Monstrelet, Chroniques , lib. II
malheurs auxquels la poursuite acharnée des faux disciples de Satan exposait les sociétés d’autrefois. »
Cette névrose des habitants de l’Artois avait déjà été observée, un demi-siècle auparavant, parmi les restes des sectaires connus sous le nom de pauvres de Lyon. On désignait ces individus, en langue romane, sous le nom d & faicturiers, du moi faicturer Le, qui signifiait sorcellerie, art magique. La démonomanie remonte évidemment au commencement du moyen âge ’.
L’arrêt du tribunal d’Arras, qui condamnait les sorciers de l’Artois à être brûlés, est un document curieux, qui mérite d’être mentionné, car il s’appuyait sur les considérations suivantes, qui acceptaient, comme véridiques, les conceptions délirantes des paysans artésiens :
« Quand ils voulloient aller à la vauderie, « d’ung oignement que le diable leur avoit « baillé, ils oindoient une vergue de bois « bien petite, et leurs palmes et leurs mains, « puis mectoient cette verguette entre leurs
1. On en trouve une autre preuve dans Gautier de Ooinsi, qui écrivait en 1219, sur les rragieiennes, auxquelles on donnait encore le nom de tresgelleres :
En la ville une gieve (1) avoit (1) juive. .
Qui tant d'engien(l) et d'art savoit (1) génie (ingenium).
I)e tresgiet (1) d informanterie, (2) (1) magie (2) science.
De barat (1), et d’enchanterie (2) (1) sortilège (2) enchan-
[tement.
Que devant li (1) apertement (2) ( 1 ) eux (2) publiquement.
Faisoit venir a parlement (1) (l)en discours.
Les ennemis et les déables.
« jambes, et tantost ils s’envoloient où ils « voulloient estre, par-dessus bonnes villes, « bois et eaues, et les portoit le diable au « lieu où ils debvoient faire leur assemblée. « Et, en ce lieu, trouvoient l’ung l’autre, les « tables mises, chargiées de viandes ; et « illeeq trouvoient un diable en forme de « boucq, de quien, de singe et aucune fois « d’homme, et là faisoient oblations et liomc( maiges audict diable et l’adoroient, et luy « donnoient les plusieurs leurs âmes, et à, « peine tout ou du moings quelque chose de « leurs corps. Puis, baisoient le diable en « forme de boucq, au derrière, aveccoudeilles « ardentes en leurs mains. Et après qu’ils « avoient touts bien bu et mangié, ils pre- « noienthabitationcharnelle touts ensemble, « et mesme le diable se mectoit en forme « d’homme et de femme, et p renoient habi- « tation les hommes avec le diable en forme « de femme, et le diable en forme d’homme « avec les femmes. Et même illeeq commec- « toient le péchié de Sodome, de bougrerie « et tant d’aultres crimes, si très fort puants « et énormes, tant contre Dieu que contre « nature, que ledict inquisiteur dict qu’il ne « les oseroit nommer, pour doubte que les « oreilles innocentes ne fussent adverties de « si villains crimes, si énormes et si cruels h»
Parmi ces sorciers, il y avait un poète, un peintre et un vieil abbé, lequel passait pour un amateur des mystères d’Isis.... Peut-être l’Inquisition poursuivait-elle, souvent comme