SCÈNE VJ
PINSON, en petite tenue de sapeur; ADÈLE.
(Il se place dans la position sous les armes.)
PIXSON.
Madame, si c'était un effet de vo[' part de passer mon inspection, sans vous commander ?
ADiiLE.
Ah! c'est vous, Pinson? Eh bien! pourquoi voulez-vous que je vous inspecte? Je ne suis pas votre colonel.
POSOX.
C'est égal, Madame ! Passez mon inspection, je vous en prie, de la cime du bonnet jusqu'à la pointe des escarpins, et voyez s'il y a quelque chose à redire.
ADÈLE, souriant.
Non, sans doute, Pinson , la tenue me semble parfaite ! Mais où voulez- vous en venir?
PIJiSON.
Un moment, s'il vous plaît!.. Regardez-moi dans le blanc des yeux, là, hardiment ! ADÈLE , riant.
Volontiers, quoique vos yeux ne soient pas très...
PINSON
Je sais bien qu'ils ne ressemblent guère aux vôtres... mais allez, allez, ne vous gênez pas, et voyez s'ils ne sont point flxés à quinze pas devant eux, et immobiles.
ADÈLE
Je... je crois qu'oui; mais à quoi bon ?
PINSON
C'est fut?.. Bien... (il quitte sa position.) Maintenant, Madame, voilà l'affaire... Depuis hier inidi, je suis de planton ici, chez mon colonel... (Il salue.) Dans doux heures, on va me relever, et j'ai voulu être passé en revue par vous, pour constater que j'ai fait mon service en sapeur d'honneur qui no sait pas ce que c'est que de siUler un verre de vin quand il est en fonction... Après, je ne dis pas.
ADÈLE
J'en suis persuadée, mon cher, et je ne crois pas que vous ayez à vous justilicr.
PINSON
Faites excuse, Madame... la chose est par rapporta vous... C'est donc pour vous dire que la dernière fois que je me trouvais de planton ici. j'étais légèrement tapé... Un accident, un pur accident... car Pinson, dans le service, jamais!., après, je ne dis pas... Pour lors, vous êtes venue à passer dans h-, corridor, où je me balançais un petit peu, f ut l'avouer... Vous
SCÉN'^. VII. 9
avez vu le coup de temps, vous m'avez jeté un coup-d'œil, avec une mine... comme ça... et vous avez dit en vous-même : « Voilà un gail- ))lard qui s'est fichu une fameuse culotte! » ADÈLE, riant.
Ah ! Pinson , vous me prêtez là un langage.,t
PINSON
Vous l'avez dit, Madame, et vous en aviez le droit!.. Mais enfin, voilà... J'avais ce coup-d'œil et cette mine sur la conscience, et j'ai pensé : La femme de mon colonel n'a rien dit à mes chefs, elle m"a épargné la salle de police , faut lui faire voir que si Pinson a eu un malheur , il est sensible aux bontés qu'on a pour lui , et qu'il sait réparer ses fautes... Voilà pourquoi je vous ai demandé de passer mon inspection de la cime du bonnet jusqu'à la pointe des escarpins... La tenue est bonne... sufficitl.,
Très bien! Pinson... Et pour vous prouver que je ne vous garde pas rancune, je vous prie d'accepter ceci pour boire à ma santé... quand vous aurez achevé votre service.
PINSON
Madame , l'argent n'était pas nécessaire... De toute autre j'aurais refusé, mais vous. Madame, je vous regarde comme ma mère.
ADÈLE, riant.
Ah!
PINSON
Le colonel étant le père de tous ses soldats, il est juste que sa femme en soit la noiurice.
ADÈLE
Merci, Pinson, merci, et au revoir!
(Elle rentre dans son appartement.)
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