‹ Le moyen age médicalChapitre 39 sur 89 · Leloyer. Des Spectres. Angers in · texte numérisé non relu

Leloyer. Des Spectres. Angers in

la période d’extase consécutive à line immobilité cataleptique de plusieurs heures, ils avaient vu dans l’intérieur et dans les environs de la ville, que sept extatiques furent jugés et brûlés à Nantes, en 1549.

Dans un autre chapitre, Leloyer dit encore que les âmes peuvent, après la mort, impressionner les sens, en prenant une forme fantastique. Il rappelle, à l’appui de son opinion, que la tille du fameux jurisconsulte du xvie siècle, Charles Dumoulin, apparut à son mari et lui apprit le nom de ses assassins ; que ce fut un spectre qui informa la justice du crime commis par la femme Sornin sur la personne de son mari, que l’âme de Commode apparaissait souvent à Caracalla...

L’auteur des Spectres attribue aux êtres surnaturels l’effroi qu’éprouvent certaines personnes qui habitent dans les maisons hantées par eux. Chaque nuit elles sont réveillées par le bruit des coups qui résonnent sur les cloisons et sur les parquets; à chaque minute des éclats de rire, des sifflements, des battements de mains attirent leur attention ; leur vue est frappée par de subites apparitions d’ombres ; des spectres leur saisissent les pieds, le nez, les oreilles, vont jusqu’à s’asseoir sur leurs poitrines. Ces maisons, dit-il, sont les rendez-vous des démons.

Les personnes dont parlent Leloyer sont considérées aujourd’hui comme des Médiums à effets physiques, et les phénomènes observés étaient les mêmes évidemment que ceux qui ont été constatés par M. W. Crookes,

avec la collaboration de Mlle Kate Fox et D. Home \

Dans l’extase des sorciers, reprend Leloyer, l’âme est présente, mais elle est tellement préoccupée par les impressions qu’elle reçoit du diable qu’elle ne peut agir sur le corps qu’elle anime. Au réveil, les extatiques peuvent se rappeler les choses qu’ils ont vues, les événements auxquels ils ont assisté, comme dans le cas où l’âme abandonne temporairement son enveloppe terrestre.

Cependant, il fait des réserves ; il convient que l’extase et les hallucinations peuvent être provoquées par un état pathologique du système nerveux, et qu’elles ne sont pas fatalement le résultat des manœuvres diaboliques. Il commente également un certain nombre d’observations de stryges restés plusieurs heures dans le sommeil léthargique, soutenant, au sortir de cet état nerveux, qu’ils revenaient du Sabbat, — fait qui était de nature à jeter, comme l’a dit M. Calmeil, de la défaveur sur la théorie des conseillers de l’Inquisition.

Les théories de l’auteur des Spectres se rapprochaient considérablement, comme on le voit, de la science des premiers mages et des doctrines spirites contemporaines. Leloyer avait recueilli, d’ailleurs, des faits nombreux à l’appui de ses affirmations ; et nous pouvons citer au nombre de ces faits l’observation que lui donna Philippe de Mélanchton,

1. Voir la Psychologie expérimentale du Dr Puel, le Fakirisme moderne du î)r Gibier, Y Histoire de l'occulte de Félix Fabart, le Livre des Esprits d’ALLAN-KARDEC.

le savant helléniste et l’auteur de la fameuse confession d’Augsbourg.

Il s’agissait d’une manifestation spirite qu’eùtla veuve de son oncle. Un jour, qu’éplorée,elle pensait à celui qu’elle avait perdu, deux spectres parurent, tout à coup, à ses côtés, « l’un avait l’habit, la représentation, le port et la forme de son défunt mari ; l’autre, fort grand .de stature, était habillé en cordelier. » Celui qui représentait le mari s’approcha d’elle, lui dit quelques paroles consolantes, la toucha de sa main et disparut avec son compagnon.

Mélanchton, quoiqu’un des chefs de la Réforme, était encore imbu des idées du cléricalisme romain ; après quelques hésitations, il conclut que ces spectres étaient deux démons. De pareils phénomènes arrivent, dit-on, à certains médiums ; M. Crookes, de Londres, a relaté des faits dont il a été témoin et qui sont autrement extraordinaires que celui-là.

Quoiqu’il soit au nombre des démonographes connus, Jérôme Cardan, de Paris, mathématicien célèbre par la découverte de sa formule pour la résolution des équations cubiques, a affirmé qu’il avait un esprit pour protecteur, il ne doutait pas de la réalité des apparitions. Son père, raconte-t-il, reçut un soir la visite de sept esprits, qu’il qualifie cependant de diables, et qui ne craignirent pas d’argumenter avec ce savant homme.

L'imagination exaltée par la crainte chimérique des démons voyait partout l’œuvre des

porteurs de maléfices, des jeteurs de sort, dans les maladies, les accidents, les infirmités, dans les incidents les plus banals de la vie. On accusa les sorcières d’attenter à la virilité, par des sortilèges. Les victimes disaient qu’on leur avait noué V aiguillette. Cette prétendue catastrophe magique, qui remonte d’ailleurs à l’antiquité, peut rentrer dans la catégorie dos effets physiologiques anormaux, sous l’influence d’une cause morale, la peur, la timidité, et certainement la suggestion imposée à un esprit faible.

Ce sont donc les sorciers que Bodin accusait, mais peut-être pas toujours sans raison, de l’impuissance observée sur quelques jeunes sujets mélancoliques, facilement impressionnables. « Les sorciers n’ont pas, disait-il, la puissance d’oster un seul membre à l’homme, hormis les parties viriles, ce qu’ils font en Allemagne, faisans cacher et retirer au ventre les parties honteuses. Et, à ce propos, Spranger récite qu’un homme à Spire, se pensant privé de ses parties viriles, se fit visiter par les médecins et chirurgiens, qui n’y trouvèrent rien, ni blessure quelconque; et depuis, ayant appaisé la sorcière qui l’avait offensé, il fut restitué. »

Il n’était pas besoin de sortilège pour nouer l’aiguillette d’un garçon timide, subjugué par la crainte du diable. Et, certes, si les sorciers avaient quelques notions de cette force que nous appelons aujourd’hui la suggestion, ils pouvaient aussi bien s’emparer de la puissance virile d’un sujet, que nous nous emparons aujourd’hui de sa volonté,

de ses pensées, de sa personnalité physique et morale. Quand on peut confisquer l’autonomie psychique d’un homme, il est réduit à toutes les impuissances. Qui pourrait affirmer que la suggestion n’était pas un des mystères de la sorcellerie ?

Les Médecins démonologues.

Après les théosophes, les théurgistes et les prêtres, interrogeons maintenant les écrits des médecins de l’antiquité et du moyen âge, sur la question des êtres spirituels et de leurs rapports avec les hommes.

Nous voyons d’abord Galien se laisser entraîner souvent, par l’esprit du siècle, comme l’a dit Sprengel, aux préjugés les plus ridicules et se faire le défenseur des conjurations magiques. Il prétendait qu’Esculape lui apparut un jour en songe et lui conseilla la saignée comme traitement d’une pleurésie dont il était atteint.

Après lui,Soranus d’Ephèse avait recours aux chants magiques, dans la cure de certaines maladies; Scribonius Largus, contemporain de l’empereur Claude, indiquait la manière de cueillir les plantes, pour qu’elles possèdent leurs grandes propriétés thérapeutiques : (de la main gauche au lever de la lune). Elles guérissaient alors de la morsure des serpents. Archigènes faisait suspendrq

des amulettes au cou de ses malades ; et, quoique Pline ait souvent déclaré qu’il voulait « examiner toutes les choses de la nature et non spéculer sur les causes occultes », il a reproduit, dans ses œuvres, bien des pratiques superstitieuses employées en médecine.

Au vi° siècle, Aëtius d’Amide, médecin de la cour de Constantinople, acquit une grande renommée chirurgicale, par la préparation et l’application de pommades, d’onguents et d’autres topiques, dans lesquels la superstition jouait souvent un grand rôle h Ainsi, en faisant fondre un certain onguent, il fallait répéter plusieurs fois à voix basse : « Que le Dieu cl’ Abraham, d’Isaac et cle Jacob accorde une efficacité à ce médicament. » Si quelqu’un avait un corps étranger dans le gosier, il fallait toucher le cou du malade et dire : « De même que Jésus-Christ a ressuscité Lazare et fait sortir Joncis d'une baleine, sors cle même, toi, os ou esquille. » Ou bien : « Le martyr Biaise et le serviteur du Christ te le commandent, ressors ou descends 1 2. »

Après Aëtius, nous voyons Alexandre de Traites se livrer aux mêmes chimères. Dans la colique, il conseillait de faire usage d’une pierre sur laquelle était représenté Hercule terrassant un lion, ou d’un anneau de fer sur lequel était inscrit d’un côté yrjy s, ysüyî '■'>> /f>l n -/.'jvjmï'jt zCwtîi, et sur l’autre, le diagramme des Gnostiques (figure composée de deux triangles équilatéraux). Et il ajoute

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