Heusiaux, bottines, chaussures
Jl- Qu’il n’arriva de mourir (convenire).
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Lo signe de la mort estoit tel, que là où le nez seignoit il convenoit mourir. »
La relation de Joinville ne peut laisser de doute sur la nature de l’épidémie qui attaqua les Croisés. Nous constatons l’affaiblissement général, les hémorrhagies, les ecchymoses livides de la peau, la tuméfaction fongueuse et le saignement des gencives, qui caractérisent le scorbut.
D’après les écrits de quelques médecins allemands du xv« siècle, cette maladie était endémique dans les parties septentrionales de l’Europe, sur les côtes de la mer Baltique. En Hollande, on a observé de nombreuses épidémies scorbutiques, dans les classes inférieures du peuple, coïncidant avec les plus mauvaises conditions d’hygiène : Alimentation avec des viandes salées et fumées, habitations dans des pays marécageux, atmosphère froide, chargée de brouillards, etc.
Il en était de même dans les épidémies qui attaquèrent les colons du Canada, mais on ne connaissait pas encore les indications thérapeutiques de cette coïncidence, comme le prouve cette observation remarquable consignée sur les registres du bâtiment monté par Cartier, en 1535, pendant son séjour au Canada :
« La maladie commença autour nous d’une merucilleuse sorte et de la plus incogneue : cas les ungs perdoient substance, et leur devenoient les iambes grosses et enflez, et les nerfs retirez et noirciz comme charbon, et à aucuns toutes semées de gouttes
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de sang, comme pourpre : puis montait ladicte maladie aux hanches, cuisses et espaulles, aux bras et au col. Et à tous venoit la bouche si infecte et pourrye par les gencives, que toute la chair en tomboit jusqu’à la racine des dentz, lesquelles tumboient presque toutes. Et tellement esprint la dicte maladie à nos trois navires, que à la my ferburier de cent dix hommes que nous étions, il n’y en avait pas dix sains.
« Et pource que la maladie nous estoit incongneue feist le cappitaine ouvrir le corps pour veoir si aurions congnoissance d’icelle pour préserver si possible estoit, le persils. Et feust trouvée, qu’il avait le cœur blanc et fletry, environné d’un pot d’eau rosse comme dacte, le foye beau, mais avait le poumon tout noircy et mortifié et s’estoit retiré tout son sang audessus de son cœur. Pareillement avait la ratte par devers l’eschine un peu entamée environ deux doidz, comme si elle eust esté frotée sur une pierre rude » \
De cetteautopsie, grossièrement faite, il est vrai, il paraîtrait cependant résulter que le scorbut détermine une altération profonde du sang, et que l’épanchement de ce liquide dans certains viscères indique une diminution de sa fibrine et du nombre des hématies, — altération qu’expliquent bien d’ailleurs les nombreuses hémorrhagies qu’on observe dans les cas graves de scorbut.
1. Brief récit et succinte narration de la nauigation faicte eD ysles de Canada. Paris 1545..
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La Lèpre
La lèpre est une maladie originaire de l’Orient : l’Egypte et la Judée furent autrefois ses principaux foyers. C’est en revenant d’une expédition en Palestine qu’une armée romaine, commandée par Pompée, l’importa en Italie. Dès les premières années de l’ère chrétienne, il en est fait mention par Celse, qui conseillait de la traiter en provoquant des sueurs, à l’aide de bains d’étuve ; et quelques années plus tard par Arétée, qui avait recours à l’ellébore, aux bains sulfureux et à la chair de vipère donnée comme aliment, traitement déjà adopté d’ailleurs par Musa et Archigène.
Au deuxième siècle, elle est déjà en Gaule : Soranus d’Ephèse traitait les lépreux d’Aquitaine, qui étaient très nombreux \ D’après Velly, la lèpre existait communément en
1. Grégoire de Tours dit qu’ils avaient à Paris une sorte de lieu d’asile, où ils se nettoyaient le corps et où ils pansaient leurs plaies.
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France vers le milieu du vin® siècle, époque où Nicolas, abbé de Corbie, fît construire une léproserie, mais elle ne devint très fréquente qu’après les Croisades, du xie au xivô siècle. A cette époque, le nombre des ladres, nom qu’on donnait aux lépreux, en souvenir de leur patron St-Lazare, devint si considérable, qu’il n’y eut ni villes ni bourgades qui ne fussent obligées de bâtir une ladrerie pour les y séquestrer. Sous Louis VIII, on comptait 2,000 de ces hôpitaux, et on en compta plus tard 19,000.
D’après les historiens de l’époque, dès qu’un homme était soupçonné de ladrerie, il ne pouvait entrer en relations avec quiconque, sans déclarer le genre de maladie dont il était atteint. Sans cette précaution, ses actes devenaient nuis. De là le capitulaire de Pépin, pour la dissolution du mariage contracté avec des lépreux, et celui de Charlemagne, leur défendant de fréquenter des gens sains. La crainte de la contagion était telle, que dans les endroits où il n’existait pas de ladrerie, on bâtissait pour le malheureux atteint de la maladie une petite maison appelée borde'. On lui donnait un manteau gris, un chapeau et une besace, on le mu-
1. On désignait sous le nom de borde , bordeau, bordel , bordetle, bourde , bourdeau, une petite maison, une cabane bâtie à l’extrémité de la ville, dans le faubourg, une petite ferme, une masure, menil, closerie, petite grange, métairie, une cabane dans laquelle on renfermait les lépreux. Ils étaient dérivés des mots boaria, borda, bordellurn, boriu, en bas lat. On a appliqué ensuite ces expressions aux lieux de débauche .
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nissait en outre d’une tartavelle, espèce de crécelle, ou d’une petite sonnette, avec laquelle il prévenait les passants de son malheureux sort et empêchait qu’on ne s’approchât de lui. Une tasse ou un chapeau, placé de l’autre côté du chemin, invitaient les âmes charitables à lui faire l’aumône et ensuite à s’éloigner.
Les ladreries s’enrichirent petit à petit des libéralités des rois, des seigneurs et du peuple, et le sort des lépreux devint moins horrible et moins inhumain qu’au début.
Ils étaient cependant toujours soumis «à de sévères règlements de police ; il leur était notamment défendu, sous les peines les plus sévères, d’avoir des relations sexuelles avec les personnes saines, car ces relations étaient considérées comme le mode le plus dangereux delà contagion. Aussi, dès qu’ilsavaient franchi la porte de la léproserie les malades étaient-ils considérés comme morts civilement. Et pour leur faire bien comprendre leur position, le clergé les accompagnait, à leur résidence, comme pour des funérailles ; il leur jetait de la terre du cimetière sur la tête en leur disant : « Gardez-vous d’entrer en nulle maison que votre horde. Quand vous parlerez à quelqu’un vous irez audessous du vent. Quand vous demanderez l’aumône, vous sonnerez votre crécelle. Vous n’irez pas loin de votre borde sans avoir votre habillement de bon malade. Vous ne regarderez, ni puiserez en puits ou en fontaine, sinon les vôtres. Vous ne passerez pas planches ni ponceau où il y ait appui, sans avoir
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mis vos gants. Vous ne marcherez pas nupieds, ne passerez clans les rues étroites, ne frôlerez les murs, les arbres, les portes, ne dormirez pas au bord du chemin, etc. » Morts, ils étaient enterrés dans le cimetière de la léproserie par leurs compagnons.
Ainsi séparés de la société, ces parias vivaient entre eux, se reproduisaient quelquefois, et terminaient leurs jours dans la plus affreuse cachexie, avec le mépris, le dégoût et la répulsion qu’ils inspiraient à tout le monde.
Il est vrai que chaque fois qu’on se relâchait des mesures sanitaires destinées à isoler les lépreux, on voyait survenir une recrudescence delà maladie. Alors, on se hâtait de remettre en vigueur les anciennes ordonnances. C’est ainsi qu’en 1371 le prévôt de Paris fit publier un édit enjoignant à tous les ladres de quitter la capitale, dans le délai de quinze jours, sous de très grosses peines corporelles et pécuniaires; — qu’en 1388 il fit défense aux lépreux d’entrer dans Paris sans sa permission; — qu’en 1402 il renouvela cette défense,
« sous peine d’estre pris par l’exécuteur et ses valets, et détenus prisonniers pendant un mois, au pain et à l’eau et ensuite bannis du royaume; » — qu’enfin, le 15 avril 1488, il enjoignit « à toutes personnes attaquées du mal abominable, très périlleux et contagieux, de la lèpre, de sortir de Paris avant la feste de Pâques et de se retirer dans leurs maladreries aussitost après la publication de ladite ordonnance, sous peine de prison
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pendant un mois, au pain et h l’eau, de perdre leurs chevaux, housses, cliquettes et barillets, et punition corporelle arbitraire; leur permettant néanmoins d’envoyer questor pour eux leurs serviteurs et servantes estant en santé. »
On comprend dès lors comment, à différentes époques, on accusa ces pauvres ladres des crimes les plus horribles, entr’autres d’avoir empoisonné les rivières, les puits et les fontaines. Sur cette accusation, dit l’auteur du Dictionnaire des mœurs des Français , Philippe-Le-Long en fit brûler un certain nombre et confisqua tous leurs biens qu’il donna aux ordres de Malte et de Saint- Lazare.
Les historiens et les chroniqueurs des xi° et xiie siècles désignaient souvent le malheureux atteint de la lèpre sous le nom de Mesel, Mezel, Méseau ou Mésiaus. Cependant, Barbazan 1 2 a prétendu qu’il fallait faire une distinction : le Mesel, d’après lui, ôtait un homme couvert de plaies et d’ulcères, tandis que le ladre était un homme insensible *. Il pense que la Mesellerie a été dans l’origine une maladie différente de la ladrerie et que ces deux maladies ont été confondues à tort.
1. Etienne Barbazan, érudit et historien né en 1696. Auteur de nombreux travaux sur l’histoire de France : Recueil alphabétique de pièces historiques. Tableaux et Contes français, des xu", xiu’, xiv* et xv‘ siècles, TOrderic de chevalerie, et manuscrits nombreux sur l’origine de la langue française. (Bibliothèque de l'Arsenal).
2. C’était évidemment la lèpre anesthésique, qui peut exister seule ou accompagner la lèpre maculeuse.
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« Elles ont servi, dit-il, à désigner un mal affreux que l’on réputait le plus dangereux de tous. »
A l’appui de l’assertion de Barbazan, nous avons trouvé dans quelques auteurs de langue romane des documents qui la confirment, qui nous paraissent assez intéressants pour être cités, et faire partie désormais de la littérature médicale. Voici les principaux :
« Seneschal, or vous demande-je, fist-il, « (St-Louis) lequel vous ameriez miex, ou « que vous féussiés mesiaus ou que vous « eussiés fait un pechié mortel; et je qui « ongues ne li menti, li respondi que je ame- « raie miex avoir fait trente, que de estre « mésiaus. »
Joinville, Histoire de Saint Louis.
La lèpre n’était cependant pas une cause absolue de divorce, comme on le voit dans ce passage :
« Que home ne pot sa femme lessier que « por fornication, et por lepre non, et mesel « se poent marier L’en dit ci, que cele est « forçable à eschever le mariage, se si mari, « devient mesel, entre tant qu’il fust fiancé.»
Manuscrit de la bibliothèque nationale , il0 8407 , fol. 100.
Dans le même manuscrit, on trouve un autre fait analogue concluant à l’invalidation du mariage pour cause de mesellene compliquée d’impuissance :
« Uns esposa une famé, qui par rempure « avait perdu ce qui est nécessaire, nonques « n’habita avec elle, por ce qu’il est meséaus
les grandes épidémies
« se velt à autre marier, et l’en dit qu’ele se « marit, car le premier ne vaut riens à ina- « rier, ne plus que un enfant, quant il ne « pot cohabiter.
« Que non poer de cohabitation fet empe- « chement en mariage corne un enfant. »
Les individus atteints de mesellerie étaient, en réalité, placés hors la loi. Il est dit, en effet, dans la coutume de Beauvoisis , cap. 39 :
« Mesiaus ne doit pas être oï en témoi- « gnage, car coustume s’accorde que il « soient débouté de la conversation des au- « très gens.
« La sesime reson si est, quant mesiaus « apele houme sain ou quant li hons sains « apele un mesel, li mesiaus peut mettre en « sa deffense que il est hors de la loi mon- « daine, ne que il n’est pas tenus à respon- « dre à un mesel de tes cas. »
Ces malheureux ne pouvaient davantage hériter de personne, ni disposer de leurs biens que pendant leur vie. Ce passage de Y Ancienne coutume de Normandie le dit très explicitement :
« Li mesel ne poent estre heirs à nulli, « partant que la maladie soit apparoissante « communément, mais ils tendront lor vie « héritage, que ils avoient, eins qu’ils fussent « mesel. »
De même que dans beaucoup d’autres maladies la lèpre se présentait avec des formes différentes de gravité, comme le prouve ce passage du Pèlerinage de Vliumaine lignée :
« Iloms, qui ne scet bien discerner « Entre santé et maladie,
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« Entre le grant mesellerie « Entre le moienne et le meure. »
Cette gravité des différentes formes de la lèpre a été mentionnée également par les arabistes, et notamment par Avicenne, qui avait vu do nombreux cas compliqués d’ulcération des organes génitaux, par l’anglais Gilbert, qui écrivait au xm0 siècle que l’existence de plusieurs espèces de lèpre ne pouvait pas être toujours bien distinguée, en raison de l’analogie de leurs symptômes. Et quant à son caractère de maladie constitutionnelle, nous savons que le syrien Jaliah ebn Serapion en attribuait la cause à la prédominance de certaines humeurs; enfin, que Valescus de Tarente avait constaté son hérédité.
La lèpre, la ladrerie et la mesellerie ne furent donc, en résumé, que les formes cliniques d’une seule maladie contagieuse et héréditaire dont les symptômes apparaissent successivement sur la peau, les membranes muqueuses, les viscères et le système nerveux : C’était donc bien une diathèse très semblable, dans son évolution, à la diathèse syphilitique, — laquelle se généralisera au moment même où la lèpre tendra à s’éteindre ou à se confondre avec elle.
Les médecins des léproseries nous ont laissé un assez grand nombre de documents sur les caractères de la lèpre. Mais leurs observations sont tellement confuses qu’il y a lieu d’en conclure qu’ils considéraient toutes les maladies cutanées comme appartenant au même vice constitutionnel. Ils re-
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connaissaient cependant la ladrerie aux symptômes suivants décrits par Gui de Chauliac :
« Paupières et sourcils gonflés, chute des « cils et des sourcils remplacés par des poils « plus fins. Ulcération de la cloison des na- « rines ; odeur de punais, langue granu- « leuse, haleine fétide, respiration pénible, « épaisissement des lèvres et dureté, fissure, « lividité de celles-ci, gencives inégales, ul- « cérées ; voix nazonnée. Ecailles furfura- « cées dans les cheveux, couleur livide de la « face, regard fixe, aspect hideux ; front poli « comme la corne, pustules sur la face. Vei- « nés de la poitrine développées ; mamelles « dures.
« Amaigrissement des muscles de la main, « surtout ceux du pouce et de l’index ; livi- « dité et scissure des ongles. Refroidisse- « ment des extrémités ; présence d’érup- « tions serpigineuses ; insensibilité des jam- « bes, dispersion des jointures et nodosités « autour d’elles. Sous l’influence du froid, « il paraît sur la peau des élevures comme « sur celle d’une oie plumée.
« Sensation de picotements, ulcération de « la peau. Sommeil pénible, fétidité de la « sueur ; pouls faible, odeur fédite du sang, « qui est visqueux, onctueux au toucher, « sablonneux après l’incinération, de cou- « leur noire ou violacée. »
Le caractère contagieux de la lèpre par les rapports sexuels furent consignés par quelques autres médecins attachés aux maladre-
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ries et par les mesures de police sanitaire prises par les pouvoirs publics. C’est ainsi qu’au xiu0 siècle, le célèbre Roger Bacon, surnommé le docteur admirable, écrivait que le commerce avec une femme lépreuse pouvait être suivi d’accidents très graves. Et cette opinion était corroborée par un médecin de l’Université d’Oxfort, son contemporain. Jean de Gaddesden, et par l’observation de Bernard Gordon, célèbre médecin de Montpellier : vieille histoire d’une comtesse atteinte de la lèpre qui vint à Montpellier pour se faire soigner de cette affection. Un bachelier en médecine, chargé des pansements à faire à cette dame, devint son amont et fut atteint d’accidents cutanés très graves.
A cette époque déjà, la lèpre commençait à prendre un caractère vénérien très marqué, en raison du nombre considérable de prostituées qui en étaient atteintes. Comme on le sait, Jean Manardi, médecin italien, a défendu plus tard cette opinion. Dans une lettre qu’il adressait à son confrère Michel Santana, un des premiers médecins s’occupant spécialement du traitement des malades atteints de vérole, il lui disait : « Cette maladie a éclaté d’abord à Valence, en Espagne, par le fait d’une fameuse courtisane qui, pour le prix de 50 écus d’or, accorda ses faveurs à un chevalier atteint de la lèpre. Cette femme ayant été gâtée, gâta à son tour les jeunes gens qui la voyaient, et dont plus de 400 furent infectés en peu de temps. Quelques-uns d’eux ayant suivi le roi Charles en Italie y portèrent cette cruelle maladie. »
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Un autre médecin italien, André Mathiole montre encore l’identité de la lèpre et de là syphilis dans les termes suivants : « Quelques-uns ont écrit que les Français avaient gagné ce mal par un commerce impur avec des femmes lépreuses, en traversant les montagnes d’Italie1. »
Nous pourrions multiplier ces citations, compléter les faits observés par Fernel et Ambroise Paré en France, et par d’autres médecins italiens, et nous en arriverons à comprendre comment cet ensemble a conduit Manardi à formuler cette conclusion : « Ceux qui ont commerce avec une femme, qui a eu affaire un peu auparavant à un lépreux, tandis que la semence reste encore dans la matrice, gagne quelquefois la lèpre et quelquefois d’autres maladies plus ou moins considérables, selon qu’ils sont eux-mêmes disposés. »
Cette modification de la ladrerie en lèpre vénérienne se fit progressivement, par l’intermédiaire des agents ordinaires de la prostitution, ribaudes et ruffians, qui éludaient depuis longtemps les sages prescriptions de police sanitaire concernant les lépreux. En 1543, le mal était déjà trop grand pour réparer les fautes commises, car l’ordonnance de François Ier sur le rétablissement des léproseries resta sans effet. Il n’y avait plus que des véroles. L’hôpital de Lourcine, qui avait été affecté à ceux de Paris, en contenait