‹ Le muet drame en six actesChapitre 4 sur 55 · HAUT BINE · texte numérisé non relu

HAUT BINE

Obi docteur... je n'ai pas eu grand merito à fairo ce quo j'ai fait. C’est au commencement de l'hiver dernier, qui a [ été bien rude, comme vous le savez, que j’ai rencontré Maurice ! perdu dans les bois du Cormier, près do notre village... Il était I étendu sur la neige... Je courus à lui... je réchauffai sous ma ! mante ses membres glorés... Quelques gouttes d’eau-de-vie, que j jo rapportais do la ville, lui avaient rendu assez do force pour | qu’il pût marcher jusqu’ici... En route, il baisait mes mains; ses yeux, pleins de larmes, me remerciaient avec amour; mais nous étions arrivés qu’il n’avait pas encore prononcé une parole... J'acquis bientôt la certitude que le pauvre Maurice était j muctr... il m’entendait très-bien, puis ses regards, ses gestes, étaient si eiprcssifc que nous sommes facilement parvenus à le comprendre... D’ailleurs, il savait lire, écrire môme; et il nous apprit qu’il avait été trouve, tout enfant, lui avait-on dit, sur le pont de rilôtel-Dicu de Paris, par deux soeurs do l’hospice... Il avait été déposé là, sans doute, par des parents quo la misère avait forcés do l’aboudouner... Ensuite, il avait été retiré do l’asile des orphelins par un bon et honnête ouvrier qui en eut | pitié, lui apprit son état... Maurice travaillait avec bonheur... ; Son maître, décidé à faire son tour de France, proposa b Maurice de l’emmener... Celui-ci avait accepté, avec reconnaissance... mais le digno hommo qui lui servait do père tomba malade en route et mourut 1... Maurice se trouva seul, dans un pays inconnu; il voulut gagner Toulon, la ville la plus voisine. Il espérait y trouvor du travail ; mais, surpris par la neige, il ne pût reconnaître son chemin... Exténué par la fatigue ol le besoin, il s’était laissé tomber au picJ d'un arbre et attendait la mort, quand la Providence mo fit passer près de lui... Pouvais-je l'abandonner Y non, n’cst-cc pas?... Si lo Seigneur l'avait placé sur mes pas, c’était pour me rappeler son divin prôccpto : Soyez en aide a plus malheureux que vous !

DAMIENS

Jo veux Cire do moitié dans l'évangélique tâche quo vous vous files imposée... Maurice, que j'ai vu plusieurs fois déjà, est digno | de l'intérêt que vous lui portez... 11 travaille autant que ses j forces le lui permettent... Mais vous no pouvez lo garder ici... : Jo parlerai de lui tantôt h M. do Grandpré.

MADELEINE

M. de Grandpré... Est-il donc revenu au pays?

DAMIENS

Oui... après un assez long séjour aux îles d’Hyères, où la santé de sa femme paraît s’ôtre rétablie, M. de Grandpré a consenti à rentrer dans la magistrature, et vient d’être appelé à siéger au parlement d’Aix... Il est, depuis huit jours, à son château de la Cerisaie...

MADELEINE

Et madame do Grandpré?

DAMIENS

L’a accompagné... Le retour de cetto damo ramènera, j’en fais sûr, un peu do bonheur sous votre toit... Vous avez été à •on service, alors qu'elle était demoiscUo?

MADELEINE

Oui, monsieur.

DAMIENS

Après votre mariage, n’ôteo-vous pas alléo vous établir à Paris?

HADELEIKB.

A Paris?... oui, oui...

DAMIENS

Madame de Grandpré ne vous a pas oubliée... Hier, lorsque j'eus l'honneur do lui faire visite, elle s'est informée do vous avec intérêt.

MADELEINE

. Do moi?

DAMIENS

Jo vous engage, Madeleine, à l’aller voir.

MADBLBIN*, à part.

Revoir madame de Grandpré !... oh! je u'oserai jamais.

DAMIENS

Voulez-vous donc vous Lisser devancer par elle?

Par elle?... elle viendrait ici?... (A oari.) Mon Dieu* ^ ^ raiuclle découvert quelque chose ?

DAMIENS

Tenez, j’aperçois lo nouveau valet do chambre que monsieur do Grau J pré a ramoné avec lui, et qui, j’en suis sûr, chei cho votre maison.

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