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Marie de Romieu, Instruction pour les jeunes dames

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Cette horreur de l’eau ne dura pas longtemps ; et, dès le commencement du xvn« siècle la malpropreté des femmes prit fin avec la création d’établissements de bains d’eau tiède et de bains de rivière, tels qu’ils existent encore de nos jours.

Ce retour aux habitudes hydrothérapiques fut-il provoqué par les médecins ? Je ne pourrais le dire. Je n’ai trouvé aucune pièce justificative de cette assertion. Mais il serait injuste de ne pas citer ce remarquable passage des Essais de Montaigne, sur l’action hygiénique des thermes, qu’il recommande également comme un moyen curatif dans certaines maladies :

« Il est bon de se baigner aux eaux chau- » des, d’autant que cela relasche et amollit » les lieux, où se croupit le sable et la pierre : » Mauvais aussi est-il, d’autant que cette » application de chaleur externe, aide les » reins à cuir, durcir et pétrifier la matière » qui y est disposée. A ceux qui sont aux » bains, il est plus salubre de manger peu le » soir affin que le breuvage des eaux qu’ils » ont à prendre l’endemain matin face plus » d’opération, rencontrant l’estomach vuide » et non empesché. Au rebours, il est meil- » leur de manger peu au dîner, pour ne trou- » bler l’opération de l’eau, qui n’est pas en- » core parfaite et ne charger Pestomàch si » soudain, après cet autre travail et pour » laisser l’office de digérer, à la nuict qui le » scait mieux faire que ne fait le jour, où le » corps et l’esprit sont en perpétuel mouve- » ment et action.

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» J’ay veu par occasion de mes voyages, » quasi tous les Bains fameux de Clirestienté, » et, depuis quelques années ay commencé à » m’en servir. Car, en général, j’estime le » baigner salubre et croy que nous en cou- » rons non légères incommoditez en nostre » santé, pour avoir perdu cette coutume qui » estoit généralement observé au tems passé, » quasi en toutes les nations et est encore en » plusieurs de se laver le corps tous les » jours : et ne peux pas imaginer que nous » ne vallions beaucoup moins de tenir ainsi » nos membres encroustez et nos pores es- » touppez de crasse 1 »

Si Montaigne faisait grand cas des eaux minérales, il avait en revanche une formidable appréhension des médecins et do leurs médicaments, sentiment qu’il tenait de son père, dit-il, « qui vescut soixante et quatorze ans, » de son aïeul et de son bisaïeul, qui, jusqu’à près de quatre-vingts ans, « ne goustèrent aulcune sorte de médecine, parce que pour eux, tout ce qui n’estoit de l’usage ordinaire tenoit lieu de drogue. »

1. Avant les temps modernes, les bains médicamenteux étaient peu en faveur : les bains de sable et ferrugineux préconisés par Scribonius et Hérodote de Rome étaient inconnus. Seuls les bains sulfureux étaient recommandés, au xme siècle, par Gilbert d’Angleterre, dans les hydropisies et autres affections cachectiques, et par Arnaud de Villeneuve, dans les affections de la pierre. Les bains d’eaux minérales ne commencèrent à être en usage qu’au xvi* siècle : Hubert fit connaître les eaux de Bourbonneen 1570, et J. Pidoux les sources de Bourbon-l’Archambault et dePougues en 1584. Les eaux des Pyrénées et d’Auvergne ne furent décrites qu’au xvu' siècle, de même que celles d’Àix et de Bagnols en Gévaudan.

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Montaigne a touché juste dans plusieurs de ses critiques sur l’art médical. Il connaissait bien Yindimdia medicoruni , et c’est pour cette raison qu’il disait qu’un médecin doit toujours être seul pour traiter un malade. « Qui veid jamais médecin, dit-il, se servir de la recepte de son compaignon, sans y retrencher ou adjouster quelque chose ? » N’en est-il pas de même encore de nos jours, dans nos consultations ?

Les exemples qu’il donne du désaccord des médecins sur leurs doctrines, qui sè succèdent et ne se ressemblent jamais, pourraient être appliqués aux théories modernes. Les divergences d’opinions d’Hérophile, d’Erasistrate, d’Asclépiade... sur la cause originelle des maladies ne sont pas plus grandes que celles des écoles de Broussais et de Pasteur, qui ont acquis l’une et l’autre. une célébrité universelle, en moins d’un demisiècle.

En bien des endroits, l’auteur des Esscds fait le procès de la médecine, qui, d’après lui, ne doit sa réputation qu’à la crainte de la mort et de la douleur, à l’impatience du mal, à une furieuse et indiscrète soif de guérison. Mais, « au demourant, conclut-il, j’honore les médecins, non pas, suyvant le précepte, pour la nécessité, mais pour l’amour d’euxmesmes, en ayant veu beaucoup d’honnestés hommes et dignes d’estre aymez. »

Ce fameux désaccord des médecins, sur lequel Michel Montaigne a tant insisté, a servi de texte à beaucoup d’autres critiques. Dans les Serrées de Guillaume Bouchet, con-

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temporain du fameux philosophe périgourdin, nous retrouvons la même accusation portée contre les praticiens. « le ne scay pas, dit cet auteur, qui mouvait les anciens à mespriser les médecins : mais ie scay bien que si on les blasme de ce temps, ils en baillent bien les occasions. Où trouverezvous gens d’un mesme estât de profession honorable, qui se portent plus d’envie, et détractent plus les uns des autres que les médecins? Où prendrez-vous des personnes de même vocation qui s’accordent moins ensemble? 1

« Comment fera ce que le peuple les estimera experts et sçavants, veu qu’eux-mesmes s’entr’appellent ignorants et asniers ? Qu’ils soient appelez à un malade, l’un après l’autre, vous les trouvez du tout contraires, aussi bien que tous ensemble, et à la cognaissance de la maladie, et à la guérison. »

Cette jalousie professionnelle était cependant plus apparente que réelle. En dehors des rivalités de la clientèle, les médecins s’entendaient admirablement pour festiner à tout propos. On banquetait en l’honneur de St-Luc et de St-Côme, après chaque thèse, à l’élection du doyen, aux anniversaires, aux commémorations.... C’est dans ces confraternelles agapes que se retrempait cet esprit

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