II
Les mots non-français aujourd'hui, se comptent par centaines dans le Moyen de Parvenir. Ceux de nos termes qui font partie du vieux langage étant élagués, il en reste un certain nombre, qui appar-
tiennent à un ancien dialecte; ce dialecte, c'est celui de Genève et non celui de Tours. Quelques détails touchant ces ternies spéciaux ne seront pas déplacés ici. Au chapitre quarantième, on trouve une ou deux phrases prononcées par un horloger par un « maître horlogeur de Genève, » comme dit l'auteur; malheureusement, ce passage, très-court d'ailleurs, est sans intérêt. Etablie seulement vers 1587, par quelques Bourguignons, l'horlogerie était alors chose toute individuelle ; la langue, ou si l'on veut, l'argot des càbinotiers de la fabrique n'était pas créé. Prenons quelques mots dans les autres parties de l'ouvrage :
Baganisier : houclte, mot qui a fait naître bagout; loquacité vantarde.
Balandrier : barrière , garde-fou; ce terme, que nous avons vu dans la citation relative au pont d'Àrvc, se rencontre aussi bien dans les pièces comptables que dans les chroniques genevoises du seizième siècle, balendri et balendrai sont encore usités en patois.
c Livré trois chevrons pour les Balendry de la Corraterie : 9 sols. »
Compte de Guigonet, navatier, 1540-41.
« Au pont de la porte de Riva, pour réfère tous les Balendriers. »
Compte de Roiet, camer-chapuis, 1-347.
t Les semeurs de peste composèrent une graisse comme leurs prédécesseurs, et engraissèrent les verrouils des portes et les balendriers des rues et places où on soûlait s'appuyer. »
Ecset : Chroniques de Genève, 1562.
Baliures : balayures.
« Que chacun face balier et tenir nettes les places et rues publiques à l'endroit de soy, assavoir le mercredi et samedi. »
Ordonnances de la Cité de Genève, 1589.
Brouillard : brouillon d'une lettre, d'un manuscrit, ce mot est toujours en usage à Genève.
Caimanderie : mendicité, s'est effacé de notre langage qui a conservé foutimasserie : travail put vile, ainsi que ni moi itout pour : ni moi non plus.
M. Lacroix se trompe en traduisant casse par marmite de terre; nous appelons ainsi soit une poêle à frire, soit un vase
de cuivre à manche en fer qui, dans la campagne, sert à puiser de l'eau dans la seille, sorte de baquet en bois mentionné plusieurs fois clans le Moyen de Parvenir.
Le glossaire genevois peut, aujourd'hui, tout comme au seizième siècle, enregistrer charpis employé au masculin pour charpie.
Le passage suivant se trouve au quinzième chapitre :
« Pleurez vieille, pleurez! mais non faites ; d'autant qu'il n'y a point de rime sur vieille ; et j'en dépite tous les poètes, fussent-ils autant savants que chose. »
Rien n'est plus commun à Genève que d'entendre remplacer un nom propre contre lequel la mémoire se rebelle, par les mots : machin, machinante, machine, chose.
Dayée on plutôt doyée, mot que M. Lacroix déclare incompréhensible, signifie coulée par un passage étroit, et par suite gotdée liquide qui descend le gosier; ce terme était populaire à Genève où les ruelles étroites par lesquelles les eaux
pluviales s'écoulaient dans le lac s'appelaient des doyes , un acte de 1461 mentionne déjà, ou encore, la « carrer iola sive doya, juxta domum Joli, de Salis. »
Franchise. Suivant le dernier éditeur, ce mot est le nom d'un ruisseau ou d'une plaine dans les environs de Genève, c'est une grave erreur; on désignait par franchise une zone territoriale entourant la ville et jouissant des franchises et privilèges de la cité elle-même.
Fusterie; une note traduit ce mot par corderic, c'est encore une erreur : la place de la Fusterie, qui porte toujours ce nom, l'a reçu de ce fait qu'elle était entourée de magasins de fustiers ou marchands de bois de construction, de marchands de / "uste, comme l'on disait et comme l'on dit encore à Genève. Puisque nous parlons de noms de lieux, observons que « Versoix, petit village de Gex, » est une définition qui, depuis trop longtemps, a disparu des dictionnaires géographiques, pour pouvoir être répétée aujourd'hui.
Mo&er : quitter l'endroit oh Von est,
s'en aller, est un mot patois, aussi fréquemment employé aujourd'hui, dans les environs de Genève, qu'il pouvait l'être au moment de la composition du Moyen de Parvenir.
0, employé pour avec, n'est pas un archaïsme, mais un mot patois que l'on entend encore, bien que d'autres formes le remplacent très-souvent.
Poir : porc, pourceau; ce mot qui se prononce : pouai, pouaire on pouarc, s'employe au figuré autant qu'avec le sens direct.
« Je sens déjà que ce livre nous échappe, dit l'auteur au dernier de ses chapitres, et me semble que je vois déjà un fripon de proposant, qui est joint à un aspirant à la prêtrise mediante coquedindo; et ils disent que je suis nigromanchian, que je fais parler des morts ! »
M. Lacroix dit que proposant est un jeu de mots sur protestant, il n'en est rien, ce terme, purement genevois, sert à désigner un jeune théologien calviniste qui se propose d'être ministre; sa principale fonction publique consiste à lire,
dans la chaire, une traduction française du Décalogue.
Sec! est une interjection qu'on rencontre souvent dans l'ouvrage que nous examinons, et qui est très-employée à Genève, où on lui donne volontiers la valeur d'un c'est que dubitatif.
Soupier : individu épais, lourd, stupide, est bien rappelé chez nous par plein de soupe, mots dont on fait un seul substantif avec le même sens.
St! pour chut! est une forme antique, bien mieux conservée dans la Suisse romande que partout ailleurs.
Le mot Huguenot, dont l'étymologie a fait éclore presque autant de systèmes que l'interprétation de la formule funéraire : suh ascia dedicavit, mérite bien de nous arrêter un instant puisque notre ville a été le point de départ du mot et de la chose.
Le passage suivant se trouve dans le quinzième chapitre du Moyen de Parvenir :
« Il nous advint une autre cause de remords de conscience : c'est que, voyant des ébraguettés, les disions huguenots.
Notre bon ami Budée m'avisa de ce péché, m'instruisant que ce mot étoit grec, signifiant heureusement connaissant. »
Cette étymologie par dérivés d'eu , bien, et ywetv, connaître, ne nous parait être autre chose qu'une réfutation de celle que Gabriel de Saconay republia, en 1572, dans sa Généalogie et fui des Hugucnaux. Voici l'argumentation de ce ce dernier :
« Huguenau est un Guenau ou un singe.
Le francois hérétique a pris ce nom pour s'être plutôt transformé en guenon et en singe qu'en autre bête, suivant un certain naturel d'aucuns francois qui se rendent assez souvent imitateurs des nations estrangères es mœurs, gestes et habillements ; qui est le propre du singe. »
Les deux étymologies que nous venons de rapporter sont des jeux d'esprit dans lesquels il ne faut rien chercher de sérieux. Notre histoire nous servira mieux.
La plus ancienne mention du terme
qui nous occupe se trouve dans un procès de 1521, analysé par M. J.-A. Galiffe, dans ses Matériaux pour l'histoire de Genève : la secte des Eiguenots : Ayguinocticœ seetce y est nommée, non comme représentant une idée théologique, mais comme parti politique travaillant à une alliance entre Genève et certains cantons de la Suisse. Ce mot, si étrangement travesti dans le latin du secrétaire de la justice, était une imitation directe de l'allemand eydsgnossen ou eidgenossen :
alliés par serment. Sœur Jeanne de Jussie, la célèbre religieuse de notre ancien couvent de la Stricte-Observance, a soin de le rappeler. Elle écrivait en 1530 : « Enguenot, c'est un mot Allemand, qui est autant à dire en François que Bon-allié. » A partir de la date ci-dessus, c'est-à-dire de 1521, une foule de pièces offrent le nouveau mot, écrit avec toutes les orthographes que le caprice et l'incertitude peuvent suggérer. Un incident vint compliquer la question philologique : le chef du parti qui voulait l'alliance suisse se nommait Hugues, le nom d'Huguenot
servit naturellement à désigner ses adhérents : il résulte de là que les deux mots Eigucnot, encore conservé en patois, et Huguenot, qui a trouvé sa place dans les colonnes académiques, sont nés en même temps et que, malgré leur origine différente, ils servaient à désigner une même catégorie d'individus.
Comme synonyme d'hérétique, le terme dont nous venons de rappeler le début, ne fut pas employé à Genève avant 1528; il ne parut, ou plutôt ne devint usuel en France, que bien postérieurement à cette date, en 15GO,lors de la conjuration d'Am- Loise, qui, suivant toute apparence, se trama à Genève.
Bien que dans la séance du Synode protestant de Paris, tenue le 10 juin 1872, M. Guizot ait dit, aux longs applaudissements de ses collègues : « Moi, je me tiens pour fils de huguenot, » ce dernier terme n'est plus guère employé que parla science historique qui s'en sert pour désigner les révolutionnaires français du seizième siècle, qui, à leur opposition au gouvernement politique, joignaient l'adoption de
la plupart des erreurs condamnées par l'Eglise chrétienne.
La première anecdote montrant qu'on est, non à Tours, mais à Genève, est relative au Principal du Collège de cette dernière ville, son caractère tout erotique nous interdit de la répéter; mais, en la racontant, l'auteur se dévoile un peu : on voit qu'il demeurait à Genève et qu'il y exerçait peut-être la profession de médecin, laissons-le parler :
« Le second ministre étoit malade. Je fus appelé pour le voir; je lui fis au moins mal que je pus. Se trouvant un peu bien, il me parla de ce monsieur le principal, et me dit qu'il étoit falot, A ce mot, il arriva; et moi, bien aise, et lui aussi, parce qu'il y avoit occasion de rire, inter privatos parietes, je me mis à faire des contes, et lui aussi; mais les miens alloient plus vite; de sorte que, soit pour m'éprouver, ou pour se venger, comme il me l'a confessé depuis, il lui prit fantaisie de
changer de propos, et dit : « 0 nous misérables réformés, de proférer tant de paroles oiseuses, dont nous rendrons compte; et vous, le premier! — Il est bien vrai, dis-je; mais, monsieur, il faut ici un distinguo genevoisien; venons à l'Ecriture.
Le Sage dit qu'il y a temps de rire et de pleurer. Eh bien! j'avons ri; ce que nous avons dit n'offense personne. Les paroles oiseuses sont celles qui offensent, et qui sont dites pour ôter l'office, ou le bénéfice, ou la renommée à un homme »
Yn certain scepticisme perce dans ces lignes; l'ouvrage est, d'ailleurs, rempli de traits décochés contre les porteurs d'habits ecclésiastiques, qu'ils appartiennent à la religion de Genève ou à celle de Rome. Cependant notre auteur, soit parce qu'il voyait de près les Huguenots, soit pour toute autre raison, attaque plus souvent les ministres que les prêtres. Dès l'entrée en matière, il critique la suppression des jeux d'exercice faite par les ■inventeurs de noue étude s qui (jutent la jeunesse; il traite les ministres d'étourdis, de présomptueux, de gens qui sentent meiuueiis, de captieuses tignes qui veulent
tout réformer et refondre, titentre-lardeurs de théologie allégorique, effondreux d'arguments, aiguisant les remontrances sur la meule d'hypocrisie; de grosses bêles de prêcheurs qui fendent le ventre an diable avec leur liber cd arbitre. Plus loin, il se moque encore des : ministres de Genève, qui épluchent, à leur mercuriale qu'ils font le jeudi prochain des Quatre- Temps, et puis vont banqueter ensemble.
Présenter sous une face ridicule les sermons des nouveaux prédicateurs lui est familier, témoin ce fragment qu'il fait sortir de la bouche d'un ministre de Strasbourg :
« Quand vous dansez, il semble que vous vouliez jeter votre tête aux deux et vos jambes au diable; dansez modestement. Quand vous buvez, vous gargouillez comme pourceaux; hé! pauvres gens, enivrez-vous, mais que ce soit sobrement; jurez pieusement; maudissez flatteusement; battez mignardement, et paillardez chastement; donnez-vous au diable avec honneur, et éjouissez-vous de tous sujets, sans en abuser. »
La morale de l'historiette suivante sera toujours de saison :
« Un jour, une vieille huguenote incita sa servante qui étoit papiste, d'aller au prêche; ce que la fille voulut pour lui plaire, et y alla avec belle et bonne dévotion, et ouït le prêche avec une moult bonne intention. Etant revenue, sa maîtresse lui en parla : « Eh bien, dit-elle, ma mie, n'est-ce pas une belle chose que le prêche? N'y parle-t-on pas bien de Dieu?
« La fille, ayant longtemps écouté sa maîtresse, lui répondit ainsi : « Ils en parlent prou; mais ils ne le montrent point. »
Au sujet de ces nouvelles doctrines que Jeanne de Jussic appelait plaisamment Ycvangile courant et notre auteur Ycvangïle (VaaJGîircVJtui, écoutez le sermon du curé du Busançois :
« Je vous prêcherois aujourd'hui; mais nous n'avons pas le loisir. Toutefois, je vous dirai un bout de sermon, que nous diviserons en trois parties. La première, je l'entends, et vous ne l'entendez pas. La seconde, vous l'entendez et je ne l'entends
pas. La troisième, ni vous, ni moi ne l'entendons. La première que j'entends, et vous n'entendez pas; c'est que vous fassiez rebâtir le presbytère. La seconde, que vous entendez, et que je n'entends pas; c'est que vous entendez que je chasse ma chambrière, et je ne l'entends pas. La troisième, que vous ni moi n'entendons pas est l'Evangile d'aujourd'hui; parquoi, n'en disons mot. Adieu. »
Les billets de créance, sorte de lettres de change sur la foi nouvelle, sont censurées par notre auteur qui stigmatise, à plusieurs reprises, l'avarice et la cupidité des apôtres du Huguenotisme.
Les sectateurs de Calvin ont longtemps accrédité toutes sortes de contes au sujet des modestes émoluments que touchait leur chef et sur sa sobriété personnelle : à les entendre, le révolutionnaire français n'aurait bu que de l'eau. Pièces en main, on peut dire aujourd'hui combien ce dernier gagnait, et certifier qu'il avait un goût prononcé pour le vin salvagnin.
Quant à la modération touchant les plaisirs de la table, l'auteur du Moyen de
— Al —
Parvenir place dans la bouche de Calvin lui-même ce petit tableau ironique :
« Ne savez -vous pas que je bois et mange si peu, qu'il me faut être en repos pour pâturer? Avisez : je ne mange pas tant que beaucoup de personnes [ensemble]; et, si tout le vin du monde étoit là, je n'en boirois pas le quart. >
Nous aimons à croire erronées, ou tout au moins fort exagérées, toutes les historiettes e'rotiques dont le livre est semé, et qui ont des ministres pour acteurs.
La création du Consistoire de l'Eglise prétendue -réformée de Genève est racontée en termes singuliers :
« On m'a dit qu'il étoit advenu une grande aventure : c'est que, depuis quelque temps, il étoit échappé, comme le lièvre de l'arche, un certain petit consistoire, qui sortit du Chapitre imperceptiblement, ainsi qu'un atome, et est devenu grand, ayant déjà fait plusieurs enfants. Je parle d'un petit corpuscule nommé consistoire. Je n'entends pas proférer ce que je dis, de ce grand et unique consistoire, père des Chapitres.
— Paix! ce dit Monsieur de Luçon, vous vous jouez à un dangereux monstre »
On comprend, après ces critiques et ces tirades, les appréhensions de l'auteur au sujet de son œuvre, et que, tout en l'appelant un joyeux répertoire de perfection, un bréviaire parfait, le centre et le monarque des livres; le LIVRE par excellence, il recommande à ses lecteurs de s'embéguiner le museau du cadenas de tacitirrnité :
« Tenez le fort caché, ajoute-t-il, et vous gardez des pattes pelues de ces enfarinés, qui gourmandent la science et l'emplissent d'abus; étrangez-vous de ces pifres présomptueux, qui, voyant les bonnes personnes désireuses de se calfeutrer le cerveau d'un peu de bonne lecture
et profitable, s'en scandalisent Fuyez
telles botes, et ne leur communiquez point ce rare trésor; ains, le commettez à gens de bien, comme gens de bien ont pris la peine de le vous donner. »
Ecoutez notre écrivain, maudissant d'avance les contempteurs de son œuvre :
« Moines prêtres, ministres, etc., présidents, conseillers, avocats, etc., mar-
chands, ouvriers, artisans, etc., de quelque état, qualité et condition qu'ils soient, qui diront mal des mémoires du Moyen de Parvenir, seront atteints et convaincus de tous crimes que la sottise embrasse, que l'impudence couve et l'hypocrisie nourrit, etc. »
Il ajoute plus loin : « Tout ce qui est ici avancé, est tenu pour très-vrai, sans qu'il y faille ou soit reçu d'y contredire; et si quelqu'un y contredit, qu'il s'aille faire canoniser en enfer! »
Le principal du Collège, dont nous avons parlé, n'est autre que Jean Pinault, qui occupa la charge de recteur depuis 1572 jusqu'en 1576.
Suivant le dernier éditeur du Moyen de Parvenir, Pinault est un nom burlesque qui ne désigne personne. Une semblable assertion, relative à un personnage bien connu à Genève, doit être relevée.
Jean Pinault, fils de Jacques et originaire de Poitiers, était pasteur à Jussy en 1560, il reçut la bourgeoisie gratuite le 10 décembre 1562. Pasteur dans la ville
depuis 1566, on le voit, en 1570, consoler les pestiférés, et, en 1602, accompagner au supplice François de Gerbel, sieur de Sonnas, compromis dans l'affaire de l'Escalade. Pinault mourut en 1606, chargé d'années et probablement sans laisser de postérité masculine; il fut, par honneur, inhumé au cloître de Saint-Pierre. Ses armoiries, d'après le cachet d'une lettre qu'il écrivit l'année même de sa mort, se composent d'une tortue avec la légende : TECUM HABITAT, précédée d'un oméga signifiant : Pour toujours, jusqu'à la fin, et suivie de l'initiale P.
Jean Pinault est nommé plusieurs fois dans l'ouvrage que nous examinons, il prend part à l'interlocution, et l'auteur le fait parfois figurer comme acteur dans des aventures plus que singulières; il paraît encore dans une scène matrimoniale que nous voulons vous raconter :
« Un officier de Genève avoit une femme assez fâcheuse, et qui le tourmentoit. Il la battit plusieurs fois et à dur; dont elle se contrista, et menaça son mari du consistoire, qui est le purgatoire
des huguenots. Remis qu'il fut au Consistoire, il y alla; et on lui montra que cela n'étoit pas beau de battre sa femme.
« Elle étoit battable, dit-il. — Allez, lui dit le diseur, sachant la pensée de notre seigneur le consistoire, retirez-vous; qu'il y ait de la mesure en vos actions, et qu'on n'oie plus parler de vous !
« Il retint fort bien son congé, et, quelques jours après, sa femme, se faisant forte du consistoire, se mit à faire la méchante, et il la battit; mais avec quoi? Avec une aune qu'il avait empruntée du seigneur Lait (Lect), qui avoit été jadis couturier; et la frotta dos et ventre sur ses habillements, à cause qu'ils n'ont point ôté les dix jours en ce pays-là. La pauvrette se plaignit, et fit encore appeler son mari au consistoire, auquel on fit la joyeuse et courte remontrance, pource qu'on n' avoit pas le loisir de parler à lui, à cause que l'on faisoit réponse à une lettre que le duc de Savoie avoit écrite à un traître, et dit-on à ce maitre officier : « Allez, et soyez sage ; et si votre femme vous fâche, ne la battez pas. — Monsieur, je ne lui ai fait que ce que vous m'avez commandé; je l'ai battue par mesure. — Oui, dit-elle, messieurs, il m'a battue avec une des aunes de messieurs; et disoit, pour autant, que là on mesure la
justice. — Comment, dit maître Jean Pinault, vous abusez des paroles saintes? N'y retournez plus. — Monsieur, dit-il, ce ne sont que remontrances que je lui ai faites. — Allez, dit le président -clerc, remontrez-lui avec V Écriture sainte, ou bien l'on vous mettra léans (dedans). » Quelques jours d'après, elle fut encore mauvaise, et il la battit; mais ce fut avec un gros Nouveau-Testament couvert de bois et ferré : il le lia en une serviette, et la plauda en cas-pendu; il n'y manqua rien. Elle s'en plaignit; et, les formes observées, étant devant le benoît consistoire, qui s'ennuyoit de le voir si souvent il fut tancé. « Messieurs, dit-il, je ne l'ai corrigée qu'avec YEcritare sainte. — Hélas ! quelle écriture sainte, messieurs ! dit-elle. C'a été avec un gros maudit Testament qu'il m'a bourrelée. » Cela ouï et su, il fut dit qu'il seroit puni, s'il continuoit; et puis, étant entré devant messieurs, on lui reprocha son incrédulité; qu'il étoit malin contempteur et tergiversateur; et enfin, lui fut prononcé, à peine de punition corporelle, qu'il n'eût plus à châtier sa femme, que de la langue. Ah ! Jean! il n'y faillit pas, d'autant que, quand elle le fâcha, il prit une langue de bœuf fumée, dont il la battit, tant que le diable eut de cul, et le consistoire, de tête. »
On peut dire que le Moyen de Parvenir fourmille de détails sur Genève. On y voit figurer le Saidicr, charge inconnue en France ; la coutume de donner le nom ({'officiers aux sergents y est indiquée et bien des noms propres, familiers aux Genevois, s'y rencontrent: Bèze, Bienvenu, l'auteur de la comédie du Monde malade et mal pansé, représentée en 15G8; Calvin, Cop, Lect, défiguré sous l'orthographe Lait; Pierre Viret, les imprimeurs : Badins, Crespin, Durant, Le Preux et Robert Estienne, y sont nommés.
Charles Perrot, ce chrétien pratique, dont M. le Professeur Cellérier traça naguère une biographie si attachante, y est désigné sous le nom de bon père Pcraidt, nom qui rappelle les affectations monacales, si aigrement reprochées à cet homme qui cherchait Jésus. M. Lacroix, à qui il est bien permis d'ignorer l'histoire biographique de Genève, confond ce personnage avec Guillaume Perault, dominicain du treizième siècle, auteur de la Summa de virtutibus et vitiis.
Théodore de Bèze figure dans un grand nombre de dialogues; c'est le premier personnage qui forme Pinterlocution, il se présente assez gaillardement : « Il m'apprit, dit l'auteur, que la quatrième clef fondamentale des trois clefs communes de la musique ; de la divine, douce, humaine et sainte harmonie, est la bonne clef de la cave; c'est la sainte et harmonieuse clef, c'est la fidèle et parfaite. » Bèze avait perdu l'ouïe, au point qu'en 1602, il n'entendit rien du vacarme de l'escalade de Genève , tentée par les troupes savoyardes; le Moyen de Parvenir nous le représente aussi comme sourd :
« Bran ! s'écrie son interlocuteur, il faut crier à ce sourdaut, comme pour prendre une taupe. » C'est un détail biographique, prouvant que l'auteur connaissait personnellement le gai vieillard, qu'il demeurait et écrivait à Genève. Bien des facéties sont placées dans la bouche de ce ministre savant, surnommé le Phénix de son temps ; nous n'en citerons qu'une, il s'agit des servantes de prêtres au seizième siècle ;
écoutez comment, pas à pas, la domestique devient la maîtresse de la maison :
« Le premier mois, ma chambrière est tant sage, que tout ce que j'ai est à moi. Si, en sortant de l'église, je la vois venir de chez un des confrères chanoines, je lui demanderai : D'où venez-vous, Jeanne ?
— Je viens de chez votre compère, quérir votre vaisselle, que vous laissâtes hier, que vous y fûtes souper. » Ho da ! tout est encore à moi. Le mois d'après, je ferai la même question en même posture. Elle dira : « Je viens de quérir notre vaisselle, que nous laissâmes, hier, chez notre compère où nous soupâmes. » Ha, ha ! nous y avons encore part. Mais après, si je l'interroge, elle me dira bien autrement :
« Que vous avez d'affaire, et vous n'avez point de chemise au cul ! Vous voulez tout savoir comme les grands. Je viens de quérir ma vaisselle, que je laissai, hier au soir, chez mon compère où j'ai soupe. » Voilà, tout est à elle. »
La manière dont Bèze s'excuse d'avoir écrit les Pocmata juvenilia est assez curieuse. Dans l' interlocution, notre auteur lui adjoint iEneas Sylvius qui avait
aussi quelques poésies socratiques à se reprocher :
« Ainsi que je demandois à boire, voilà un grand bruit. — C'est de Bèze qui vient d'arriver; et iEneas Sylvius l'est allé recevoir, à cause de la similitude de jeunesse. Et, gai, nous voilà prou forts. — Aussitôt qu'ils furent entrés, après avoir salué la compagnie, qui but plus de dixsept pintes de vin d'Arbois, ils se mirent à s'entretenir de leur jeunesse; et comme ils devisoient profondément de leurs amours, voilà ce mélancolique Genebrard qui les vint interrompre. — Eh bien! leur dit-il, vous avez bien fait des folies, étant jeunes; vous avez écrit d'amour et de lubricité, que plusieurs ont tourné en sens réprouvé. Il est vrai que les bien doctes, et qui ne sont point pédants, ont trouvé vos écrits bons; mais il y avoit de l'excès. Foin, jamais ces cucules ne font que lanterner le beurre î — Va, dit Sylvius, j'étois dispos de la braguette, et relevé de gentillesse, quand j'écrivois mes galanteries; mais depuis, je condamne tout cela, je le désavoue. — Et moi, dit Bèze, je n'ai que faire de m'en excuser; je suis gentilhomme à ce que je dis, et comme je l'ai toujours témoigné quand les notaires m'ont demandé ou écrit mes qualités. Eh bien !
j'ai été galant en jeunesse : aussi, j'étois prieur, délibéré comme un affieur de meurtriers; mais, depuis que je fus réformé, je retranche toutes mes foliettes joyeuses, et, tout ainsi qu'un bienheureux Josué, je fis une belle circoncision de mes œuvres juvénielles faites à la catholique. »
L'examen seul des jurons, employés dans les narrations du Moyen de Parvenir, donnerait à penser qu'on est dans cette cité où nulle loi ne semblait être complète sans le baptême du sang ou du feu. Les Ordonnances, publiées le premier Janvier 1589, condamnent les blasphémateurs à l'amende honorable, la torche au poing, avec trois jours de prison au pain et à l'eau; les récidivistes cà la peine du fouet, et ceux qui retombent dans ce crime, à la mort.
Vingt-quatre heures de prison « en pain et eau, » sont prononcées contre ceux qui se servent de jurons mitigés comme : mortdina, sancjdina ou par le corps lieu.
Les déguisements prévus par la loi, ne sont pas employés dans l'ouvrage que nous
examinons, mais on en trouve d'autres, comme : certebieu, cordic, cordille, dianche, donguoi, ma fintc, jernigoi, mordong, morgoi, pardicnne , pargoi, parguille, parmagri, par la double bière des Pays- Bas, par la double fressure de mon petit chien, par la double-digne-grande corne triple du plus ferme cocu, par la sainte ombre du clocher du temple de Salomon, scindé, sandregiïle, sanguille, etc. Les malédictions burlesques ne manquent pas à l'auteur : Une femme monte sur un escabeau à trois pieds, il culbute, écoutez l'imprécation, suite de cet accident :
« Qu'au diantre soit celui qui fit la maison, où fut marié le père de l'évêque, lequel sacra le prêtre, qui maria la mère de celui qui forgea la cognée, dont fut coupé le bois où fut amanché le pic, dont on releva la terre, pour planter l'arbre, duquel fut faite la première selle à trois pieds ! »
Nous avons dit que l'auteur du Moyen de Parvenir paraissait exercer la médecine; l'induction que nous avons tirée de la visite qu'il fit à un ministre malade,
est renforcée de cette circonstance qu'il fait figurer, comme interlocuteurs, une fouîe de médecins grecs, romains, arabes, juifs et contemporains ; les célébrités hermétiques et spagiriques ne sont point oubliées. Un seul canonisé prend place au banquet, et cette exception a lieu en faveur de saint Corne, le patron des médecins et des chirurgiens.
Le nom d'un autre interlocuteur, LE MORTEL, nom sur lequel la sagacité des commentateurs s'est exercée en vain, paraît nous reporter à Genève, ce nom rappelle un voleur dont les exploits étaient devenus populaires. L'auteur n'ayant pas reculé pour faire figurer parmi les convives, Barrabas, le célèbre brigand juif, a bien pu en faire de même pour Le Mortel, personnage auquel Spon, le savant antiquaire, consacre une note qui ne sera pas déplacée ici :
« Les vols d'un insigne larron appelé Le Mortel, qui vivoit alors (1504), ont quelque chose de surprenant. Chacun sçavoit qu'il faisoit ce mestier et l'on
tenoit tout. bien fermé dans la ville de la peur qu'on avoit de lui. Dès qu'il estoit nuit, les maistres crioient à îeurs valets, fermez les portes de peur du Mortel, ce qui passa après en Proverbe. Mais toutes les précautions qu'on prenoit ne servoient de rien. Il entroit partout, et mesme chez ceux qui se dénoient de lui, car il semble qu'il ambitionnoit plus la gloire de dérober adroittement que le profit : puisqu'il ne déroboit que de petites sommes, pour faire bonne chère avec ses amis. Soit qu'il y eût addresse ou sortilège, il enchantoit les gens de telle manière qu'ils perdoient le parler, et le pouvoir de lui résister.
« La première chose qu'il faisoit en entrant estoit d'aller prendre les clefs, sous le chevet mesme du Maistre de la maison, quoy qu'il fust bien éveillé. Il alloit ouvrir la dépense et la cave, allumoit la chandelle, mettoit la nappe sur la table, mangeoit et beuvoit sans que personne le pût empescher. Le lendemain qu'il avoit fait quelque tour, il s'en alloit au cabaret avec ses compagnons; les Ilostes le recevoient volontiers, sans aucun soupçon de lui, car il ne déroboit pas à ceux qu'il fréquentoit. Lorsqu'il n'avoit pas d'argent sur lui pour payer ses hostes, il leur disoit quelquefois d'aller chercher au coin de quelque chambre qui n'eut pas
esté ouverte depuis quelque temps, où ils trouvoient leur payement, sans qu'il s'y manquât rien.
« On s'estonnera comment la Justice ne le punissoit pas. Il fut à la vérité souvent emprisonné, mais les Syndics de Genève n'osoient aller contre les lois et coutumes qu'on avoit de ne condamner personne s'il n'avoiïoit lui-mesme. Mais quand on lui donnoit la question il estoit plus ferme et plus opiniâtre à nier la vérité, qu'un Martyr n'auroit esté constant à la confesser. On ne sçait si cela venoit, de ce qu'il ne sentoit point les tourmens, ou s'il avoit assez de force d'esprit pour en mépriser le sentiment : car il ne faisoit non plus d'estat d'un coup de corde qu'on lui donnoit, que si on lui eût fait danser un branle au son du tambour. Quand on lui avoit donné quelque bon trait de corde, il faisoit semblant d'avoir bien souffert, et disoit mettez-moy bas, je dirai la vérité. Hé bien, disoit-il après, que voulez-vous que je vous die ? On l'interrogeoit, et au lieu de répondre, il repetoit les mesmes paroles de l'interrogatoire; puis ajoûtoit, donnez moy encore une estrapade pour l'amour des Dames. Il ne mourut pas d'une mort aussi honteuse qu'il le meritoit : mais d'une mort à la vérité fort cruelle : car il fut
atteint si rudement de la peste qu'il en perdit la parole. Sa mère qui le servoit dans sa maladie, et qui craignoit qu'il n'échappât, pour estre un jour pendu, le fit mettre clans la bière et enterrer tout vif. Ainsi vécut et mourut Le Mortel. »
L'authenticité de cette narration est attestée par Bonivard qui, plus d'un siècle avant Spon, avait consacré les lignes suivantes à la mémoire du fameux larron de 1504 :
« En ce temps là régnoit à Genève ung noble larron nommé en savoyen le Morta, que veult aultant à dire en françois comme Le Mortel, qui valoit bien ung maistre François Villon de Paris : car yl ny avoit maison ni boutique qu'il n'ouvrist et entrast dedans, et (que plus est) yl enchantoit les gens, en sorte que quoique ilz le veoient desrober, ylz ne l'en sçavoient garder ny s'escrier que on leur vint au secours; mectoit la table, alloit tirer du vin en la cave, et bancquettoit devant ceulx de l'hostel devant que prendre aultre chose, puis alloit prendre ce que luy plaisoit sans que personne luy peust contredire. L'on luy eust donné cent estrappades de corde et faict mille aultres tourmentz, mais jamais n'eust rien confessé,
car yl s'en soucioit aultant comme faict ung petit enfant quant on berce, et quant yl en avoit reçu neuf ou dix, yl disoit : « Encore une pour l'amour des dames, » et au temps de lors l'on n'eut ousé punir ung malfaicteur quel manifeste qu'il fust, s'il ne confessoit le délict de sa bouche. Si qu'il demoura impuny, fors par sa propre mère, car luy estant mallade et luy estant prise une pâmoison, sa mère fist accroire qu'il estoit mort de peste, et l'ensepvellit tout vif, de crainte qu'il ne fust pendu. »
Une dixaine de femmes célèbres figurent au banquet dont nous entretenons nos lecteurs : Sapho, Jeanne d'Arc, Elphis, épouse de Boèce, s'y trouvent; la première y avait certainement des droits.
D'autres noms nous montrent bien que nous sommes dans la métropole du Calvinisme. Que Margot soit Marguerite de Valois, épouse de Henri IV, ou Marguerite d'Angoulême, la spirituelle reine de Navarre, le milieu huguenot est à peu près le même. La duchesse de Ferrare, Renée de France, la protectrice de Calvin et de tous les religionnaires de l'époque,
ne pouvait être oubliée dans un ouvrage qui, à un certain point de vue, peut être considéré comme un pamphlet contre les couronnes, contre les « gueux de rois, » pour nous servir d'une expression de l'auteur qui emploie le mot gueux dans le sens de mauvais, méchant, comme le veut encore le langage populaire de Genève.
César est celui de tous les personnages dont le nom est le plus souvent répété dans les dialogues du Moyen de Parvenir; c'est encore un indice indirect en faveur de Genève comme lieu de composition de cet ouvrage. Dans nulle ville des Gaules le souvenir de Jules-César n'est mieux et plus populairement conservé que dans cette cité, la première qui soit nommée dans les Commentaires de l'illustre capitaine et dont aucune histoire ne peut se faire sans mentionner la tour de César, la captieuse négociation de l'habile Romain avec les chefs de l'armée helvétienne et la construction de l'étonnante fortification destinée à empêcher l'irruption des Barbares sur les terres de l'Empire.
Observons encore, en fait d'interlocuteurs, que l'auteur parle directement sous des noms divers comme : ccthri-ci, chose, consul, moi, quidam, l'un, quelqu'un, mais beaucoup plus souvent sous celui de Vautre, mot qui signifie le dialle, un individu suhtil et souvent un sage, ainsi qu'on le voit dans la phrase : comme dit l'autre, qui sert de préface ou plutôt de conclusion à tant d'adages populaires.
L'accusation faite aux Genevois d'aimer l'argent par dessus bien d'autres choses, ne date pas de nos jours. L'auteur du Moyen de Parvenir raconte l'histoire d'un libraire de Genève nommé Zacharie Durant ; il tombe malade, son chirurgien lui déclare qu'il est atteint de la peste : « Ha! mon ami, s'écrie le négociant, si je viens à mourir de cette maladie, je perdrai plus de mille florins à cette foire de Francfort. »
Il est temps d'en finir avec ce gros livre, avec ce volume curieux qui, eût-il été composé à Tours et par un étranger à Genève, nous semble avoir, pour les
— ce —
Genevois, autant d'intérêt que s'il était inédit.
De tout ce qui précède, il semble résulter que l'auteur du MOYEN DE PARVENIR était médecin, qu'il professait les doctrines protestantes, ou tout au moins qu'il les professa pendant une partie de sa vie, qu'il habita Genève et même qu'il était Genevois, qualité résultant de plusieurs faits et qui était indispensable pour être envoyé dans une Diète suisse; ajoutons qu'il dit avoir été en garnison à La Charité; beaucoup d'autres Genevois prirent part aux troubles causés en France par les novateurs en fait de religion, agissant tantôt individuellement, tantôt officiellement comme en 1562, époque où le Conseil de Genève, Calvin entendu, envoya quatre-vingts hommes au prince de Condé.
Nous avons dit que notre auteur dût écrire vers 1589; le fait qu'il emprunta à Cervantes l'anecdote de Y âne volé sous celui qui le monte, si toutefois c'est lui
qui est l'emprunteur, tendrait à prouver qu'il écrivait encore en 1605, puisque la première édition de Don Quichotte n'est pas antérieure à cette date.
Nous nous sommes astreint à ne nous servir que des renseignements résultant de la lecture de l'ouvrage lui-même; en compulsant les sources historiques de la fin du seizième siècle, et elles sont nombreuses; il ne serait point impossible d'arriver à des résultats beaucoup plus complets mous avons ouvert la voie, c'est tout ce que nous désirions.
On comprend d'ailleurs combien il est difficile d'extraire quelques données biographiques sérieuses d'un ouvrage facétieux, plein de coq-à-1'âne, et dans lequel l'auteur, en donnant un renseignement personnel, obéissait plutôt au besoin d'égarer l'opinion pour mieux se cacher, qu'au désir de se faire connaître. Ajoutons, en terminant, que le nom de cet auteur paraît se trouver dans l'ouvrage, voilé sous l'anagramme : SE PUISSE TUER, anagramme répété plus d'une fois. Que ceux que n'effraient pas le ré-
sultat de la doctrine des combinaisons prouvée par l'analyse mathématique, cherchent. Il y a. pour les lettres de ces trois mots : 479,001,600 alternations possibles. Et, si l'on y joint : IL FAUT TUER, autre phrase peut-être anagrammatique, nous arriverons au chiffre respectable, même dans la capitale des chiffres, de : un sextillon, cent vingt-quatre quintillions, sept cent vingt-sept trillions, sept cent soixante-dix-sept billions, six cent sept millions, six cent quatre-vingt mille combinaisons.