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Expression au figuré

sur la religion. L’hérédité avait préparé le terrain, les esprits étaient dans un état absolu de réceptivité à toutes les actions pathologiques. L’éducation des enfants se bornait à l’enseignement de choses insensées, de légendes diaboliques, de pratiques mystiques qui faussaient leur jugement. Ils arrivaient progressivement à éprouver un vague sentiment d’inquiétude et de préoccupation constante du péché. Dès l’àge adulte, ils étaient sujets, comme on l’a observé dans tous les cas de monomanie religieuse, à une vive excitation sexuelle et à des idées érotiques persistantes.

Parvenus à cette période, quelques-uns devenaient théomanes, d’autres tombaient dans la démonomanie, se disaient possédés ou sorciers, sous l’influence d’hallucinations du sens génésique, et des autres sens, — hallucinations psychiques, mais psychosensorielles dans certains cas. Ces perceptions fictives étaient produites, soit par le surmenage de l’esprit assailli de conceptions surnaturelles, soit par des impressions morbides-transmises le plus souvent par le grand sympathique, soit enfin par une action inconnue provenant de l’extérieur...

Sous l’influence de ces hallucinations, qui se manifestaient dans un état de somnambulisme, ou pendant le sommeil physiologique, mais dont le souvenir persistait à l’état de veille, les démonomanes répondaient à ceux qui les interrogeaient qu’ils entendaient les bruits confus du Sabbat, les discours des diables; qu’ils voyaient les scènes

de prostitution des sorciers ; qu’ils apercevaient des animaux fantastiques ; qu’ils éprouvaient les saveurs étranges des agapes diaboliques, saveurs de viande corrompue, de chair humaine, de sang de nouveau-né, rarement de mets délicieux ; qu’ils percevaient les effluves repoussants et nauséabonds des démons, les odeurs sulfureuses des préparations magiques ; qu’ils se sentaient touchés par des êtres surnaturels, et qu’ils avaient la légèreté de la fumée ou des nuages, et se voyaient emportés dans les airs. Leurs hallucinations du sens génital leur faisaient croire à des rapports charnels presque toujours très douloureux avec les incubes : les filles éprouvaient les impressions brutales du viol ou de la défloration, et les femmes ressentaient quelquefois les sensations voluptueuses du coït.

Ces hallucinations se développaient les unes après les autres, celles qui se rapportaient aux anesthésies arrivaient les premières et celles du sens génésique les dernières. Leur complexité produisait ce qu’on a appelé le dédoublement de la personnalité. Les possédés affirmaient être au pouvoir du démon, qui pénétrait dans leur corps par une des ouvertures naturelles, s’emparait de leur personne, leur apposait sa marque sur un endroit du corps, leur proposait des accouplements naturels ou contre nature, leur faisaient tenir des propos impudiques, des blasphèmes contre la Divinité, et les associait, en un mot, à toutes les actions perverses et immorales, par un pacte signé de leur sang.

L’état nerveux dans lequel se trouvaient les faibles d’esprit, victimes de leurs hallucinations nocturnes, déterminait insensiblement une espèce de somnambulisme permanent, pendant lequel ils acquéraient une personnalité particulière et morbide ; ils affirmaient être sorciers et possédés par les dénions. Quand cette personnalité disparaissait et que les sujets revenaient à leur état normal, il suffisait de la plus simple action suggestive pour la faire reparaître. C’est ainsi qu’il faut expliquer ces faits d’individus accusés de sorcellerie, qui niaient d’abord et qui avouaient ensuite. En présence de juges leur demandant, avec l’autorité de la conviction, ce qu’ils avaient fait au Sabbat, ils faisaient les récits les plus détaillés et les plus circonstanciés des réunions nocturnes des démons et de leurs adeptes. Et ils étaient conduits au bûcher comme ils s’y attendaient d’ailleurs, en avouant leurs rapports diaboliques.

Dans les chroniques d’Enguerrand de Montrelet, l’historien fidèle des faits arrivés de son temps, nous avons trouvé la description de la fameuse épidémie de sorcellerie de l’Artois qui amena tant d’hallucinés sur les bûchers de l’Inquisition. Les faits que raconte notre célèbre chroniqueur viennent à l’appui de l’interprétation que nous croyons devoir donner à ces phénomènes.

Il s’exprime ainsi :

« En 1459, en la ville d’Arras, au pays d’Ar- « tois. advint un terrible cas et pitoyable que « l’on nommait Vaudoisie , ne sais pourquoi.

« Mais Von disoit que c’estoient aucunes « gens, hommes et femmes, qui de nuit se « transportaient par vertu du diable des « places où ils estaient et soudainement se « trouvoient en aucuns lieux, arrière des « gens, ès bois ou ès déserts, là où ils se « trouvoient en très grand nombre, hommes « et femmes ; et trouvoient illec un diable en « forme d’homme, duquel ils ne virent jamais « le visage; et ce diable leur lisoit et leur « donnoit ses commandements et ordon- « nances et comment et par quelle manière « ils dévoient avrer et servir, puis faisoit par « chacun d’eux baisier son derrière et puis « baîlloit à chacun un peu d’argent., et finale- « ment leur administroit vins et viandes en « grand’largesse, dont ils se repaissoient, et « puis tout à coup chacun prenoit sa cha- « cune, et en ce point s’éteindoit la lumière, « etconnaissoient l’un l’autre charnellement, « et ce fait, tout soudainement se retrouvoit « chacun en la place dont ils estaient partis « premièrement.

« Pour cette folie furent prins et empri- « sonnés plusieurs notables gens de ladite « ville d’Arras et autres moindres gens, feinte mes folieuses et autres, et furent tellement « getrinés et si terriblement tourmentés que « les uns confessèrent le cas leur être tout « ainsi advenu comme dit est; et outre plus a confessèrent avoir veu et cogneu en leur « assemblée plusieurs gens notables, prélats, « seigneurs et autres gouverneurs de bail— « lages et de villes, voire tels, selon comte mune renommée, que les examinateurs et

« les juges leur nonimoient et i nettoient en « bouche. Si que par force de peine et de tour- « ments il les accusoient et disoient que voi- « renient il les a voient veus, et les aucuns « ainsi nommés étoient tantôt prins et émet prisonnés et mis ès torture, et tant si lon- « guement et par tant de fois que confesser « leur convenoit.Et Jurent ceux-ci qui étoient « de moindre gens exécutés et brûlés inhuis. moine ment.

« Aucuns autres plus riches et plus puis- « sants se racheptèrent par force d’argent « pour éviter les peines et les hontes que « l’on leur faisoit, et de tels y eut des plus « grands qui furent prêchés et séduits par « les examinateurs qui leur donnoient à « entendre et leur promettaient, s’ils confes- « soient le cas qu’ils ne perclroient ni corps ni « biens. Tels y eurent qui souffrirent en inerte veilleuse patience et constance les peines' « et les tourments, mais ne voulurent rien « confesser à leur préjudice; trop bien don- « nèrent argent aux juges et à ceux qui les « pouvoient relever de leurs peines. Autres « gens qui se absentèrent et vuidèrent le « pays et prouvèrent leur innocence »

Calmeil a considéré cette relation de soidisant sorcellerie comme un délire régnant épidémiquement en Artois, où « beaucoup d’aliénés furent exécutés à mort dans ce pays », quoiqu’il s’empresse d’ajouter que « ces faits laissent entrevoir en partie les

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