologie naturelle eiY astrologie judiciaire. La première n'était autre que l'astronomie et la météorologie. Elle s'occupait du retour des astres, des éclipses, des marées, des changements de température, des tempêtes, des sécheresses ou des inondations, que l'on attribuait à l'influence des astres»

L'astrologie judiciaire, fille folle d'une sage mèrey disait Kepler, se confondait avec la magie. Elle prétendait prédire la destinée des hommes et des empires par l'inspection des astres. C'est contre cette superstition antique que Charlemagne rendit plusieurs édits ; que le pape Sixte-Quint fulmina l'anathème, ainsi que le pape Urbain VIII. Longtemps après le Moyen Age, Tastrologie existait encore. Henri III, en 1579, Louis XIII, en 1628, Louis XIV, en 1682, la frappèrent des peines les plus sévères.

La responsabilité des erreurs de l'astrologie n'incombe donc pas particulièrement au Moyen Age, encore moins à l'Eglise; elle est le produit de l'amour du merveilleux et de l'ignorance humaine, qui sont de tous les temps.

Nous ferons, à propos de l'alchimie, les mêmes réflexions qu'à propos de l'astrologie.

Val-chimie n'est que le nom arabe de la chimie; il date du ix® siècle. Les adeptes de cette science elle-même la font remonter à l'origine du monde. Les Grecs et les Arabes la tenaient des Egyptiens, qui eurent des connaissances étendues en chimie. Ainsi, par exemple, l'émail retrouvé par Bernard Palissy, au xvi^ siècle, était connu d'eux, des Grecs et des Etrusques. Nous possédons deux Oua-chaptis, provenant des tombeaux des Pharaons, comme on en voit au musée Boulak, au Caire. Ils datent de trois mille ans, et l'émail de l'un d'eux est parfaitement conservé.

L'alchimie a été pratiquée par des habiles pour exploiter la crédulité publique. Un alchimiste, passant par Sedan, enseigne généreusement à Henri P"" de Bouillon le secret de faire de l'or. Il en fait même en sa présence, et ne lui demande, pour prix d'un tel service, que vingt mille écus, pour se rendre à Venise, au congrès des adeptes. Le

prince lui lait présent du double de la somme demandée. Le fourbe était déjà loin quand le prince reconnut qu'il avait été dupe.

Cliarles IX donna cent vingt mille livres à Jacob Gautier afin de préparer la transmutation. Dès que celui-ci les tint, il prit la fuite.

Le pape Léon X fut moins crédule. Lorsque Jean Augurello lui présenta son poème sur Tart de faire de l'or, la Chnjsopée, le pontife lui donna, pour tout cadeau, une hourse vide, afin qu'il pût la remplir.

De tout temps il y a eu des trompeurs habiles ; ce fait n'est pas spécial au Moyen Age. Au siècle de Voltaire, on a vu de célèbres charlatans faire des dupes, en prétendant aussi posséder les secrets de l'alchimie : le comte de Saint- Oermain, Gagliostro, J.-J. Casanova et le docteur Price.

Malgré l'abus qu'on en a pu faire, l'alchimie n'en était pas moins une science sérieuse et réelle, bien qu'à l'état rudimentaire au Moyen Age, si on la compare à la chimie actuelle. Elle étudiait la combinaison des corps et cherchait les secrets de la nature.

Elle a poursuivi le but chimérique d'opérer la transmutation des métaux, de faire de l'or et de composer une panacée universelle, ou remède à tous les maux; mais les •Grecs s'en étaient occupés aussi. Nou^ avons personnellement connu des hommes intelligents à la recherche du mouvement perpétuel, et dépensant une partie de leur fortune en mécanique pour le produire. Aucune des erreurs ou des superstitions reprochées au Moyen Age ne lui est propre. Nul temps, nul pays, n'en est exempt, pas môme le nôtre. On en change, voilà tout.

Reprocher au xiii'' siècle de n'avoir pas égalé, dans les sciences naturelles, le xix% c'est lui reprocher de l'avoir précédé, comme le père précède le fils.

A part le mérite, déjà grand, de ses propres travaux philosophiques et scientifiques, le Moyen Age a encore celui d'avoir été le marchepied des progrès futurs, de les avoir préparés, engendrés. Nous l'avons dit ailleurs^ chaque siècle, chaque savant fait, pour l'avancement de la science, la courte échelle à celui qui le suit. Celui-ci n'a pas plus le droit de mépriser celui qui le précède, que celui qui viendra après ne sera fondé à le dénigrer à son tour. Tous concourent à la supériorité du dernier venu.

On ne peut pas plus reprocher au Moyen Age de n'avoir pas découvert la circulation du sang et les moyens d'utiliser la vapeur, qu'on ne peut faire un grief, au xviii^ siècle, de n'avoir pas découvert les moyens anesthésiques, les. téléphones ou le vaccin de la rage.

Quel qu'ait été, en Europe, l'inventeur de la poudre à canon, connue de Bacon et définie par lui, il n'avait pas deviné la dynamite et la mélinite. Mais si la poudre à canon n'avait pas produit ses effets destructeurs, on n'aurait pas songé à chercher des moyens de destruction supérieurs pour s'en défendre. Celui qui l'a découverte mérite le brevet d'invention; ses successeurs ne sauraient le ravaler et se glorifier, eux qui ont mis six siècles à mériter un simple brevet de perfectionnement.

L'alchimie inspire à César Cantu, à la fois savant et historien, les réflexions suivantes :

« Ces égarements de la raison humaine étaient fliéritage de l'antiquité. Après un temps cfarrêt durant les plus beaux siècles du christianisme^ ils reparurent au temps qu'on a appelé l'époque de l'émancipation de la pensée, au siècle de la Réforme enfin. Il est, sans doute,, à déplorer que rintelligence humaine se soit abandonnée à un pareil délire, mais les sciences occultes devaient avoir hnir moment de règne dans fàge de fimagination

et pousser, par elle, les esprits à une activité dont la seule raison n'eût pas été capable. Que de veilles ne devaient pas consacrer à l'étude et aux recherches ces lioninies qui se croyaient sûrs de découvrir le remède universel et la pierre philosophale !

« C'est de leurs essais qu'est née la chimie. Ce fut seulement après Raymond Lulle que des fripons firent, de l'alcliimie, un instrument de fourberies, ce qui la fit abandonner par les hommes de mérite. Depuis Raymond Lulle jusqu'à Bernard Palissy elle ne fit aucun progrès.

« C'est en s'occupant d'alchimie qu'Arnaud de Villeneuve, maître de Raymond Lulle, trouva les acides sulfurique, muriatique et nitrique. Il fit aussi les premiers essais de distillation qui donnèrent l'alcool. Paracelse introduisit des préparations antimoniales, salines, ferrugineuses. Brandt trouva le phosphore, Rodolphe Glauber, le sulfate de soude, Basile Valentin, le tartre vitriolé. On n'en finirait pas si on voulait énumérer les découvertes dues à l'alchimie et dont profite la chimie moderne (i). »

La sorcellerie.

Une superstition plus regrettable que celles qui se mêlaient à l'astrologie et à l'alchimie a aussi existé au Moyen Age, c'est la sorcellerie.

• « La sorcellerie, dit Littré, fut une longue hallucination qui, pendant de longs siècles, affligea l'humanité. La multitude prodigieuse de sorciers qui tombèrent sous les coups d'une justice insensée démontre à quel point les

(l) C. Cantu, Histoire universelle, X, p. 554 à 556.

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