NAISSANCE DU ROMAN AU MOYEN AGE
bord du plus transparent, du plus charmant des lacs, je découvris, rangés avec un soin scrupuleux, sur des rayons, comme des livres dans une bibliothèque, tous les débris de notre mortelle humanité. A chacun de ces débris était attaché un petit carton suspendu, et ce carton, fort propre et chargé de caractères lisibles, nous apprenait que tel ossement avait été la propriété de maître Arnold Rudigér, serrurier, décédé en 1660 ; que ce fémur avait appartenu à maistre Wilhelm Gartner, en son vivant bedeau de la paroisse. « Voilà, me disait le cicérone suisse, la véritable histoire de ce canton. Quelle exacte précision ! Que de dates ! Quelle superbe série de noms propres ! »
— « J'aimerais mieux, lui répondis-je, la plus petite chanson populaire que répètent depuis quelques siècles les échos joyeux de votre lac. Ces pauvres refrains seraient plus historiques pour moi, que votre bibliothèque de petits ossements classiflés et étiquetés. »
— Ne tombons pas dans l'erreur de ces bons Suisses de Zug. Ne demandons à l'histoire littéraire que ce qui a réalité, puissance et influence. La vie est courte et le temps nous emporte. Ne perdons pas nos heures à étiqueter et à classer des débris sans valeur.