PINSON, JULES DARCY, LE COLONEL, DU- TAC
LE COLONEL
Vous voilà donc enfin, sergent Darcy! Allezvous m'expliqucr les motifs de voire étonnante conduite? D'où venez- vous?
JULES, très animé.
Mon Colonel, je viens de chez le commandant, où j'étais enfermé sous clé. Il a fallu que le sapeur enfonçât la porte pour parvenir jusqu'à moi.
DUTAC, à Pinson.
Comment, mille tonnerres, tu as enfoncé ma porte! Si je m'étais trouvé derrière toi...
PINSON
Peu de chose, mon Commandant; si mon colonel Pordoniiait, j'enfoncerais la porte du diable.
LE COLONEL
Sapeur, laissez-notis (Pinson se retire.) Et vous sergent, répondez: Comment se fait-il que, malgré mes ordres, vous soyez parli de chez moi. emportant des papiers que je vous avais con'ir,-; et qui ne (levaient être vus de personne, et, enlin, qu'on vous ait trouvé installé chez le commandant Dutac ?
.TULis, so tournant vers DiUar.
Mon Commandant, comment se fait-il, à voire lotir, qui' le colonel m'adresse de .semblables reproches, el que vous ne m'ayez pas encore juslifié?
DUTAC, à part.
15011 , à l'aiMiT. à présent (Haut.^ Mais si, vrai-
SCl'PjE
ment, je vous ai justifié. J'ai dit au Colonel que \ c'était moi qui vous avais emaieiié pour paiîor d'allaires de famille, et que l'éaiotion de la re- I connaissance...
JULES
Quelles affaires de famille ?
Eh! VOUS savez bien; et que ces papiers... Mais, après tout, je le répète, f:olonel, cela ne mérite pas une explication si sérieuse.
Li; COLONEL.
Pardonne-moi !.. Et si le sergent Darcy ne répond pas catégoriquement à mes questions, je le fais conduire en prisoii.
DL'TAC, à part.
Oh! la bonne idée! (Haut.) Eh bien! Colonel, je n'ai rien à dire à cela ; si vous croyez que ce jeune homme mériie la prison, je me chargerai de l'y conduire : c'est, ma foi, le meilleur moyen de terminer celte affaire.
JULES
Un moment. Commandant! les choses ne peuvent aller ainsi ; le Colonel exige une explication, et je suis étonné que vous ne l'ayez pas encore donnée.
DUTAC.
Allons, allons!., un mois de prison et l'on n'y pensera plus. Voyons, sergent, suivez-moi!.. Ed route! en route!..
JULES
Non, je ne sortirai pas avant que ma justification soit complète, et si vous n'expliquez pas au Colonel la manière dont vous m'avez entraîné chez vous et les raisons que vous avez employées pour me persuader, je saurai vous v forcer, moi ; parce que j'ai quelque chose là qui est audessus de la discipline et de l'opaulelte de commandant, c'est l'honneur du soldat.
nUTAC.
Maudite soit la mauvaise tète. (Haut.) Sergent, vous vous oubliez devant votre Colonel, devant vos officiers supérieurs, je dois vous imposer silence.
LE COLONEL
Mais non, mais non; qu'il parle, qu'il se justifie, j'y tiens absolument.
(Le Cominaiulnnt faitua mouvement d'impatience.)
JULES
Je vous remercie, mon Colonel! Eh bien! je vous déclare que je n'aurais pas bougé d'ici si le Commandant ne m'avait assuré sur riionneur que...
DUTAC.
Ah çà ! je ne puis tolérer plus long-temps le rôle qu'on me fait jouer ici. Est-ce que je serai à la discrétion de ce morveux?
JULES
Aid : Aux bia\c!i liussnrds Ou dcuxu'mr.
Qu'ai-je entendu ? Moi, subir cette injure !.. C'est un soldat que l'on ose insulter!
Mais savez-vous qu'une noble blessure
xni.
rare l'iiabit qu'il est fier de porter, Et ces galons qu'il a su niOriler?
Ucmercicz votre grade cl votre ûge!
Tout autre ici n'aurait pas aclicvé De proférer un si cruel outrage, Que tout son sang l'aurait déjà lavé! "
Sergent Darcy, quelle est cette violence?
DUTAC, à part.
Le malheureux va se faire fusiller !
LE COLONEL
Morbleu ! coiumandant Duiac, vous me trompez ; ce jeune homme n'est pas votre parent. JULES, avec indignation.
Moi, son parent!
DUTAC, lui faisant signe, à mi-voix.
Si vous me démentez, vous allez être cauSe d'une catastrophe! (Haut.) Conuuent, malheureux, tu méconnais la voix du sang ! Il faut que je l'eniuîène, Colonel, il ferait quelque sottise.
LE COLONEL
Vous cherchez en vain à me faire prendre le change, Commandant; répondez-moi.
(Dutac cherche à parler bas à Jules.) JULES.
Laissez-moi ; que nie voulez-vous encore ?
DUTAC, le prenant par le bras.
Tu me suivras, ingrat, je t'aiTacherai... (On frappe violemment à la porte d'Adèle.) LE COLONEL.
Qui frappe ainsi chez ma femme ?
(Il va ouvrir.) JULES, à Dutac, qui veut l'entraîner.
Je ne vous écoute pas; allez au diable!
Aui!;LE.
Mon Dieu, que se passe-t-il donc. Monsieur? j'ai entendu de ma chambre un grand bruit de voix, j'en suis tout effrayée.
Malédiction ! il [n'y a plus qu'une porte entre eux.
LE COLONEL
Ne l'alarme pas trop, chèic amie; mais, en vérité, on dirait que Diitac a perdu la tète. DUTAC, à part.
Eh ! c'est de h tienne qu'il s'agit, malheureux !
ADÈLE
En effet, il a les yeux hagars et le visage enflammé.
DUTAC, à part.
Parbleu ! je suis en nage.
ADÈLE
ïl est peut-être malade.
LE COLONEL
Depuis une heure, il ne fait que divaguer. <0n commence à frapper à la porte de droite.)
Ift
DUTAC, à part.
Tout va se découvrir. Oh! j'étouffe! j'étouffe !
ADKLE.
Voyez, il se plaint ! pauvre commandant ! mais je n'ose l'approclicj-, il me fait peur. Je vais envoyer chercher le chirurgien-major.
LK COLONEL
Je crois que tu as raison, rentre chez toi, ferme en dedans. Je vais encore essayer de lui parler.