SCENE VI
MADELF.1NS , MAURICE, MATEEOTS , PAYSANS, puis CHARAVEL.
on paysan, au fond.
Ma fine, le soleil chauffe encore, et il y a plus d’une heure de marche d’ici la ville... entrons chez la mère Madeleine, nous dirons deux mots b son petit vin.
les paysans, entrant.
Bien dit... holà ho ! la maison !
m adelkinh, se levant vivement.
Voilà, voilé, messieurs !
LE PAYSAN
Bonjour, la mère... è boire 1 du petit crû, vous savez.
MADELEINE
Je vais vous en chercher. f(Mau Maurice retient Madeleine Cesl fui qui descendra à la cave. — Jt sort à gauche.)
CfURVEL, au f uni.
Oh t hé ! du bouchon, oh 1 hé !
LE PAYSAN
Eh t c’est Charavel l’ouvrier du port.
eu a tu vil, entrant.
Ex-ouvrier... j’ai pris ma retraite.
LE PAYSAN
Tii te reposes?
CHARAVEL.
Au contraire... je me suis marié.
LB PAYSAN
Bah 1
CAARAVKL.
Et à une jeune femme encore; aussi est-ce plus difficile à môter qu’une frégate de 36. ( Maurice remonte avec des pots de vin.)
Madeleine, serran! avec Maurice sur la table de droite.
Voilà du vin, et des verres.
charavel , s’a* seyant auprès delà table.
Merci, la mère, merci, petit. Il est gentil, ce garçon... allons, tope là... as-tu peur quo ta petite main se perde dans la mienne. {Maurice fui donne la main.) A ia bonne heure ! Ah ! ça vous autres, vous m’invitez, n’est-ce pas T
TOCS.
Oui, oui.
CHARAVEL.
J’ac.epte, mais je régale... Donnez-nous do l’eau-de-vie, la mère... et d’avant le déluge, si vous en avez... {Madeleine sort.) Nous forons sauter le petit écu sans y regarder, far c’est féio aujourd'hui pour moi.
LR PAYSAN.
Tiens I quel saint que c’est donc?
CHARAVEL.
C’est même une double fôte... Aujourd’hui, madame Charavel, ma légitime, doit me donner un heritier... La sago-fomiue m'avait annoncé la chose pour l’avant-midi ; mai», comme ça traînait en longueur, jo suis parti pour Toulon où un autre de mes ouvrages va aussi faire son entrée dans le monde.
LB PAYSAN
Ah ! farceur 1 (Madeleine une Peau-de-vie qu’« Ife apporte. — Pendant ce temps, Maurice a apporté U ■ rouet de Madeleine près du fauteuil qui est à gauche et lui fait signe de venir s'asseoir.)
CHARAVEL.
Et c’est lè un ouvrage soigné, tout coeur de chôno, doublé et chevillé en cuivre.
LP. PAYSAN
Hein? de quoi que tu parles donc?
CIIARAVRL.
Du vaisseau fe Duquesne, qu’on lance h la mer aujourd’hui h cinq heures... VTk un ciribnl qui m’a donné plus do mal que celui de madame Charavel... J'y ai travaille dix ans, et j’aurais marché sur les mains pour l'aller voir passer de son chantier dans le sein do l’onde, continu on dit.
LB PAYSAN
Ça doit étro beau tout de môme.
ciiaravel, se levant.
Qui n’a pas vo ça, n'a rien vu. Figurez-vous une maison de cinq étages, pleine de monde, posée sur unu quille épaisse comme i uno lame de couteau, et qui n’est retenue sur son plan incliné : quo par une seule et dernière cheville... La cheville coupée, le bâtiment avance doucement d’abord, commo qui dirait l'enfant qui risque son premier pas; puis, entraîne par son poids, il des- , ci nd comme uno avalanche. Tous les cœurs battent, mais toutes les voix se taisent; enfin, le vaisseau est entré dans son élénicnl, la mer qui s’csl cuir’ ouverte semble vouloir l’avaler tout entier, mais ça n’est qu’un baiser do bienvenue... il so relève alors, il se balance fièrement, le beau navire, il arbore son pavillon, la foulo le salue par un cri d’enthousiasme, car do ce moment, c’est une des forces de la France, ça sera peut-ôtro une de ses gloires. {Regardant Maurice qui semble dévorer ses paroles Tiens! comme il écoute ça, lu petit.
TOUS
A la aanfé du Duquesne!!!
lb paysan, buvant.
Sait-on qui coupera la cheville cette fois?
maurliukk, travaillant.
L’année dernière le malheureux qui s’était dévoué à cette périlleuse tâche avait trop compté sur son adresse.
CHARAVEL.
Oui, le pauvra diable a perdu la tramontane; pris sous la frégate la MdponJne, il a été écrase comme une mouche... on n’eu a rien retrouvé.
LE PAYSAN
Ça n’est pas encourageant.
CHARAVEL.
Aussi le commandant du port a-t-il promis cent écus de prime à celui qui se présenterait pour abattro la cheville.
lb paysan.
Est-ce que tu vas te meure sur les rangs?
CHARAVEL.
Non pas, mordions! non pas, j’ai femme et enfant à l’h'uro
qu’il est, et pour faire « elle bes* 'giiu-là, il faut ne tenir à rien
dans ro monde. Oh hé! les autres, il est plus de trois heures, je paie et je pars.
LB PAYSAN
Nous irons voir ça aussi, nous.
CHARAVEL.
Eh bien! soldez-vous, la rnère, ot donnez la monnaie de la pièce au garçon, il mo plaît... ce peUlt — Maintenant, camarades, on route 1
TOUS
Eu route! {Us sortent tous.)
scÈsi*; vu.
MAURICE, MADELEINE, puis JACQUES. Maurice est resté à
la même place, fl semble absorbé par une pensée qui Poccupe.
madeleine, allant à lui.
Eh bien! Maurice, qu’a*-lti donc? et à quoi penses-tu ? 'Maurice rejette la pensée qui l'obsédait, et se mel en mesure de débarrasser la table.) Jacques ne peut taider maintenant; enlève vite tout rela. . l’eau-de-vie surtout. . quand Jacques en boit, tu sab qu’il devient furieux... on le croirait fou. ( Pendant ce qui suit, Jarqnts, un gros bâton à la main, entre en scène et s'approche de Madeleine.)
maublbinr, continuant et regardant la bouteille d'eau-de-vie.
Ils ont laissé la moiiié du la bouteille; prends et va vite la cocher.
LE MUET
jaque*, prenant U bouteille.
Où çà?
Madeleine, effrayée.
Jacques !...
JACQUES
Il y a donc de l'eau-de-vie, iri?
Je le jure que je n'ai (dus que ce qu’il mo rosie dans celle bouîoil*e... il faut garder c< la pour... «
JACQUES
Pour moi.... elle doit être bonne... et elle fera passer la raauvaisu que j'ai bue à Toulon.
madelkixi, le regardait L Oh! mon Dieu! il n’a delà plus sa raison.
Jacques, à Maurice qui s'est approché.
Qu’est-ce que tu veux, toi? va-t'en.
MADELEINE
Il veut vous débarrasser de votre chapeau, de votre bâton.
JACQUES
lion chapeau... (71 k jette à terre.) Tiens, le v’ià tout accroché, mou bâton... jo io garde... J'aurai peut-être la chance do trouver quelqu'un à pouvoir assommer. (71 nul son bâton sur la table.)
MADELEINE
Le malheureux!.... (Vas à Maurice.) Laisse-nous seuls, mon enfaul. ( Vuurice hésite.) Jelev-ux. (Jacques s'est versé de V coude- tù et boit. — Pendant qu’il m peut voir Maurice, celui-ci s est approché de la table, * l enlève doue., ment le bâton de Jacques et j Veut porte.)
scmia vxxx.