Fernelli. Universa medica
LES GRANDES ÉPIDÉMIES
des frissons. 2° La période de sueur, précédée d’une sensation de chaleur ardente dans tout le corps et d’une soif presqu’inextinguible. Les malades éprouvaient également une grande agitation, une inquiétude qui confinait à la terreur et au désespoir. Beaucoup se plaignaient de spasmes d’estomac suivis quelquefois de nausées et de vomissements, de suffocations et de douleurs lombaires. Un symptôme constant était la céphalalgie avec palpitations du cœur et anxiété précordiale. La troisième période s’annoncait par un délire tantôt sombre, tantôt loquace, une odeur fétide de la sueur, la fréquence et l’inégalité du pouls et se terminait dans un état soporeux, dans lequel survenait inévitablement la mort.
La durée de la maladie était le plus souvent de quelques heures et ne dépassait que rarement une journée, soit que la terminaison fut fatale ou favorable.
La convalescence était toujours longue, souvent compliquée de diarrhée ou d’hydropisie. Il est à remarquer, au point de vue de l’analogie qu’on serait tenté d’établir entre cette espèce de peste sudorale et les épidémies de suette miliaire observée en Picardie et dans le centre de la France, qu’on ne put jamais constater dans la première aucune trace d’éruption cutanée. Fernel la nettement affirmé : «Il n’y avait, écrit-il, ni charbon, ni bubon, ni exanthème, ni ecthyma, mais seulement une hypersécrétion de la sueur. Nec carbunculo , nec bubone, nec exantliemate, nec ecthymate , sed sudore solo pvorumpans.
LES GRANDES ÉPIDÉMIES
Telle fut l’épidémie de suette du xv° siècle qui fit peu de victimes en France, mais qui en fit de nombreuses en Angleterre et en Allemagne. On a beaucoup discuté sur la nature de cette maladie; mais toutes les théories émises par les auteurs se ressentent des doctrines médicales d’autrefois et des préjugés nosographiques suran nés. Nous nous contenterons de dire que de la classification des périodes faite par nous, il nous paraît logique de considérer la suette du xve siècle comme une fièvre anomale pernicieuse dans laquelle prédomine le stade de sueur, qui devient par conséquent le signe caractéristique de la maladie.
LES GRANDES ÉPIDÉMIES
Le Scorbut.
On a supposé qu’IIippocrate avait décrit le scorbut sous le nom de grosse rate, affection attribuée à l’usage des eaux stagnantes et caractérisée par la tuméfaction des gencives, l’haleine forte, la pâleur du visage, l’ulcération des jambes. Mais l’étude de ce passage du livre De affect, a permis de reconnaître, dans ces symptômes, les caractères de la scrofule plus que ceux du scorbut. Le récit qu’a donné Pline de la maladie des soldats romains dans une expédition en Germanie paraîtrait se rapporter davantage au scorbut, mais, ce qu’en a dit Cœlius Aurelianus, et après lui les médecins arabes, ne présente qu’une vague analogie avec cette affection.
Sprengel a pensé qu’on pourrait retrouver les premières traces du scorbut dans les expéditions des Normands en Winlande, dans les premières années du xie siècle. En admettant que les hommes que commandait Eric Thorstein, obligés d’hiverner sur les côtes occidentales de la Winlande, eussent tous
86 LES GRANDES ÉPIDÉMIES
succombé h une maladie endémique de ce pays, rien ne prouve que c’était du scorbut, quoique ce mot ait pour signification, en Danois, ulcère de la bouche.
Nous avons d’ailleurs un autre document, qui a une valeur d’authenticité autrement grande. Il nous a été transmis par un de nos grands chroniqueurs du moyen âge, par Joinville, l’ami et le compagnon de saint Louis, dans la croisade en Palestine.
Il nous a fait dans ses Mémoires, le récit très succinct de la famine et de l’épidémie scorbutique qui, en 1248, frappèrent l’armée française campée sur les bords du Nil, après la bataille de Mansourah. Il dit notamment :
« Après les deux batailles devant dites, commencièrent a venir les grans meschiez ' en l’ost1 2 3 4 ; car au chief 2 de neuf jours, les cors de nos gens que il avoient tuez vindrent au dessus de l’yaue \ (et dit l’en 5 que c’estoit pour ce que les fielz 6 en estoient pourriz), vindrent flottant jusques au pont qui estoit entre nos deux os 7 et ne porent passer, pour ce que le pont joignoit 8 à l’yaue. Si grant