CONSTITUTION DU MUSCLE ORBICULAIRE
Les descriptions que les anatomistes ont données de la structure du muscle orbiculaire sont si dissemblables et si variées qu’il est à, peu près impossible d’en faire une énumération complète et de les apprécier dans tous leurs détails. Pour ce motif, et afin de donner plus de clarté à notre exposé, nous considérerons dans l’étude de la constitution de l’orbiculaire trois hypothèses principales. Dans la première, qui est la plus ancienne (Fallope, Eustache), les fibres de l’orbiculaire sont complètement annulaires ; dans la deuxième (Langer i Henke, Duchenne), les fibres de l’orbiculaire directes ou croisées sont unilatérales et forment dans les lèvres quatre muscles indépendants ; enfin, dans la troisième (Cruveilhier, Àeby), ce muscle est formé de deux parties, une partie excentrique divisée ellemême en deux portions unilatérales, et une partie marginale continue.
i" hypothèse. — Les auteurs qui la défendent admettent que le muscle orbiculaire est formé de fibres musculaires circulaires sans commencement ni fin, entourant complètement l’orifice buccal. Cette hypothèse qui ne présente qu’un intérêt historique s’appuie sur des constatations incomplètes ou inexactes et a été depuis longtemps combattue .et rejetée.
2 • hypothèse. — D’après Langer (1), les fibres de l’orbicu-
'luire, parallèlement disposées, venues des angles de la bouche, ^rendent aux lèvres : une partie d’entre elles se rend dans la ïtëau des lèvres du même côté sans dépasser la ligne médiane, üné’&Atre portion passe au-dessus de celle-ci et va se terminer dans la peau du côté opposé, enfin une troisième portion s’insère aux apophyses incisives des os du même côté. L’ensemble de l’ôrbiculaire est donc formé par quatre faisceaux distincts S’entrecroisant en partie sur la ligne médiane et pouvant se contracter isolément. Henke, à la suite de ses recherches macroscopiques, adopte la description de Langer.
L’étude électro-physiologique de ce muscle, faite par Duchenne (de Boulogne), vient compléter cette assertion. Cet auteur a constaté que chacune des deux moitiés des demi-orbiculaires est indépendante dans son action de celle du côté opposé, d’où il conclut que le sphincter des lèvres est composé de quatre'portions. Si l’excitateur est placé sur la moitié droite de l’orbiculaire, cette moitié droite se fronce indépendamment de la gauche et les lèvres sont attirées à droite; si l’excitateur est appliqué sur la moitié gauche, cette moitié gauche de l’orbiculaire se fronce indépendamment de la droite et les lèvres sont attirées à gauche.
Pour M. Sappey, qui considère l’orbiculaire comme formé pour chaque lèvre de deux portions, l’une principale ou arciforme, l’autre accessoire et latérale pour chacune de ses moitiés, lès conclusions de Duchenne paraissent fondées. Si l’inspection anatomique ne peut ni les justifier ni les démentir, les expériences électro-physiologiques et l’observation clinique leur donnent une grande valeur. Dans l’hémiplégie faciale, par exemple, toute la moitié de l’orbiculaire qui répond au côté paralysé est privée de mouvement, tandis que celle du côté opposé continue à se contracter.
3’ hypothèse. — Cruveilhier décrit le muscle orbiculaire
comme formé de deux portions constituées chacune par une demi-zone ou demi-ceinture de faisceaux concentriques, demielliptiques, destinées l’une à la lèvre supérieure, c’est la portion labiale supérieure, l’autre à la lèvre inférieure, c’est la portion labiale inférieure.
Dans la partie labiale supérieure, les fibres du buccinateur qui constituent le bord libre de la lèvre forment le demi-cercle complet et vont se continuer avec le buccinateur de l’autre côté. Les fibres situées au-dessus du bord libre, qui constituent le corps de la lèvre, s’entrecroisent sur la ligne médiane avec les fibres du buccinateur opposé, et vont se terminer à l’os maxillaire du côté opposé, savoir : celles du buccinateur droit à la fossette incisive gauche et réciproquement; enfin les fibres les plus élevées du buccinateur vont s’insérer directement à la fossette incisive du même côté (muscle incisif supérieur); quelques-unes vont se terminer à l’aile externe de la narine, ces dernières font suite au plan du canin.
La disposition du buccinateur par rapport à la lèvre inférieure est identiquement la même que celle du même muscle par rapport à la lèvre supérieure. Ainsi le bord libre de la lèvre inférieure est constitué par des fibres du buccinateur qui forment le demi-cercle complet. Au-dessous de ce bord libre, les fibres du buccinateur droit s’entrecroisent sur la ligne médiane avec celle du buccinateur gauche et vont s’insérer du côté opposé de la symphyse du menton; les fibres du buccinateur les plus inférieures vont s'insérer du même côté de la symphyse (muscle incisif inférieur).
Voici, maintenant, comment d’après Aeby, se comportent les triangulaires et le buccinateur dans l’épaisseur des lèvres.
11 faut d’abord remarquer que si pour le plus grand nombre des auteurs les fibres se continuent sur toute la longueur, pour Langer et d’autres elles se terminent toutes dans la peau, un grand nombre s’entrecroisant sur la ligne médiane.
Ces deux opinions ne sont qu’à moitié vraies et l’orbiculaire est formé de deux éléments différents : 1“ une partie des fibres traverse d’un bout à l’autre, sans interruption, sous la forme d’un faisceau qui occupe le bord libre des lèvres. Sur la partie moyenne, entre le bord libre et le bord adhérent, on voit encore un faisceau qui traverse sans discontinuité; il est profond, tandis que le plan superficiel va à la peau. Il est certain que le faisceau du bord libre appartient au buccinateur et très probablement aussi le faisceau profond ou continu de la partie moyenne ; 2° les fibres qui se terminent dans la peau appartiennent exclusivement aux triangulaires. Elles forment un faisceau superficiel dans la région moyenne et le faisceau du bord adhérent ou externe. Les fibres entrecroisées des triangulaires ne se fixent pas à la peau sur toute la largeur de la lèvre mais en général près de la ligne médiane. Elles s’entrecroisent au milieu et vont se fixer du côté opposé ; plus elles sont loin du bord libre, plus elles vont s’insérer loin' de leur ligne de croisement.
On ne trouve pas de ces fibres entrecroisées près du bord libre, mais leur domaine s’accroît en direction sagittale et transversale à mesure qu’ils se rapprochent du bord adhérent. Cette zone d’insertion correspond à l’espace qui sépare les deux 'muscles carrés, mais empiète aussi sur la limite de ces mus-
A la lèvre inférieure, le croisement est plus net et plus élégant, les faisceaux sont plus écartés, plus forts, plus réguliers ; on voit très bien cette disposition sur des coupes longitudinales. Toutes les fibres des triangulaires ne sont pas décussées, une petite partie finit du même côté mais toujours très près de la ligne médiane; c’est ce qu’on voit facilement sur la lèvre inférieure. Et, inversement, il est des fibres, toujours peunombreuses, qui, aprèse ntrecroisement, s’en vont jusqu’au voisinage
de la commissure. L’irradiation de toutes ces fibres se fait en éventail, elles décrivent des arcs de cercle de plus en plus grands pour aller se fixer presque perpendiculairement à la
Telle est, d’après Aeby, la disposition des fibres de l’orbiculaire; cette description confirme du reste, en partie, les conclusions du travail de Henke et est devenue aujourd'hui classique en Allemagne. Les recherches que nous avons entreprises sur la constitution de l’orbiculaire nous ont amené à une conception de ce muscle différente des idées admises j usqu’ici, et c’est le résultat de ces recherches qu’il nous reste maintenant à faire connaître.
Lorsqu’on pratique la dissection de la région labiale, le muscle orbiculaire apparaît tout d’abord sous la forme d’un anneau elliptique, dilaté dans le sens de son petit diamètre, recouvert par les muscles carrés supérieur et inférieur et pénétré aux, extrémités de son grand diamètre par les fibres des muscles radiés ; nous avons vu quel est le mode de terminaison de ces divers faisceaux musculaires. Mais en examinant d’une manière plus attentive, on peut arriver, non cependant sans difficulté, à voir que ce muscle est formé de deux portions, l’une constituée par un faisceau, de fibres concentriques de 0“ 01 environ occupant le bord libre de,s„ lèvres, c’est le faisceau marginal, l’autre, périphérique, formant un plan de fibre? musculaires n’affectant dans leur ensemble aucune direction, c’est la partie concentrique du muscle orbiculaire. Nous allons étudier successivement chacune de ces deux parties.