Mesures en bois pour les liquides
artificiel, la dame s’agenouilla sur la chaise, de sorte que les quatre pieds de celle-ci étaient visibles aux yeux de nous tous. Alors la chaise se souleva de trois pouces environ, resta suspendue à peu près dix secondes puis descendit lentement.
« Une autre fois, mais séparément, deux enfants furent soulevés du plancher avec leurs chaises, en pleine lumière, dans des conditions entièrement satisfaisantes (pour moi) ; car j’étais à genoux et je surveillais attentivement les pieds de la chaise, pour que personne ne pût les toucher.
« Les cas les plus remarquables de soulèvement dont j’ai été témoin, sont ceux qui ont eu lieu avec M. Home. Je l’ai vu, dans trois occasions différentes, s’élever complètement du plancher de la chambre. La première fois, il était assis dans un fauteuil ; la seconde fois, il était à genoux sur sa chaise ; et la troisième fois, il était debout. Dans chaque cas, j’ai eu toute facilité pour examiner le fait au moment même où il s’est produit.
« On a raconté au moins une centaine de cas de soulèvement de M. Home au-dessus du sol, en présence d’un nombre égal de personnes différentes, et j’ai entendu de la bouche même des trois témoins de la séance la plus extraordinaire en ce genre : le comte de Dunrayen, lord Lindsay et le capitaine C. Wynne, — le récit le plus minutieux de ce qui est survenu.
« Rejeter les dépositions présentées à ce sujet, c’est rejeter tout témoignage humain, quel qu’il soit ; car aucun fait, dans l’histoire sacrée on profane, ne s’appuie sur des preuves plus, solides.
« Les témoignages nombreux qui établirent les soulèvements de M. Home sont accablants. Il serait grandement à désirer que quelques personnes, dont la déclaration pourrait être acceptée comme concluante par le monde scientifique, — si, toutefois, il existe une personne dont le témoignage en faveur de semblables phénomènes puisse être agréé, — voulussent bien exafniner sérieusement et avec patience les faits allégués.
« La plupart des témoins oculaires de ces soulèvements sont encore vivants, et assurément ils donneraient volontiers leur témoignage ; mais, dans cpielques années, il .sera difficile, sinon impossible, d’obtenir un pareil témoignage direct. » Crookes.
C’est dans cette classe de phénomènes qu'il faut placer les faits de lévitation de Françoise Fontaine, constatés dans plusieurs procèsverbaux, faits qui étonnèrent si fortement les témoins, soit à la prison de Louviers, soit à la juridiction, soit à l’église.
Les symptômes cataleptiques, qui accompagnaient le mouvement ascensionnel de cette femme, viennent témoigner de l’état névropathique spécial dans lequel elle se trouvait, et que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de médiumnité, — état dans lequel se développe la Force psychique, soit spontanément, soit à la suite de manœuvres hypnotiques.
Un des bienfaits de la science future sera de donner l’explication de faits considérés comme surnaturels, relatés par l’histoire, auxquels la suffisance de nos académies ont refusé d’ajouter foi, mettant sur le compte de l’hallucination les assertions des écrivains et de ceux qui en témoignaient, quand ces orgueilleuses compagnies ne stigmatisaient pas celles-ci des noms de mensonge, d’imposture ou de supercherie
1. Pour donner une idée de l’ignorance des pseudosavants matérialistes, il faut lire au mot Somnambulisme du dictionnaire de médecine de Littré, les lignes suivantes à propos des phénomènes de percussion : « Ces bruits sont dûs à un léger déplacement préalable de la
Classe VII. — Mouvement Je divers petits objets , sans contact d’aucune personne.
« Sous ce titre, je me propose de décrire certains phénomènes particuliers dont j’ai été témoin.
« Je me contenterai de faire allusion ici à quelquesuns des faits les plus surprenants, qui tous, qu’on se le rappelle, sont survenus dans des circonstances qui rendent toute supercherie impossible ; mais il serait insensé d’attribuer ces résultats à une tromperie, car je rappellerai de nouveau à mes lecteurs que ce que je rapporte ne s’est pas passé dans la maison d’un médium, mais dans ma propre maison, où toute préparation était complètement impossible.
« Un médium, venu dans ma salle à manger, ne peut pas, quand il est assis dans une partie de la chambre où un certain nombre de personnes le surveillent attentivement, faire jouer à l’aide d’un artifice quelconque, un accordéon que je tiens dans ma propre main, avec les touches renversées, ou faire flotter en l’air ce même accordéon pendant tout le temps qu’il joue.
« Il n’aur ait pas pu introduire en secret une machine capable d’agiter les rideaux des fenêtres, — de soulever des stores vénitiens, à huit pieds de distance, — de faire un nœud à un mouchoir, et de le placer dans un coin éloigné de la chambre, - de faire résonner des notes sur i n piano éloigné, — de faire flotter un plateau autour de la chambre, — d’enlever de la table une carafe et un verre, — de faire qu’un collier de corail se soutienne sur une de ses extrémités, — de faire qu’un éventail soit mis
rotide, du tibia sur le fémur, ou du tendon du long péronnier latéral ramenés ensuite brusquement à leur situation première. Ce déplacement est déterminé à l’aide de contractions musculaires dont on prend facilement l'habitude, a L’auteur de cet article s'appuie sur les prétendues expériences de Flint et de Schiff ; il aurait pu ajouter sur les assertions de Jubert de Lamballe et de Velpeau, qui ont commis, en cette circonstance, une grossière erreur de physiologie.
en mouvement et évente la société, — ou de mettre en mouvement un pendule, lorsqu’il est enfermé dans une vitrine fortement scellée à la muraille. » Crookes.
Le même phénomène se produit avec les fakirs. Un certain nombre de feuilles de figuier, ou toutes autres feuilles sont embrochées par le milieu sur autant de bambous fixés en terre. Dès que le charmeur a étendu les mains, les feuilles commencent à monter et à descendre le long des bâtons qui les traversent.
Autre expérience : un vase rempli d’eau se meut spontanément sur une table, se penche, oscille, s’élève à une hauteur sensible, sans qu’une goutte de liquide soit renversée.
Des instruments de musique rendent des sons, jouent des airs sous les yeux des assistants, à plusieurs mètres du fakir et sans que celui-ci se départisse de son immobilité. Dr Gibier a cité ces phénomènes, d’après des témoignages dignes de foi.
Pendant les grandes séances chez le docteur Puel, avec Mme L. B., nous avons été témoins de phénomènes analogues. Plusieurs fois mon confrère et moi, avons vu les rideaux de damas de la fenêtre de son cabinet s’agiter et s’ouvrir, nous avons entendu le son d’une petite trompette placée au milieu de la table, dans l’obscurité, il est vrai, mais en faisant la chaîne avec les mains, et dans toutes les conditions possibles pour ne pas être dupes de supercheries.
Classe VIII. — Apparitions lumineuses.
« Ces apparitions étant assez faibles, exigent généralement que la chambre soit dans l’obscurité. J’ai à peine
besoin de rappeler à mes lecteurs que, dans ces occasions, j’avais pris les précautions nécessaires pour éviter d’ètre trompé par des lueurs dues à de l’huile phosphorée ou à d’autres moyens. En outre, parmi ces lumières, il en est quelques-unes que j’ai vainement essayé d’imiter artificiellement.
« J’ai vu. sous les conditions expérimentales les plus sévères, un corps solide ayant une lumière propre de la grosseur et à peu près la forme d’un œuf de dinde, flotter sans bruit autour de la chambre, montant quelquefois à une hauteur supérieure à celle qu’un assistant quelconque aurait pu atteindre en s’élevant sur la pointe des pieds, puis redescendre doucement sur le parquet.
« Ce globe lumineux resta visible pendant plus de dix minutes, et avant de disparaître, il frappa trois fois sur la table avec un son pareil à celui qu’aurait produit un corps dur et solide.
« Pendant ce temps, le médium était appuyé contre le dos d’un fauteuil dans lequel il était assis, et dans un état apparent d’insensibilité.
« J’ai vu des points lumineux s’élancer de tous côtés et s’arrêter au-dessus des têtes de différentes personnes.
« J’ai obtenu des réponses à des questions par des éclairs d’une brillante lumière, le nombre de fois que je désirais, et juste en face de moi.
« J’ai vu des étincelles de lumière s’élever de la table au plafond et retomber sur la table, en la frappant avec un bruit qu’on pouvait entendre distinctement.
« J’ai obtenu par l’alphabet, une communication qui m’a été donnée au moyen d’éclairs lumineux, produits dans l’air, en face de moi, tandis que ma main se promenait partout au milieu de ces lueurs. J’ai vu un nuage lumineux flotter en montant vers un tableau.
c Plusieurs fois, et dans les mêmes conditions de contrôle sévère, un corps solide et d’apparence cristalline, ayant une lumière propre a été placé dans ma main par une main qui ne pouvait appartenir à aucune des personnes présentes dans la chambre. En pleine lumière.
j’ai vu un nuage lumineux voltiger au-dessus d’un héliotrope placé sur une console, casser une petite branche et la porter à une dame.
« J’ai vu quelquefois de semblables nuages lumineux se condenser visiblement , prendre la forme d’une main et porter, çà et là, de petits objets. Mais ces phénomènes appartiennent plus spécialement à la classe suivante. » Crookes.
Le seul phénomène de cette nature que j’ai vu s’est produit dans les circonstances suivantes : Un soir, après avoir commencé quelques expériences avec madame L. B., dans le salon de M. le D1' Puel, nous fûmes obligés de les interrompre brusquement, en raison d’une violente attaque d’hystérie convulsive de cette dame, attaque qui ne se calma qu’au bout d’une heure, par l’application de plaques métalliques sur le thorax.
Après avoir repris ses sens, elle se retira avec son mari et M. Puel dans le cabinet de travail, où je fus appelé quelques instants après par mon savant confrère. Madame L. B., était debout, soutenue par mes deux amis 1 ; de sa poitrine sortaient des vapeurs phosphorescentes de plus en plus épaisses et d’autant plus visibles qu’on s’était empressé d’éteindre les lumières. Ce phénomène dura plus d’un quart d’heure pendant lequel
1. M. etMmeL. B. étaient des amis intimes dn Dr Puel ; je tiens néanmoins à établir que madame L. B. se prêtait à nos expériences de la manière la plus désintéressée. Elle et son mari sont d’ailleurs dans une position sociale au dessus d’une rémunération quelconque pour le concours précieux qu’ils nous ont prêté pendant plusieurs années. Et je leur en témoigne ici ma profonde reconnaissance,
la démonomanie au moyen âge 251
madame L. B. poussait de longs et douloureux gémissements. Ces vapeurs avaient bien l’odeur caractéristique du phosphore et semblaient partir de la région épigastrique.
Appelé quelques mois plus tard à donner mes soins à madame L. B., qui se trouvait dans un état profond d’anémie et de prostration morale, me souvenant de ce phénomène, je lui prescrivis des granules d’acide phosphorique qui firent un excellent effet.
Classe IX. — Apparition de mains , soit lumineuses par ellesmêmes j soit visibles à l’aide de la lumière ordinaire.
« On se sent fréquemment touché par quelque chose ayant la forme de mains (Fonns of liands), dans les séances qui ont lieu avec l’obscurité, ou dans des circonstances qui ne permettent pas de voir ces mains. Plus rarement, j’ai vu les mains.
« Je ne parlerai pas ici des cas dans lesquels les phénomènes se sont passés dans l’obscurité, mais je choisirai simplement quelques-uns des cas nombreux dans lesquels j’ai vu les mains à la lumière.
« Une petite main, d’une forme charmante, s’éleva d’une fente de la table et me donna une fleur : cette main apparut et disparut trois fois, à divers intervalles, en me donnant ainsi toute facilité pour me convaincre qu’elle était, en apparence, aussi réelle que la mienne. Ceci eut lieu en pleine lumière, dans ma propre chambre, pendant que je tenais les mains et les pieds du médium.
« Dans une autre occasion, une petite main et un bras pareils à ceux d’un enfant apparurent en jouant autour d’une dame qui était assise prés de moi : la main passa ensuite de mon côté, frappa légèrement mon bras et tira plusieurs fois mon habit.
« Une autre fois, on vit un bras et un pouce effeuillant les pétales d’une fleur placée à la boutonnière de M. Home, et les posant en face de quelques personnes qui étaient assises près de lui.
« J’ai vu plusieurs fois, et d’autres personnes ent vu comme moi, une main toucher les clefs d'un accordéon et en jouer, tandis que les deux mains du médium étaient visibles en même temps, et quelquefois même tenues par les personnes assises près de lui.
« Les mains et les doigts ne m’ont pas toujours paru solides et semblables à ceux des personnes vivantes. Quelquefois, en effet, ils présentaient plutôt des apparences nébuleuses, condensées en partie, sous la forme d’une main.
« Ces phénomènes ne sont pas visibles, au même degré, pour toutes les personnes présentes. Par exemple: on voit se mouvoir une fleur ou tout autre objet de petite dimension. Une personne de la société verra un nuage lumineux voltiger au-dessus de la fleur; une autre découvrira une main d’apparence nébuleuse, tandis que d’autres verront simplement le mouvement de la fleur.
« J’ai vu, plus d’une fois, d’abord un objet se mouvoir, puis l’apparence d’un nuage lumineux se former autour de lui, et enfin le nuage se condenser pour prendre la forme parfaitement exacte d’une main. A partir de ce moment, la main est visible pour toutes les personnes présentes.
« Ce n’est pas toujours une simple forme, mais quelquefois la main ressemble parfaitement à celle d’une personne vivante, et elle en a la grâce ; les doigts se meuvent, les chairs présentent une apparence humaine, absolument comme celles des personnes présentes. Au poignet ou au bras, cela devient nébuleux et se fond dans une vapeur lumineuse.
« Au toucher, la main m’a paru quelquefois froide glacée et comme morte ; dans d’autres occasions, chaude et comme vivante, serrant la mienne avec force comme un vieil ami la serrerait.
« J’ai retenu une de ces mains dans la mienne, fermement résolu à ne pas la laisser échapper. Elle ne fit ni résistance ni effort pour se dégager, mais elle parut se résoudre graduellement en vapeur, et se débarrassa ainsi de mon étreinte. » Crookes.
j’ai entendu plusieurs personnes affirmer avoir aperçu des mains et avoir été touchées par elles, en pleine lumière. Je n’ai jamais eu cet avantage, mais je puis certifier que, pendant huit ou dix. séances, moi et les cinq oü six personnes qui m’assistaient nous avons parfaitement senti sur les mains et sur la face unô petite main d’enfant nous toucher et nous faire des caresses. Le médium présent était encore madame L. B. qui, pendant les expériences, était renversée dans un fauteuil et maintenue par madame P. dont nous étions certains de la scrupuleuse attention, scientifiquement, nécessaire, car nous expérimentions dans l’obscurité Plusieurs fois, cette petite main s’enfonça dans ma manche et prit plaisir à tirer mes manchettes et à les porter à une personne éloignée de moi. Mon lorgnon me fut également enlevé une fois et fut apporté à l’un des assistants.
Classe X. — Ecriture directe.
C’est l’expression qu’on emploie pour désigner un écrit qui n’est produit par aucune personne présente. M. Crookes^n donne la description suivante :
« J’ai eu souvent des mots et des messages écrits sur du papier auquel j’avais fait une marque particulière, sous les conditions de contrôle les plus sévères, et j’ai entendu dans l’obscurité, le bruit du crayon mis en mouvement sur le papier. — Les précautions — préalablement prises par rnoi-même — ont été assez strictes pour
1. Un de mes amis, M. B..., avait toujours à la main une allumette-bougie qu’il allumait de temps en temps pour constater qu’il ne se passait aucune supercherie dans l’assistance. Aucun enfant d’ailleurs n’assistait à nos séances.
que mon esprit soit aussi convaincu que si les caractères de l’écriture s’étaient formés sous mes yeux.
« Mais, comme l’espace ne me permet pas d’entrer dans des détails complets, je choisirai simplement deux cas dans lesquels mes yeux aussi bien que mes oreilles ont été témoins de l’opération.
« Le premier cas que je citerai eut lieu, il est vrai, dans une séance avec obscurité, mais le résultat n’en fut pas pour cela moins satisfaisant.
« J’étais assis près du médium miss Fox, et il n’y avait que deux personnes présentes, ma femme et une dame de nos parentes : je tenais les deux mains du médium dans une des miennes, pendant que ses pieds étaient sur les miens. Il y avait devant nous du papier sur la table et ma main libre tenait un crayon.
« Une main lumineuse descendit de la partie supérieure de la chambre, et après avoir plané près de moi pendant quelques secondes, elle prit le crayon de ma main, écrivit rapidement sur une feuille de papier, jeta le crayon, s’éleva ensuite au-dessus de nos têtes, et disparut graduellement dans l’obscurité.
« Le second cas peut être considéré et enregistré comme un échec. Souvent un bon échec instruit plus que l’expérience qui a le mieux réussi.
a Le fait eut lieu à la lumière dans ma propre chambre, en présence de M. Home et de quelques amis seulement.
« Diverses circonstances qu’il n’est pas nécessaire de rapporter avaient montré que ce soir-là le pouvoir était fort. J’exprimai alors le désir d’être témoin de la production réelle d’un message écrit, semblable à celui dont j’avais entendu parler par un de mes amis, peu de temps auparavant. A l’instant même, une communication par l’alphabet dous donna ce qui suit : Nous essaierons.
« Un crayon et quelques feuilles de papier se trouvaient placés au milieu de la table. Bientôt le crayon se dressa sur la pointe et s’avança vers le papier par saccades et avec une sorte d’hésitation, puis il retomba. Il se
LA DEMONOlVÎANtE AU MOYEN AGE 255
releva, et retomba encore. Il essaya une troisième lois, mais sans un meilleur résultat.
« Après ces trois tentatives infructueuses, une petite latte de bois qui était tout près, sur la table, glissa vers le crayon et s’éleva de quelques pouces au-dessus de la table. Le crayon s’éleva de nouveau en s’étayant contre la latte, et tous deux firent un effort commun pour tracer des marques sur le papier. Cela ne réussit pas, et alors ils firent ensemble un nouvel essai.
« Après une troisième tentative, la latte abandonna la partie et revint à sa place ; le crayon resta dans la position où il était tombé sur le papier, et un message par l’alphabet nous dit : Nous avons essayé de faire ce que vous nous avez demandé mais notre pouvoir est épuisé. »
Dans l’Inde, les fakirs obtiennent facilement de l’écriture directe ; ils étendent du sable fin sur une table ou sur toute autre surface unie et placent sur ce sable un petit bâtonnet de bois. A un moment donné, le petit bâtonnet se dresse et trace sur le sable des caractères, qui constituent la réponse à la pensée de l’un des assistants
Dans les expériences faites avec notre ami, le Dr Puel, nous avons obtenu de l’écriture directe sur une vingtaine d’ardoises. Un morceau de craie était par moi placé sur une ardoise neuve, et celle-ci posée sur une table éloignée de celle où nous nous trouvions avec le médium, madame L. B. Ces expériences étaient faites avec toute la rigueur possible : examen préalable des deux surfaces de l’ardoise, isolement de la table, obstacles apportés à toute supercherie. Je tenais moi-
1. Récit fait par M. Jacolliot, juge au tribunal de Pondichéry, cité par le Dr Gibier, aide naturaliste au Muséum.
même les mains de madame L. B., qui était toujours en état d’hypnotisme pendant les expériences, auxquelles assistaient d’ailleurs plusieurs personnes connues, capables de contrôler les faits dont elles étaient témoins'.
Toutes les communications portaient une signature, et beaucoup la date de 1900, comme l’époque où le spiritualisme sera scientifiquement reconnu dans le monde.
M. le Dr Gibier, qui a fait d’intéressantes expériences avec M. Slade, a obtenu, comme nous, de l’écriture spontanée sur des ardoises, dont il a donné la reproduction dans le remarquable ouvrage, qu’il a eu le courage d’écrire et de signer !.
Nous n’avons trouvé, dans les documents du moyen âge, aucune communication donnée par l’écriture spontanée. Les démonographes n’en ont pas fait mention dans leurs écrits, ce qui eût été une preuve de plus prouvant l’analogie de la magie avec le spiritualisme moderne et le fakirisme indien auxquels elle sert d’intermédiaire dans l’histoire de l’Occulte.
1. Ces ardoises sont encore entre les mains du Dr Puel qui se fait un plaisir de les montrer à toutes les personnes désireuses de les voir.
2. Dr Gibier. Le Spiritisme, 1887. 0. Doin, éditeur. Dans les expériences faites par M. Oxon, professeur à l’Université d’Oxford, avec les médiums Slade et Monck, I’écriïure spontanée était obtenue dans les conditions suivantes : Les ardoises étaient neuves, marquées d’un signe et fortement liées ensemble. M. Oxon ne les perdait pas de vue et ne levait pas la main posée sur elles un seul moment. Elles n’étaient jamais hors de sa possession, après qu’il les avait lavées et marquées. Les expériences étaient faites en pleine lumière.
Classe XI. — Formes et figures de fantômes.
« Ce sont les plus rares des phénomènes dont j’ai été témoin. Les conditions exigées pour leur apparition semblent si délicates, et il faut si peu de chose pour empêcher leur production, que c’est seulement dans un très petit nombre d’occasions que je les ai constatés sous des conditions d’épreuves satisfaisantes. Je citerai deux cas :
« Au moment du crépuscule, dans une séance avec M. Home, dans une maison, les rideaux d’une fenêtre éloignés de lui, à la distance de huit pieds environ, furent vus en mouvement. Puis toutes les personnes présentes, placées près de la fenêtre, aperçurent une forme d’abord obscure, puis sombre, enfin demi-transparente, semblable à celle d’un homme et agitant le rideau avec sa main. Pendant que nous regardions, la forme s’évanouit et les rideaux cessèrent de se mouvoir.
« L’exemple suivant est encore plus frappant. Comme dans le cas précédent, M Home était le médium. Une forme de fantôme vint du coin de la chambre, prit un accordéon dans sa main, glissa tout autour de la chambre, en jouant de l’instrument et resta visible pour toutes les personnes présentes pendant plusieurs minutes, M. Home étant, en outre, visible en même temps. Puis, comme le fantôme s’était trop rapproché d’une dame qui était assise seule, un peu plus loin des autres personnes de la société, cette dame poussa un petit cri et le fantôme s’évanouit. » Crookes.
Nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici l’observation de Mlle Cook et de Katie King, spectre devenant tangible, au point d’être photographié, mais un pareil fait ne peut se résumer et doit être publié in extenso, tel que le Dr Gibier l’a reproduit.
Rappelons à propos de cette histoire, qui trouvera certainement bien des incrédules, ce que W. Crookes a dit, d’une manière générale, de toutes ses expériences : « Je ne
dis pas que cela est possible, je dis que cela est. »
Ces apparitions de formes et de figures de fantômes étaient vraisemblablement plus fréquentes au moyen ûge que de nos jours, si l’on s’en rapporte aux nombreux faits consignés dans l’ouvrage de Pierre Le Loyer'.
Cet auteur ne nous laisse en effet aucun doute sur la nature du sujet qu’il a étudié, car il ajoute en sous-titre à son livre :
« Aussi est tr cdctë des extases et rauissements : de l’essence , nature et origine des Ames, et de leur estât après le décès de leurs corps : plus des Magiciens et sorciers, de leur communication avec les malins esprits : ensemble des remèdes pour se preseruer des illusions et impostures diaboliques. »
En analysant quelques passages de ce curieux document, nous verrons immédiatement la corrélation qui existe entre ce qu’on a appelé autrefois la sorcellerie ou la magie et le spiritualisme. En parlant des spectres qui se forment dans l’air et sous les yeux..., Pierre Le Loyer écrit :
« Il en appert par la froideur que l’on sent à l’attouchement de ces corps qui en outre cèdent ou mollissent sous la main comme ferait du cotton ou une boule ou pelote de neige pressée sous la main de l’enfant. Ils ne durent point plus qu’il leur plaist et se
1. Pierre Le Loyer. Discours et histoires des spectres, visions et apparitions des esprits, anges, démons et âmes se montrant visibles aux hommes. 1605, Paris. Bibl. de l'Arsenal, 1225. S. A. in-4\
Lit. III Cap. I et XIV.
resoluent du continent en leur élément. » Plus loin : « Un esprit malin, interrogé d’une sorcière pourquoi son corps n’estoit point chaleureux, respondit qu’il n’estoit point en son pouuoir de lui donner la chaleur. » Mais cependant il. attribue ces apparitions aux malins esprits et aux démons. Enfin, il cherche à expliquer « de quoi tient le corps qui est vu et touché... Ainsi à bien parler le corps des démons tient de l’air, de l’eau et de la terre...
« Aussi peuuent ces diables apparaître indifféremment devant toute personne. Ils ont toutestois des personnes affectées, les unes plus que les autres...
« A ces sorciers et sorcières ils se montrent ordinairement en forme visible et viennent à eux quand ils l’appellent...
« Quant aux personnes subjectes à ces sortes de choses, ce sont les ieunes et tendres d’aage, les froids et imparfaicts. Par ceux-ci, i’entens parler des femmes, vieillards et eunuques, et auec eux encore les melancholiques...
« Ceux qui sont dominez sont tout estrangez de leur naturel, qu’ils tombent non rarement en manie. »
Il affirme dans son chapitre sur l’essence des âmes que les oracles anciens « n’estoient qu’Oracles d’Ames d’hommes » et, pour préciser, il en donne une longue liste. Il dit du reste « Il y auoit en la Grèce assez de temples appelez Psychomantées parce qu’en ces lieux on receuoit des réponses des Ames d’hommes par diverses façons. .
Los Gaulois veilloiont pour la mesmo cause près des lieux où ils auoient brûlé les corps de leurs hommes vaillants et Barons généreux et nobles. »
Il parle plus loin de l’origine du pouvoir que les esprits (c’est le mot de Le Loyer ici) possèdent de se manifester à nous. Mais il est en désaccord avec les théories modernes qui leur font tirer ce pouvoir du médium, en ce qu’il dit que les esprits peuvent 'agir ainsi « de leur propre puissance » et qu’ils ne sont gouvernés que par leur intelligence. « Il n’y a point si grand éloignement, dit-il, entre nous et les esprits qu’ils ne puissent communiquer facilement à nous. » Cependant « ils sont commandez de Dieu, au vouloir duquel ils se conforment. »
Enfin ils considèrent les hommes, comme des êtres inférieurs aux esprits des morts. Il dit en effet : « L’Ame qui apparaist n’emprunte rien d’autrui et, comme esprit inuisible elle agit avec nous comme l’agent avec le passif, luy estant loysible d’agir sur ce qui est inférieur. Et ie nie, dit-il ensuite, que les Ames obéissent aux charmes et paroles magiques. »
Sur l’avenir de l’âme après la mort, il dit à un de « ses champions », c’est-à-dire un de ceux dont il réfute les opinions, que cette âme, quelle qu’elle soit « en état de salut ou non purgée, vient par degrez et non de plein saut à la fruition et ïoüissance de Dieu. » Et pour cela, dit-il, elle passe par d’autres « prisons, et n’en sort qu’après auoir satisfaict ïusques au dernier quadrin, »
Il admet cependant qu’il y en a qui font leur chemin plus vite que d’autres. Voilà, à son avis, les jugements de Dieu après la mort, et le feu dont parle l’Ecriture, — telle est la façon dont il explique les images du paradis et de l’enfer promis aux vertueux et aux méchants.
Il cite (à propos des manifestations devant le parlement) des maisons « où les esprits apparoissent ou bien font des bruits de toutes façons et inquiètent les locataires de nuict. » Il parle de Daniel et Nicolas Macquereau qui louèrent une maison à bail « qu’ils ne passèrent guères de temps qu’ils ne sentirent du bruit ou tintamarre d’esprits invisibles qui ne les laissoient en aucune façon dormir et reposer. » Le Parlement cassa le bail, admettant ainsi qu’il pouvait y avoir des lieux hantés par des êtres surnaturels
Classe XII. — Exemples particuliers qui semblent indiquer l’intervention d'une Intelligence supérieure.
« Il a été déjà démontré que les phénomènes sont gouvernés par une Intelligence. Une question impor-
1. Il y avait à Athènes une maison qui passait pour être fréquentée par un fantôme. Le philosophe Athénodore la loue. La première nuit qu’il l’occupait, tandis qu’il travaillait, il entend et voit le fantôme, que, sur ses signes réitérés, il suit dans la cour de la maison : là le fantôme s’évanouit. Athénodore marque l’endroit où il a disparu; il demande aux ^magistrats de la ville de faire creuser la terre en cet endroit, et on trouve des ossements enchaînés auxquels on rend les honneurs de la sépulture. Le fantôme ne revint plus. Pline le Jeune, Lettres, VII, XXVII.
C’est à peu prés l’histoire de Kate Fox, dans la maison d’Hydesville.
tante est maintenant de savoir quelle est la source de cette Intelligence.
« Est-ce l’Intelligence du médium ou de quelqu’une des autres personnes présentes dans la chambre ? ou bien est-ce une Intelligence extérieure. Sans vouloir, quant à présent, me prononcer sur ce point d’une manière positive, je puis dire que, si j’ai observé, en effet, plusieurs circonstances qui paraissent démontrer que la volonté et l’intelligence du médium ont une grande influence sur ces phénomènes, j’en ai également observé quelques autres qui semblaient prouver, d’une manière concluante, l’intervention d’une intelligence entièrement indépendante de toute personne se trouvant dans la chambre.
« L’espace ne me permet pas.de donner ici tous les arguments qui pourraient servir à prouver ces propositions, mais je mentionnerai brièvement une ou deux circonstances choisies parmi beaucoup d’autres. J’ai vu plusieurs fois des phénomènes qui ont eu lieu simultanément, quelques-uns d’entre eux étant iuconnus du médium. J’ai vu miss Fox écrire automatiquement un message pour une personne présente, tandis qu’un message pour une autre personne était donné par l’alpha’oet, au moyen de coups frappés, et pendant tout le temps, elle conversait avec une troisième personne sur un sujet totalement différent des deux autres.
« Le cas suivant est peut-être encore plus étonnant :
« Pendant une séance avec M. Home, une petite latte que j’ai déjà mentionnée traversa la table pour venir à moi, en pleine lumière, et me donna un message, en frappant légèrement ma main ; je répétais l’alphabet et la latte me frappait aux lettres convenables. L’autre extrémité de la latte reposait sur la table, à quelque distance des mains de M. Home.'
« Les coups étaient si clairs et si distincts, la latte était si évidemment sous la dépendance du pouvoir invisible qui en gouvernait les mouvements, que je dis : L’Intelligence qui gouverne le mouvement de cette latte , peut -
elle changer le caractère des mouvements, et me donner un message télégraphique , au moyen de l’alphabet de Morse, par des coups frappés sur ma main ?
« J’ai toute raison de croire que l’alphabet de Morse était entièrement inconnu de toutes les autres personnes présentes, et je ne le connaissais moi-même qu’imparfaitement.
a Immédiatement après que j’eus dit cela, le caractère des coups changea, et le message fut continué de la manière que j’avais demandée. Les lettres furent données trop rapidement pour qu’il me fut possible de saisir autre chose qu’un mot çà et là, et par conséquent, je perdis le message ; mais ce que j’entendis suffit pour me convaincre qffiil y avait un bon opérateur de Morse à l’autre extrémité de la ligne, en quelque lieu qu’elle pût être.
« Autre exemple : une dame écrivait automatiquement à l’aide de la planchette : Je cherchais à découvrir le moyen de prouver ce que la dame écrivait n’était pas dû à la célébration inconsciente. La planchette, comme elle le fait toujours, affirma que, quoique le mouvement fût produit par la main et le bras de la dame, il y avait une Intelligence qui provenait d’un être invisible, lequel jouait sur son cerveau comme sur un instrument de musique et mettait ainsi ses muscles en mouvement.
« Je dis alors à cette Intelligence : Pouvez-vous voir ce qui est contenu dans cette chambre ? La planchette répondit : oui. Pouvez-vous lire ce journal ? dis-je, en plaçant mon doigt sur un exemplaire du Times, qui se trouvait sur une table derrière moi, mais sans le regarder. Oui, fut la réponse de la planchette. Eh bien, dis-je, si vous pouvez le lire , écrivez le mot qui est maintenant couvert par mon doigt, et je vous croirai. La planchette commença à se mouvoir, et le mot However fut écrit lentement et avec une grande difficulté. Je me retournai et je vis que le mot However était couvert par le bout de mon doigt. J’avais à dessein évité de regarder le journal, lorsque j’avais tenté cette expérience, et il était impossible à la
dame, l’eût-elle essayé, de voir aucun mot, car elle était assise a une table, et le journal était sur une autre table en arrière, mon corps étant interposé. » Crookes.
Dans les expériences de typtologie auxquelles j’ai assisté, à toutes les demandes adressées à la Force psychique, les réponses ont toujours présenté un caractère particulier indépendant de celui des assistants’. J’ai quelquefois essayé de concentrer ma volonté sur la réponse attendue et j’ai toujours échoué dans mes tentatives de pression mentale.
J’ai constaté également que ces réponses ne pouvaient pas être dictées par l’esprit du médium dont les connaissances scientifiques et littéraires n’étaient pas toujours à la hauteur de la communication reçue.
Cette observation concorde avec les faits observés chez les prétendues démonomanes, qui avaient, dans leurs accès, le don des langues, et répondaient en latin aux exor-
1. Comme exemples des réponses obtenues par la psychographie, nous pouvons citer les définitions données par celle-ci à M. Eugène Nus et à ses collaborateurs, artistes, philosophes et hommes de lettres :
Physique : Connaissance des forces matérielles que produisent la vie et l’organisme des mondes.
Chimie : Etude des diverses propriétés de la matière au simple et au composé.
Mathématiques : Propriété des forces et des nombres, découlant des lois de l’ordre universel.
Electricité: Force directe de la terre, émanant de la vie particulière aux mondes.
Magnétisme : Force animale, enchaînemeut des êtres entre eux, lien de la vie universelle.
Galvanisme et Electro-magnétisme : Force combinée des forces terrestre et animale.
LA DÉMOttOMANIE AU MOYEN AGE
cistes, faisant même des discours entiers en cette langue, dont elles ignoraient les éléments.
Sous le nom de phénomènes d’extase, M.le Dr Gibier a décrit, d’après ses expériences avec le médium Slade, le remplacement c mimique par un esprit étranger à celui de son sujet. Le phénomène se produisit ainsi, dit notre confrère : « D’abord une certaine rougeur colora la face et une sorte de rictus fit contracter les muscles du visage ; les yeux se convulsèrent en haut, et, après quelques mouvements nystagmiques des globes oculaires, les paupières se fermèrent énergiquement, un grincement de dents se fit entendre et une secousse convulsive annonça le début de la « possession ». Après cette courte phase pénible à voir, le visage du sujet s’anima d’un sourire, et, la voix complètement modifiée ainsi que l’attitude, le personnage nouveau, Slade transformé, nous salua gracieusement ainsi que chacun des assistants. »
Parmi les expériences que fit M. Gibier pour contrôler cet état d’incarnation (transe disent les Anglais), nous citerons la comparaison de la force dynamométrique du sujet, à l’état normal et en état de transe. Dans le premier cas, en raison de deux attaques d’hémiplégie antérieures, la force musculaire de Slade donnait 27 kilos à droite et 35 * à gauche. Dans le second cas, 63 kilos à droite et 50 à gauche.
Cependant, pas plus que nous, le Dr Gibier ne se croit en droit de considérer ce phéno-
mène de transe autrement que comme une hypothèse, « comme un élément étranger, qui s’introduit sur la scène et comme il s’en présente dans les expériences de suggestion et de catalepsie. »
Si nous ne pouvons pas donner encore une explication scientifique de ce phénomène, il est de notre devoir de l’examiner comme les autres et d’en retracer l’histoire, en cherchant notamment ses points de coïncidence avec les données fournies par l’histoire de la démonomanie et de la possession diabolique du moyen ûge. Car nous sommes convaincu que ces phénomènes sont dominés par la même Force inconnue, interprétée différemment, en raison des idées philosophiques et religieuses des époques où on les étudie.
Classe XIII. — Cas variés , d’un caractère complexe.
Sous ce titre, M. Crookes cite quelques faits qui ne peuvent être classés autrement en raison de leur caractère complexe.
Comme exemples, il rapporte ces deux faits : en faisant une expérience de typtologie chez lui, avec miss Fox et une autre dame, il constata qu’une sonnette qui se trouvait dans son cabinet de travail fut apportée sur la table, comme une preuve annoncée par la Force intellectuelle, qui. communiquait avec lui, de sa puissance. La chambre dans laquelle il se trouvait était séparée de son cabinet par une porte qu’il avait fermée à clef ; et il était absolument certain que la sonnette en question était dans son cabinet.
« Le second cas que je veux rapporter, dit M. Crookes, eut lieu à la lumière, un dimanche soir ; M. Home et les membres de ma famille étaient seuls présents.
« Ma femme et moi ayant passé la journée à la campagne, avions rapporté chez nous quelques fleurs que nous avions cueillies ; en arrivant à la maison, nous les avions données à une domestique pour les mettre dans l’eau. M. Home vint peu de temps après, et nous allâmes de suite dans la salle à manger. Au moment où nous allions nous asseoir, la domestique apporta les fleurs qu’elle avait arrangées dans un vase ; je le plaçai au centre de la table, qui était sans nappe. C’était la première fois que M. Home voyait ces fleurs.
« Après la manifestation de plusieurs phénomènes, la conversation tomba sur quelques faits qui ne paraissaient pouvoir être expliqués qu’en supposant que la matière passait réellement à travers un corps solide.
« Immédiatement un message nous fut donné au moyen de l’alphabet : II est impossible que la matière passe à travers la matière, mais nous vous montrerons ce que nous pouvons faire. Nous attendîmes en silence. Bientôt une apparition lumineuse fut aperçue flottant au-dessus du bouquet de fleurs, et puis, parfaitement à la vue de toutes les personnes présentes, une branche de Chinagrass de 15 pouces de long, qui ornait le centre du bouquet, s’éleva lentement du milieu des autres fleurs et puis descendit sur la table en avant du vase, entre celuici et M. Home ; la branche ne s’arrêta pas en approchant de la table, mais elle la traversa directement, et nous surveillâmes tous la plante avec soin jusqu’à ce qu’elle fut passée complètement au travers. Immédiatement après qu’elle eût entièrement disparu, ma femme, qui était assise près de M. Home, vit sortir de dessous la table une main qui tenait cette branche ; elle en fut frappée deux ou trois fois sur l’épaule avec un bruit que tout le monde entendit, puis la main laissa tomber la branche à terre et disparut.
u Beux personnes seulement virent la main, mais
toutes celles qui étaient dans la chambre virent les divers mouvements de la branche, tels que je les ai décrits.
« Pendant le temps que dura ce phénomène, tout le monde vit que les mains de M. Home étaient placées devant lui sur la table et restaient immobiles ; elles étaient à 18 pouces de la place où la plante avait disparu.
« C’était une table de salle à manger qui s’ouvrait à coulisses, mais il n’y avait pas de rallonge, et la jointure des deux côtés présentait au milieu une fente étroite. La plante était passée à travers cette ouverture, que je mesurai et qui avait à peine 1/8 de pouce de large.
« La tige de cette branche était trop épaisse pour qu’il me fut possible de faire passer la plante à travers la fente sans que la tige fut brisée; cependant nous l’avions tous vue passer lentement et avec facilité, et quand on l’examina, on ne remarqua pas le plus petit signe de pression ou de déchirure. »
Comme contribution aux faits mentionnés dans cette classe, je puis rapporter la fameuse expérience du bracelet faite par le Dr Puel, expérience dont j’ai été une dizaine de fois au moins témoin, ainsi que d’autres personnes : Un bracelet en laiton, sans ouverture ni soudure, découpé à l’emportepièce, était mis à l’un des avant-bras de madame L. B. Les deux mains de cette dame . reposaient à plat sur une table ou étaient tenues dans les mains d’un des expérimentateurs. A un moment donné, souvent au milieu de la conversation, on entendait un cri perçant poussé par madame L. B., et au même instant le bruit que produisait le bracelet en tombant avec foi’ce sur le parquet ou sur un meuble. Plusieurs fois, nous avons constaté, dans les mêmes circonstances,
c’est-à-dire les mains du médium étant appuyées sur la table et maintenues par la pression des mains d’un assistant, le passage du bracelet d’un bras à l’autre.
Aussi en opposition avec les lois physiques que ce fait paraisse être, puisque il laisse supposer que la matière peut traverser la matière, j’affirme sa réalité, et d’autres comme moi et pas plus que moi sujets aux hallucinations, peuvent l’affirmer. Et quelles que soient les conséquences que pourront avoir, à mon égard, les étonnements de la critique, je maintiendrai mon affirmation avec toute l’énergie d’une conviction imposée par le témoignage de mes sens.
D’ailleurs, je ne suis pas le seul ayant la prétention de croire à ce que j’ai vu, que cela soit ou non « en harmonie avec nos connaissances acquises » : aux noms des savants français, anglais et allemands que j’ai cités, aux noms des expérimentateurs de tous les pays qui ont eu le courage de croire aussi à ce qu’ils ont vu, j’ajouterai celui d’un savant géologue de l’Angleterre qui, après dix ans de recherches et de contrôle des phénomènes spirites, les déclara sincères et véritables, tirant de son travail la conclusion suivante : « Qui peut déterminer les limites du possible, limites que la science et l’observation reculent chaque jour? Examinons, doutons, mais ne soyons pas assez hardis pour nier la possibilité de pareilles occurences. » P. Barkas..
Si maintenant on établit le bilan des faits attribués à la. démonomanie du moyen âge, si on les rapproche de ceux produits
270 IjA démonomanie au moyen âge
par les expériences de la psychologie expérimentale, on est conduit non seulement a reconnaître entre eux une analogie frappante, mais encore à les interpréter par l’hypothèse d’une Force intelligente d’une intensité proportionnelleà des états nerveux pathologiques. 11 fout se souvenir, en effet, que, selon le rituel catholique, les phénomènes nécessaires pour reconnaître la possession chez les démonomanes étaient :
1° Faculté de connaître les pensées meme non exprimées ;
2° Intelligence des langues inconnues ;
3° Faculté de parler ces langues inconnues ou étrangères ;
4° Connaissance des événements futurs ;
5° Connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés ;
6° Développement de forces physiques supérieures ;
7° Suspension du corps en l’air, pendant un temps considérable .
Il est non moins intéressant de rapprocher ces phénomènes de ceux qui furent observés par les 33 membres de la Commission de la Société dialectique de Londres, tels qu’ils furent consignés dans le rapport adressé à cette savante compagnie, après dix-huit mois d’études. Les voici :
1° Des bruits de nature très variée, provenant en apparence de meubles, du parquet ou des murs de la chambre, et accompagnés de vibrations qui souvent sont perceptibles au toucher, se présentent sans être produits par l’action musculaire ou par un moyen mécanique quelconque.
2° Des mouvements de corps pesants ont lieu sans l’aide d’appareils mécaniques d’aucune sorte, et sans un développement équivalent de force musculaire de la part des persounes présentes, et même fréquemment sans contact ou connexion avec personne.
3° Ces bruits et ces mouvements se produisent souvent au moment voulu et de la façon demandée par les personnes présentes, et par le moyen d’un simple code de signaux, ils répondent aux questions et écrivent des communications cohérentes.
4° Les réponses et communications obtenues roulent en grande partie sur des questions assez banales, mais quelquefois elles donnent des faits et des renseignements qui ne sont connus que d’une personne présente.
5° Les circonstances dans lesquelles les phénomènes se présentent sont variables. Le fait le plus saillant est que la présence de certaines personnes semble nécessaire à leur production, et que celle d’autres personnes leur est généralement contraire ; mais cette différence ne paraît dépendre ni de la croyance ni de la non croyance aux phénomènes.
Les témoignages oraux ou écrits reçus par la Commission affirmaient la réalité de phénomènes plus extraordinaires encore, tels que des corps pesants s’élevant dans l’air (dans certains cas des hommes) et y restant quelque temps sans support tangible ; des apparitions de mains et de formes n’appartenant à aucun être humain, mais semblant vivantes par leur aspect et leur mobilité, etc.
Ce rapport était signé par des savants de premier ordre, aussi sceptiques, avantle commencement des expériences, queles plus positivistes de nos académiciens. Citons parmi eux le grand naturaliste, collaborateur de
Darwin, Russel Wallace, le professeur A. Morgan président de la Société mathématique de Londres, secrétaire de la Société royale astronomique, F. Varley, ingénieur en chef des compagnies de télégraphie transatlique, membre de la Société royale de Londres, etc.
M. A. Morgan ne craignit pas d’ajouter à ce rapport les lignes suivantes : « Je suis parfaitement convaincu de ce que j’ai vu et entendu, d’une manière qui me rend le doute impossible. Les spiritualistes, sans aucun doute, sont sur la trace qui mène à l’avancement des sciences physiques; les opposants sont les représentants de ceux qui ont entravé tout progrès. »
M. Varley écrivait, de son côté au célèbre professeur Tyndal : « Je me suis efforcé de rechercher la nature de la Force qui produit ces phénomènes; mais jusqu’à présent je n’ai pu découvrir autre chose que la source d’ou émane cette force physique, c’est-à-dire des systèmes vitaux des assistants et surtout du médium. Nous ne faisons qu’étudier ce qui a été l’objet des recherches des philosophes, il y a deux mille ans,... esprits hardis qui se sont élevés au-dessus des préjugés étroits de leur siècle, et semblent avoir approfondi le sujet en question, dans des proportions, qui, sous plusieurs rapports, dépassent de beaucoup nos connaissances actuelles. »
Cette opinion du savant physicien anglais prouve une fois de plus que nous avons eu raison de rattacher la démonomanie au
LA démonomanie au moyen AGE 2?3
magisme de l’antiquité et au spiritualisme moderne. 11 faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir les liens qui unissent ces divers phénomènes. Et si nos hommes de sciences n’osent plus dire aujourd’hui que ces faits ne sont pas dignes de crédit, tout en refusant de s’en occuper, c’est qu’ils manquent de courage , c’est qu’ils n’osent pas braver la critique des prétendus esprits forts et les lazzi des ignorants. Si le vulgum pecus, matière amorphe qui étouffe les éléments supérieurs de la '
société, contestait la valeur de leurs travaux,... ils auraient cela de commun avec Galilée, avec Harvey, avec Jenner, avec D. Papin, avec Franklin, avec Young, avec H. Davy, avec Stephenson, avec Galvani, avec de Jussieu, avec tous les auteurs des grandes découvertes scientifiques, toujours invariable- v
ment combattus par les demi-savants et les bourgeois réactionnaires des Instituts et des Sociétés d’admiration mutuelle \
Pourquoi donc se refuser plus longtemps à étudier une force reconnue parles hommes les plus éminents des nations civilisées et par quelques modestes pionniers de France, qui tous ont constaté l’identité des principaux phénomènes qu’elle peut produire? Si le nombre de ces expérimentateurs ne suffisait pas pour convaincre les
1. « Je suis attaqué par deux catégories de personnes différentes, disait Galvani, les savants et les ignorants ; Y /
toutes deux me tournent en ridicule, et me traitent de maître de danse des grenouilles. Cependant je crois avoir découvert une des grandes forces de la nature. »
LA DÉMONOMANlfe AU MOYEN AGÉ
sceptiques de l’importance de cette haute question de psychologie, nous pourrions citer bien d’autres noms, qui commandent l’estime et imposent le respect, par la scrupuleuse probité scientifique de leurs travaux. Nommons Mapes, professeur de chimie à l’Académie des Etats-Unis, Robert Hare, un autre professeur de l’Université américaine, M. Oxon, professeur à l’Université d’Oxfort, le Dr Georges Sexton, membre du collège royal de Londres, etc...
C’est après cinq années d’études que M. Oxon a formulé les propositions suivantes sur la Force psychique, qui corroborent les résultats trouvés par ses collègues d’Angleterre, d’Allemagne et d’Amérique, et qui constituent encore une autre preuve de l’identité des phénomènes :
1. Il existe une force qui opère au moyen d’un type spécial d’organisation humaine, et qu’il convient d’appeler Force psychique.
2. Il est démontré que cette force est, en certains cas, gouvernée par une intelligence.
3. Il est prouvé que cette intelligence est souvent autre que celle de la personne ou des personnes au moyen desquelles elle agit.
4. Cette force, ainsi gouvernée par une intelligence extérieure, manifeste parfois son action, — indépendamment d’autres modes — en écrivant des phrases cohérentes, sans l’intervention d’aucune des méthodes connues pour écrire.
5. L’évidence de l’existence de cette force ainsi gouvernée par une intelligence repose sur :
a. L’évidence de l’observation des sens.
b. Le fait qu’elle se sert souvent d’une langue inconnue du psychique.
La démonomanie au moyen âge 2%
c. Le fait que la matière traitée est fréquemment supérieure aux connaissances du psychique.
d. Le fait qu’il est démontré impossible de produire ces résulats par la fraude, dans les conditions où ces phénomènes sont obtenus.
e. Le fait que ce phénomène spécial est produit non seulement en public et par des médiums pajés, mais en particulier, et sans la présence d’aucune personne étrangère au cercle de la famille.
Sans vouloir préjuger la question, nous croyons pouvoir affirmer à notre tour que cette Force a des rapports intimes avec l’âme, l’esprit ou la partie immatérielle de notre être, comme on voudra l’appeler ; qu’elle possède une action sur nos idées aussi bien que sur nos fonctions physiologiques. Et il est, à notre avis, dans les destinées humaines d’en rechercher l’essence, de l’étudier dans ses phénomènes, dans ses manifestations, dans tous ses effets sensibles à nos sens et à nos moyens d’investigation.
Il est temps que l’orgueil séculaire de la science matérialiste commence à s’incliner et à reconnaître que les forces ne procèdent pas de la matière mais qu’elles en sont indépendantes et qu’elles la soumettent passivement à leurs lois.
Partant donc de ce principe que des forces inconnues existent dont nous subissons inconsciemment l’influence, la science doit s’efforcer de les rechercher, de les isoler, de les dominer, s’il est dans son pouvoir de le faire. Au lieu, par .conséquent, d’opposer un ignorant scepticisme aux découvertes modernes sur cette Force psychique, que
LÀ DÉMONÔM ANlfe ÀU MOYEN AGE
nos académies contrôlent les faits acquis et qu’elles s’inspirent dans leurs travaux futurs de cette grande pensée de Laplace : « Nous sommes si éloignés de connaître tous les agents de la nature et leurs divers modes d’action, qu’il serait peu philosophique de nier l’existence de phénomènes uniquement parce qu’ils seraient inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances »
Telles sont les conclusions que nous nous croyons en droit de tirer de notre étude historique sur la démonomanie du moyen ûge que nous pouvons résumer ainsi :
a. Il existe une force psychique, intelligente, inhérente à l’humanité, se manifestant dans des conditions déterminées, par des phénomènes divers, avec une intensité plus ou moins grande.
b. Certains êtres humains, appelés médiums, très sensibles à l’action du magnétisme, facilitent la production de ces phénomènes, considérés comme surnaturels dans l'état actuel de nos connaissances scientifiques, en contradiction apparente avec les lois physiques et physiologiques connues.
c. Dans certains états nerveux naturels ou provoqués, cette Force peut s’emparer de l’organisme humain et déterminer temporairement soit un changement dans sa personnalité, soit une altération clans ses sensations et dans ses facultés intellectuelles et morales.