‹ Le muscle orbiculaire des lèvresChapitre 6 sur 10 · I. — Partie excentrique · texte numérisé non relu

I. — Partie excentrique

Elle est constituée par la pénétration dans la lèvre des muscles radiés, triangulaires, canins, incisifs et buccinateurs. Cette partie large et mince du muscle orbiculaire est constituée par

deux faisceaux unilatéraux pour chacune des deux lèvres, s’entrecroisant sur la ligne médiane et se subdivisant en faisceaux secondaires; la disposition des faisceaux de la lèvre inférieure n'est cependant pas identique à celle des faisceaux de la lèvre supérieure. Comment se terminent dans chaque lèvre les muscles radiés?

•: i" Triangulaire. — Dans la lèvre supérieure, les fibres du triangulaire inférieur, venues de l’angle de la bouche, se dirigent obliquement de bas en haut et de dehors en dedans et se divisent en deux faisceaux secondaires. Le faisceau inférieur et interne se fixe en partie à, la peau du même côté et en partie £ celle du côté opposé, en s’entrecroisant sur la ligne médiane avec les fibres correspondantes de l’autre côté, c’est le faisceau cutané; le faisceau supérieur et externe est superficiel et s’insère au cartilage de l’aile du nez et aux téguments de la souscloison, c’est le faisceau nasal.

2" Canin. — Dans la lèvre inférieure les fibres du triangulaire supérieur ou canin, venues également de la commissure, se dirigent obliquement de haut en bas et de dehors en dedans, mais ne constituent qu’un seul faisceau assez mince, le faisceau nasal de la lèvre supérieure n’ayant pas d’analogie dans la lèvre inférieure. Les fibres du canin, ainsi disposées, se fixent en partie à la peau du même côté et s’entrecroisent en partie avec les fibres du côté opposé pour aller s’insérer à cet autre côté.

Cet entrecroisement des fibres musculaires sur la ligne médiane n’est d’ailleurs que la confirmation d’une loi générale à laquelle obéissent la plupart des muscles de l’économie. C’est ainsi que l’entrecroisement du mylo-hyoïdien, du peaucier, des muscles abdominaux, celui des muscles du périnée, des grands pectoraux et des muscles du dos ont été de tout temps parfaitement bien vus et décrits. Et, sans accepter entièrement l’opinion

de Deville (1), qui retrouve dans les muscles buccaux comme à l’abdomen un muscle grand oblique, un petit oblique, un transverse et même des fibres verticales (les élévateurs), représentant les muscles droits, on ne peut nier, ainsi qu’il le fait remarquer, que l’ouverture buccale est en tout comparable aux autres ouvertures musculaires, et que, si elle est circonscrite par deux courbes elliptiques, elle est évidemment formée par des fibres disposées en carré vers le bord adhérent des lèvres. Il n’existe donc pas, ainsi que l’a dit Thompson, de fibres musculaires orbiculaires dans l’économie.

3 • Incisifs. — A ce système de fibres musculaires venues du triangulaire se joignent les muscles incisifs, sur la disposition desquels nous n’avons pas trop à insister, car nous l’avons trouvée conforme à la description qu’en donnent les auteurs classiques. Ces muscles apparaissent de bonne heure dans la série zoologique, puisqu’on les rencontre chez , les Solipèdes et chez les Ruminants. Ils s’insèrent, tant au maxillaire supérieur qu’au maxillaire inférieur, à la partie supérieure (ou inférieure) et externe de l’incisive externe; de là, les fibres se dirigent obliquement de haut en bas et de dedans en dehors (et inversement pour la lèvre inférieure) et se réunissent le plus souvent au faisceau cutané avant d’arriver à la commis-

De Meyer (2) donne des attaches et des connexions de ces muscles incisifs, une description assez compliquée, sinon inexacte. D’après cet auteur, le muscle incisif supérieur, qui a son origine au-dessus de l'incisive extérieure et de la canine de la mâchoire supérieure se rend : 1° en haut au nez, comme muscle abaisseur de l'aile du nez (c’est évidemment notre

faisceau nasal); 2“ en bas, dans la lèvre supérieure qu’il élève; 3° en travers, contre le coin de la bouche où il se perde dans la peau. De même, le muscle inçisif inférieur se partage en trois portions analogues à celles de l’incisif supérieur : une portion (spécialement décrite comme élévateur du menton) descend dans la peau du menton; une seconde portion rayonne dans la lèvre inférieure et abaisse celle-ci ; la troisième se rend en travers, près du coin de la bouche, pour sé perdre dans la peau aux alentours de ce point.

4° Buccinateurs. — Ces muscles envoient dans chaque lèvre quelques-unes de leurs fibres qui finissent à une très courte distance. Sur les coupes frontales faites dans le plan du muscle et dans son épaisseur, c’est-à-dire plus près de la muqueuse que de la peau et au-dessous du plan coupé par le canin et le triangulaire entrecroisés, on voit les fibres musculaires parallèles et transversalement dirigées aller se fixer à la muqueusè de l’angle des lèvres. Les faisceaux moyens, les plus nombreux, vont s’insérer dans l’angle même en pénétrant dans le derme de la muqueuse; mais les faisceaux supérieurs et inférieurs, diminuant rapidement dé volume, dépassent un peu cet angle et prennent leur attache à 0"002 ou 0”003 au delà dans chaque lèvre correspondante.

Ces divers résultats anatomiques devaient être contrôlés par l'examen microscopique et nous avons, dans ce but, pratiqué des coupes sagittales et horizontales en série, destinées à montrer la distribution des fibres musculaires, les rapports dé ces muscles avec les plans muqueux et tégumentaires et l’emplacement qu’ils occupent dans l’épaisseur de la lèvre.

Sur une coupe sagittale de la lèvre supérieure d’un nouveauné, passant par la ligne médiane, on constate que la portion concentrique de l’orbiculaire apparaît sous la forme de faisceaux sectionnés perpendiculairement à leur direction et dont

l’ensemble constitue un plan musculaire situé plus près de la muqueuse que de la peau. Nous aurons bientôt à rechercher quelle est la limite inférieure de ce plan. —La disposition est la ■même pour la lèvre inférieure.

Des coupes horizontales en série, pratiquées sur toute la lèvre supérieure d’un foetus à terme, donnent lieu aux constatations suivantes : sur les coupes faites au tiers supérieur, on aperçoit deux plans défibrés musculaires : l’un superficiel,constitué par des fibres coupées longitudinalement, l’autre profond, occupé par des fibres coupées transversalement. Les fibres du plan superficiel qui correspondent au faisceau cutané se dirigent de dehors en dedans et d’arrière en avant pour aller se fixer, les unes, les plus externes, presque antéro-postérieures, à la peau du même côté, les autres, très obliquement dirigées, à la peau du côté opposé. Ces dernières, qui vont s’insérer assez loin de la ligne médiane, s’entrecroisent avec les fibres correspondantes de l’autre côté.— Les fibres du plan profond,, transversalement sectionnées, n’arrivent jamais, si,haut que porte la coupe, à occuper la ligne médiane. Elles s’en, éloignent de plus en , plus à mesure que la coupe est faite plus bas, et vers le milieu de la lèvre on ne les rencontre plus; elles correspondent aux muscles incisifs. Au niveau du tiers inférieur apparaît la partie concentrique du.muscle orbiculaire.

Si l’on pratique de même, de bas en haut, sur une lèvre inférieure d’un fœtus à terme, des coupes horizontales en série, on constate que la disposition des fibres des deux tiers inférieurs est analogue à celle des fibres des deux tiers supérieurs de la lèvre supérieure. L’entrecroisement sur la ligne, médiane est seulement plus net et plus élégant, les fibres étant moins nombreuses mais plus épaisses. — Vers le tiers supérieur apparaît le faisceau marginal.

Comment se terminent ces fibres musculaires ?

La plupart des auteurs, entre autres Stricker (1), déclarent que les fibres musculaires qui sont destinées à aller se fixer à la peau, partiellement décussées à la base des follicules pileux, peuvent être suivies sur les côtés de ces follicules jusqu’auprès du réseau muqueux.

Podwyssozki (2), qui a étudié les terminaisons de ces fibres musculaires dans la peau chez les animaux domestiques et chez l’homme, les décrit spécialement chez le lapin, animal chez lequel la démonstration est la plus nette.

D’après cet auteur, les fibres musculaires arrivées au voisinage de l’épithélium se décomposent en fibrilles disposées en en pinceau. Chaque fibrille aboutit à une fibrille tendineuse. Ces fibrilles tendineuses s’entrecroisent en réseau et vont se fixer, le plus grand nombre dans les renflements épithéliaux interpapillaires et quelques-unes dans l’épithélium de la papille. La terminaison se fait de la manière suivante : un certain nombre de fibrilles tendineuses se confondent avec la membrane nasale du derme qui est probablement constituée elle-même par un réseau fibrillaire ; les autres traversent cette membrane et se perdent dans les espaces intercellulaires de l’épithélium en se fixant probablement au ciment. — Podwyssozki déclare que cette terminaison est sans doute en rapport avec la mimique des lèvres qui est si développée chez le lapin. Grâce à ses terminaisons intra-épithéliales, il peut faire mouvoir, sa eouetm épithéliale et commander à des territoires extrêmement restreints. En dehors de ce rôle psycho-physiologique, il y en a peutêtre un autre purement physiologique, l’action de ces fibres musculaires influe peut-être sur le volume des capillai-

res de la papille, auxquels elles sont juxtaposées et même qu’elles enlacent par place, de façon à laisser pénétrer une quantité plus ou moins considérable de sang; on ignore actuellement quel peut être le but de cette action vaso-motrice. Pour ce qui est du rôle psycho-physiologique attribué par Podwyssozki aux terminaisons intraepithéliales des fibres musculaires, ses déductions nous paraissent tout au moins prématurées, car il ignore si tous les muscles peauciers se terminent semblablement;

Gouttière labiale — Nous pouvons maintenant interpréter la morphologie de la lèvre supérieure. Cette lèvre présente àcônsidérer sur la ligne médiane une gouttière verticale, plus ou moins profonde suivant les individus, et étendue de la souscloison du nez au lobule médian qui occupe le milieu du bord

Cette goutière médiane ou philtrum, plus étroite dans sa partie supérieure près du nez que dans sa partie inférieure près du bord libre, est bordée par une saillie bilatérale, longitudinale, à direction légèrement oblique en bas et en dehors.

De nombreuses opinions ont été émises pourexpliquer l’origine et la formation de la gouttière labiale, les unes erronées, les' autres incomplètes et ne renfermant qu’une partie de la vérité. C’est ainsi que tandis que certains auteurs, entre autresBichat (1) t attribuent la formation de cette gouttière à l’adhérence du muscle à la peau, qui le recouvre, d’autres lui reconnaissent une toute autre origine. Cruveilhier (2), par exemple, s’appuyant sur des considérations d’après nous faiblement justifiées, prétend que la gouttière est formée par la saillie de chaque côté de la terminaison labiale du releveur profond, qui constitue en majeure partie la couche musculairesuperfieiellede la lèvre supérieure :

* C’est le relief de cette couche musculaire qui, s’arrêtant brusquement, abruptement, suivant une ligne verticale de chaque côté de la sous-cloison du nez, détermine le sillon médian de la lèvre supérieure. J’ai vainement cherché, pour expliquer le relief du bord du sillon médian, des fibres musculaires verticales propres, je n’ai trouvé que les fibres du releveur profond qui se terminent successivement le long de ces bords ; et les différences nombreuses qui existent chez les divers individus, quant à la profondeur, à la largeur et à la régularité du sillon, tiennent aux différences que présente le développement de ce muscle ».

Cette dépression, dit Meckèl (1), est remarquable à cause du vide qui existait primitivement au même endroit, entre les deux moitiés latérales. La lèvre inférieure n’offre rien de semblable, différence qui doit être prise en considération : 1“ parce qu’il n’existe pour ainsi dire aucun exemple de scission. de la lèvre inférieure; 2“ parce que la dépression de la lèvre supérieure paraît dépendre de l’étendue du frein supérieur et de la séparation des deux os maxillaires supérieurs qui persiste pendant toute la vie.

La plupart des auteurs, surtout en Allemagne, attribuent à la gouttière médiane cette origine embryonnaire. D’après His, dont la théorie est d’ailleurs acceptée par Merkel (2), la partie de la lèvre supérieure qui appartient au prolongement frontal moyen se développe de telle sorte que ses deux bourgeons globulaires (ou incisifs), se rapprochent de plus en plus l’un de l'autre en se soudant par leur face médiane; la ligne de soudure constitue le philtrum.

Nous nous rallions entièrement à cette manière de voir, tout en faisant remarquer cependant que si cette théorie suffit à expliquer la dépression médiane et longitudinale que l’on observe sur la lèvre supérieure, elle ne rend pas compte des deux saillies latérales qui la bordent. MerRel attribue ces deux renflements latéraux à la suture chez l’embryon des bourgeons frontal et maxillaire supérieur. On comprend difficilement qu’une suture produise sur les côtés une saillie, alors qu’au . contraire une suture analogue est l’origine d’une dépression sur la ligne médiane. Nous croyons, pour notre part, pouvoir attribuer ces deux saillies longitudinales à une toute autre : cause.

Lorsque, sur un adulte, on pratique une coupe transversale de la lèvre supérieure jusqu’à l’os au-dessus de la muqueuse, et que l’on examine cette coupe à l’oeil nu, on aperçoit aisément .les faisceaux de la portion excentrique de l'orbiculaire et les -muscles incisifs correspondants, disposés suivant trois plans nettement définis.

Dans le plan superficiel, de chaquecôté de la gouttière labiale, se trouve le faisceau nasal de l’orbiculaire, bien distinct et isolé qui est destiné à aller s’attacher à la sous-cloison et au cartilage de l’aile du nez. Dans l’intervalle compris entre ces deux faisceaux et un peu au-dessous d’eux, sur la ligne médiane, est l’artère de la sous-cloison accompagnée d’une ou deux veines. Le faisceau nasal et les vaisseaux de la sous-cloison sont entourés par la graisse sous-outanée et nettement séparés des faisceaux cutanés de l’orbiculaire qui occupent le plan moyen. Ces faisceaux, plus volumineux que les précédents, s’entrecroisent entre eux très visiblement sur la ligne médiane. Au-dessous d’eux, dans le plan profond, sont les muscles incisifs qui sont séparés, sur la ligne médiane, par .une cloison de forme prismatique et triangulaire composée de tissu adipeux et de tissu

fibreux, et à laquelle ils se fixent ainsi qu’au maxillaire. Ces muscles, d’abord isolés à la partie interne, se confondent bientôt en dehors avec les fibres du faisceau cutané.

C’est cette superposition sur trois plans, de chaque côté de la ligne médiane du muscle incisif, du faisceau cutané et surtout du faisceau nasal, qui explique, d’après nous, la formation des deux saillies latérales qui bordent la gouttière labiale. Le faisceau nasal, d’abord vertical, ne tarde pas à s’éloigner de la ligne médiane en se recourbant en bas et en dehors, présentant ainsi la même direction que les deux renflements latéraux du philtrum ; il est donc admissible qu’il entre pour une grande part dans leur formation.

La non-existence d’une gouttière médiane dans la lèvre inférieure s’explique, de la même manière, par la suture précoce des deux bourgeons maxillaires inférieurs et par l’absence d’un faisceau analogue au faisceau nasal.

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