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DÉCOUVERTES OU BAS-EMPIRE

Décadence des esprits et progrès parallèle de rindustrie* — Énumération des découvertes industrielles qui datent de cette époque.

Certes de telles mœurs ne développaient et ne rendaient vigoureuse aucune faculté morale de Thomme; cependant tout ce qui avait trait au perfectionnement matériel s'embellissait et s'accroissait. Constantin, par un décret de Tan 333, demandait qu*on lui envoyât des élèves architectes, sculpteurs et artisans ; il exemptait d'impôts les parents des jeunes gens qu'on lui adressait. Il réussit dans son dessein. En peu de temps, il régna sur la ville la plus riche en beaux monuments qui fût au monde, et la plus stérile en grandes âmes.

Ce ne fut pas tout ; le commerce et l'industrie, alimentés pendant quatre siècles par le luxe colossal de Byzance, s'emparèrent des forces de la nature. Dans cette apathie de la vie morale, dans cette torpeur de la vie intellectuelle, au milieu de la dévastation et du bouleversement du reste de l'Europe, on vit éclore successivement à Byzance, à Milan, à Ravenne, à Rome ces découvertes dont le monde moderne n'a pas cessé de jouir.

A peine l'institution chrétienne a-t-elle pris racine, les fabriques de soie sont apportées par des moines, en 230 ; la pompe et l'aréomètre, découverts au v* siècle ; le sable est transformé en verre au vi* siècle ; les chiffres arabes sont connus, la musique est réduite

en un système simple, au vu® ; les moulins sont inventés, et les foires marchandes établies au vm*. Je continue mes recherches, et je suis frappé d'étonnement en reconnaissant enfin que la stérile et indolente Byzance, le moyen âge et cette vaste période, si dédaigneusement traitée, ont donné au monde touêes les découvertes qui constituent la supériorité de la civilisation moderne ; les glaces, la boussole, les cheminées, le papier, le verre, la soie, le télescope, les lunettes, les postes,, les cartes marines, la poudre à canon, l'eau-forte, la gravure, les tapis, les oi^gues, les lettres de change, les liqueurs spiritueuses, la peinture à Thuile, la fresque, la détrempe, la connaissance des antipodes, l'alambic, l'imprimerie : sont-ce là des bienfaits ? Et si l'on calomnie l'ère qui donna de tels fruits, que faire pour empêcher les hommes d'être ingrats ?

Dès les premières années du moyen âge, on voit s'élever des hôpitaux, des asiles pour les enfants trouvés et les vieillards, des maisons de retraite pour les pauvres, établissements qui, sous l'influence du christianisme, devinrent bientôt communs à tous les peuples civilisés. Quelques coutumes des barbares, adoptées par les vaincus, ajoutent aux jouissances de la vie. Tel est l'usage des pelleteries et des fourrures que les Romains ignopient. Les anciens montaient à cheval sans étriers et sans selle; cet usage date diiv° siècle. On n'avait employé, jusqu'au vm° siècle, que le parchemin, le papyrus et les tablettes enduites de cire, pour y inscrire ses pensées. Un nommé Amrou, de la Mecque, imagine, vers l'année 706 de notre ère, de piler le linge pour en faire du papier. Le papier de chiffons est inventé vers 1250. L'érudit

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Montfaucon a vainement essayé de remonter à la véritable origine de cette invention si précieuse.

Pendant le cours du x° siècle, des moines oisifs inventent les horloges. Auparavant on se servait de clepsydres, de sabliers et de gnomons. Vers le xi® siècle, les bénédictins élèvent les premiers moulins à vetU dans leurs domaines. Un bourgeois de Middlebourg invente les lunettes, et fournit à Copernic et à Newton les instruments de leurs conquêtes. L'invention de la boussole, ou plutôt la découverte de la polarité de Taimant se perd dans les ténèbres du x® siècle. Les Arabes, cent ans plus tard, nous donnent Yalun, le sel ammoniac et Veau-forte, substances dont Temploi a créé tant de nouvelles industries. Les Juifs établissent en Orient de vastes fabriques de teinture. L'industrie enrichit Venise, les villes libres des Pays-Bas, et prépare la grandeur de Florence. Linné affirme que la plupart des végétaux qui servent à notre now^ riture ont été apportés par les Goths en Europe, et cultivés par des moines : il cite le houblon, les épinarii^ V artichaut, parmi ces nouveaux aliments. Les «tgnaux employés dans la tactique navale datent de Tempire grec; V éclairage et le pavage des rues remontent à la môme origine. Les premières cheminées furent construites à Venise, ou, selon Villani, à Florence, au xm® siècle ; la poudre à canon, dont les Indiens connaissaient le secret, fut communiquée aux Arabes par ces derniers, et aux Européens par les Arabes vei?s le commencement du xiv° siècle. Vimprt merte et la gravure, qui ont une commune origine, et dont la découverte fut préparée de longue main par l'habitude de graver sur bois des légendes et des images, appartiennent à la môme époque.

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L*inTention de la peiniw^e à Ckuiie^ faussement attribuée à Yan-Ëyck, remonte un siècle plus loin ; un tableau de Jean de Mutine, peint à Thuile sur bois, porte la date de 1280. Uart de fabriquer des mirov^s de verre en interceptant les rayons solaires au moyen ■du vif-argent, n'était point connu avant le xiv" siècle. A la même époque on commença à soumettre le commerce à un code spécial ; les lettres de change furent inventées par les Juifs du Rialto à Venise. Barcelone eut son code maritime, qui servit de modèle à toutes les lois commerciales formulées dans la suite sur le même sujet. Le tricot et la dentelle furent inventés en Italie. Si nous voulions descendre jusqu'aux plus vulgaires détails, nous ne craindrions pas de citer plusieurs usages domestiques, regardés aujourd'hui comme indispensables, et qui furent mis en vogue parles Italiens du moyen âge : tel est l'usage des fovrchettes et celui ■du toumebroche. Je ne parle pas des résultats si nombreux de la grande découverte de Colomb ; la cocAenï/fc, la canne à sttcre, une multitude de substances utiles -et nouvelles sont dues à la même cause, qui se rapporte elle-même à l'invention de la boussole.

Dans cette Byzance énervée que nous avons décrite tout à l'heure, le mouvement intellectuel s'était ralenti, le mouvement moral s'éteignait; mais de ses mœurs date une nouvelle phase de luxe et de bien- -ôtre. On retrouve ce luxe dans la Gaule méridionale ^u temps de Sidoine (1). L'affaiblissement intellec* tuel de Byzance, d'Athènes, de Rome, entre les vi* et IX* siècles, puis entre le ix° et le xiv®, ont permis à rbumanité d'appliquer son énergie à la création de

(1) V. Sidoine Apollinaire.

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nouvelles ressources matérielles. Quel espace de temps a jeté, dans une durée égale, autant de jouissances, d'industries et de richesses au sein de la civilisation ? Que l'on suppute le nombre d*êtres humains, soulagés, égayés ou alimentés par ces découvertes ; que l'on calcule les heures et les jours de bonheur et de plaisir, préparés par elles seules ; que l'on cherche à en apprécier l'influence éloignée; et, sans parler de la boussole qui a créé la navigation, et de la poudre (secret de tuer beaucoup' et vite, fruit des moments de récréation d'un moine, et qui a changé l'art militaire), que l'on juge l'imprimerie, non-seulement comme art de fixer les paroles, maïs comme un lien magique du passé et de l'avenir; une barrière opposée aux invasions de la force; une chaîne électrique qu'il suffit de frapper pour soulever le monde contre l'injustice !

Au sein de ce Bas-Empire, méprisable à plus d*un titre, l'industrie et le commerce prirent leur essor. La chute de l'aristocratie romaine avait préparé le triomphe des arts mécaniques. Il n'y avait plus qu'un moyen de se ménager une vie heureuse et opulente ; c'était de faire le commerce et de se livrer à l'industrie. Les Arabes, les Vénitiens et les Génois couvraient les mers et opposaient à l'orgueil des chefs féodaux, à la puissance usurpée par les laïques, leurs manufactures, leurs produits, enfin leurs trésors : la classe industrielle prenait sa place entre des grands qui n'avaient que leurs tourelles, et des prêtres qui n'avaient que leurs abbayes. « Pouvoir tombait, gaus- (( série cessait (dit Rabelais) à l'aspect d'objet tant « vénérable comme est argent. » Les petits magistrats d'Italie et des Flandres, les alderman et le sta-

thoudérat pesaient déjà dans la balance politique; le monopole, arraché aux mains nobles, avait livré depuis longtemps à des mains roturières Texploitation de Tindustrie. Une puissance nouvelle préparait, au sein d'un âge affaibli, son énergie bienfaisante.

Il est encore d'autres bienfaits de là même époque. Avant de les indiquer, remontons aux premières causes de tous les grands changements qui la signalent. Voyons quel héritage Rome expirante avait laissé au Bas-Empire naissant. La haine du monde entier, un peuple dégénéré, un fantôme d'autorité, des tribunaux sans lois, un empire sans patrie, les lettres avilies par les rhéteurs, le commerce étouffé sous le monopole, le sceptre pourri dans la main des monarques : voilà quel fut cet héritage. La louve des exactions (comme le Dante la nomme) (1) avait épuisé la substance des peuples. Depuis longtemps les derniers cris, les derniers soupirs du génie républicain s'étaient exhalés dans les belles pages de Tacite. L'éloquence avait fui avec la vertu.; la liberté, dans son exil, avait entraîné le talent et le génie ; des mercenaires barbares tenaient le peuple à genoux et tremblant sous la pointe de leurs lances. Sous ces auspices, le Bas- Empire commence : il porte le poids de tous les forfeiits que Rome a commis. C'est Rome que l'on encense; c'est le moyen âge que l'on calomnie; au succès on ne trouve que des vertus ; au malheur on n'attribue que des crimes.

Cependant le genre humain se trempe au foyer de tant de discordes et de malheurs. Le premier

(1) « Ed una lupa che di tutte brame

« Sembrava carca con la stia magrezza

« E moite genti fa già viver ferame. » . .

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fruit de renfantement convulsif est \si servitude abobe.

Constantin, en appelant les esclaves à la liberté et au christianisme, avait préparé cette révolution : elle s*accomplit par la seule force des choses. Les Huns, du pied de la muraille de la Chine, s'élancent ; et à peine ont-ils passé le désert, que TEmpire croule, les palais sont en flammes, et leurs maîtres, jadis opulents, errent sur un territoire couvert de ruines. Les fortunes sont incertaines ; les propriétés se divisent. Ces meutes d'esclaves qui remplissaient les maisons et les terres des nobles deviennent inutiles. On n*a plus à exécuter aucun de ces grands travaux par masses, auxquels on les employait. Au lieu de nourrir un homme, on paye les heures d'un journalier. Le serf lui-môme a sa pauvre cabane. L'afflux des races nomades achève de jeter un esprit de liberté dans la société en décadence : cette sève vigoureuse circule avec leur barbarie comme un nouveau sang dans des membres paralysés. On voit, dans les rues de Byzance, parmi ces eunuques et ces moines qui se traitent magnifiquement d'Mustnmme et d'koruH ratissime, des sauvages sortis des marais de la Frise, qui se saluent en ces termes : « Salut, toi qui, étant libre, est noble (1) î »

Ënfln toutes nos institutions bienfaisantes datent de cette même époque. Les ambassades auprès de» hauts barons jettent les fondements des états gêné' rawc. Le jury nous vient des bois de la Germanie. . Le Wittenagemot de ces barbares est le type véritable de nos assemblées représentatives. Hallam, Tur-

(1) Voy. Neueste Ostfriesische Geschklite, von Tihman Mathias Wiorda. Berlin, 1818.

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), Temple (2), Miller (3), Montesquieu, tous les lins qui se sont occupés de ces matières, témoi- , de l'influence exercée par les institutions de euplades sur les institutions de VEurope.

ustrie, politique, législation, nous tenons tout Lte époque si méprisée. Je ne sais si elle fut barcertes, àlajugerparses fruits, elle a été grande jne d'estime. Quant au génie, on ne trouve dans iges de ses écrivains ni la pureté ni la sévérité rgile, de Xénophon, de Tite-Live. Les arts lanat pendant six siècles ; quelques théologiens tèrent des questions h peu près aussi utiles (jue -ci : « Savoir si une chimère, bombinant dans ide, peut manger les intentions secondes [utrum nœra, bombinans in vacuo, pôssit comedei^e secunzntentiones), » Mais n'est-ce que dans un disou dans un poème que le génie laisse des tra- ^s facultés humaines perdent-elles toute espèce oit à la gloire, quand elles s'occupent d'autres ;; et si l'époque où Isocrate, au rapport d'Ae, consacrait im mois à tourner et polir une e, mérite votre admiration, ne pouvez-vous 'er quelque estime au temps qui produisit 1(» n à moudre et le moulin à papier ?

erait injuste, d'ailleurs, de refuser le génie à [ue de Julien, de Bélisaire, d'Hildebrand, de ne, d'Alfred et de Gharlemagne. Les couronnes étaient pesantes ; l'on trouverait dans l'histoire e tètes capables de les supporter dignement.

oy. Anglo-SoxoTit History, etc.

hservations on the United-Provinces, ^searches oti the principles of the Constitution, etc . — V. Palgrave, Hallum et Wiarda,

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