Calmeil. Ouv. cit. p
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tainôs femmes sous la forme d’une brute lascive. Les velus, faunes et sylvains n’étaient que des incubes déguisés. »
Les rapports qu’avaient les possédés avec les incubes et les succubes étaient souvent accompagnés d’une sensation douloureuse de compression dans la région épigastrique* avec impossibilité de faire le moindre mou^vement, de parler et de respirer, phénomène caractéristique du cauchemar. Cependant il y avait quelques variantes dans les sensations éprouvées : Une religieuse de Sainte-Ursule, appelée Armelle, disait que :
« 11 lui sembloit être toujours dans la compagnie des démons qui la provoquoient incessamment à se donner et à se livrer à eux. Pendant cinq ou six mois que dura le fort du combat, il lui étoit comme impossible de dormir la nuit, à cause des spectres épouvantables dont les diables la travailloient prenant diverses figures de monstres1 . » Angèle de Foligno accusait les incubes, dit Martin del Rio, de la battre sans pitié, de porter un feu violent dans ses organes de la génération et de lui inspirer une lubricité infernale. Il n’y avait aucune partie de son corps qui ne fut lésée par leur fait, en sorte qu’elle ne pouvait ni bouger ni se lever de son lit. Une autre religieuse, nommée Gertrude, citée par Jean Wier, avoua que, depuis l’ûge de 14 ans, elle couchait avec Satan en personne, et Satan s’était fait aimer d’elle à
1. Ecole du pur amour de Dieu ouverte aux sçavauts, ouv. cité par P. Dufour.
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ce point qu’elle lui écrivait dans les termes les plus tendres et les plus passionnés. On trouva en effet dans sa cellule, le 25 mars 1565, une lettre remplie des détails les plus naturalistes de leurs débauches nocturnes.
Bodin, dans sa Démonomanie , a donné . l’observation de Jeanne Herviller, qui fut brûlée vive par arrêt du Parlement de Paris. Elle avait confessé à ses juges, qu’elle avait été présentée, à l’âge de douze ans, par sa mère, « à un diable en forme d’un grand homme noiretvestu de noir, botté, éperonné. avec une espéeaucosté et un cheval noir â la porte. Le diable coucha charnellement avecques elle, en la mesme sorte et manière que font les hommes avecques les femmes, hormis que la semence estoit froide. Cela continua tous les huit ou quinze jours, mesmes icelle estant couchée près de son mary, sans qu’il s’en aperceut. »
Cet auteur a rapporté plusieurs faits du même genre, entre autres celui de Madeleine de la Croix, abbesse d’un monastère d’Espagne, qui alla demander l’absolution au pope Paul III, en confessant que, dès l’âge de douze ans, elle avait eu des relations avec un démon, en forme cle More noir, et que, pendant trente ans, elle avait continué ce commerce. Bodin croyait fermement que cette religieuse avait été vouée à Satan dès le rentre de sa mère ; il affirmait que « telles copulations ne sont pas illusions ni maladies » ; il a donné dans son ouvrage un extrait de l’interrogatoire que subirent, en présence do Maître Adrien de Fer, lieutenant-général de
La démonomanie au moyen âge
Laon, les sorcières de Longni, qui furent condamnées au feu pour avoir eu commerce avec les incubes. 11 parle de Marguerite Brémond, qui avoua qu’elle avait ôté conduite un soir, par sa propre mère, dans un pré où se tenait une assemblée de sorcières : « et se trouvèrent en ce lieu six diables qui estoient en forme humaine, mais fort hideux à voir, etc. Après la danse finie, les diables se couchèrent avec elles et eurent leur compagnie; et l’un d’eux, qui l’avoit menée danser, la print et habita avecques l’espace de plus de demie heure, mais délaissa aller sa semence bien froide. »
Le caractère distinctif de la possession des démons était une puanteur infecte qui s’exhalait de tous leurs membres. Cette odeur attribuée aux diables était une hallucination de l’odorat qui entrait, comme celles du sens génésique, dans les hallucinations complexes des démonomanes.
Les exemples d’hommes cohabitant avec les démons ont été cités par quelques auteurs du moyen âge. Grégoire de Tours nous a fait connaître la possession d’Eparchius, évêque d’Auvergne, avec des démons succubes ; Jérôme Cardan, médecin et mathématicien italien, celle d’un prêtre qui avait cohabité, pendant plus de cinquante ans, avec un démon, en guise de femme ; Pic de la Mirandole, celle d’un autre prêtre, qui avoua avoir eu commerce, pendant plus de quarante ans, avec un démon succube qu’il nommait Hermione.
Bodin a raconté encore l’histoire d’Edeline,
La démonomanie au moyen âgé
prieur d’une communauté religieuse, docteur en Sorbonne. Adversaire des doctrines démonomaniaques, Edeline fut accusé par les théologiens de défendre les démons. Devant le tribunal, il avoua qu’il avait été visité par Satan sous la forme d’un bélier noir, qu’il avait prostitué son corps à un incube, et qu’il n’avait fait qu’obéir à son maître, en prêchant que la sorcellerie n’est qu’une invention chimérique.
« Quoique les interrogatoires consignés sur les registres du tribunal de Poitiers, dit M. Galmeil, ne laissent aucun doute sur l’état d’aliénation de ses facultés intellectuelles au moment de son procès, Edeline n’en fut pas moins condamné à la réclusion perpétuelle. »
Comme autre exemple d’hallucination porté au compte de l’incubisme, Guibert de Nogent raconte qu’un moine, dans une maladie, avait réclamé les soins d’un médecin juif. En échange de la santé, ledit médecin juif lui demanda un sacrifice. — Et quel sacrifice, demanda le moine ? — Le sacrifice de ce qu’il y a de plus délicieux dans l’homme. — Quoi donc ? Et le démon eut l’audace de s’expliquer : « O crime ! ô honte ! dit Guibert de Nogent, et celui de qui l’on exigeait une telle chose était prêtre !... Et le misérable fit ce qu’on lui demandait. Ce fut donc par cette horrible libation qu’il en vint à renier la foi chrétienne. »
Comme les hallucinations psycho-sensorielles des autres sens, celle du sens génésique pouvait prendre ses éléments dans
l’esprit érotique des malades, et quelquefois chez les hommes dans la réplétion des vésicules spermatiques.
C’est, dans ce sens, que M. de Saint-André, médecin ordinaire de Louis XV, a donné l’explication de l’incubisme.
« L’incube est le plus souvent, a-t-il dit, une chimère qui n’a pour fondement que le rêve, l’imagination blessée, et très souvent l’imagination des femmes... L’artifice n’a pas moins de part à l’histoire des incubes. Une femme, une fille, une dévote de nom, etc. débauchée, qui affecte de paraître vertueuse pour cacher son crime, fait passer son amant pour un esprit succube qui l’obsède. Il en est des esprits succubes comme des incubes : ils n’ont ordinairement d’autre fondement que le rêve et l’imagination blessée, et quelquefois l’artifice des hommes. Un homme qui a entendu parler des succubes s’imagine, en dormant, voir les femmes les plus belles et avoir leur compagnie ’. »
Il est certain qu’une imagination ardente et des appétits sensuels exagérés ont pu jouer un rôle dans l’histoire des incubes, mais cependant ce n’est là qu’une exception.
Nicolas Remy, inquisiteur de Lorraine, a donné la description des impuretés , qui se commettaient entre les démons et les sorcières, d’après les confidences qui lui furent faites par les possédées. Fort heureusement pour la morale, il a traduit en latin 2 les
1 . Lettres au sujet de la magie, des maléfices et des sorciers, Paris 1725.