CARACTÈRE DR LA FRANCE
glaise à travers l'Europe. Elle s'approprie d'abord ce qu'elle touche, et prête à cette assimilation une force magnétique.
Quand les soldats de Charles '\1II ont inondé l'Italie, la France s'éprend d'u;i bel amour pour la civilisation italiennne, et donne à l'Europe l'exemple que l'Europe suit. Le type italien est accepté. Tous les peuples deviennent italiens.
Bientôt les noces de Louis XTV et de la jeune infante ont lieu sur la rive de la Bidassoa : la France porte fraise et mantille; le roman espagnol déborde '1); Corneille, espagnol-romain, dont le vers puissant retentit comme le clairon d'airain de la Gastille, écrit ses drames : voilà l'Europe castillane. Les grands romans d'aventures passent de Scudérj' et de la Galprenède aux Anglais et aux Germains. Les héros de Clélie et du grand Gyrus, vrais espagnols, après avoir charmé les loisirs de madame de Sévigné, font fortune, des rives du Danube à celles du Rhin. Le privilège de constater la popularité, de sanctionner le succès, de donner la vogue et de créer la mode, ne quitte jamais la France. Datis tons les arts, les réputations attendent d'elle la consécration dernière. Esclave et reine, comme les femmes, elle- couronne l'opinion qu'elle subit et propage la pasnon qu'elle ressent.
Il y avait longtemps, au dix-huitième siècle, qu'un pays insulaire et singulier avait remué toutes les questions politiques. Milton avait proclamé la liberté de la presse ; Locke, enseigné la tolérance ; Wilkes et Juiiius avaient cruellement harcelé le pouvoir. La France s'empara des mêmes idées et les rendit européennes ;
<1) V. Études espagnoles, Alarcon, etc.
son drapeau s'agita dans Forage. Avec les idées anglaises elle fil la révolution française. Toutes les nations, même les plus lentes, les plus amoureuses du passé, les plus endormies dans le repos séculaire, la suivent de gré ou de force.
Cette mission centrale et propagatrice de la France nous détache de tous les peuples, en nous permettant de les comprendre tous. Quant à ce patriotisme borné et aveugle, Tamour d'une mère idiote qui étouffe son enfant dans les langes, c'est chose trop frivole pour en parler. Les fractions de la communauté européenne, ritalie, TËspagne, TAngleterre, rAilemagne ont pris nécessairement place et ont compté parmi les nations intellectuelles à mesure qu'elles ont donné leurs fruits ; refuser de les comprendre, ce serait se refuser à Thistoire môme.
Cet élan rapide et cette pi^opagande active qui s'accordent si bien avec nos vivacités, constituent l'intérêt de notre histoire, le roman de nos amiales. Nous n'avons pas toujours été sages ; mais a-t-on un roman quand on est sage ? Il y a des excès intellectuels qui servent beaucoup ; — de môme que; nos folies, nos larmes versées, nos illusions chéries font de notre vie une grande leçon.
Avant d'atteindre l'appréciation juste, la France traverse l'engouement. Une douzaine déjeunes Français, au seizième siècle, après avoir pâli sur les Grecs et les Latins, et dévoré toute la science importée d'Italie, s'avisent de pindariser et d'homériser ; ils bouleversent la langue française et la remplissent de voca^ bki romains ; leur petit bataillon fanatique entraine l'admiration universelle, impose à l'Europe Dubartas et Jodelle, et greffe sur les préceptes d'Axistote un