Rétablis dans leur fortune
hygiénistes modernes sur celles de notre époque. Pendant bien longtemps encore, tant que les instincts dominerontdans notre société, l’homme sans instruction ne sera guère plus qu’un tube digestif plus ou moins mal servi par des organes
1. Un gouvernement vraiment soucieux de l’hygiène publique et de l’avenir du Pays ne devrait pas hésiter à prohiber le débit des boissons alcooliques autres que le vin, la bière et le cidre de bonne qualité.
DU MOYEN AGE
Folie du Monde.
Nicole de la Chesnaye a écrit encore quelques sotties. Il y en a une très curieuse, représentée en 1524, dans laquelle il fait intervenir un médecin. En voici l’analyse :
Grand’ mère Sottie conduit au Monde plusieurs personnages que celui-ci invite, pour juger de leur adresse, à travailler à leur métier. Mais ils sont tous aussi maladroits les uns que les autres : le savetier fait des souliers trop étroits, le couturier des habits trop larges, le prêtre dit des messes trop longues ou trop courtes, etc., etc.
Il résulte de cette expérience que le Monde est malade et qu’il y a lieu de consulter un médecin. On demande donc au malade de son urine qu’on s’empresse de porter au docteur, qui déclare, après en avoir fait l’examen, que le Monde a le cerveau très affecté. Le praticien juge nécessaire de faire néanmoins une visite à son nouveau client ; il l’interroge sur son état et lui pose plusieurs questions nécessaires à son diagnostic. Le
Monde lui dit que ce qui lui trouble le plus la tête, c’est l’idée d’un déluge de feu, qui doit un jour le consumer. Le médecin lui répond alors :
Et te troubles-tu pour cela ?
Monde, tu ne te troubles pas De voir ces larrons attrapars,
Vendre et acheter bénéfices ;
Les enfants ez bras des nourrices,
Estre abbés, évêques, prieurs,
Chevaucher très bien les deux sœurs,
Tuer les gens pour leurs plaisirs,
Jouer le leur, l’autrui saisir,
Donner aux flatteurs audience Faire la guerre à toute outrance Pour un rien entre les Chrétiens.
Le Monde goûte peu les sages remontrances et les satiriques observations du médecin. Aussi s’empresse-t-il de le congédier. Et pour se guérir, il se donne alors à la Folie. On le voit, en effet, prendre les attributs de celle-ci et recouvrer toute sa gaieté. Il est facile de saisir l’apologue cherché par l’auteur.
Ainsi quoique nous soyons à peine au commencement du seizième siècle, l’on voit déjà la place que prendra le médecin dans les revendications sociales du dix-huitième siècle.Les abbés, prieurs et autres gens d’église, qui vivent dans la luxure et l’oisiveté, avec toutes les sinécures octroyées aux flatteurs, aux bâtards, aux clients des princes et des hauts personnages de l’aristocratie, — les injustices du pouvoir absolu, les guerres que
DU MOYEN AGE
se font les rois, dans lesquelles les hommes se font tuer pour la gloire de la couronne : voilà les parasites de la société, voilà les maladies qui frappent endémiquement le pauvre Monde. Mais celui-ci ne sait pas comprendre ; il n’aime pas les leçons de la sagesse, il préfère les amusements et les grelots de la Folie... Ah ! Monde, quand écouterastu donc les prescriptions de la science?...
Gargantua et Pantagruel.
Parmi cette pléiade fameuse de savants et de philologues, qui furent l’honneur du xvie siècle et qui s’appelaient Montaigne, Amyot, Calvin, Marot, Michel de l’Hospital, Etienne Dolet ’, il en est un dont le génie les éclipse tous : c’est Rabelais. Il fut à la fois médecin, philosophe, littérateur et philanthrope. En d’autres termes, il illustra les sciences et les lettres, par son érudition, et mérita d’être placé au rang des gloires de la France et des bienfaiteurs de l’humanité.
Fils du cabaretier d g la Lamproie , àChinon, il entra dans les Ordres, comme il était de mode à son époque, quand on voulait consacrer sa vie à l’étude. Pendant les quelques années qu’il passa dans la vie monacale, il s’initia à la littérature latine, et plus encore à la littérature grecque, à laquelle il dut son
1. La pléiade des poètes, appelée classiquement la pléiade du xvie siècle se composait de Ronsard, du Bellay, JodeRe, Dorât, Belleau, Bail et Pontus de Thiard.
DU MOYEN AGE
style concis, nerveux, viril, comme celui d’Aristophane. Mais bientôt, fatigué des hypocrisies religieuses, dont il faillit être victime, il quitta les Cordeliers et les Bénédictins, et alla se réfugier dans la charmante villa de Legugé que son ami, l’évêque de Maillezais, avait mise à sa disposition. Là, il se livra avec ardeur à l’étude des lettres et des sciences, ne recevant que quelques libres penseurs, avec lesquels il discutait les grandes questions philosophiques qui commençaient déjà à préoccuper les esprits supérieurs. C’étaient d’Estissac, Bonaventure Desperriers, Clément Marot, Jean Bouchet, Guillaume Budé, Louis Berquin, etc.
Etienne Dolet, le poète, le philosophe et l’imprimeur célèbre, qui paya de sa vie son opposition à la tyrannie monarchique et religieuse, se montra particulièrement l’ami et le conseiller de François Rabelais. Un jour, il lui traça le programme du livre, destiné, dans sa pensée, à dévoiler les vices des grands et à consoler les victimes des iniquités sociales.
« — Oui, lui répondit Rabelais ', un livre vraiment hu- « main se doit adresser à tous. Les temps sont venus où « la philosophie doit enfin sortir de l’école et rayonner a comme le soleil sur l’univers entier. Nous devons, à « cette heure, tenir suspendus fraternellement aux ma- « melles de vérité les ignorants et les doctes. Je vou- « drais pour ce qui est de moi, si je faisais un livre de « philosophie, qu’il pût amuser, consoler, instruire mes « braves vignerons de la Devinière et les buveurs de « Chinon, aussi bien que les plus savants ; qu’il fut le