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LE DIRECTEUR

(( Tu es un beau poète l et ta tirade vaut tout au moins « les vers de Térence. Qui veut des échantillons de bon « goût n'a certes qu'à f écouter. »

(\) P....eni doccant.

sous CHILPÉRIC. 207

LE BATELEUR

u Ahl tu Tjfi'ennuies/ Tiens/ je m'étends ici^ par n terre. Ce que je fais là (1), dis, est-ce de la prose? aeit-ce de la métrique? Dis-le-moi. Voyons, dis-le-moi « donel Tu grognes, vieux, tu n* es pas satisfait I Voyons/ « etitre nous, à quoi toutes tes vieilleries servent elles? » Le bateleur s'est couché sur la scène en faisant la grimace au directeur, et peut-être pis. Le mouvement comique, qui continue, va s'aggraver et s'animer par l'entrée d'un nouvel acteur. Térence en personne se montre. Aux vers pentamètres et hexamètres, fort misérables, des deux premiers interlocuteurs succède ici l'hexamètre virgilien, qui n'a guère plus de beauté ni de régularité.

TÉRENCE

« Quel est-il, ce drôle?.», celui qui m'insulte? Par Bera cule, fai honte de le demander. Le scélérat I le mons^ a trel De quels bords étrangers est -il venu me décocher « en riant ses durs sarcasmes? Où le troucerai-je, pour lui « payer libéralement, dans r excès de ma juste colère, tout « ce que je lui dois ? »

Térence est devenu barbare en vieillissant.

Il prononce des vers exécrables, qui ne signifient pas grand'chose ; vers où il faut remarquer d'ailleurs ces mots exiernis ab oris. Le bateleur n'est donc pas Gaulois ou Romain ; c'est un Germain, un sauvage venu des forêts de Tongres ; il amuse les barbares et ne peut amuser que des gens de cette espèce ; le trait est bien timide, bien déguisé, et si subtil, qu'il a échappé même à la subtilité de M. Magnin. Cepen-

(1) Consulter Rabelais.

dant le bateleur teutonique, Vamuseur des conquérants, le jongleur [juggler) se relève, se dresse devant le Romain- Africain, ami de Scipion, et lui dit :

LE BATELEUR

« Celui que tu appelles, le voici. Cest moi. Que veuX' « tu me payer ? Allons^ je suis tout prêt^ et j'accepte tes « dons» »

TÉRENCE

(( Drôle, c'est toi qui mords à belles dents mes célestes « muses!

(Meas conrodis dente camsnas !)

« £t qui es- tu ? et d^où viens-tu ? Pourquoi fatta^

a quer à un grand poète ? »

En beaucoup de points (car ce petit morceau barbare donne lieu à mille équivoques), M. Magnin adopte des interprétations étrangères ou contraires à celles que je préfère ici et qu'il serait oiseux de défendre ; encore une fois, cette discussion serait sans aucune utilité.

Térence cependant est entré en scène, richement et élégamment vôtu, comme il convenait à un Romain de la belle époque, affranchi, familier des Scipions. Voyant le bandit musculeux auquel il a affaire, et rejetant son beau manteau rattaché par Tagrafe à la mode, il se présente le torse nu et les bras nus devant le pugiliste. Ainsi déshonoré {se dedecorat), le poGte continue sur un ton d'athlète :

TÉRENCE

« Cest donc toi qui as eu l'audace de substituet* la bar- « bar le à mes muses décentes! »

sous CBILPÉRIC. 269

LE BATELEUR

« Je vaux mieux que tot\ je suis jeune. Vieux tronc « stérile et desséché, peux-tu entrer en lice avec ma jeune c vigueur ? Je suis chargé de fruits. Le gain et la vie « m* appartiennent. Tais-toi^ vieillard; tu feras bien mieux a de garde7' le silence I »

TÉRENCE

iuAhl tu es jeune I crée donc ce que j*ai créé quand a je rétais moi-même/ Jeune, toi/ et tu ne produis « rien l »

LE BATELEUR

a Ma foi, il dit vrai,., »

Mais le représentant de la jeune force et du poignet nerveux, le Delusor, l'homme de la ruse, tout en reconnaissant la sagesse de Térence, ne cesse pas de défendre sa propre cause.

Ainsi la comédie classique insulte et provoque le nouveau régime dramatique, celui de la dextérité et du pugilat.

Rien de plus commun, de plus trivial, de plus stérile que le reste du dialogue, dont l'auteur, quelque moine gaulois auquel Hilp-Rick aura commandé ce travail, tourne éternellement autour de deux idées, la jeunesse inutile du Bateleur et la féconde antiquité de Térence. Il ne développe pas ce qu'il a conçu. Il ne donne pas la vie à ce qu'il a inventé. C'est dommage. Il avait mis la main sur un germe admirable, contenant le grand secret de l'histoire dramatique tout entière et de l'histoire intellectuelle, — renaissance, perpétuité.

On ne détruit rien. La vitalité de l'esprit se renouvelle et se continue, solidaire et immortelle.

Partout, dans tous les temps, sous les décombres de toutes les histoires, malgré la force, la brutalité, Tesclavage, on voit, à des intervalles inégaux, Tétincelle de l'esprit humain, la divine intelligence reparaître et triompher. Après les Brahmanes qui étouffent la hberté sous les castes, le drame hindou se montre, suivi ou escorté de l'immortel drame grec. Après Chilpéric et les Dagobert, Térence, réveillé par Ghilpéric lui-même, se propage dans les couvents, fait les délices des lecteurs, sourit même aux religieuses et aux abbesses et crée le Drame moderne.

La noble Pensée, représentée par Térence, demeure maîtresse.

Le règne des Bateleurs n*a qu'un temps ; la grâce, l'esprit, la vie, l'honneur, le charme de l'humanité ne périssent pas.

HROSVITA

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