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Bodin. Démonomanie des sorcicrsj lib. III, cap. VI

La démonomanie au moVen âge

maines, s’il avait condamné, comme une absurdité sociale, les innombrables couvents et monastères, où le fanatisme attirait, au moyen âge, tant d’hommes et de femmes, sans vocation religieuse. Les convulsions de ces filles nymphomanes étaient très violentes et entrecoupées de mouvements cyniques du bassin qu’elles exécutaient dans le décubitus dorsal, en fermant les paupières. Après ces crises, les nonnes étaient dans un grand état de prostration et respiraient difficilement. C’est la jeune Gertrude qui fut prise la première de la névrose convulsive et l’on disait que c’était elle qui avait apporté les pratiques nymphomaniaques dons le couvent et avec elles les esprits malfaisants dont étaient possédées ces nonnes.

En 1609, l’hystéro-démonomanie fit encore des victimes dans le couvent des filles de Sainte-Ursule, à Aix. Deux religieuses se dirent possédées : c’étaient Madeleine de Mandoul et Loyse Capel. On les exorcisa sans le moindre succès. Conduites au couvent de Sainte-Baume, elles dénoncèrent Louis Gaufridi, prêtre de l’église des Acoulès, de Marseille, d’être magicien et de les avoir ensorcelées.

L’inquisiteur Michaëlis a rédigé les procèsverbaux d’exorcisme. On constate en les parcourant, tous les symptômes de l’hystérie convulsive, delà nymphomanie, de la catalepsie, du délire hallucinatoire. Cet homme ne vit là néanmoins que les œuvres différentes de plusieurs démons, qui tourmentaient l’un après l’autre la malheureuse fille, à l’instigation de

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Louis Gaufridi. Celui-ci, on le comprend, lût arrêté, jugé, dégradé par le bourreau et conduit au bûcher, la liart au cou, pieds nus et une torche à la main. Ce malheureux, tombé en état de démence, avait avoué être l’auteur de la démonomanie des religieuses.

A peine Gaufridi avait-il été livré aux flammes de l’Inquisition que les religieuses du couvent de Sainte-Brigitte, à Lille, qui avaient assisté aux exorcismes des nonnes de Sainte- Ursule, furent atteintes à leur tour d’hystérodémonomanie. Le bruit se répandit qu’elles étaient possédées, et l’inquisiteur Michaëlis vint d’Avignon pour les exorciser. Une des religieuses, Marie de Sains, soupçonnée de sorcellerie fut immédiatement séquestrée dans les prisons de POfficial. Trois de ses compagnes, en traitement d’exorcisme, la dénoncèrent alors comme sorcière.

Marie de Sains, qui jusque là avait protesté de son innocence, finit par s’avouer coupable de maléfices envers les autres religieuses du cloître. Ces maléfices qu’elle plaçait sous les lits, furent inventés, disaitelle, par Gaufridi. « Le diable, pour l’en récompenser, donna à celui-ci le titre de prince des magiciens, et l’on me promit, disait-elle, les honneurs souverains pour avoir consenti à mettre en œuvre ce redoutable poison. La sœur Joubert, la sœur Bolonais, la sœur Fournier, la sœur Van der Motte, les sœurs Launoy et Péronne, qui offrirent les premières des signes de possession diabolique, subissaient l’action du philtre. Le maléfice était composé avec des hosties et du

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sang consacrés, des poudres de bouc, des ossements humains, des crùnes d’enfants, du poil, des ongles, de la chair et de la liqueur séminale de sorcier ; avec des morceaux de foie, de rate et de cervelle. Lucifer donna à ce mélange une vertu jusqu’alors ignorée ; les sorciers, pour lui donner un témoignage de leur reconnaissance lui immolèrent aussi- . tôt un bon nombre de nouveau-nés... »

Elle s’accusa, en outre, d’avoir fait mourir beaucoup de personnes, des enfants, la mère-abbesse, des religieuses... et sa belles mère; d’avoir administré des poudres débilitantes à plusieurs autres, d’avoir jeté un maléfice de lubricité à ses compagnes, d’avoir été au sabbat et cohabité avec des diables, d’avoir commis le crime de sodomie, d’avoir eu commerce avec des chiens, des chevaux et des serpents , d’avoir enfin accordé ses faveurs à Gaufridi...

Marie de Sains, reconnue possédée du démon, fut exorcisée, condamnée à la prison perpétuelle et aux pénitences austères de l’officialité de Tournay.

Immédiatement après le procès de Marie de Sains, une autre religieuse, Simone Dourlet, fut jugée pour crime de sorcellerie. A force de tortures et de suggestions, elle finit par convenir qu’elle avait été au sabbat et qu’elle était coupable... L’histoire de cette pauvre fille est révoltante, car non seulement elle était innocente de tous les crimes qu’on lui imputait, mais elle n’était même pas malade. Elle fut victime des hallucinations de ses compagnes.

Une autre forme d’hystéro-démonomanié fut observée la môme année près de Dax, dans la paroisse d’Amon. Plus de cent vingt femmes furent atteintes à la fois de cette folie impulsive, selon l’expression de Calmeil, qu’on désignait alors sous le nom de mal deLaïra. Cette névrose, qui n’était qu’une variété de la grande hystérie, était caractérisée, soit par des convulsions, soit par des aboiements.

De l’Ancre a donné une description intéressante de ceux-ci, mais sans manquer de faire intervenir des sorcières, pour en expliquer les causes : « C’est chose monstrueuse, dit-il, de voir parfois à l’église plus de quarante personnes, lesquelles toutes à la fois aboient comme chiens font, la nuit quand la lune est en son plein. Cette musique se renouvelle à l’entrée de chaque sorcière qui a donné parfois ce mal à plusieurs, si bien que son entrée dans l’église en fait laïva (qui veut dire aboyer) une infinité, lesquelles commencent à crier dès qu’elle entre. »

Le même symptôme d’aboiement se manifestait au logis quand une sorcière passait dans la rue. Aussi arrêtait-on tous les passants au moment où une de ces malades se mettait à aboyer chez elle.

Les convulsions qui faisaient ressembler quelques-unes des femmes d’Amon à des frénétiques enragées, les attaques pendant lesquelles elles se vautraient sur le sol comme des brutes, battant la terre de leur corps et de leurs membres, tournant leurs forces contre leurs propres personnes, sans

que la volonté put réprimer leur acharnement à méfaire, doivent être rapportées à une violente hystérie plutôt qu’à l’épilepsie. Calmeil.

Un fait assez remarquable de cette névrose, c’est que les femmes qui poussaient des hurlements étaient exemptes de convulsions et réciproquement. On a comparé ces hurlements à ceux des nonnes de Knitorp et aux bêlements de celles de Sainte-Brigitte.

On aurait pu les rapprocher également des miaulements que faisaient entendre les religieuses allemandes, lorsque, se croyant changées en chats, elles couraient dans toutes les directions de leur couvent.

Inutile d’ajouter que le mal de Laïra fut cause de plusieurs condamnations de prétendues sorcières, avouant toujours aux inquisiteurs qu’elles avaient jeté des maléfices '.

Parmi les nombreux procès de démonolâtrie, celui qui eut le plus de retentissement, fut certainement le procès d’Urbain Grandier, à propos des Ursulines de Loudun, de 1632 à 1639.

1. F. Willis a observé une névrose semblable, en 1700, dans un couvent d’Oxfort. Les accès d’aboiements étaient suivis de convulsions et finalement d’agitation maniaque.

Reulin et Hecquet ont constaté, en 1701, une affection semblable caractérisée par des miaulements que faisaient entendre tous les jours à la même heure toutes les religieuses d’un couvent des environs de Paris. Les accès de miaulements cessèrent le jour qu’elles furent prévenues que si on les entendait encore, elles seraient fouettées par une compagnie de soldats cantonnée à la porte du couvent Traité des affect, vaporeuses,.

Le couvent de Loudun fut fondé en 1611 par une dame de Cose-Belfiel. On n’y reçut que des filles nobles : Claire de Sazilli. les demoiselles de Barbezier, Mn° de la Mothe de Baracé, les demoiselles d’Escoubleau de Sourdis, etc. Ces dames avaient reçu une brillante éducation et s’étaient soumises à la vie monacale par vocation. Seize d’entre elles furent subitement atteintes d’hallucinations. Elles se disaient possédées et victimes de maléfices.

Pendant la nuit, elles se levaient, allaient et venaient dans le couvent, montaient sur les toits, comme font les individus atteints de somnambulisme naturel. On accusa d’abord l’esprit de l’ancien aumônier, décédé récemment, d’être la cause de ces phénomènes ; et quelques-unes de ces dames se plaignirent même d’attentats à leur pudeur et de propositions déshonnêtes de la part du revenant.

Le mal empirant tous les jours et prenant une forme rémittente, la justice intervint, et les religieuses déclarèrent que le magicien, qui était la cause de leur possession, était en réalité Urbain Grandier, curé de l’église Saint-Pierre de Loudun, homme distingué, doué d’une brillante intelligence, d’une éducation parfaite, mais très porté à la galanterie et très avide de la faveur publique.

Etait-ce Mignon, le nouvel aumônier de la communauté, et l’ennemi de Grandier, qui suggéra aux religieuses le nom de leur prétendu persécuteur ?On l’a dit... Mais Urbain Grandier n’attacha aucune importance à la

chose, et tout eu resta là provisoirement.

Les attaques d’hystérie convulsive se multipliaient néanmoins de plus en plus et se compliquaient de catalepsie, d’extase, de nymphomanie; les religieuses tenaient des propos impudiques et obscènes. Les exorcistes furent appelés auprès de Mmes de Belfield, de Sazilli, du Magnaux et leurs compagnes, sans le moindre succès. Ces dames provoquaient, au contraire les religieux par des gestes lascifs et des postures indécentes. Il y en avait qui rampaient comme des serpents, d’autres qui ployaient complètement leur corps en arrière, la tête touchant les talons, marchant ainsi avec une vitesse extraordinaire. Par moments, elles criaient d’une manière horrible ou hurlaient comme des bêtes fauves.

Un chroniqueur du temps, de la Ménarday, témoin de visu et de auditu, écrivait : « Dans leurs assouplissements, elles devenaient souples et maniables comme une lame de plomb, en sorte qu’on leur pliait le corps en tous sens, en devant, en arrière, sur les côtés, jusqu’à ce que la tête touchât par terre ; et elles restaient dans la pose où on les laissait jusqu’à ce qu’on changeât leurs attitudes. » Les attaques se produisaient surtout pendant les exorcismes. Au premier mot de Satan, « elles se levaient, passaient leur pied par dessus la tète, écartaient les jambes au point de s’asseoir sur le périnée, et se livraient sur elles-mêmes à des attouchements impudiques. » Elles déliraient, pendant ce temps-là, sur leurs idées démo-

nomaniaques : M1»» de Belfiel se disait assiégée par sept diables, Mmo de Sazilli par huit, Mm° de la Mothe par quatre, la sœur Elisabeth par cinq...

Pendant les exorcismes, il arrivait que les religieuses s’ endormaient, ce qui a fait penser à Galmeil que « l’état de ces filles ressemblait peut-être, par instants, àceluides somnambules mai7/ïéz;ïgMes(.sm).Cettesupposition permet d’expliquer l’impossibilité où les religieuses se trouvaient de racontér certains jours ce qu’elles avaient dit ou fait pendant une partie des accès nerveux. Les jours où elles échappaient à V assoupissement, où elles étaient au contraire violemment exaltées par la nature de leurs sensations tactiles et viscérales, elles ne se rappelaient que trop, quand arrivait le pouvoir de la réflexion, le cynisme dégoûtant de leurs actes, la hardiesse inouïe de leurs assertions. »

Il y avait déjà quinze mois que les Ursulines étaient possédées des diables, toute la communauté était atteinte, lorsque Laubardemont, un des confidents secrets de Richelieu, arriva à Loudun,pour examiner l’affaire de démonolâtrie du couvent. Le cardinal l’avait envoyé comme commissaire extraordinaire avec les pouvoirs les plus étendus.

Urbain Grandier, qui était l’auteur d’un libelle contre le despotisme de Richelieu, fut arrêté sous l’inculpation de sorcellerie et déféré devant une commission de haute justice, dont les membres avaient été choisis par Laubardemont. Il fut confronté avec les religieuses, invité à les exorciser, et ensuite

soumis à la torture : on lui enfonçait dans toute l’épaisseur de la peau des pointes de fer pour trouver les régions anesthésiées, qui étaient les prétendues marques du diable.

Malgré ses protestations d’innocence, les juges, prenant acte des accusations des énergumènes, acceptant comme témoignages les scènes de délire furieux que sa présence provoquait, le condamnèrent, comme on le sait, à être attaché vif sur le bûcher, où il fut porté, après avoir été soumis préalablement à la question, tout le temps nécessaire pour que les muscles et les os de ses membres fussent broyés.

Le supplice d’Urbain Grandier ne mit pas fin à l’hystéro-démonomanie des Ursulines, car cette affection s’étendit au contraire aux séculières de la ville et aux moines euxmêmes qui avaient été chargés des exorcismes ; mais la vengeance de l’Eminence rouge était satisfaite.

Bien des commentaires ont été faits depuis longtemps sur la démonolâtrie des Ursulines de Loudun. Je ne veux ni les reproduire, ni les discuter. Ils ne portent d’ailleurs que sur l’ignorance des maladies du système nerveux, sur l’insuffisance et la faiblesse de caractère des médecins de l’époque et sur le fanatisme des moines et du clergé. Mais il me paraît digne d’intérêt de rappeler l’analogie signalée par Galmeil entre les symptômes convulsifs observés chez les religieuses et les phénomènes du somnambulisme. Ce fait me parait d’autant plus remarquable que

le savant médecin de Charenton était un adversaire déclaré du magnétisme, et qu’il publiait son ouvrage il y a presque un deinisiècle, en 1845. Le sommeil dans lequel tombaient les malades pendant les exorcismes, l’oubli des scènes où elles avaient joué un rôle si important sont bien à notre avis des phénomènes d’hypnotisme. Et la ressemblance est telle que je ne croirais pas impossible de reproduire artificiellement une épidémie d’hystéro-démonomanie

Acceptons un instant l 'hypothèse d’un couvent où seraient renfermées une vingtaine de jeunes femmes parmi lesquelles on peut en admettre au moins dix dans la catégorie des hypnotisables. Admettons que ces recluses, vivant de la vie ascétique ordinaire des cloîtres, plongées dans le mysticisme religieux de la foi catholique, reçoivent un jour, comme confesseur et directeur spirituel, un homme d’un caractère énergique, connaissant toutes les pratiques de l’hypnotisme et de la suggestion, un disciple de Puel, de Charcot, de Luys, de Baréty, de Bernheim, un neurologiste ensoutané. Qu’il plaise à cet homme de magnétiser individuellement chacune de ces femmes dans le silence et la demi-obscurité du confessionnal, qu’il leur suggère qu’elles sont possédées de tous les démons connus des sorcières ; supposons enfin qu’il use de son pouvoir physiologique pour les mettre en extase, en catalepsie, en léthargie, en état d’hallucinations provoquées et d’excitation nerveuse, combien faudra-t-il de temps à cet homme pour faire de

ces femmes des sujets semblables à celles du couvent des Ursulines de Loudun ?...

Je n’ai pas admis cette fiction dans le but de conclure que les possédées de Loudun étaient le jouet d’un personnage quelconque essayant sur elles son action hypnotisante dans un intérêt que j’ignore. Mais si le fait peut être considéré comme possible par la volonté d’un individu, qui donc pourrait affirmer aujourd’hui qu’il n’existe pas une force inconnue, intelligente ou non, capable de produire les mêmes phénomènes pathologiques ? — Ce qu’on appelle encore, en 1888, l’hypnotisme, dans les amphithéâtres de nos Universités, nous réserve prochainement des révélations plus extraordinaires, et encore plus surnaturelles;... et le dernier chapitre qu’on écrira sur la neurologie au xixe siècle sera intéressant.

Remarquons encore que les phénomènes d’hystéro-démonomanie n’étaient pas particuliers aux Ursulines de Loudun. On les a observés dans tous les couvents de femmes, dans les mêmes conditions d’habitudes de macérations excessives, de jeûnes débilitants prolongés, de longues veilles passées en prières et de dépression nerveuse causée par les meurtrissures de la discipline, par les exhortations mystiques d’un homme revêtu d’un caractère sacré, sur lequel roulent tous les entretiens, tous les propos, toutes les conversations des filles cloîtrées.

L’histoire des nonnes de Loudun se reproduisit identiquement dans les mêmes

conditions chez les religieuses du couvent de Sainte-Elisabeth de Louviers, en 1643, trois ans après le supplice d’Urbain Grandier. En très peu de temps, dix-huit religieuses se montrent atteintes d’hystéro-démonomanie. Elles ont des hallucinations actives de tous les sens, des convulsions et du délire. Gomme les Ursulines, elles blasphèment, vocifèrent, se livrent à toutes les contorsions imaginables, se disent possédées des démons, décrivent, en termes obscènes, toutes les orgies du Sabbat, toutes les variétés de la débauche des sens inconnues des prostituées. Puis, finalement, elles accusent une ou plusieurs personnes de leur entourage de sorcellerie.

Les religieuses de Louviers dénoncèrent donc, après avoir été exorcisées, selon les canons de l’Eglise, comme les auteurs de leurs maux et comme magiciens, leur ancien confesseur, l’abbé Picard, mort antérieurement à l’apparition de leurs accidents nerveux, puis un autre prêtre du nom de François Boullé et plusieurs de leurs compagnes, notamment la sœur Madeleine Bavan. Ces malheureux furent jugés par le Parlement de Rouen, qui ordonna que le cadavre du curé Picard serait exhumé, porté sur le bûcher et lié au corps de François Boullé, et que leurs cendres seraient jetées au vent. Cette exécution, en plein xvne siècle, eut lieu sur la place du Vieux-Marché à Rouen, à l’endroit même où Jeanne d’Arc avait été brûlée vive, elle aussi, comme possédée par des êtres surnaturels,

Pour clore ce chapitre d’hystéro-démonomanie des religieuses, dont nous ne pouvons donner que quelques exemples, nous citerons la relation intéressante, qui nous a été laissée par les évêques, docteurs en Sorbonne et députés du roi, sur la possession des filles du couvent d’Auxonne. Il s’agit toujours de convulsions, de hurlements, de blasphèmes, d’aversion pour les sacrements, de possession, d’exorcismes. Mais il y eut surtout des phénomènes de suggestion observés avec beaucoup de précision.

On peut bien dire que les religieuses d’Auxonne étaient accessibles à la suggestion ; car, au commandement ou même par la pensée des exorcistes, elles tombaient en extase ou en état de somnambulisme ; dans cet état, elles devenaient insensibles à la douleur, comme on le constata, en enfonçant une aiguille sous l’ongle de la sœur Denise; elles avaient aussi la faculté de se prosterner, le corps plié comme un cercle, et de faire, en un mot, tout ce qu’elles voulaient de leurs membres.

L’évêque de Châlons rapporte « que toutes « lesdites filles, tant séculières' que régu- « lières, au nombre de dix-huit, avaient le « don des langues et répondaient en latin « aux exorcistes, faisant parfois des dis- « cours entiers en cette langue...

« Presque toutes ont témoigné avoir conte naissance de l’intérieur et du secret de la « pensée, ce qui a paru particulièrement « dans les commandements intérieurs, qui

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« leur ont été faits par les exorcistes en « diverses occasions, auxquels elles ont « obéi très exactement pour l’ordinaire, sans « que les commandements fussent exprimés « ni par des paroles ni par aucun signe exté- « rieur, ce dont ledit évêque a fait plusieurs « expériences, entre autres sur la personne « de Denise Pariset, à laquelle ayant fait « commandement, dans le fond de sa pensée, « de le venir trouver pour être exorcisée, elle « y est venue incontinent, quoique demeu- « rant dans un quartier de la ville assez « éloigné, disant au seigneur évêque qu’elle « avait été commandée par lui de venir : ce « qu’elle a fait plusieurs fois.

« Et encore en la personne de la sœur « Jamin, novice, qui, en sortant de l’exor- « cisme, lui dit le commandement intérieur « qu’il avait fait au démon pendant l’exor- « cisme. Et en la personne de la sœur Bor- « thon, à laquelle ayant commandé mentale- « ment au plus fort de ses agitations de « venir se prosterner devant le Saint-Sacre- « ment, le ventre contre terre et les bras « étendus, elle exécuta le commandement au « même instant, qu’il eut été formé avec une « promptitude et une précipitation toute ex- « traordinaire1. »

Voilà, je crois, des faits bien authentiques de transmission de pensée ou de suggestion mentale, peut-être volontairement inconnus de certains neurologistes modernes. Les névropathes d’Auxonne présentaient des

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