MARIE
Mes bras, de leur douce caresse, Enlaceront ta tremblante vieillesse; Je baiserai tes cheveux blancs.
Peut-on nommer cela de la prose? -Evidemment la religieuse a écrit en vers sans le savoir. ÎTous ses drames sont faits de cette manière. Lorsque Termite
se révèle à Marie, et lui reproche ses déportements, le mètre, que nous venons de voir inégal et ondoyant comme la volupté, devient grave, régulier et alterné comme les sentencieuses leçons du dogme. -Ainsi la religieuse, imitatrice à la fois et créatrice, tel est le propre des esprits supérieurs, a reçu les impressions de son temps, et les a transmises en les épurant ; si elle tient h l'antiquité par ses études, au moyen âge par la forme du style et le fond des idées, elle touche par des points essentiels au développement de la poésie chez les peuples nouveaux. Cette place est assurée à Hrosvita dans les littératures modernes. Les nuances dans la peinture des sentiments du cœur, l'union de la chasteté volontaire et de Tamour ardent, l'expression contenue des passions foptes, la métaphysique dans l'émotion, tous ces cariactères essentiels de la civilisation moderne se trouvent, chez Hrosvita (1), à l'état de premiers linéaments et dans leur forme pour ainsi dire virginale.
Le fond de ses drames est germanique; elle tend au v?'ai plutôt qu'au beau, qui est le but spécial de l'art hellénique ; elle admet tout ce qui peut faire prévaloir la vérité, scènes comiques et hideuses, violentes et môme impudiques ; une sincérité passionnée les relève. Ce fond de vérité sévère s'échauflc d'une inspiration chrétienne, sans subtilité, sans raffine-
(1) L'étymologio réelle du mot Hrosvita, qu'elle traduit ellemême Clamor volidus (à peu près comme de Thou traduit Bassompierre par Levis sonm a rupe), nous semble devoir être Rauschen (bruit, murmure), et schwind (rapide, violent) ; le nom véritable de la religieuse aurait donc été Rauschwind, latinisé par le mot Hroswitha ou Hrotswitha, orthographe inexacte, mais (lue M. Magnin a d'ailleurs très-bien fait de conserver d'après le mamiscrittf
ment, sans arrière-pensée, sans langueur molle et fade; point d'hypocrisie ou de réticence. Les sujets s'offraient d'eux-mêmes ; c'étaient les vies des saints et les pathétiques ou merveilleuses légendes dont l'histoire chrétienne se compose. Elle a respecté le plus possible le récit sacré, qu'elle ne lisait qu'en tremblant; et quant an style, trouvant un instrument demi-latin et demi-barbare, elle l'assouplit, le perfectionna, le simplifia et en fit ce que nous avons vu.
Les esprits d'élite étudieront désormais dans l'édition donnée par notre savant contemporain la religieuse du x'' siècle, — âme passionnée et esprit supérieur, qui croyait imiter Térence et qui annonçait Racine.
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