‹ Le muet drame en six actesChapitre 5 sur 55 · SCÈNE il · texte numérisé non relu

SCÈNE il

Les Mômes, CÉSAIRE BEA U MIGNON.

césure, au fond el à Madeleine.

Pardon!... Vous n’avez pas vu nia femme?

MADELEINE

Votre femme?

césure, entrant.

Je dis ma femme, parce que jo suis son mari... Mais vous pouvez ne pas le savoir... Je parle de Rosine, la femme de chambre de madame de Grandpré.

MADELEINE

Je n’ai vu personne du château.

CÉSAIRE

Et pourtant, madame l’avait envoyée chez Madeleine Robert.

Madeleine.

C’est moi.

CÉSAIRE

Et vous no l’avez pas vue?... Où est-elle allée, la malheureuse?... où est-elle allée? où la trouver... où courir?...

MADELEINE

Si elle doit venir ici, mioux vaut l’attendro... vous paraissez d’ailleurs fatigué.

CÊSAlRB.

Voilà una heure quo je marche au soleü... et quel soleil!... Jo suis en eau... ou plutôt, je suis en feu.

MADELEINE

Tenez, asseyez-vous... jo vais vous servir une bouteille de vin, ça vous remettra... je vais vous en monter do la cave... (Elle entre dans la maiton.)

CÉSAIRE, s’asseyant.

Ce n’est pas du vin... c’est do l’arsenic on liquour, du vitriol en sirop quo je voudrais.

damiens, B‘approehant.

Pour vous?

CÉSAIRE, se levant.

Du tout; pour elle, la malhnu... [Regardant Damiens.) Ah? io vous reconnais, monsieur; vous ôtes lo médecin que j’ai annoncé hier b madame... Vous avez vu Rosine... ma femme?

DAMIENS

Une petite brune, fort jolio?

cEsaiiie, arec colère.

Jolie! vous la trouvez jolie! Quel mauvais goût vous avez... Ça no m’étonne pas, vous Otes comme tout lo monde... el c’est là mon malheur...

DAMIENS

Vous ôtes malheureux de la gentillesse de votre femme?

CESAIRE.

Oh ! no me dites pas que vous la trouvez bien... c’cst comme un coup do lancette quo vous me donnez dans le cœur. Tenez, monsieur, il faut que jo voua narre mes infortunes; ça vous ennuiera peut-être, mais ça mo soulagera.

DAMIENS

Jo vous écoute, mon garçon.

CÉSAIRE

Vous ôtes bien bon... voilà mon histoire, monsieur, comme on vient au monde, borgne, bègue, bancal ou bossu... je suis né jaloux... oh ! mais, jaloux depuis la plante des pieds, jusqu’à la racine des choveux... aussi, mon oncle me disait-il : Césairo Bcnumignon, mon ami... (je m’appelle Césaire Beauroignon) ne to marie jamais... il avalises raisons [mur mo donnor ce conseil, le digno homme !.. hélas ! pourquoi ne l’ai-je pas suivi?... Mais, la femme étant un objet de première nécessité, j’eus la faiblesse de vouloir en posséder une à moi, à moi seul... pour cela, je résolus do la prendre laido ou n’ayant qun des beautés cachées... jo cherchai longtemps... j’étais très-difficile... enfin jo vis Rosine... figurez-vous, monsieur, une femme pas plus haute quo ça... avec des grands yeux noirs, tout à fait disproportionnés avec sa bouche qui était toute petite; une taille de rien... un fuseau... jo me dis : Voilà mon affaire... personne no fora attention à une femme si petite el si miuce quo ça... Eh

LE MUET

bien ! monsieur! voyez mon guignon ! le grands yeui de Rosine qui no tue plaisaient pas du tout, plûrent à tout le monde; sa (aille toujours mince d’en bas, s'arrondit du haut, et il parait mit] f a des gens qui aimeDt ces taillcs-là... bref, monsieur, pavais épousé une femme laide pour moi et charmante pour les autresl... A colle époque, j’étais à Paris, herboriste... c’est un étal que j'avais choisi, comme calmant... un élève on médecine medooM sa pratique... mais ce n’était ni pour moi, ni pour mes herbes, qu’il venait h ma boutique... celait pour ma femme... un jour, sur mon comptoir, et cachée sous une botte de bourrache, je surpris uno lotira do col affreux carabin !

DAMIENS

Ale... ale !..

CÈSA1RB.

Cétait un roman d’amour qui commençait... on n’en était encore qu’au premier chapitre... heureusement !.. le lendemain, monsieur, j’avais veudu mon fonds... to surlendemain, j’avais quitté Paris... un mois après, j'étais en Espagne, à Cadix.

DAMIENS

A Cadix?

SCS??]5 XIX.

Les Mêmes, ROSINE.

ROSINE, un carton à la main, et entrant au fond.

Eh bion! me voilà !..

césure, courant à elle.

Seule 1*. (H regarde autour d'elle et ouvre le carton.) Elle est seulo 1

ROSINE

J’ai mis dii temps à faire la routo... mais jo me suis perdue...

CÉ9AIRE

Perduol.. perduo!..

ROSINE

Allons! no vous émouvez donc pas comme ça, vous voyez que je mo suis retrouvée...

C&SAIRB.

Peuluo K., du château ici... c’est tout droit, madame B-'üumignon.

CESAIRB.

Vous connaissez ce pays?

DAMIENS

Non, mais j'y ai un parent.

CBSAIRE.

Ça no me regarde pas... j’avais choisi l'Espagne, parce que là, on enferme les femmes... charmant pays ! je m’étais rais au service d’un archevêque très-vieux et aveugle... j’étais sûr do celui là, et jo vécus là tranquille uno année h peu-près... tout à coup, mon archevêque tombe malade, on ordonne une saignée, jo tenais la lumière pondant l’opération... dans lo chiruigicn qu’on amène, que voie— jo T*., quo reconnais-je?., mon carabin, monsieur, mon Affreux carabin l

DAMIERS

En vérité !

ROSINE

Par la grando route, oui... mais lo soleil dardait si fort, quo pour avoir do l'ombre j’ai pris par le bois.

CBSAItIB.

Par le bois, imprudente !...

nosnsB.

Et jo me suis égarée... oh! mais là, si complètement, que jo no me serais jamais retrouvée seule.

CitAIRB.

Iloin ! vous avez donc rencontré quoiqu’un?

ROSINE

Heureusement.

CESAIRB.

Qui, qui?

CÉSAIRB.

Une heure après, j’étais embarqué avec Rosine... Revenu en France, je ne savais ou reposer ma tète, où cacher ma femme... Un mien ami, un vieux, jo n’ai que des amis vieux, me proposa d’entrer au service do M. do Grandpré, qui cherchait un domestique.... 1) s'agissait d’aller s’enterrer dans un château . au fond de !a Provence, auprès d'une dame presquo toujours malado et ne recovanl personne... c’était uno cachette, une cellule, un tombeau... J’acceptai avec reconnaissance, et depuis huit jours noue sommes à la Cerisaie.

DAMIBN5.

Où, en effet, on ne reçoit personne.

CESAIRB.

Personne, monsieur... mais il y a des domestiques dans le château, des jardiniers dans lo parc, des bergers dans la prairie, des laboureurs dans les champs... et tous ces g*'n»-là trouvent ma fenimo jolie, et jo no peux pas les aveugler comme mon archevêque... Oh! rendez ma femme laide, docteur, rendez la laide à (dire peur aux oiseaux.

DAMIENS

Je tâcherai plutôt de vous randiH sage.

MADELEINE, flWraut.

Voilà du vin. [Elle le pose sur la table à droite.)

cisAtRE, rtTemetO.

Vous no l’avez pas rencontrée?

MADELEINE

Qui?

CftSAIRB.

Me fommo.

MADELEINE

A la cave?

CÉSAIRE

C’est justo, elle no doit pas être là... Mais où est-olle?.. i 3Ù, où ?..

madeleine, lui versant du oin dans un verre.

Buvez.

césaibe, essayant de boire.

Jo ne peux pas avaler... non, ça no passe pas... Ce qu’il me tut, c’est tua fommo... c’est Rosine...

ROSINE

«ion chapeau était resté accroché aux branches d’un olivier... et, au moment où jo me retournais pour le reprendre, j’ai trouvé derrière moi...

Page 1