‹ Le moyen ageChapitre 9 sur 49 · BACON, LUTHER ET CALVIN · texte numérisé non relu

BACON, LUTHER ET CALVIN

que si un aspirant aux emplois publics place un peu plus haut ou un peu plus bas que la coutume ne Tordonne un des signes symboliques dont se compose récriture chinoise, il est irrévocablement destitué. — La seule question est de savoir s'il n'y a pas deux espèces de civilisation, — Tune matérielle, l'autre intellectuelle ; — et si le mandarin, couvert de soieries, si ce mandarin qui condamne au supplice de la cangue le malheureux incapable de payer sa sentence, n'est pas un barbare incurable et dont un vernis de civilisation perpétue la barbarie^

§IV

Influence lointaine des idées, et la part qu'elles prennent au travail de la civilisation. — Exemples. — Lutlier et Calvin. — Les républiques des États-Unis. — Renaissances et décadences des littératures et des sociétés.

Une foi& les rapports intellectuels établis entre les peuples, l'influence de la pensée dépasse toutes les merveilles. Aristote devient, au moyen .âge, le régulateur des écoles ; il s'empare de toute la philosophie chez les Arabes.

Ainsi les générations récentes sont invinciblement liées aux générations antérieures. L'héritage transmis rîe meurt pas ; seulement il dort pendant des siècles ; et toujours, à quelque époque éloignée, il trouve son réveil et sa fécondité. Les générations sont les journées de la vie du genre humain -et les étapes de son grand voyage. U marche toujours, il ne cesse pas de vivre par Tintelligence, quoiqu'il y ait de^

24 VUES GËxSÉRALES.

heures où une nation croule, où une institution tombe avec bruit.

Quand il paraît sommeiller, ses forces se réparent. Les flots des idées poussent les flots des idées ; de nouvelles sources viennent alimenter le fleuve attx vagues étemelles ; opinions, mœurs, religions, langages, institutions, tout se presse, se détruit, se renouvelle. Vous croyez atteindre \\ perfection, vous arrivez à la décadence ; vous croyez que la décadence vous menace, c^est une résurrection.

Les grands ouvriers de cette œuvre sont les hommes de génie. Chacun d'eux profite des clartés jetées par rhomme de génie antérieur, il attise la flamme qui ressort plus éclatante de ses mains. C'est vraiment un spectacle admirable.

Bacon recueille Tétincelle aristotélique. Neii^toii commence par s'élever jusqu'à la hauteur de Kepler ; de là il monte plus haut encore et explique le monde. Destructeurs ou régénérateurs, ces hommes ont leur filiation non interrompue. Luther se contente de faire brûler la bulle du pape ; il ébranle une colonne du Temple ; cela lui suffît. Voltaire n'est pas satisfait à si bon marché ; il ébranle l'édifice entier, il bat en brèche le christianisme. Sofus Louis XIV, il n^ a encore d'opposition que dans le jansénisme; sous Louis XV, elle s'attaque aux finances ; sous Louis XVI, elle démolit tout. Les Anglais ont vu leur dùsenters se transformer en whigs. Les whigs sont devenus réformateurs, et ces derniers, radicaux. Partout le même mouvement vital, désorganisation et réorganisation ; un phénix immortel qui se sacrifie pour renattre, éclôt pour mourir ; au moment où vous pleurez sur ses cendres, il secoue et étend ses ailes.

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