‹ Le moyen age médicalChapitre 28 sur 89 · De rnorbis contagiosis · texte numérisé non relu

De rnorbis contagiosis

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« Les malades étaient tristes et abattus; ils avaient le visage pâle.

« Il survenait des chancres aux parties honteuses : ces chancres étaient opiniâtres ; quand on les avait guéris dans un endroit, iis apparaissaient dans un autre, et c’était toujours à recommencer.

« Il s’élevait sur la peau des püstülês avec Croûtes : elles commençaient, chez les uns, par attaquer la tête, et c’était le plus ordinaire; chez les autres elles paraissaient ailleurs. D’abord, elles étaient petites, ensuite elles augmentaient peu à peu jusqu’à la grosseur d’une coque de gland, dont elles avaient la figure, d’ailleurs assez semblable aux croûtes de lait des enfants. Chez quelques-uns, ces pustules étaient petites et sèches, chez d’autres grosses et humides, tantôt livides et blanchâtres, tantôt dures et rougeâtres. Elles s’ouvraient au bout de quelques jours et rendaient une quantité incroyable d’une liqueur puante et vilaine. Dès qu’elles étaient ouvertes, c’étaient de vrais ulcères phagédéniques, qui consumaient non seulement les chairs mais même les os.

« Ceux dont les parties supérieures étaient attaquées, avaient des fluxions malignes, qui rongeaient le palais, la trachée-artère, le gosier et les amygdales. Quelques-uns perdaient les lèvres; d’autres le nez; d’autres les yeux ; d’autres toutes les parties honteuses.

« Il venait à un grand nombre, dans les membres, des tumeurs gommeuses qui les défiguraient, et qui étaient souvent de la

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grôââéur d’un œuf ou d’un petit pain. Quand elles s’ouvraient, il en sortait une liqueur blanche et mucilagineuse. Elles attaquaient principalement les bras et les jambes ; quelquefois elles s’ulcéraient ; d’autres fois elles devenaient calleuses jusqu’à la mort.

« Mais comme si cela n’eût pas suffi, il survenait encore dans les membres de grandes douleurs; souvent, en même temps que les pustules. Ces douleurs, qui étaient longues et insupportables, se faisaient sentir principalement dans la nuit, et n’occupaient pas proprement les articulations, mais le corps des membres et les nerfs. Quelquesuns néanmoins avaient des pustules sans douleurs, d’autres des douleurs sans pustules ; la plupart des pustules et des douleurs.

« Les malades étaient plongés dans un grand état de langueur ; ils étaient amaigris, défaits, sans appétit, ne dormaient pas, étaient toujours tristes et de maussade humeur, et voulaient toujours demeurer couchés. Le visage et les jambes leur enflaient. Une fièvre assez légère se mettait quelque fois de la partie. Quelques-uns souffraient de douleurs de tête, douleurs de longue durée, ne cédant à aucun remède. »

« Bien qu’il soit évident que la plus grande partie des mortels ait pris cette maladie par contagion, il n’est pas moins certain qu’un grand nombre d’autres la contractèrent par infection. Il est impossible de croire, en effet, qu’en si peu de temps, la contagion,

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qui par elle-même marche si lentement et qui se communique difficilement, a pu parcourir un si grand nombre de pays après avoir été apportée par une seule flotte espagnole. Car il est constant qu’en même temps ou presqu’en même temps, on en constata l’existence en Espagne, en France, en Italie, en Allemagne, et dans presque toute la Scytliie. Sans aucun doute, ou la maladie est née spontanément, comme la fièvre pétéchiale, ou elle a toujours existé.

« Un barbier, notre ami, avait un livre manuscrit fort vieux renfermant des enseignements pratiques. Il y en avait un ayant pour titre : Médicament pour la gale épaisse venant avec des douleurs de jointures. Le barbier, se souvenant du remède indiqué dans son livre, tout-à-fait au début de la maladie nouvelle, consulta quelques médecins, s’il devait se servir de son remède dans cette nouvelle contagion, qu’il pensait qu’on devait comprendre sous le nom de gale épaisse. Mais les médecins ayant examiné le remède, le proscrivirent avec violence, parce qu’il se composait de vif-argent et de soufre. Heureux s’il n’avait pas consulté ces médecins, il serait devenu riche par un gain incroyable. »

Nous voyons d’après cela que la syphilis, au xve siècle, ne présentait pas les mêmes symptômes que ceux que nous lui connaissons aujourd’hui : les accidents secondaires et tertiaires apparaissaient beaucoup plus rapidement et avec une violence bien autrement considérable. Ces accidents avaient un

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tel caractère de malignité qu’ils entraînaient souvent la mort en très peu de temps, ce qui les fit considérer, par quelques auteurs de l’époque, comme des symptômes d’une maladie pestilentielle déterminée par des causes générales '.

Nicolas Massa s, écrivait en effet que : « le malade éprouvait dans la tête et dans les membres, surtout aux jambes, des douleurs qui augmentaient toujours pendant la nuit. Il y avait aux aines des bubons dont la suppuration était salutaire. On observait des crevasses, avec écailles sèches, à la paume des mains et aux pieds. Le plus souvent se formaient, sur le pénis, des ulcères de mauvaise apparence, durs et calleux, lents à

1. « Le régne de l’astrologie, dit Sprengel, conduisit les médecins à attribuer cette affection à l'influence des astres. Saturne qui dévore ses enfants, avait, suivant l’expression du plus grand nombre, produit cette maladie. Tantôt c’était sa conjonction avec Mars, dans le signe de la Vierge, qui donnait lieu à cette épidémie. Tantôt c’était la conjonction de Jupiter avec Saturne, dans le Scorpion, comme en 14-84. D’autres fois, c’était l’opposition de ces deux planètes, comme on le vit en 1494. Enfin, c’était la conjonction de Saturne et de Mars, comme en 1496 *. Leonieus attribuait particulièrement la cause de la peste vénérienne à des inondations générales qui eurent lieu d’abord en 1493, et ensuite en 1528. Outre cela, on reconnaissait comme cause à ces accidents vénériens une âcreté générale des humeurs et la prééminence des quatre humeurs cardinales, mais surtout la métastase d’une matière bilieuse du foie sur les parties génitales. »

* Si c’était de l'action combinée de Saturne, de Jupiter et de Mars dans le signe de la Vierge, que provenait la vérole, les astrologues auraient bien du penser à Mercure pour en détruire les effets. Cela aurait mieux valu que les saignées et les purgatifs.

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