Th. Erastos. De Lamiis
uno moisson abondante de faits authentiques pris dans les historiens et dans les procès de démonolûtrie ; et il est arrivé à en conclure que la sorcellerie faisait moins de dupes que de victimes. « A part, dit-il, un petit nombre de magiciens crédules et de sorcières convaincues, tout ce qui avait été initié servait ou faisait servir les autres à un abominable commerce de débauche. Le Sabbat ouvrait le champ à ces turpitudes. Tantôt il ressemblait à une hideuse compagnie de libertins des deux sexes ; tantôt il réunissait, au profit de certains fourbes libidineux, une troupe de femmes crédules et fascinées. »
Cependant, les procès de sorcellerie continuaient toujours malgré les jugements et les exécutions.
En l’année 1574, sur la dénonciation d’une vieille démente, quatre-vingts paysans furent brûlés à Valéry-en-Savoie. Trois années plus tard, près de quatre cents habitants du Haut-Languedoc périssaient par le même supplice. En 1582, l’inquisition en faisait exécuter un grand nombre à Avignon, comme sorciers. De 1580 à 1595, neuf cents prévenus de sorcellerie étaient mis à mort.
En 1609, dans le pays de Labourd (Basses- Pyrénées), les prisons se remplirent d’hommes, de femmes et d’enfants, tous prévenus de sorcellerie. Les bûchers s’allumèrent dans tous les villages du pays, et les tribunaux n’épargnèrent personne. Beaucoup de ces malheureux s’accusaient de croire aux
diables et à la sorcellerie, d’avoir été au Sabbat, de s’être prostitués aux incubes. D’autres furent victimes de la délation et furent néanmoins condamnés au feu.
La même année, quelques habitants du pays de Labourd, qui s’étaient réfugiés en Espagne, furent accusés d’avoir amené les démons dans la Navarre. Cinq malheureux furent brûlés vifs par ordre de l’Inquisition. Une femme fut étranglée et brûlée après sa mort. Des cadavres furent même exhumés pour être livrés aux flammes. Dix-huit enfin furent admis à faire pénitence.
Pendant les deux années 1615 et 1616, vingt et un démonolûtres furent jugés dans la Sologne et le Berry. Ils s’accusaient d’avoir été au Sabbat, sans avoir fait cependant les frictions obligatoires. Un vieillard de soixantedix-sept ans, appelé Névillon, prétendait y avoir vu des processions de six cents personnes, que Satan prenait souvent la forme d’un bélier ou d’un bouc et qu’il payait aux sorciers huit sous pour le meurtre d’un homme et cinq sous pour celui d’une femme. On l’accusait d’avoir fait mourir des animaux à l’aide de ses maléfices. Il fut condamné à être pendu avec ses coaccusés. Un autre paysan, du nom de Gentil Leclercq, avoua qu’il était le fils d’une sorcière, et qu’il avait été baptisé au Sabbat par un démon appelé Aspic. Il fut condamné à être pendu et son cadavre fut brûlé. lien fut de même d’un homme nommé Mainguet, et de sa femme, ainsi que d’Antoinette Brénichon, qui avouèrent avoir été tous les trois au Sabbat de compagnie.
Une autre accusation d’anthropophagie fut lancée par Innocent VIII contre les habitants de la Haute-Allemagne, en 1484 : cent femmes s’accusèrent d’avoir commis des meurtreset d’avoir cohabité avec des démons.
Les inquisiteurs s’inspirèrent du récit de Nider sur la sorcellerie des Vaudois. Ils constatèrent, d’après les aveux de certaines prévenues, que celles-ci égorgeaient les enfants pour en composer un philtre leur permettant de franchir l’espace pour aller au Sabbat. D’autres s’accusèrent de se livrer à des démons incubes ; plusieurs prétendirent avoir causé des désastres, des inondations, des tempêtes par le pouvoir magique qu’elles tenaient de Satan. Quelques-unes subirent les plus horribles tortures avec une insensibilité si complète que les théologiens en conclurent que la graisse d’un premier-né du sexe masculin procurait cette faculté aux démonolâtres. Cette anesthésie générale nous permet d’affirmer que ces malheureux étaient bien des névropathes.
Il serait difficile d’établir le nombre exact de victimes que fit le fanatisme des inquisiteurs. Déjà, en 1436, les habitants du pays de Vaud, en Suisse, avaient été accusés d’anthropophagie, de manger leurs propres enfants pour satisfaire leurs appétits féroces. On les disait soumis à Satan et on faisait courir le bruit que treize personnes avaient été dévorées par eux en très peu de temps. Immédiatement le juge de Boligen et l’inquisiteur d’Eude, instruisirent l’affaire. Manquant de preuves, pour obtenir des aveu*
ils exposèrent, comme le dit Calmeil, des centaines de malheureux aux tortures du chevalet. Ensuite ils en firent périr un nombre considérable dans les flammes. Des familles entières, frappées de terreur, s’empressèrent d’évacuer les localités et de chercher un refuge sur des terres plus hospitalières ; mais le fanatisme et la mort les suivirent comme à la piste h
La torture morale et physique que subirent ceux qui étaient soupçonnés de cette sorcellerie anthropophagique, fit confesser, dit-on, à quelques-uns d’entre eux, qu’ils avaient le pouvoir de faire périr les enfants par le charme de leurs paroles, que les onguents faits de graisse humaine leur donnaient la propriété de voguer, à leur gré, dans les airs, que les pratiques de la science des démons leur permettait de faire avorter les vaches et les brebis, de faire tomber la foudre et la grêle sur les propriétés d’autrui, d’amener des inondations, etc. Voilà quelle fut l’épidémie d’anthropophagie de 1436.
Nous pouvons faire les mêmes observations sur ce que l’on appelait la lycanthropie. Il s’agissait toujours de sorciers et de possédés, c’est-à-dire d’hallucinés et de monomanes, qui s’accusaient devant les tribunaux de crimes imaginaires. Comme exemple, on peut citer le paysan dont parle Job Fincel ainsi que Pierre Burgot, de Verdun, qui n’hésitèrent pas à se reconnaître coupables de lycanthropie. Ils furent brûlés vifs à Poli-