‹ Le moyen age médicalChapitre 37 sur 89 · De dod. Christ j lib. II · texte numérisé non relu

De dod. Christ j lib. II

et par les esprits du mal, qu’ils combattent victorieusement avec les armes spirituelles : ce ne sont partout que visions, apparitions d’anges ou de démons, devant les oints du Seigneur.

Or, il devait en être de même pour le menu peuple, qui voulait lui aussi participer aux honneurs et aux émotions des communications avec les êtres surnaturels. C’est dans ce but qu’il s’adressait aux magiciens, aux pratiquants de l’occulte. Aussi, dès les premiers siècles du christianisme, les évêques s’inquiétaient déjà des magiciens, en raison de leur popularité, malgré la soumission du paysan aux dogmes du christianisme.

Paul Lacroix, le savant bibliophile, a cité, comme le plus ancien monument faisant mention d’une agrégation ténébreuse de femmes rassemblées dans un but mystérieux, se livrant à des incantations magiques, ce fragment des canons d’un concile, qu’il pense ne pas être postérieur à Charlemagne. Il a trait aux courses aériennes que les sorcières croyaient faire en compagnie de Diane et d’iïérodiade : « Illucl etiam non est omittencLum quod quaedcim scelercitae matières , rétro post Satanani conoersae, dœnionuniillusionibas et phantasniatibus sedactae, credunt et projitentur se nocturnis horis , cuni Diana, dea paqanorum, vel cuni Herodiate et innuniera multitudine malien uni, equitcire super quasdani bestias, et multcirum terrcirum spacia intenipestde noctis silentio per transire , ejusque jussionibus celât dominae obedire, et

certis noctibus ad ejus seroitium evocari On comprend que si le christianisme avait fait taire les oracles payons, ce n’était pas pour autoriser les magiciens à mettre le monde spirituel à la portée de tout le monde. Le clergé avait accepté les témoignages des privilégiés de la grâce, mais il refusait ceux des profanes qui ne pouvaient être inspirés que par les démons. Il reconnaissait d’ailleurs à ceux-ci la puissance de donner aux hommes toutes les illusions des sens, de cohabiter avec les vierges sous la forme d’incubes et avec les hommes sous celle de succubes, de s’insinuer, par les orifices naturels, dans toutes les cavités du corps, de posséder les mortels, en un mot. Les théologiens ont décrit toutes les douleurs qu’enduraient les possédés, dans leurs organes thoraciques et abdominaux, la propriété de les faire, à leur volonté, parler, chanter et se mouvoir, d’anesthésier ou d’hyperesthésier ces malheureux, qui subissaient leur action infernale. Au culte des esprits, les premiers évêques avaient donc substitué la frayeur insensée des démons.

1. Baluze. Capitularia regurn c. 13. Voici la traduction de ce passage : On ne doit pas non plus oublier que des femmes impies vouées à Satan, séduit?s pour les apparitions et les fantômes des démons, croient et avouent que, pendant la nuit, elles chevauchent sur des bêtes fantastiques, avec Diane, déesse des payens, ou Hérodiade et une foule innombrable de femmes. Elles prétendent traverser des espaces immenses dans le silence de la nuit obscure, obéir aux ordres de l’une ou l’autre de ces deux femmes, comme à ceux d’une souveraine, et être appelées enfin à leur service, à certaines nuits déterminées.

De cette exagération de la puissance des mauvais génies sur les hommes, devaient surgir fatalement les terreurs folles et les craintes superstitieuses de damnation, qui ont été le point de départ des aberrations des premiers démonomanes. C’est pour eux qu’on inventa les exorcismes, les grandes cérémonies annuelles destinées à délivrer les possédés, cérémonies auxquelles les évêques conviaient le peuple et les seigneurs à assister, pour les rendre témoins de leur triomphe sur Satan et ses pareils.

La mise en scène déployée par le clergé a pu amener certainement quelques guérisons et faire crier au miracle ; mais il faut se rappeler que toutes les affections du système nerveux aiment à être traitées par les mains des thaumaturges... Donc, inventer les démons pour avoir la gloire de les combattre et d’en défendre les hommes : tel paraissait être l’objectif du clergé de la primitive Eglise. C’était habile certainement, et si ce moyen tombait sous le coup de la critique philosophique, on peut dire qu’il valait encore mieux exorciser les possédés que de les brûler, comme cela devait arriver quelques siècles plus tard.

Cette doctrine des démons était si intimement entremêlée avec les dogmes de ce système religieux perfectionné par les Pères de l’Eglise, a dit Sprengel, qu’il n’est pas étonnant que les auteurs chrétiens attribuent beaucoup de phénomènes de la nature à l’influence des démons.

Un des plus célèbres docteurs de l’Eglise,

Origène d’Alexandrie, en arrive à dire, dans son Apologie du Christianisme : « Ce sont les démons qui produisent la famine, la stérilité, la corruption de l’air et les épidémies; ils voltigent entourés débrouillards dans les basses régions de l’atmosphère, et sont attirés par le sang des victimes et l’encens que les païens leur offrent comme à leur divinité. Sans cette odeur des sacrifices, les démons ne pourraient pas conserver leur influence. Ils ont les sens les plus exquis, ils sont capables de la plus grande activité et possèdent l’expérience la plus étendue. »

Saint Augustin avait déjà écrit que les démons étaient les agents des maladies des chrétiens et s’attaquaient aux nouveau-nés qui venaient de recevoir le baptême.

L’Eglise enseignait que ces démons avaient pour intermédiaires avec les hommes des créatures réprouvées, qui étaient en révolte contre la Divinité et ses ministres. Il s’agissait des sorciers, bien entendu, ou plutôt des sorcières, qu’on ne rencontrait que dans les ruines, dans les antres des rochers, dans les lieux cachés et obscurs. Pour un morceau de pain ou une poignée d’orge, on pouvait aller les consulter, leur demander les secrets de l’avenir, les maléfices de la vengeance, les charmes qui font aimer. Parmi ces sorcières, il y avait de vieilles proxénètes qui connaissaient, par expérience, toutes les pratiques de la débauche et qui donnaient le nom de sabbat aux saturnales villageoises où se réunissaient quelques débauchés et ribaudes novices en paillardise. Elles savaient aussi

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ce que les filles doivent faire pour anéantir le résultat physiologique de leurs imprudences, ce qii’il faut aux vieillards pour leur faire croire au retour de leur virilité. Elles connaissaient les vertus des plantes et principalement l’action stupéfiante de quelques-unes.

Peut-être y avait-il encore quelques pauvres sorciers qui avaient découvert, à la suite de leurs incantations magiques, l’époque de la délivrance des mœurs féodales, de l’abolition du servage, de l’égalité, de la liberté ?... Ce qu’il y a de certain, c’est que le clergé ne voyait en eux que des ennemis de la religion et de la société, des êtres dangereux qu’il fallait détruire, per fcis et nefas, par les exorcismes, par le feu, voire même par des accusations stupides extraites de la confession de quelques hallucinés.

Ainsi, le pape Grégoire IX, dans une lettre adressée à plusieurs évêques de l’Allemagne, en 1234, leur faisait la description de l’investiture des sorciers. Il leur disait : « Quand les sorciers reçoivent un novice, et quand ce novice entre pour la première fois dans leurs assemblées, il voit un crapaud d’une grandeur énorme, de la grandeur d’une oie ou plus. Les uns le baisent à la bouche, les autres par derrière. Puis ce novice rencontre un homme pâle, ayant les yeux très noirs, et si maigre qu’il n’a que la peau et les os : il le baise et le sent froid comme une glace. Après ce baiser, il oublie facilement la foi catholique. Ensuite, ils font ensemble un festin, après lequel un chat noir descend derrière une statue qui se dresse ordinairement dans

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le milieu de l’assemblée. Le novice baise le premier ce chat par derrière ; puis, celui qui préside à l’assemblée et les autres qui en sont dignes. Les imparfaits reçoivent seulement le baiser du maître, .ils promettent obéissance; après quoi, ils ôtentles lumières et commettent entre eux toutes sortes d’impuretés ’. »

Voilà bien les doctrines de ceux qui composeront quelques années plus tard les tribunaux de l’Inquisition et qui accepteront la bannière de Loyola. Nous verrons bientôt un membre de la congrégation de saint Dominique et professeur de théologie, Barthélémi de Lépine, se croyant convaincu de l’existence des démons et des démonolâtres, se montrer un des plus violents adversaires des sorciers dans une dissertation fameuse, qui fut adoptée par ses coreligionnaires. Il affirmait que les Stryges ou possédés vont au Sabbat en corps ou en esprit, qu’ils ont des rapports charnels avec le diable, qu’ils immolent les enfants, qu’ils se transforment en animaux, et notamment en chattes rousses, qu’ils ont des visions obscènes, qu’il faut par conséquent les exterminer 3 car leur nombre devient incalculable.

Barthélémi de Lépine, en parlant ainsi, restait dans la tradition des Pères de l’Eglise : de saint Georges, de saint Eparchius, de saint Bernard, d’innocent VIII, d’Antonio de Torquemada, qui se firent les historiens des incubes de leur temps et lancèrent l’ana-

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