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MÉDECINS AU MOYEN AGE

Nous sommes au iv0 siècle de notre ère, la civilisation romaine expire, l’Europe occidentale est envahie par les Barbares ; les lettres et les sciences vont chercher un dernier refuge à Alexandrie : le moyen âge commence.

La médecine grecque essaie de survivre à la révolution, dans la ville des Ptolémées, et produit encore quelques médecins célèbres : Aëtius d’Amide, Philothée, Alexandre de Tralles, Paul d’Egine. Mais, à la fin du vne siècle, l’Ecole d’Alexandrie tombe, à son tour, et disparaît dans les nuages d’une fausse philosophie, léguant les traditions hippocratiques aux Arabes, qui s’avançaient en vainqueurs vers l’Occident.

Les écoles arabes de Dschondisabur, de Bagdad, de Damas et de Cordoue se fondent successivement et deviennent florissantes, grâce â quelques savants Nestoriens grecs et

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juifs qu’elles savent attirer à elles. Aaron, Rhazès, Haly-Abbas, Avicenne, Avenzoar, Averrhoës, Albucasis et d’autres encore écrivent quelques travaux remarquables sur la médecine et la chirurgie, et continuent l'œuvre scientifique des médecins grecs.

Malheureusement les prescriptions de l’islamisme leur interdisent tops travaux anatomiques, 1 et limitent, par conséquent, les progrès qu’ils auraient pu faire faire à la médecine.

Que se passe-t-il alors dans l’Europe occidentale pendant cette période de transition?

Le flambeau des sciences s’est éteint, le feu sacré n’a plus pour emblème que la pâle veilleuse de la chapelle des monastères. La médecine, abandonnée aux prêtres, tombe en une routine empirique et aveugle. « Ils n’avaient recours, dit Sprengel, dans la plupart des cas, qu’aux prières, à l’eau bénite, à l’évocation des saints et martyrs, à la communion et aux huiles saintes. Ces moines étaient indignes du nom de médecins et n’auraient pas dû en avoir d’autre que celui d’infirmiers fanatiques. »

Un éphémère rayon de renaissance se

1. Les Mahométans considéraient la dissection des cadavres non seulement comme une chose impure, mais l’anatomie était encore défendue par leurs dogmes religieux. Ils croyaient que l’âme, après la mort, n’abandonne pas le corps tout d’un coup, mais qu’elle se retire peu à peu, d’abord d’un membre dans un autre, et ensuite dans la poitrine. Ainsi, un cadavre ne peut être disséqué sans souffrir. Ils ne négligèrent cependant pas l’occasion d’étudier l’ostéologie, sur les os des corps humains recueillis dans les cimetières. Sprengel.

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montre en 805, Charlemagne ordonne d’ajouter aux études des écoles cathédrales celle de la médecine, comme une partie du quadrivium. Quelques moines commencent à lire les ouvrages de Celse et de Cœlius Aurelianus. Mais, ne connaissant pas l’anatomie, puisque la religion leur interdisait, comme aux Musulmans, de disséquer les corps humains, ils ne se montrent pas, dans l’art médical, plus forts que leurs devanciers. Le peuple ne leur accorde d’ailleurs que fort peu de confiance et d’estime.

Nous en trouvons la preuve dans les lois gothiques promulguées par Théodoric, lois suivies j usqu’au xie siècle dans la plus grande partie de l’Occident. Il y était dit :

« Aucun médecin ne doit ouvrir la veine d’une femme ou d’une fille noble sans être assisté d’un parent ou d’un domestique ; quia difficillimum non est , ut sub tali occasione i udibrium inter dum adhœrescat. ..( Leurs mœurs ôtaient donc sujettes à caution.)

« Lorsqu’un médecin est appelé pour panser une plaie ou traiter une maladie, il doit, après avoir pris connaissance, fournir une caution et s’arranger pour ses honoraires qu’il ne pourra réclamer dans le cas de danger pour les jours du malade.

« Il recevra cinq sous pour l’opération de la cataracte grise.

« Si un médecin blesse un gentilhomme par la saignée, il sera condamné à payer cent sous, et si le gentilhomme meurt des suites de cette opération, le médecin doit être livré entre les mains des parents , qui

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pourront faire de lui tout ce qu’ils voudront.

« Si le médecin estropie un esclave ou bien lui cause la mort, il est tenu à la restitution.

« Lorsqu’un médecin se charge d’un élève, il lui est dû douze sous pour l’apprentissage. »

Vers le x0 siècle cependant, un progrès se réalise. On voit quelques moines aller étudier à Salerne et au Mont-Gassin, où les Bénédictins avaient fondé, depuis plus d’un siècle, une école de médecine. Constantin d’Afrique leur avait apporté quelques manuscrits des Arabes, et notamment leur traduction en latin, avec commentaires, des œuvres des médecins grecs et des traités d’Aristote sur les sciences naturelles. C’est à Salerne qu’Ægidius de Corbeil avait fait ses études, avant de devenir le médecin de Philippe-Auguste.

Malgré cela, la médecine restait toujours dans les ténèbres les plus cléricales. La superstition et le despotisme de l’église étaient des barrières infranchissables à toutes les sciences. Une première réforme s’imposait, et elle se fit, en 1206, par la fondation de l’Université de Paris, qui comprit une Faculté de médecine, où se firent inscrire de nombreux étudiants.

Le pliysicus Hugo, et Obiso, médecin de Louis-le-Gros, en furent les premiers professeurs.

La maîtrise-ès-arts fut accordée indistinctement aux religieux et aux laïques, à la condition cependant que ceux-ci feraient vœu de célibat.

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On organisa un service médical et chirurgical à l’Hôtel-Dieu, qui venait d’être bâti, devant le parvis Notre-Dame, sous la direction des chanoines. A certains jours, ceux-ci se réunissaient autour du bénitier de la cathédrale, supra cupam , pour discuter sur les questions médicales, ou plutôt sur la philosophie scolastique dans ses rapports avec celles-ci.

L’Université ne reconnut pour ses élèves que les médecins, c’est-à-dire les clercs qui étaient candidats à la maîtrise-ès-arts. Elle écarta sévèrement les mèges et mires, chirurgiens, rebouteurs et barbiers, qui n’avaient pas fait d’études classiques, et auxquels les médecins abandonnaient comme indigne d’eux, tout ce qui concernait la petite chirurgie. Ces officiers de santé du moyen âge étaient fort peu considérés; ils tenaient boutique et ne sortaient jamais sans avoir sur le dos une ou deux boîtes à pansement, qui les assimilaient à des colporteurs. L’Université ne leur imposait pas le célibat.

Dans beaucoup d’œuvres littéraires de langue romane , il est souvent question des médecins et des mires, et certains passages pourraient servir de pièces justificatives aux historiens médicaux. Dans le Roman de Dolopatos, 1 par exemple, le poète constate la nécessité de ne pas laisser envenimer les

1. Le roman de Dolopatos ou «ies sept sages est l’œuvre d’un trouvère du xn“ siècle, du nom de Ilerbers. La première idée de ce poème paraît remonter à la littérature indienne.

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plaies, parce qu’elles sont plus faciles à guérir, quand elles sont récentes :

Vous avez oï (1) la riovelle, (1) entendu.

Tandis com li plaie est novele

Lors puet (1) estre mieux garie (1) peut.

Que lors quant ele est envieillie.

Le mal doit-on medeciner Ains qu’on le laist envenimer,

Car à tart vient la medecine

Puisque li max (1) trop s’enracine. (1) maux.

Dans le fabliau du Vilain mire, 1 où Molière a pris le sujet du Médecin malgré lui, on voit la femme du mire assurer que son mari est non seulement bon chirurgien, mais qu’il sait autant de médecine et d’uroscopie qu’LIippocrate lui-même. (Il ne faut pas oublier que la connaissance des urines faisait partie des attributions des mires et des mèges). Voici ce qu’elle disait :

Quart mon mari est, je vous di,

Bons mires , je le vous afi ,

Certes il soet plus de mecines Et de vrais jugements d’orines,

Que onques ne sot (1) Ypocras. (1) ne sut.

Le Romande la Rose, nous montre encore un pauvre diable qui se plaint de ne pas trouver un mire , pour panser sa playe; il dit :

Ne sceus que faire, ne que dire.

Ne pour ma playe trover mire (1), (1) trouver un chi- Ne par herbe, ne par racine [rurgien.

Je ne peus trover medecine.

1. Manuscrit sans nom d’auteur, n° 7218 de la bibliothèque nationale.

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Quelques années après la fondation de l’Université de Paris, un grand mouvement scientifique s’était produit dans tout l’Occident. La Faculté de Montpellier avait déjà acquis une grande célébrité. Le collège des chirurgiens de Paris s’était fondé (1271). Les sciences médicales comptaient une pléiade de savants remarquables : Richard de Wendmere, Jean de Saint-Amand, Guillaume Saliceto, le grand Albert, Bernard Gordon, Arnauld de Villeneuve, Lanfranc, Roger Bacon. L’Ecole de médecine de Paris voulut posséder son autonomie complète. En 1280, elle se sépare de l’Université et prend le titre do Physicorum Facilitas, et ses membres deviennent des physiciens. Soutenus par le pouvoir royal, beaucoup obtiennent soit de riches canonicats, soit des charges publiques. Mais ces marques de faveur devaient leur attirer des jalousies nombreuses. Les critiques pleuvent de tous côtés sur eux et sur leur art ; elles semblent vouloir laisser sur les physiciens du xme siècle un document historique duquel viendront s’inspirer les comiques des siècles futurs. On retrouve un tômoignagede cette tendance malveillante dans Guyot de Provins. 1 II écrivait sur les physiciens :

Un boins truanz (1) bien en parlez (2) (1) bon gueux (2) ora- .\e mez (1) qu’il soit un pou letrez, (1) à moitié {tour. Feroit foie gent herbe pestre (1), (1) se repaître.

Tuit (1) sont fisicien et mestre. (1) tous.

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