‹ Le moyen age médicalChapitre 59 sur 89 · L. Morel. Y au ou et · texte numérisé non relu

L. Morel. Y au ou et

M. Pelet. Gaultier. J. Vymont. »

Le onzième procès-verbal constate que

Françoise fut enlevée au dessus du lit où elle était couchée, pendant la nuit, en présence de plusieurs témoins.

Dans le procès-verbal suivant, le même phénomène se reproduit plusieurs fois à l’église de Louviers, pendant la messe de l’exorcisme : « Icelle Françoise a cle rechef esté enleuêe hors de terre, plus hault que l’autel, comme si on l’eust prinse par les cheueux, d’une si estr ange façon, que cela auoit grandement estonnè les assistants, qui n’eussent jamais cru veoir une chose sg espouuantable . . .

« Et aprez que lad. Françoise a de reclief cryé mercy à Dieu et renoncé aud. malin esprit, estant à deux genoux, et s’aprochant led. curé Pellet auprez d’elle pour luy présenter la sainte Eucaristie, afin d’icelle receuoir, pour la troisiesme fois, elle auoit esté comme deuant empesche’e de ce faire, ayant esté enleuêe pour la troisiesme fois par dessus une grande forme ou banc qui estait devant l’autel où l’on célébroit la messe, et emportée en l’air du costéoù la vitre auoit esté cassée, la teste en bas, les piedz en hault, sans que les accoustremens feussent renuersez, au trauers desquelz, deuant et derrière, il sortait une grande quantité d’eaue et fumée puante, ayant esté plus tourmentée que deuant, auec une telle magnye et fureur, que s’estoit chose horrible à veoir et incroyable à ceulx qui ne l’ont veue, laquelle Françoise fut quelque temps ainsy transportée en r air, sans que l’on la pense reprendre, mais en fin sept à huit hommes s’estoient iettez à elle, qui auoient icelle reprinse et mise contre terre, estant tourmentée de telle façon que s’estoit chose horrible et pitoyable à veoir, tellement que ceulx qui estaient là présentz en grand nombre, tant catholiques que de la nouuelle prétendue religion, auoient pleuré, s’estantz mis à genoux et commencé à prier Dieu pour le salut de Pâme de la, dite Françoise. »

En présence de ces faits, Françoise Fontaine fut reconduite à la prison, et il fut décidé, dans un conseil où assistaient les deux médecins Roussel et Gautier, qu’on raserait les cheveux de cette fille, comme on avait l’habitude de le faire aux sorcières.

Pendant l’opération faite publiquement par Gautier, le même phénomène se reproduit encore : « Françoise est de rechef enleuêe en l’air fort liault , la tête en bas, les pieds en hault , sans que ses accoustrements se soient renuersez, au trauers desquels il sortoit par deuant et par derrière grande quantité d’eaue et fumée puante... »

Gomme pour les précédents procès-verbaux, celui-ci est attesté par les magistrats, les deux médecins et le greffier, c’est-à-dire par sept personnes dont le témoignage, au point de vue des faits matériels, ne saurait être suspect, et dont, exceptionnellement, on ne peut incriminer l’honnêteté : car, ce fut par leurs soins que Françoise fut mise en liberté, après la disparition des symptômes inexplicables de cette maladie nerveuse, qu’ils constatèrent dans leur dernier procès-verbal ' .

Pour nous rendre compte des phénomènes surnaturels observés par les démonographes et attribués par eux à l’esprit malin, nous devons résumer maintenant les expériences faites par les physiologistes spirites de notre

1. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire in extenso les deux derniers procès-verbaux remplis de détails intéressants ; nous engageons nos lecteurs à en prendre çonna,issance sur l'original,.

époque et rechercher l’analogie que présentent ces deux ordres de phénomènes.

Parmi les expérimentateurs, qui ont le plus contribué à faire entrer dans le domaine scientifique les faits se rapportant à la Force psychique, il faut placer en première ligne M. W. Crookes

Les Recherches expérimentales de ce savant ont été classées par lui dans les treize classes suivantes :

Classe I. — Mouvement de corps pesants, avec contact, mais sans effort mécanique.

« Ce mouvement est une des formes les plus «impies des phénomènes observés. Il présente des degrés qui varient depuis le tremblement ou la vibration de la chambre et de ce qu’elle contient, jusqu’au soulèvement complet en l’air, d’un corps pesant, lorsque la main est placée dessus.

« On objecte communément que, quand on touche un objet mis en mouvement, on peut le pousser, le tirer ou le soulever. J’ai prouvé expérimentalement que cela était impossible dans un grand nombre de cas ; mais, comme affaire d’évidence, j’attache peu d’importance à cette classe de phénomènes considérés en eux-mêmes, et je n’en fais mention qu’en qualité de préliminaires à d’autres mouvements du même genre, mais sans contact.

« Ces mouvements (et je puis vraiment ajouter tous les phénomènes analogues) sont généralement précédés par un rafraîchissement particulier de l’air, s’élevant quel-

1. M. W. Crookes, membre de la Société royale de Londres (Académie des sciences de l’Angl .terre), est un des maîtres les plus illustres de la science moderne : il a découvert le thallium, la matière radiante, le photomètre de polarisation, le microscope spectral. C’est un chimiste et un physicien de premier ordre, habitué aux. procédés minutieux des recherches expérimentales.

quefois jusqu’à un véritable vent. Ce vent a dispersé des feuilles de papier et fait baisser un thermomètre de plusieurs degrés.

« Dans quelques circonstances, au sujet desquelles je donnerai un jour plus de détails, je n’ai découvert aucun mouvement de l’air ; mais le froid était si intense que je ne pouvais le comparer qu’à celui qu’on éprouve en plaçant la main à quelques pouces de distance du mercure en état décongélation. » — Crookes.

J’ai obtenu, comme l’éminent membre à la Société royale de Londres, le mouvement de corps pesants avec contact, avec une grande facilité, non seulement le soulèvement de tables massives, d’un poids supérieur à la force musculaire d’un homme très robuste, mais encore le mouvement de ce meuble dans une direction donnée; de même celui du battant d’une petite table carrée, quelquefois même ce mouvement d’après une cadence déterminée. Ce phénomène bien connu des expérimentateurs peut se produire sans l’intervention d’un puissant médium. Il était bien connu dans l’antiquité, mais il n’en est pas fait mention dans les écrits sur la sorcellerie du moyen âge.

Aussi extraordinaires que puissent paraître ces faits, ils ne le sont pas davantage que ceux qui ont été observés par M. Crookes, et tout récemment par M. Zœllner, professeur à l’Université de Leipzig, membre correspondant de notre Institut, en présence de MM. les professeurs Fechner, Braune, Weber, Sclieibner et le célèbre chirurgien Thiersch1.

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