Daremberg, Hïst. de la Médecine
LfeS MEDECINS AU MOYEN AGË
comme médecin que comme pape, avait accepté le curieux formulaire médical connu sous le nom de Circa instcins, et y avait fait quelques additions dans le genre de cellesci : Celui qui porte sur son corps les noms de Gaspa/'j Balthasar et Melchior ne devra jamais craindre d’être attaqué d’épilepsie ; pour provoquer le flux de ventre, on mettra des excréments du malade dans un os humain et on jettera celui-ci dans un fleuve....
Hugo de Lucques, dans les fractures des os, employait une poudre composée de gimgembre et de cannelle qu’il ne fallait employer qu’en disant un Pater noster et en adressant d’autres prières à la Trinité. Il traitait les hernies par la cautérisation, — et la lèpre par des onctions de pommade mercurielle.
Mais si la thérapeutique n’avait encore fait que peu de progrès au xuie siècle, on ne saurait en dire autant des autres parties des sciences médicales et naturelles.
Arnauld de Villeneuve, médecin, chimiste et astrologue, se signale particulièrement par la découverte des acides sulfurique, nitrique et chlorhydrique; et il obtient l’essence de térébenthine.
Lanfranc attire à ses cours du collège de Saint-Côme un grand nombre d’auditeurs et d’élèves et se révèle comme anatomiste et chirurgien. Dans une de ses publications, il fait une description très remarquable des chancres et des autres accidents vénériens.
A la Faculté de Montpellier, qui est fondée en 1220, on voit comme chancelier Roger de
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Parme, et comme professeur Bernard de Gordon, qui donne une très bonne description de la lèpre et plusieurs observations de chancres à la suite d’un commerce impur, fait qui a d’autant plus de valeur, qu’il est corroboré par Lanfranc et par son contemporain Guillaume de Saliceto d’Italie, plus de deux siècles avant la découverte de l’Amérique.
Albert-le-Grand et Roger Bacon appartiennent encore au xme siècle.
Albert de Bollstatt, issu d’une famille noble de Souabe, moine de l’ordre de Saint-Dominique, après avoir étudié dans les principales villes d’Italie et d’Allemagne, vint en 1222 enseigner à Paris où il eut de nombreux auditeurs, parmi lesquels Saint-Augustin, Roger Bacon, Arnauld de Villeneuve, etc. Ses conférences attiraient à ce point les étudiants de l’Université qu’il était obligé de les faire sur une place du quartier latin, à laquelle on donna, en souvenir de ses succès, le nom de Place Maître Albert, devenue par corruption la place Maubert.
Ses écrits représentent une vaste encyclopédie dont le principal mérite est d’avoir fait connaître et d’avoir commenté les ouvrages d’Aristote, dont la plupart étaient restés inconnus depuis des siècles ; il les étudia dans des traductions latines faites sur l’arabe, avec les Commentaires d’Avicenne et d’ Averroès, et n’y ajouta que quelques observations originales.
Albert-le-Grand, nom que lui a donné la postérité, s’occupa beaucoup aussi d’alchi-
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inie, ce qui le fit passer pour magicien. Quelques-uns ont même prononcé le mot de sorcier, parce que, disait-on, il savait évoquer les esprits des morts et produire des phénomènes prodigieux...
Les traités d’histoire naturelle d’Albert, zoologie, botanique, minéralogie, ne sont en réalité que la copie de l’Histoire des animaux, de la Physique, des Traités de la génération et de la corruption d’Aristote, de même que ses parua naturalia ne sont que la reproduction de l’Organon du célèbre encyclopédiste grec, mais ils eurent le mérite d’avoir rallumé le flambeau des sciences en Occident.
Son disciple, Roger Bacon, appartenait aussi à un ordre religieux. Il vint étudier à Paris et alla ensuite se fixer à Oxfort où il se livra avec ardeur à l’étude des sciences, et principalement de la physique. Il en a laissé pour preuves ses observations sur la réfraction de la lumière, l’explication du phénomène de l’arc-en-ciel, l’invention des verres grossissants et du télescope. Ses recherches sur l’alchimie lui firent découvrir un corps combustible analogue au phosphore. Et son ouvrage sur la vieillesse 1 le fit classer parmi les auteurs médicaux du xme siècle.
Quoiqu’il ait été un des fondateurs de la science expérimentale, un des initiateurs, si je puis m’exprimer ainsi, du positivisme scientifique, il s’adonna cependant aux recherches astrologiques. Dénoncé comme