‹ Le moyen le plus sûrChapitre 8 sur 26 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

PINSON ; puis, LE COLONEL et JULES DARCY.

PINSON, seul un moment.

Bravo! Pinson!.. Je m'en suis crânement tiré! mais, je lui devais ça, à ce petit ange de femme! Certainement, que je boirai à sa santé, et du bon !.. elle peut en être sûre!.. Je lui dois encore ça!

AïK de la Fête du filla|;e Toisûi.

J'irai tantôt chez la mèrePapotte.

Et j' Prai tirer d'un p'tit vin que j' connais : De ce liquide, honneur du Maçonnais, Le seul aspect me ravigotte !

Ma consigne est là.

Qui médit : Voilà, Le vrai moment d' faire une fameuse ribolte ! Four moi, c'est sacré, Et j 'obéirai, Car ma colonelle a le droit d' commander, EU' m'a dit d' hoir' tout, et je n' veux rien

garder 1

Garçons, en avant!.. Servez-moi sans tarder, Terres et flaconsl je prétends tout vider ! Etj' n'aurai besoin de personn' pour m'aidert

LE COLONEL, entrant, un papier à la main, avec Jules.

Aliî c'est toi, Pinson?.. As-tu quelque chose à nie dire ?

PINSON

Faites excuse, mon Colonel ; c'était une petite affaire que j'avais à réiïler avec votre femme, et...

I,li COLONEL.

Et tu l'as vue?., c'est bon!.. Va dire qu'on apprête ma voiture, et tiens-toi à ton poste.

PINSON

Suffit, mon ColoiR-I.

(n fait lo salut militaire, et sort.)

LE COLONEL, cxamiiiaut le papier qu'il tient.

Votre écriture est fort i)ien , sergent Darcy, et le peu de phrases ffiie vous avez tracées là indiquent de la facilitô, du jugement, et une grande connaissance de la langue. Décidément, je vous prends pour secrétaire, au cas que cela vous convienne.

JULES

Ah! mon Colonel, c'est le plus grand bonheur qui puisse m'arriver !.. Travailler sous les yeux d'un chef aussi distingué , recevoir ses conseils , se former à son école ; pour un soldat qui veut parvenir, il n'est pas de position plus flatteuse.

LE COLONEL

Je vous remercie de ces sentimens; je vous remercie enfin de la confiance que vous m'avez montrée, en me racontant la situation de votre famille; elle m'a vivement intéressé... Votre conduite envers votre père et votre sœur vous honore, et je puis vous promettre qu'avec les connaissances que vous possédez, et les dispositions qui vous animent, vous n'attendrez pas long-temps l'épaulette d'officier.

JULES

Oh! mon Colonel, cette promesse fait battre mon cœur!..

LE COLONEL, souriant.

"i' oui... l'espérance dont vous m'avez parlé, cet aiuour d'enfant qui vous préoccupe encore, les rêves que vous vous plaisez à caresser...

JULES

Ce ne sont point des rêves, mon Colonel.

LE COLONEL, soudant.

Vous croyez donc rpie celte jeune personne vous attend loujouis?

JULES

.l'en suis sur !.. Elle me l'a promis. LE Col,o>l",L. souriant.

\h! mais, ne m'avez-vons pas dir que, depuis plus d'ini an, vous n'avez, \);\s eu de ses nouvelles ?

JULES

Cela est vrai... Blessé on Afrique, j'ai été long-temps sans pouvoir écrire; puis, une expédition.... Mais me voilà revenu en France, et bientôt, je l'espère, j'apprendrai qu'elle est restée fidèle à toutes ses promesses.

LE COLONEL

Allons, soit!.. Je m'en voudrais de vous enlever une illusion... on n'en perd que trop !

JULES

Je VOUS demande pardon, mon Colonel, de vous avoir ainsi initié à mes plus secrètes pensées; c'est vous qui l'avez voulu.

LE COLONEL

Oui, oui, je vous l'ai dit, vous m'intéressez, et je veux mecliargerde votre avenir. Mais, revenons à notre aflaire... je vais vous explicpier mes intentions!., i.e matin, vous viendrez ici à neuf heures, et, comme j'aurai souvent besoin de vous après cinq heures du soir , vous ntangerezici; je votis donnerai l'ordre qu'on vous serve dans cette salle.

JULES

Mais, mon Colonel, tant de bontés...

Oh ! c'est tout simplement pour vous avoir toujours sous la main... Ainsi, voilà qui est entendu... vous travaillerez à cette table, et je pourrai vous voir et vous parler de mon bureau. Etes-vous prêt à vous mettre à la besogne dès à présent ?

IULES

Sans doute , mon Colonel , je suis à vos ordres.

LE COLONEL

C'est très bien... Alors, je vais vous donner de l'ouvrage... (il prend des papiers sur la table.) Voici les contrôles nominatifs de tous les officiers du régiment, vous allez les inscrire par grade et par ancienneté sur ce registre, et vous y joindrez les notes qui concernent chacun d'eux. Vous voyez que ce travail est tout confidentiel, mais vous n'ignorez pas que la première qualité d un secrétaire, c'est la discrétion.

JULES

Oli! mon Colonel, vous pouvez croire...

LE COLONEL

Bien, bien... Je suis disposé à avoir toute confiance eu vous... Ainsi donc, à l'ouvrage... Ceci est fort pressé, ne (juiltez pas avant que tout soit achevé... c'est l'affiiire de quehiues heures. Surtout, ne laissez voir ces papiers à (jui que ce soit, entendez-vous? je vous le recommande forinellcmenf... Ici, les grades disparaissent, vous n'avez d'ordres à recevoir que de moi... (Jules s'assied, et se prépare à travailler.) Cette porte communique à l'appartement de ma femme, chez laquelle je passe à peu près tout le temps (pie le service ne réclame pas. Lorsque vous aurez quelque chose à me dire, fiappe/, irois ju'tils coups, et je serai là... Allons, allons, nous nous entendrons parfaite-

Page 1