‹ Le moyen age médicalChapitre 56 sur 89 · Histoire des diables, p. 57 et 58. Aubin · texte numérisé non relu

Histoire des diables, p. 57 et 58. Aubin

phénomènes plus extraordinaires encore :

au commandement, elles suspendaient les pulsations du pouls dans un bras, dans le bras droit par exemple, et faisaient ensuite le transfert des battements du bras droit au bras gauche. Ce fait constaté par l’évêque et plusieurs ecclésiastiques, « fut exécuté ponctuellement en présence du médecin Morel, qui l’a reconnu et déposé. »

Nous en resterons là sur la démonomanie du moyen âge, sur laquelle nous n’avons peut-être apporté aucun fait historique nouveau, mais que nous avons cru devoir envisager dans ses rapports avec l’hypnotisme. Nous ouvrons ainsi le champ à de nouvelles investigations sur ces affections étranges, classées jusqu’à présent dans toutes les variétés de la monomanie, mais qui nous paraissent appartenir davantage à une forme de pathologie mentale indépendante de la folie proprement dite.

S’il en était autrement, il faudrait reconnaître comme aliénés, non seulement les démonomanes du moyen âge, mais encore tous les Jansénistes extatiques, choréiques et convulsionnaires du xvme siècle. Ils n’étaient certainement pas aliénés ceux qui venaient dans le petit charnier de Saint-Médard, sur la tombe du diacre Paris, faire acte d’appel contre la bulle de Clément XI. Et ce n’est pas à une autre cause qu’à l’auto-suggestion qu’il faut attribuer les phénomènes nerveux dont les Appelants donnèrent le curieux spectacle, pendant trente années consécutives. 13

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L’exaltation des idées religieuses, si souvent mises en avant par les psychologues, ne peut rendre compte suffisamment de ces phénomènes ; j’en vois une preuve palpable dans les accidents divers dont se trouvaient subitement atteints les plus sceptiques et les esprits forts du temps, qui venaient en amateurs, assister au spectacle des convulsionnaires. Les accidents se traduisaient le plus souvent, comme on le sait, par des cris violents, des battements précipités du cœur, des contractures des muscles et des symptômes nerveux analogues.

D’ailleurs, il est incontestable que beaucoup de malades et d’infirmes incurables obtinrent une guérison inespérée à la suite de ces crises convulsives, alors que d’autres, en état de santé, furent pris d’hallucinations et de délire. On en vit quelques-uns se lacérer certaines parties du corps qui étaient le siège de brûlures ardentes et continuer à sauter, crier, gesticuler, se martyriser comme certains aliénés en état de démence.

Les Jansénistes ne parlaient ni des pactes, ni des démons, ni des exorcismes dont les inquisiteurs et leurs acolytes suggéraient la pensée aux démonomanes. Aussi, malgré les plus grandes austérités et les jeûnes les plus rigoureux, ne vit-on, chez les convulsionnaires de Saint-Médard , que l’idée de la possession du Saint-Esprit et les faveurs divines obtenues par la protection du bienheureux diacre. Et cependant ces possédés de Dieu étaient comme les possédés du diable, sujets au somnambulisme, à

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l’extase, à la léthargie, à la catalepsie et autres phénomènes h

Dernière analogie enfin entre les deux épidémies nerveuses : ce fut l’autorité royale, forme de suggestion spéciale aux siècles passés, qui mit fin à la sorcellerie comme au Jansénisme.

i. C’est-à-dire à des états particuliers de la sensation chez certains êtres, états qui peuvent être produits artificiellement, avec développement de la lucidité, proportionnellement à la puissance de l’hypnotiseur.

LA DÉMONOMaNIE AU MOYEN AGË

Hystérie et Force psychique

Parmi les phénomènes observés chez les hystériques démonomanes, il y en a quelques-uns, comme nous l’avons déjà fait remarquer, que les neurologistes modernes ont voulu passer sous silence, parce qu’ils se trouvaient dans l’impossibilité d’en donner une explication plausible : il s’agit de cette force mystérieuse, qui agit sur la personnalité humaine et ses facultés, qui produit des faits surnaturels, en contradiction avec les lois scientifiques connues, en un mot de la Force psychique, nom que lui donne encore W. Crookes, mais qui n’est autre chose que la force dont s’occupe le spiritisme.

Cette force, propriété que possèdent à un très haut degré, non seulement les hystériques mais encore tous les névropathes, désignés sous le nom de médiums par les psychologues spirites, ne saurait être contestée aujourd’hui.

Les démonologues du moyen âge l’avaient mentionnéesouventdans les observations des

démonomanes, et l’avaient attribuée au malin esprit; et si nos pathologistes n’ont pas daigné encore s’en occuper, cela n’a fait que simplifier l’étude de la physiologie du système nerveux; mais pour tous les esprits, qui considèrent la science comme synonyme de vérité, il est incompréhensible que nos savants officiels aient été pénétrés à ce point de la peur de la critique qu’ils se soient refusés, jusqu’à ce jour, à constater purement et simplement un fait inexplicable, à la vérité, mais réel, positif, certain.

Ne nous trouvant pas accessible à celte prudence timorée, qui est, dit-on, une des conditions, sine qua non, pour être candidat à l’Institut, nous poursuivrons notre investigation dans les documents que nous possédons sur le moyen âge médical, et nous en chercherons loyalement l’interprétation scientifique.

Parmi ces documents, nous choisirons, comme type, le procès-verbal fait pour

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