MADELEINE, JACQUES
MADELEINE
Un malheur!... Et de quel malheur vcul-cllodonc parler?
JACQUES
Hier, après le départ de Maurice, lu as été saisio d’une si violente attaque que ni mes soins ni mes paroles de regrets ne pouvaient l’apaiser. Alors, ma tête s’est perdue... presque fou do désespoir, j'ai pris au hasard une fiole dans le bahut où tu mots les médicaments que M. Damiens te prescrit... A peine quelques
f uites avaient-elles humecté tes lèvres quo la crise a cessé tout coup. Heureux du calme où je te voyais, je pleurais de joie... et puis ce calme m’a fait peur, il a duré touto U nuit, j'ai cru que c’était celui do la mort.
MADELEINE
Cest dans le bahut que tuas trouvé cette fiole?
Jacques ta chercher la fiole dans le bahut et la montre à Madeleine.
Oui, Ut voilà, c’est colle-ci.
Madeleine, la prenant.
Ohl jola reconnais... Eh bien! Jacques, quelques goutte® de plus, et j'avais cessé do souffrir, et j’étais dovanl Dieu.
JACQUES
Quoi I ce que je croyais un cordial donné par ton médecin...
MADELEINE
Cest de l'opium.
JACQUES
Du poison I... du poison ici! et par ordonnance de M. Damiens!
MADELEINE
Oh! nont c’est en secret et k grand peine que jo me le suis procuré.
LE MUET
IICQGBS-
Toi, Madeleine-., et quand celât
Madeleines.
Un jour, effrayée do tes violents accès de colèro, je m’étais dit : il me tuera, et je ne voulais pas mourir de ta main... Si j’ai reculé devant ma résolution, c’est que, le soir mémo do ce jour, quand jo revenais do la ville, rapportant la fiole où je devais puiser ma délivrance, je rencontrai mon pauvre Maurice, mourant do froid et de besoin... Sa misère à soulager mo rendit le cour a «o de supporter la mienne... jo mo rattachai à la vie... et tu n’as pas compris, toi, quo l’adoption do l’orphelin, C'était l’expia liou du meurtre que tu as commis.
JACQUES-
Un meurtre!
MADELEINE
Oui. Tu ns tué l’enfant qu'on m’avait conflô... Tu as chassé celui que Dieu nous avait envoyé.
JACQUES
Consolo-toi... rassurc-loi, femme... celui-là, je te lo rendrai... s’il faut quo j’aille en prison faute de pouvoir payer cette amende do cent écus... eh bieu! pendant ce temps-là, tu no resteras pis seule... Maurice sera auprès do toi... Quo diable! depuis hier, il ne peut pas avoir été bien loin... Jo m’informerai si bien do la rouio qu’il a prise que je retrouverai ses traces.
MADELEINE
Vrai, Jacques, tu mo promets de me le ramener?
JACQUES
Quand jo devrais lo rapporter dans mes bras... ça t’étonne de m’entendre parler ainsi... moi, un vaurien, un sans-cœur... c’est vrai, jusqu’à présent jo n’ai été qu'un misérable. Je ne savais pas que ça m’exposait à te perdre... mais oo aue j'ai éprouvé là quand je t’ai crue morte... ça ne s’oublie pas, Madeleine... tu verras... tu verras quo ça ne s’oublio pas... Jo vas à la découverte du polit.
MADELEINE
Reviens avec lui, et je ta pardonne tout.
Je te le ramènerai, Madeleine, je te le ramènerai!! I (Jacques va pour sortir, Maurice parait )
S CCMC XXX.
Les Mêmes, MAURICE, puis CHARAVEL et Paisans.
JACQUES
Mais le voilà. (Maurice qui allait s’élancer vers Madeleine, s'arrête à taspccl de Jacques.)
Madeleine, allant à Maurice qui s'est arrêté à la porte. Maurice, mon enfant!
jacqurs, que Maurice regarde avec inquiétude.
Mais viens donc... n’aio pas peur, on ne te chassera plus. (2ÏU jette dans les bras de Madeleine.)
Maurice, par gestes.
Serait-il vrai ?
MADELEINE
Oui, tu nous resteras toujours.
Maurice, à Madeleine.
Cest à vous que je dois cela... Merci... merci...
JACQUES
A présent quo vous voilà réunis, qu’on vienno mo chercher quand on voudra... jo suis prêt à aller en prison.
Maurice, à Jacques, i Von , vous ri ires pas en prison.
Comment, jo n’irai pas en prison? Qui donc payera l'amende?
MAURICE
Moi.
JACQUES
Et où trouverais-tu, pauvre enfant, une somme do centécus?
Maurice, faisant sonner l’argent dans ses poches.
Je rai... tlleest là.
MADELEINE
Tu as de l’argent ?
maujuce, vidant sa poche sur une table à droite.
V oyez ! voyez!
MADBIBINB.
Mais à qui cela?
MAURICE
A ntoi, bien A moi !
JACQUES
A toi tant d’argent?... El où l’as-tu volé?
ciiARAVKL, paraissant avec les paysjns.
Volé!... Qui est-ce qui ose dire un mot pareil?... C’est do l’argent bien gagné, et au risquo de sa vie, nous en sommes témoins.
Au risque do sa vie !
JACQUES
Mais qu’a-t-il donc fait?
CHARAVEL.
Sans lui, le Duquesne , qui est à flot depuis hier, serait encore à pied sec. On demandait lo courage et le cœur d’un homme pour oser abattre la cheville qui retenait le navire sur son chantier; les hommes ont reculé devant lo danger, et c’est Maurice, c’est uu enfant qui a eu ce courage-là 1
MADELEINE
Merci, mon Dieu, tu nous l’as conservé I
JACQUES
Tuas fait cela, Maurice? Tiens, laisse-moi l’embrasser!... c’est la première fois, mais co no sera pi» b dernière.
MAURICE
Oh! volontiers ! (lise précipite dans les bras de Jacques, puis jette un petit cri de souffrance.)
Jacques, le regardant.
Eh bien! il pâlit... On dirait qu’il va se trouver mal ! madrlêinb, courant d Maurice, le soutenant et le faisant asseoir à droite près de la table.
R est blessé peut-être?
CHARAVEL.
Oh!. .presque rien... D’ailleurs, nous t’avons bien soigné, hier, à Toulon... Nous y serions encore s’il no nous avait pas échappé ce matin pour revenir ici... A présent qu’il ost en bonnes mains, nous pouvons retourner chez nous.
Un instant!., vous ne partirez pas, mes amis, sans avoir bu un coup à la santé do notre Maurice.
CÜARAVBL.
Ce n’est pas do refus... mais, sans reproches... il devra bien se porter; car co coup-là, ce sera au moins lo trentième!
JACQUES
A table, camarades!
MADELEINE
Jacques, prends garde !
JACQUES
Sois Iraitauille, femme! je les regarderai faire... Moi, jo uo bois plus. (Jacques sort avec Charavel cl les paysans.)