Gregorii Turonensis. Opéra omnia. Lib. V, cap xxxiv
2. Du bas. lat. corallum, qui signifiait cœur, poumons, intestins, et, par extension de sens, intérieur du corps.
C’est la douleur, c’est la bataille Qui li detrenche la coraille.
Roman de la Rose.
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« n’est pas invraisemblable, puisque après « l’application de ventouses aux épaules ou « aux jambes, il s’élevait des cloches qui, en « se rompant, donnaient issue à de la sanie )
« ce qui en sauva beaucoup. Les breuvages « composés avec des simples, propres à « combattre les poisons, furent aussi très « efficaces.
« Cette maladie qui avait d’abord comte mencé au mois d’août, attaqua d’abord les « enfants et les emporta.
« En ces jours-là, le roi Chilpéric fut aussi « gravement frappé, et lorsqu’il commençait « à se rétablir, le plus jeune de ses fils fut « pris par la maladie, et quand on le vit à « l’extrémité, on lui donna le baptême. Peu « de temps après, il se trouva mieux, et son « frère aîné, nommé Clilodobert, fut atteint à « son tour. On plaça Chlodobert sur une ci- « vière, et on le transporta à Soissons, dans « la basilique de Saint-Médard. On le mit en « contact avec le saint tombeau, en faisant « des vœux pour lui. Mais, exténué et déjà « presque sans souffle, il rendit l’âme vers le « milieu de la nuit.
« ...En ces jours-là, Austrechilde, femme « du roi Gontran, fut de même emportée par « le fléau... Nantin, comte d’Angoulême, « succomba aussi au même mal... Son cada- « vre devint si noir, qu’on eût dit qu’il avait « été calciné par des charbons ardents. »
Grégoire de Tours, dans un autre chapitre de son histoire, donne la relation de l’épidémie de variole dans la Touraine. « Il dit :
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« La septième année du roi Childebert, en « 582, éclata une épidémie. C’étaient des ma- « ladies tachetées, malignes, avec pustules « et vessies qui emportèrent beaucoup de « monde.
« La Touraine fut cruellement ravagée par « cette maladie. Le sujet pris d’une fièvre « violente avait bientôt toute la surface de la « pedu couverte de vessies et de petites pus- « tules. Les vessies étaient blanches et assez « dures, ne présentant aucune mollesse, et « s’accompagnant d’une vive douleur. Dès « qu’elles avaient atteint leur maturité, elles « crevaient et laissaient échapper l’humeur « qu’elles renfermaient. Leur adhérence aux « vêtements en contact avec le corps, aug- « mentait considérablement la douleur. L’art « des médecins était complètement impuis- « sant contre cette maladie, à moins que « Dieu lui-même ne lui vînt en aide.
« ....La femme du comte Eborin, qui était « atteinte de ce fléau, était tellement couverte « de vésicules que ni les mains, ni la plante « des pieds, ni aucune autre partie du corps « n’en étaient exemptes. Il en était même « venu sur les yeux qui restaient constam- « ment fermés. Bientôt après, la fièvre cessa, « la décroissance graduelle des pustules « s’opéra sans douleur et la malade fut « guérie. »
La variole est donc originaire de l’Orient, cet éternel foyer de toutes les pestilences. A partir du vu® siècle, les armées sarrasines la disséminent partout où elles passent : en
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Syrie, en Egypte, en Espagne. Mais à leur tour, les Croisés, en revenant de la Terre- Sainte, importèrent le fléau en France, en Angleterre et en Allemagne. De là, les grandes épidémies de variole au xn° et xme siècle. Puis, le fléau devient à peu près endémique, il apparaît et disparaît sans cesse, mais faisant toujours de nombreuses victimes. « En 1445, dit Sauvai \ depuis le mois d’août jusqu’à la Saint-André (30 novembre), la petite vérole fit mourir à Paris plus de six mille petits enfants. » Les médecins ne connaissaient, il est vrai, ni la nature ni le traitement de cette maladie nouvelle \
La rougeole est contemporaine de la variole; et, comme celle-ci, elle fit son appari-
1. Sauvai. Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris.
2. En l’an 622, Aaron indique pour la première fois la variole, mais ce n’est qu’en l’an 900 que les deux arabistes Rhazès et Avicenne écrivent leurs travaux sur cette maladie, en déterminent les formes cliniques, en exposent le diagnostic et le pronostic et la méthode de traitement. Rhazès, médecin d’un hôpital à Bagdad, recommande, en raison du climat de son pays, les boissons rafraîchissantes, bans les périodes de fièvre, il conseillait les saignées copieuses, et pour les enfants des ventouses scarifiées. Il faisait couvrir très chaudement les malades, ordonnait de leur frotter le corps, tout en leur
int de l’eau glacée à boire. Dans certains cas, il faisait placer deux vases pleins d’eau chaude, l’un devant, l’autre derrière le malade, pour faciliter l’éruption ; puis il faisait essuyer le corps avant que la vapeur se refroidit. Il prescrivait des topiques sur les paupières, quand il y avait une éruption sur les yeux. De môme, il conseillait des gargarismes. Il ouvrait les boutons quand ils
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tion dans la nosologie du vi° siècle, sous la forme épidémique. Il est probable qu’elle eut également l’Egypte pour berceau; et, d’après Borsieri, elle prit une telle extension dans l’Europe occidentale, qu’on rencontrait à peine quelques personnes qui n’en eussent été atteintes. Son histoire repose cependant sur des documents moins nombreux que
étaient en état de suppuration avec une aiguille d'or et pompait le pus avec du coton. Il remédiait à la diarrhée et à l’insomnie avec de l’opium, et sur le déclin de la maladie il avait recours à de légers purgatifs. Quand la chaleur fébrile était excessive, il donnait le suc de grenade bouilli avec du sucre et de la gomme arabique, ou bien de la tisane d’orge sucrée, ou encore une décoction de raisins, de figues ou de semences de fenouil.
Rhazès faisait aussi usage, dans la variole, de plusieurs sirops et oxymels. Ceux-ci consistaient dans un mélange de différents sucs de plantes et de fruits acides, auxquels on ajoutait du sucre et du vinaigre. Le camphre entrait aussi en petite quantité dans les sirops et les électuaires rafraîchissants. Les purgatifs dont il faisait usage étaient la manne, la casse et le séné.
Tous les aliments étaient sévèrement proscrits, et notamment la viande, le poisson, le lait et tous ceux qui étaient assaisonnés avec des drogues échauffantes et des épices. Il recommandait enfin que la chambre du malade fut toujours giandement aérée.
Avicenne, qui vint après Rhazès, établit le pronostic de la maladie d’après la coloration des pustules : Plus elles sont blanches, plus elle est bénigne, et plus elles se rapprochent de la teinte noire, plus elle est dangereuse, surtout quand l’éruption se fait irrégulièrement. Il mentionna également le caractère contagieux de la maladie, tout en adoptant les idées de Rhazès sur la nature et le traitement de celle-ci.
Ce ne fut qu’au onzième siècle que Constantin l’Africain donna la première traduction en latin des œuvres des médecins arabes, et encore cette traduction est-elle très inexacte.
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celle de la variole, quoique Anglada dise qu’elle figurait probablement parmi ces maladies tachetées, valetudines variae , dont parle Grégoire de Tours '. Mais ce ne fut qu’au xvi° siècle que Prosper Martian en donne une description exacte, « comme une maladie spéciale des enfants, qu’ils ne peuvent pas plus éviter que la variole. Elle débute par une fièvre violente, suivie, vers le troisième ou le quatrième jour, d’une éruption de petites taches rouges qui s’élèvent peu à peu, et rendent la peau âpre au toucher. La fièvre dure jusqu’au cinquième jour; et, quand elle a cessé, les papules commencent à s’effacer insensiblement. »
La rougeole était désignée au moyen âge sous le nom de morbilli, qui signifiait petite peste, de même que moi'bus signifiait spécialement peste. Il est donc à présumer qu’elle eût à cette époque une gravité qu’elle n’a plus de nos jours,
Il est probable que l’épidémie morbilleuse du vi« siècle comprenait à la fois la variole, la rougeole et la scarlatine dont les anciens ne savaient pas faire le diagnostic différen-
1. Aaron, contemporain de Paul d’Egine en a dit quelques mots dans ses œuvres. Rhazès en a fait mention dans son traité sur la variole et en a donné succinctement le traitement. Il dit que lorsque le malade éprouvait de grandes anxiétés et qu’il se sentait près de tomber en syncope, on le plongeait dans l’eau froide, et on lui frottait la peau, afin de provoquer l’éruption. Avicenne n’a pas su reconnaître la rougeole et l’a considérée comme une forme bilieuse de la variole. Constantin l’Africain a suivi l’exemple d’Avicenne et reproduit l’opinion des médecins arabes, sans commentaires,
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tiel. Anglada affirme la coexistence de toutes ces fièvres éruptives, et il en donne les raisons suivantes : « L’apparition contemporaine de la variole et de la rougeole représente la première manifestation d’une constitution épidémique insolite, résultant d’un concours d’influences inconnues dans leur nature et trahies par leurs effets. Le terrain était dès lors préparé à recevoir la scarlatine, et il est vraisemblable qu’elle n’a pas tardé à y porter ses fruits. Ne rencontre-t-on pas, dans les écrits des Arabes certaines efflorescences cutanées, qui semblent par exclusion, se rapportera la scarlatine elle-même ? Cette maladie aurait donc été à cette époque soupçonnée, entrevue, vaguement indiquée. Mais quand on songe à la confusion dont le diagnostic différentiel de la variole et de la rougeole a eu tant de peine à se dégager, on ne s’étonne plus que cette indécision ait contribué à prolonger indéfiniment l’incognito de la scarlatine, perdue pour ainsi dire dans les exanthèmes morbilleux. Ce n’est qu’au prix d’innombrables observations, résumant l’expérience de plusieurs siècles, qu’elle a reçu enfin son baptême nosologique. Rien ne prouve qu’elle n’ait pas coopéré de bonne heure aux épidémies qui ont été dans l’origine attribuées à la variole et à la rougeole. » Ce qui prouve bien d’ailleurs qu’il y avait confusion entre les exanthèmes morbilleux, c’est qu’Ingrassias, décrivant, en 1510, la scarlatine, sous le nom de rossalie, ajoutait : Quelques-uns pensent que la rougeole et la rossalie sont la même maladie. Quant à moi,
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sans m’en rapporter à ce qu’en disent les autres, j’ai eu bien des occasions de constater la différence. Nonnulli surit qui jnorbillos idem cuni rossalia esse existimant . Nos autem sæpissime distinctos esse ciffectus, nostrismet oculis, non aliorum duntaxat relationi confidentes inspeximus \
Ces faits nous paraissent assez concluants pour admettre que la rougeole et la scarlatine sont, comme la variole, les produits du génie épidémique du vie siècle et contemporains de la peste bubonique. Toutes ces maladies représentent la constitution médicale des premiers siècles du moyen âge.
1. Johannis Piiilippi Ingrassiae. De lumoribus præter nalurarrij Cap. I.
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La Suette d’Angleterre du XVe siècle
On a donné à cette grande épidémie du xve siècle le nom de suette d’Angleterre ou fièvre de sueur des Anglais, parce que elle parut d’abord en Angleterre avant de s’étendre sur l’Europe centrale. Cette épidémie éclata au mois de septembre 1486 dans l’armée d’Henri VII, cantonnée dans le pays de Galles, gagna Londres quelques jours après, et s’étendit sur tout le sol britannique, avec une rapidité prodigieuse. Son apparition fut foudroyante ; et, pendant sa durée, qui ne fut que d’un mois, elle fît un nombre considérable de victimes, car à peine sauvait-on un malade sur cent. « Elle fut si terrible et si aiguë que de mémoire d’homme on n’avait rien vu de pareil ’. »
L’épidémie reparut en Angleterre en 1513, en 1517, en 1529 et en 1551. Elle était précédée d’un temps très humide et de vents violents. La mortalité était toujours très grande. Les
1, Olindshed’s chronique citée par Anglada,
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malades succombaient souvent en l’espace de deux heures, et enlevait, dans certaines villes la moitié de la population. Celle de 1529 fut surtout très meurtrière ; le roi Henri VIII en fut atteint et n’échappa .que difficilement à la mort, quoique fuyant de ville en ville devant le fléau, auquel une grande partie de la noblesse d’Angleterre avait payé un énorme tribut. L’ambassadeur de France à Londres, M. du Bellay, écrivait le 21 juillet 1529 : « Le jour que je suay chez M. de Cantorbéry, en mourut dix-huit en quatre heures. Ce jour-là ne s’en sauva guère que moy, qui ne suis pas encore bien ferme. »
Cette même année, la suette se répandit dans toute l’Europe, ce qui ne s’était pas vu dans les épidémies précédentes. Elle fit d’épouvantables ravages en Hollande, en Allemagne et en Pologne. Au fameux synode de Luther et de Zwingle, qui se tenait à Marbourg, les ministres du culte réformé, saisis par la peur de la mort, se sauvèrent, en protestant contre le fléau... A Augsbourg, il y eut, en trois mois, 18,000 personnes atteintes et 1,400 décès . »
L’épidémie n’arriva pas jusqu’à Paris, mais elle se montra dons le Nord de la Fronce et en Belgique. Mezeray mentionne ce fait. ' en ces termes : « Une certaine maladie pris cette année (1529), son commencement en Angleterre. C’estoit une espèce de contagion, qui passa de là en France et aux Païs-Bas, et se répandit bientôt dans toutes