NATIONALITÉS DIVERSES
nouveau système, plus sévère que le sien. Eh bien, ce sont les Ronsard et les Remy Belleau, qui forgent sur leur enclume Thexamètre de Boileau ; ils préparent la pureté de Racine et la grandeur virile de Pascal. Ils ont dépassé le but ; leur sève poétique, asservie à leur théorie étroite, a produit peu de chefs-d'œuvre sans doute : mais quel mouvement intellectuel imprimé au siècle! que de questions soulevées ! et qu'il est difficile de ne pas s'intéresser à leur croisade (1).
Ainsi la France s'engoue, s'exalte, imite, propage et revient au bon sens. Sa part est belle, mais elle n'est pas seule à l'œuvre. Le mouvement général de la civilisation se compose de toutes les impulsions particulières.
' La première venue dans les temps modernes, c'est l'Italie, qui excite et éveille l'Angleterre, la France et l'Allemagne. Cette Italie a reçu aussi des héritages éclatants et doit beaucoup à tout le monde. La Provence s'est d'abord chargée de l'éducation italienne.
On sait combien cette floraison provençale a été rapide et passagère : la poussière fécondante a volé au loin, et l'Italie est devenue mère. A cette influence s'est jointe celle des Grecs du moyen âge, chargés des dépouilles érudites de l'antiquité. L'Italie s'est montrée alors platoniquement amoureuse comme la muse provençale ; — studieuse comme les commentateurs d'Alexandrie ; — théologienne et symbolique comme Byzance. De tous ces rayons partis de points difi'érents le caractère nouveau de l'Italie s'est formé, sa nouvelle gloire est éclose. Dante, Boccace et Pétrarque sont nés ; quoi de plus subtil, de plus raffiné,
(1) V. Histoire littéraire du XVI' siècle.
i6 VUES GÉNÉRALES.
de plus chrétien et de plus érudit que ces trois nams qui devancent le seizième siècle ? Ce sont les précurseurs, c'est Tavant-garde. A Tltalie est due Timpul^ sion artiste et littéraire.
De la Germanie, pleine de conscience, de respect pour la foi jurée et d'amour pour le passé, date Timpulsion érudite métaphysique et religieuse. Elle s'empare de la subtibilité théologique et de la science, non pour opposer des mots à des mots, mais pour changer les choses ; elle tire des conséquences inexorables ; elle veut des raisonnements suivis de faits : la réforme sera le corollaire d'une argumentation pressée. La Germanie est forte et redoutable dans le déploiement de ses ressources. Ce que les hérésiarques de douze siècles avaient tenté, et tenté vainement^ elle l'opère ; elle ramène l'examen libre sur la scène du monde. Depuis Luther, elle n'a pas été infidèle à ce principe ; on l'a toujours vue examiner, juger, comparer, apprendre. C'est l'arbitre universel, la. critique par excellence. Elle n'a osé se montrer créatrice qu'après un long apprentissage, qui a duré de l'an 1500 à l'an 1750. Les systèmes qu'elle a enfantés sont les cahiers de ses études. Modeste, avant de se prononcer, elle thésaurise le savoir. Luther, Leibnitz, Kant et Gœthe disent assez l'influence de rAUemagne sur l'Europe ; influence esthétique, au rebours de celle de l'Italie, qui s'adresse moins à la pensée qu'aux passions. L'Allemagne n'est pas de premier mouvement, mais d'analyse.
De ce pays surtout il faut attendre une impartialité souveraine. Il aime à comprendre les nuances nationales, pénétrer dans leur intimité et vivre fraternellement avec tous les génies. Aussi ce pays éminem-