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Bible Guiot. Manuscrit du fonds de La Vallière, n

8 LES MÉDECINS AU MOYEN AGE

En lor (1) dye (2) gargariton (3)

Ce client (1) mes (2) un eras chapon

Ameroie miex que lor boistes (1)

Qui sont trop courouses (1) etmois-

[tes (2)

Et cil (1) qui vient (levers Salerne, Lor vent(l) vessies pour lanternes Ils vendent or brun et syphoine (1),

Por espices (1) de Babiloine.

(1) leur (2) parlé (3)

[ jargon .

(1) ils disent (2) [maintenant.

(1) aimerais mieux [ que leurs boîtes.

(1) coureuses.

(2) dissimulées , hy-

[ pocrites .

(1) celui-ci.

(1) vend.

(1) cérat pour blessure.

(1 ) épices(de species)

Qui les orroit(l) de colérique (2)

Pledoier(l) ou de fleumatique (2)

Li (1) uns a le foie eschaufé,

Et li autres véentouseté (1) ;

Trop par (1) sont lor huevres (2) re-

[postes (3)

Et lor paroles si enpostes (1)

N’i a se vilonnie (1) non (2),

Et parce commence leur non(l) :

Pisicien (1) sont apelés,

Sans fi (1) ne sont-ils pas nommés

Por ce a fi ou commencement (1)

Por le vilain definement (1) :

De fi doit toute leur huevre (1) estre, Et de fi doit fisique nestre (1)

(1) entendrait^.) affection bilieuse.

(I) discuter (2) pi- (1) les. [tuile.

(1) de venlous, su- [ jet aux vents.

( 1 ) semblables (2) [œuvres (3) cachées.

(1) fourbes.

(1) action méprisable (2) non (se non (1) nom. [sinon).

(1) physicien.

(1) foi, bonne foi, [lèpre, terme de mé [pris. Ces différents [sens prêtent au jeu [de mots.

(1 ) au commence- [ment.

(1) achèvement, terminaison.

(1) œuvre (opus).

(1) naître.

LES MÉDECINS AU MOYEN AGE

Sans fi ne les puet-on (1) nommer, Ainsinc(l)ne s’i doit nus (2) fier,

De fi (1), fisique me défie

Fox (1) est qui en tel art se fie Où il n’y a rien qu’il n’y ait fi Dont sui-je fox se je m’i /?(1).

(1) peut-on.

(1) ainsi, (2) personne, nul.

(1) ( Voir les significations de fi.) (1) fou.

(I) fie.

Comme on le voit, les physiciens, aux yeux de ce mauvais plaisant ne jouissaient pas d’une grande estime, malgré le caractère sacerdotal dont ils étaient revêtus. Cependant, dans le Roman clu Nouveau Renard, 1 on trouve un passage qui permet de supposer que \&s flsiciens possédaientdéjà une certaine érudition médicale, qu’ils connaissaient les œuvres de Galien, et qu’ils étaient au courant de l’enseignement des Arabes et de l’école de Salerne :

Je faisoie le phisicien Et allegoie Galien,

Et montroie œuvre ancienne Et de Rasis et d’Avicenne....

Et à tous les faisoie entendre Qu’estoie drois (1 ) phisiciens, (1) honnête.

Et maistre des praticiens.

En revanche, l’auteur du Roman n’accorde qu’une médiocre confiance à la physique, car il dit assez méchamment :

1. Branche ajoutée par Jacquemars Giélée (île Lille), en 1288, au fameux Roman du Renard, poème de Periot de Saint-Cloot, chef-d’œuvre d’invention et d’esprit, considéré comme le monument littéraire le plus remarquable du moyen âge.

>Iss. de la Valière, 2736.

LES MÉDECINS AU MOYEN AGE

Trop croire physique c’est folie;

Maint en l’an en perdent la vie,

Pour un que physique en retorne (1) (1) rétablit.

Je crois que deux elle en bestorne (1) (1) détruit.

Mais, dans un autre passage, parlant des médecins en général, il laisse échapper de sa plume cette ironie facile et banale de nos ennemis professionnels :

Nule vie ne s’appareille (1)

A la lor, trop par est diverse,

Et sortotes autres parverse (1) ;

Bien les nomme li comuns nons ;

Mès je ne cuit (1) qui ne soit bons (2)

Qui ne les doie molt douter (1),

Ils ne voudraient jà trover Nul homme sans aucun mehaing (1) Maintoignement(l)font et maintbaing,

Où il n’a ne sanz (1) ne raison,

Cil eschape d’orde (1) prison,

Qui de lor mains ne puet eschaper.

Pourquoi le poète du Roman du Renard était-il si plein de fiel pour les médecins de son temps, qu’il considère presque comme des malfaiteurs, comme des individus dangereux, mais qu’il n’a pas manqué sans doute d’appeler à son chevet avant de mourir? En général, les médecins ont été toujours fort critiqués par les littérateurs français, aussi bien dans les temps modernes qu’au moyen âge. Nos écrivains ne surent jamais, comme les maîtres de la poésie grecque nous reconnaître comme leurs frères en Apollon. Qu’ils me permettent de leur rappeler à ce propos ce qu’un des auteurs de l’anthologie grecque disait des médecins :

(1 ) se compare.

(1) perverse.

(1) pense (2) homme.

(1) craindre.

( 1 ) blessure, douleur (1) onctions.

(1) ni sous.

(1) infecte.

LES MÉDECINS AU MOYEN AGE 11

« Le fils de Phœbus lui même, Esculape, a mis dans ta poitrine, ô Praxagore, la connaissance de l’art qui fait oublier les soucis. Il a imprimé tes mains du baume qui guérit tous les maux. Tu as appris de la douce Epione quelles douleurs accompagnent les longues fièvres, et quels médicaments il faut appliquer sur la chair divisée ; si les mortels possédaient des médecins tels que toi, la barque des morts ne voguerait pas si chargée... »

Cependant, malgré les sarcasmes, malgré les épigrammes et les calomnies, la médecine a toujours été et sera toujours la grande consolatrice des affligés, des malades, des souffrants riches et pauvres. Aussi, à toutes les époques de l’histoire, voyons-nous les prêtres enclins à la pratique médicale; et à leur exemple, peut-être à leur instigation, les religieuses voulurent, dès les premiers siècles du moyen âge, se livrer à l’exercice de la médecine. Au xii0 siècle, on vit même les nonnes du couvent du Paraclet, en Champagne, s’essayer, sur les conseils d’Abélard, aux pratiques chirurgicales. Il est vrai que la première abbesse du monastère fut Héloïse, dont l’histoire de la chirurgie conservatrice n’a jamais fait mention.

On donnait aux femmes médecins qui pansaient les blessés le nom de médeciènnes ou de miresses. Gauthier de Coinsi en a fait mention dans ses œuvres 1 :

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