VASE C AN OPE
tournée au limon. La matière première en ('lait la terre humide des marais, moulée en larges briques carrées de -2U à 40 centimètres, séchées au soleil ou cuites autour, que l'on superposait, couchées à plat entre deux lits de roseaux ou de bitume. Les murs ainsi formés mesuraient rarement moins, souvent plus d'un mètre d'épaisseur. La pierre qu'il fallait aller chercher au loin, hors des limites du pays, et qu'on ne pouvait transporter qu'à grands frais, était une matière presque précieuse, dont on limitait l'emploi aux seules parties de la construction où elle était indispensable. Tout autant que la pierre, les bois de construction étaient rares, et, pour en éluder l'emploi, les Chaldéens avaient inventé la voûte. Les salles, longues et très étroites pour leur longueur, encloses de murs très épais et très hauts, ne prenant jour que par leur porte ou par d'étroites lucarnes, revêtues de briques vernissées, dallées de pierres, étaient d'excellents abris contre la chaleur. Une autre particularité de ces constructions, due également à la nature du sol, était leur exhaussement sur d'énormes plates-formes en briques où l'on accédait au moyen
LK Ml.'SÊK D'ART
LE ROI ASSOl I1IIAMI
de rampes douces et d'escaliers ménagés dans l'épaisseur du massif.
Le spécimen le plus complet de l'architecture civile pendant la période chaldéenne est le palais du vice-roi ou « patesi » Goudea, déblayé à Tello par M. de Sarzec. Sur un soubassement de 12 mètres de haut, ce palais forme un rectangle légèrement renflé sur une de ses faces, et mesurant 53 mètres de long sur 21 de large.
Deux des grands murs intérieurs sont décorés d'un système de hautes rainures rectangulaires, analogues à celles qui décorent certains édifices de l'Ancien Empire en Egypte ; ailleurs ces rainures sont remplacées par des faisceaux de colonnes géminées par quatre, qui ne paraissent pas avoir joué le rôle de support. L'édifice se divise en trois corps, auxquels correspondent encore les trois parties de la maison musulmane : le selamlek, le harem et le khan, ayant chacune leur entrée indépendante et ne communiquant entre elles que par une seule porte.
I.'édiliee religieux qui, en Chaldée comme en Assyrie, tenait lieu de temple é.lait une construction en briques, composée de plusieurs terrasses superposées, de plus en plus petites à mesure qu'elles s'élevaient. La terrasse supé- ■ rieure supportai! le petit naos, qui abritait l'image divine. A Habylone, celte sorte de tour ne comptait pas moins de sept étages reliés par des rampes latérales.
Tandis que la tombe des Égyptiens, quelle que soit sa forme, est une de leurs plus heureuses conceptions architecturales, la tombe chaldéenne, construction ou excavation d'un caractère purement utilitaire, est sans intérêt pour l'histoire de l'art : les Chaldéens n'ont pas eu d'architecture funéraire.
Nous retrouvons en Assyrie les mêmes procédés de construction qu'en Chaldée, c'est-à-dire une architecture compacte, où la brique cuite ou crue joue le principal rôle. Ce sont les mêmes chambres rectangulaires, couvertes de voùles en berceau, ou des petites chambres carrées, coiffées de la coupole sphérique ou en pain de sucre.
A la différence des Chaldéens. les \ssyriens purent faire un usage assez large de la pierre et du bois.
grâce au voisinage des nlagnes du Kurdistan, qui
reeélaienl dans leurs flancs de beaux filons de calcaire, d'une faille facile, et qui étaient couvertes de forêts de cèdres ou de peupliers.
La colonne n'a joué dans l'architecture assyrienne qu'un rôle limité, ce qui n'est pas sans nous surprendre, étant données les ressources matérielles de cette civilisation. Le peu que nous savons nous montre qu'on se bornait soit à adosser les colonnes par groupes, dépassant rarement sept unités, aux façades des palais, soit à en faire les supports d'une toiture en auvent pour répandre une nappe d'ombre en avant du mur principal. Ces piliers ou colonnes reposent ordinairement sur un lion passant ou un taureau androcéphale. Des seuls types de chapiteaux que l'on connaisse, l'un a été fourni par les bas-reliefs, représentant des édicules à colonnettes : ce chapiteau y est formé d'un coussinet à volutes, qui n'a eu qu'un rôle ornemental en Egypte, mais qui, par l'intermédiaire des Phéniciens, a été répandu de bonne heure dans le bassin de la Méditerranée et a donné naissance au chapiteau ionique des Grecs; l'autre,
appartenant à une colonne réelle, a été trouvé dans les ruines de Khorsabad : c'est un chapiteau en forme de bulbe décoré de festons curvilignes en relief.
Quoique composés de chambres voûtées, les édifices assyriens n'eu étaient pas inoins couverts de toitures plates en terrasse,
reposant sur des poutres de cèdres ou de palmiers recouvertes de terre battue. On se contentait de ces dernières pour les habitations privées et on les recouvrai! d'une tunique de jonc enduite de plusieurs couches de stuc coloré. C'était le meilleur moyen d'en déguiser les aspérités, où des milliers d'insectes venaient déposer leurs larves.
I. ensemble architectural le plus complet est le palais enclavé dans l'enceinte d'une ville déblayée, prés du village moderne de Khorsabad.
Ce palais, d'où provient la plus grandi' partie de la collection assyrienne du Louvre^ avait été bâti par le roi Saigon, non loin de Ninive, sa capitale. Edifié sur une vaste plate-forme où l'on accédait par des rampes, il se subdivisait, connue celui de Tello. en trois parties essentielles, comprenant ensemble deux cent neuf chambres, dont soixante pour le sérail seulement; ces chambres prenaient jour sur des cours plus <>ii moins grandes, dont dix dans le sérail. Toute la partie inférieure des constructions était revêtue de dalles de pierres, et, à l'emplacement des portes, d'énormes blocs dans lesquels étaient taillés de gigantesques taureaux ailés à tête humaine. Dans une cour située à l'ouest du sérail s'élevait, comme dans le palais de Tello, une tour à sept étages. Les portes de la ville étaient de véritables bastilles, d'aspect monumental, précédées d'un avant-corps bastionné et traversées d'un long couloir coupé par deux places d'armes. De solides vantaux revêtus de bronze barraient quatre fois la route aux assaillants.
Britiah Muséum.
ASSOUII N A 7. 1 n II A H A L
LA SCULPTURE ET LA PEINTURE
La sculpture chaldéenne nous est presque exclusivement connue par les bas-reliefs et les statues, plus ■ n ins fragmentaires, que m. de Sarzec a découverts à Tello. L'ensemble constitué par celle série parait embrasser une période de plusieurs siècles, dans laquelle M. Ileuzey a distingué trois époques : une époque de rudesse et de naïveté primitives, une époque de sobriété déjà savante dans la technique et dans le style, enfin une époque de recherche gracieuse et d'exécution raffinée.
Parmi les tètes trouvées au palais de Tello, il en est une, dite la Tête au turban, qui s'impose par sa beauté plastique, en dépit de son manque d'expression : les yeux un peu ronds, mais bien sertis sous les paupières, accompagnés d'épais sourcils très arqués, les joues d'une facture large, les lèvres, assez finement contournées, font de ce fragment, sans qu'il [misse rivaliser avec les chefs-d'œuvre sortis du ciseau égyptien, un modèle qui n'est exempt ni de puissance ni d'originalité. Quant aux statues en diorite, elles représentent le roi ou vice-roi Goudea, debout ou assis, les pieds rapprochés, les mains jointes en signe d'adoration ou de respect: une draperie sèchement plissée, mais qui montre un soin tout particulier à reproduire l'arrangement logique de l'étoffe, passe
LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
comme uno loge sous le bras ilroil cl retombe un peu au-dessus des chevilles. Los traits caractéristiques de la sculpture clial-
déenno y soul bien marqués: l'har lie des proportions y csl
en quelque sorte sacrifiée au souci d'une certaine exactitude
dans le rendu du delé et dans la minutie du détail.