Je pense, de cogitare
épopées, dit en effet, Paul Lacroix, le paladin Roland, assailli à Roncevaux par les Sarrasins, qui poursuivaient l’armée de Charlemagne, souffre tellement de la soif qu’il cherche à l’étancher du sang de ses blessures. » D’où l’expression de mort Rolant.
Ainsi, que veut-il ?
Un coup de quelque bon vin vieulx.
Et il recommande bien à Guillemette :
N’apportez point de vin nouveau
Car il fait avoir la va tost.
La va tost, c’est la diarrhée, bien entendu.
Après cela, Guillemette ira quérir le prebstre et ensuite maistre Aliborum, l’apothicaire. Elle va en premier lieu chez ce dernier, en le priant d apporter « à son mary brief remede ». Et elle ne manque pas d’ajouter :
Je vous prie qu’on y remedie
Sans espargner or ne argent.
L’apothicaire, sur cet avis, se rend avec empressement chez Pathelin, et lui dit :
Que faictes-vous, hau, maistre Pierre?
Comment se porte la santé ?
Et je viens pour vous secourir.
Où vous tient vostre maladie ?
A cette question, il répond tout simplement :
Donnez-moy à boire un horion
Oyez-vous, maistre Aliborum.
L’apothicaire lui fait observer qu’il est très
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malade, et revenant à la question professionnelle :
Dictes-moy se point vous voulez User de quelque médecine.
User vous fault de succre On Pour faire en aller tout ce flume.
Flume, c’est fleume, flegme, flegmon, c’està-dire inflammation. Mais Pathelin, aimant mieux « une escuellée de bons coulis », à quoi l’apothicaire lui répond sentencieusement :
Un peu de laict d’amende Vous serait meilleur à humer.
Guillemette impatientée interrompt alors le dialogue, et engage son mari à se confesser et à faire son testament; ses intérêts l’exigent: on le comprend.
Mais, laissons la confession et arrivons : « Icg où Pathelin commence à faire son testament, en la manière qui s’ensutjt :
« Tout premier, à vous, Guillemette,
Qui sçavez où sont nos escus Dedans la petite layette,
Vous les aurez, s’ilz y sont plus.
Après tous vrays gaudisseurs,
Bas percez, gallans sans soucy,
Je leur laisse les rostisseurs,
Les bonnes tavernes aussi.
Aux quatre convens aussi,
Cordeliers, Carmes, Augustins,
Jacobins, soient ors, ou soient ens.,
Je leur laisse tous bons lopins.
Item : je donne aux Filles-Dieu,
A Sainct Amand et aux Beguines,
Et à toutes nonnains, le jeu Qui se faict à force d’eschines.
Item : je laisse à tous sergens,
Qui ne cessent, jour et sepmaine,
De prendre et de tromper les gens Chascun une fxevre quartaine.
A tous chopineurs et yvrongnes,
Noter vueil que je leur laisse Tontes goûtes , crampes et rongnes.
Au poing , au costé, à la fesse.
Après, à vous, mon conseiller,
Messire Jehan, sans truffe ou sornette,
Je vous laisse, pour faire oreiller,
Les deux fesses de Guillemette.
Et à vous, maistre Aliborum,
D’oingnement plain une boiste Voire du pur diaculum ,
Pour exposer supra culum De ces fillettes
Comme dernière volonté, Pathelin demande à messire Jehan que « son corps soit bouté en sépulture » en une cave,
Dessoubz ung muid de vin de Beaulne.
Et sur sa pierre enfin on fera graver ses armes :
Trois belles grappes de raisin En un champ d’or, semé d’azur.
Ainsi meurt maître Pierre Pathelin.
Parmi les choses de la médecine dont il est question, nous ferons remarquer que cette
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fièvre quartaine que Pathelin lègue aux sergens, c’est-à-dire aux huissiers d’alors, c’est la fièvre quarte, très fréquente à l’époque. Dans un vieux poème roman, on trouve cette sage recommandation aux gens sédentaires, pour éviter la fièvre :
Chevaliers, clers, borgois, chanoine,
Contrait, muet, mesel et moine,
S’ilz hurtaissent à tel quintaine,
Jamais n’eussent la quartaine.
Or, hurter la quintaine signifie mot à mot : frapper le poteau auquel on tire au blanc, soit à l’arc ou autres armes. C’est donc par l’exercice des cinq sortes de jeu qu’on devait prévenir la fièvre quarte. La recommandation est tout à fait hygiénique.
Relativement au legs fait aux « chopineurs et ivrongnes », Pathelin ne se trompe pas en leur donnant « la goûte aux poings et la crampe au costé; » mais pourquoi ajoute-til des rongnes aux fesses ? Les rongnes (de rongir, rogner, ronger, rodere) ne pouvaient être que des plaies, des ulcères, des maladies de la peau. S’agissait-il de cette espèce de goutte cutanée avec manifestations exanthématiques que Trousseau appelait la gravelle de la peau ? Ces manifestations cutanées de la goutte, dont l’eczéma est la forme la plus fréquente, classées par Bazin dans les arthritides, pouvaient bien être les rongnes des ivrognes d’autrefois ; elles ont dû faire partie du cortège symptomatique de la goutte, de même que les accidents des bronches et des reins. Car, de tous temps, elles devaient être
les équivalents pathologiques des arthrites et des altérations viscérales de la diathèse, ayant invariablement pour cause, comme celles-ci, l’accumulation des urates dans les tissus.
Le lot offert par Pathelin au pauvre apothicaire n’est pas non plus des plus enviables. Le moribond ne reconnaît ses soins que par des paroles moqueuses et impertinentes ; et il montre par là les tendances populaires à railler l’art médical et tous ceux qui le pratiquent. De quel droit cet avocat sans cause appelle-t-il l’apothicaire « Maistre Aliborum » ? C’est le nom donné aux gens prétentieux et ridicules, aux ignorants et aux ânes. Et celui que l’on goguenarde si facilement est au moins un brave homme, car il pardonnera volontiers au rusé Pathelin ses mauvais procédés, ses épigrammes de mauvais goût. Et sans savoir si ses honoraires seront payés par la veuve, il aura la charité de dire devant le cadavre du vieux fourbe :
Que Dieu lui soit misericors
Et à tous ceux qui sont en vie !
Pauvre Aliboron, mais hélas.... quantum mutatus ab illo !
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La Farce du Munyer.
Cette farce, qui a pour auteur André de la Vigne, date, comme la précédente, du xve siècle. Le meunier du moyen âge, l’aïeul du pierrot moderne, était à cette époque le type du commerçant malin et fripon. D’où le proverbe : « On est toujours sûr de trouver un voleur dans la peau d’un meunier. »
Dans cette farce, nous voyons encore le personnage principal, le meunier « couché en unglict comme malade, «faisant entendre de longs gémissements sur les douleurs qu’il endure, — gémissements auxquels sa femme reste insensible. Il commence ainsi :
Or, suis-je en piteux desconfort 1 Par maladie grieîve et dure ;
Car espoir je n'ay de coDÎort Au grant mal que mon cueur endure.
La femme
Faut-il, pour ung peu de froidure Tant de fatras mectre dessus !