‹ Le moyen age médicalChapitre 20 sur 89 · Pierre, André Mathiole Do morbo gallico · texte numérisé non relu

Pierre, André Mathiole Do morbo gallico

LES GRANDES ÉPIDÉMIES

660 en 1540, et il y en avait encore dans les salles de l’hôpital de la Trinité et dans celles de l’Hôtel-Dieu. Il en était de môme en Province, et notamment à Toulouse, qui eut le mérite de créer le premier hôpital de vénériens, sous le nom gascon de : Houspital das rognousez de la roug no de Naples. Enfin un demi-siècle plus tard, en 1606, faute de lépreux, on supprima officiellement les léproseries : Henri IV attribuait, dans un édit royal, celles qui restaient « à l’entretenement des pauvres gentilshommes et soldats estropiez. »

C’est ainsi que se termina l’épidémie de lèpre, qui sévissait en France depuis le deuxième siècle ; et le même phénomène s’observa, à peu près à la même époque, dans les autres contrées de l’Europe occidentale. La syphilis, produit des maladies vénériennes de l’antiquité et de la lèpre du moyen âge, annonçait une ère nouvelle : elle se faisait la contemporaine de la Renaissance.

Dans le Recueil des lettres de Gui Patin, il en est une qui est un véritable document sur les rapports de la lèpre et de la syphilis. En voici le passage principal :

<( Il n’y a pas longtemps qu’on me fit voir ici un Auvergnat malade, lequel était soupçonné de ladrerie; peut-être que sa famille en avoit quelque renom, car pour sa personne, il n’y en avoit aucune marque. Cela me fil souvenirdc quelques familles de Paris qui en sont soupçonnées ; mais actuellement, nous ne voyons ici aucun ladre, si ce

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n’est à l’égard de l’esprit et de la bourse. Autrefois, il y avoit un hôpital dédié au faubourg S1 Denis. On n’en voit aucun ni en Normandie, ni en Picardie, ni en Champagne, quoique dans toutes ces provinces il y ait des maisons qui leur étoient destinées, et qui sont converties en hôpitaux de pestes. Autrefois on prenoit pour ladres des vérolés que l’ignorance des médecins et la barbarie du siècle faisoient prendre pour tels. Néanmoins, il y a encore quelques ladres en Provence, en Languedoc et en Poitou ’. »

Gui Patin constatait donc qu’au xvie siècle la ladrerie avait disparu à peu près de toute la France.

Quoi qu’on veuille admettre aujourd’hui dans nos Facultés et nos Ecoles, que la science médicale date de la découverte du microscope et que l’étude des anciens n’est qu’une exposition rétrospective destinée à montrer le peu de valeur scientifique du passé, je pense qu’il y a dans les faits admirablement observés par nos prédécesseurs, de grands enseignements à retenir. Comme exemple, je citerai cette transformation d’une maladie constitutionnelle, atténuée par le temps, usée par une transmission héréditaire de près de dix siècles chez le même peuple, — en une diathèse analogue, reprenant ainsi une vigueur nouvelle, pour frapper d’autres générations, mais destinée, dans un

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