STATUE DE SAINT GEORGES
ANDKEA DLLLA ItOUUlA.
distinguent à peine des travaux communs de l'atelier florentin par des formes plus robustes et un regard brillant d'une flamme nouvelle, l ue ligure se détache déjà, au milieu de ce groupe sévère,
d iné par la statue majestueuse de VÊvangélnte saint Jean :
c'est le Saint Georges, en armure florentine à l'antique. Appuyé' sur l'écu traversé de la croix, qui était l'emblème du peuple de Florence, et campé dans une altitude de défi, ce guerrier candide et fier est un chevalier des vieilles libel lés, prêt à tourner au condottiere.
A ces œuvres sérieuses et majestueuses surcède brusquement un groupe de statues, les Prophètes du campanile, qui, rompant avec toute tradition, ne sent plus que A< s éludes d'atelier d'après un modèle au visage rasé et au corps demi-nu. En renonçant à la gravité religieuse. Donatello ne cherche pas d'abord la beauté plastique : le personnage du roi David est tenu
par l'homme le plus laid de Florence,
sorte d'idiot glabre et chauve, au crâne pointu comme une « courge » (il Zuccone . Devant ces statues d'une puissante laideur, on se souviendra des redoutables personnages qui entourent, à Dijon, le' « puits de Moïse ». Les draperies jetées sur l'épaule des prophètes de Donatello ont des plis rudes et creusés à la mode des sculpteurs flamands. Sans nul doute, Donatello, comme Jacopo délia Quereia, aura été' violemment modifié, au commencement de sa carrière, par la connaissance indirecte de l'art du Nord. Mais le réalisme brutal, auquel il ne devait jamais renoncer jusqu'à la fin de sa vie, fut tempéré par la révélation de la beauté antique.
Donatello connut l'antiquité par les collections des Môdicis, par ses voyages à a ^Innocentl, Florence. Home (t WO-1433), mais plus cn.CoVë par enfant emmailloté l'exemple d'un arlisie laborieux, MichelS
lozzo, avec lequel il collabora pendant plusieurs années. Michelozzo, comme sculpteur, n*eut d'autre ambition que de reproduire littéralement le style des sculptures gréco-romaines. Dans son tombeau du juriste Aragazzi, à Montepulciano, le Christ est un orateur antique et les anges des « togati »; les bas-reliefs sont surchargés de personnages serrés les uns contre les autres, comme sur les parois des sarcophages antiques. Michelozzo, qui était l'architecte favori des Médias, encadrait ses sculptures de nobles architectures classiques.
Il apprit à Donatello les règles et les proportions de l'architecture romano-ilorentine, qui achevai!
de détruire le gothique fleuri du xive siècle. Malgré certaines réminiscences de l'âge précédent, le tombeau solennel du pape Jean XXIII, au baptistère de Florence, l'une des premières œuvres qu'aient exécutées en collaboration Donatello el Brunellesco, est, par l'architecture el par la sculpture, une adaptation sa van le des formules antiques.
D'ailleurs Donatello, en profilanl des connaissances qu'il devait à Michelozzo, garda sa liberté. Il s'inspira des lèles
antiques pour réaliser des conceptions d'uni' fiiugue et d'une vii' toutes nouvelles. I n motii enlie tous l'avait sédllil, celui des Amours nus, l'ails pour les ris el les jeux. Déjà, en 1423, il avait placé des Amours de bronze sur drale de Sienne. De I428à I 'i33, il sculpta ave extérieure de la cathédrale de Prato; sui
LI'CA DELLA nOBBIA. — RONDE D ENFANTS Tribune aux chanteurs do la cathédrale de Florence.
ml.'
baptismaux de la cathé- Michelozzo la chaire toute la balustrade il lit courir une
ronde d'ènfants
demi-nus. l'eu de temps après il développa ce thème.
avec plus d'entrain et de puissance, sur la balustrade d'une tribune aux chanteurs destinée à la cathédrale de Florence. Pour comprendre le chemin
parcouru par Donatello, depuis le temps où il avait abandonné la tradition d'Andréa Pisano, il faul comparer sa Canturia à celle de l.uca délia Ilobbia. qui lui l'ail l'ace dans le musée de YOpera del Duomo. Le pieux Luca a disposé ses groupes d'adolescents et d'enfants de manière à illustrer, verset par verset, un psaume d'allégresse, don! les paroles sont gravées sur le marbre. Pour Donatello.
au contraire, quel est le texle sacré qui s'accorde avec sa bacchanale d'Amours? La pensée chrétienne est oubliée; la vie seule triomphe, insouciante et sans frein.
Le sculpteur achève d'abandonner la t radition religieuse en se mettant pour plusieurs années au service de Cosme de Médicis, l'ami fervent des disciplines antiques ; il décore la chapelle funéraire des Médicis, à San Lorenzo; il sculpte pour le « cortile » de leur palais, bâti par Michelozzo, des médaillons do marbre qui reproduisent les gemmes antiques de la collection de ses protecteurs. Enfin il est appelé à enrichir cette collection même, en exécutant des statues dignes d'être opposéesaux d'uvres de l'antiquité.
C'est pour lès Médicis, el non plus pour une église, qu'il modèle el qu'il fond le David de bronze, au chapeau de Heurs et aux cnéinidos ciselés, beau comme un jeune dieu ; la Juditli qui lève son Cimeterre, debout sur un piédesuidc d'enl'anls. A coté du prophète el de la proleur autorité dogmatique et mêlés au groupe des 1 1 n Donatello cisèle des statuettes d'Amours, ipelé à Padoue. Deux œuvres capitales lui sont
lal ou se joue une n phé fesse déchus de
ApollonS el des Vé
En 1443, il esl a] confiées. L'une esl une statue équestre, plus grande que natui e, desti née, non plus comme lesstalues desScaligerde Vérone, à surmonter un tombeau, mais à glorilier, sur une place publique,le condottiere Erasmo Gattame-
MATTUO CIViTALI. — LA loi Muséo >auviial de l-'lurcuco.
Florence.
DliS I Uliltl o 1>A SJiTTIGN ANO, LA VIERGE ET l.'ENKANT
GIOVANNI DALMA'ÏA. — LA VOi Crypte de Saint-Pierre de Kome.
lata; l'autre est un autel gigantesque, destiné à l'énorme église de Saint-Antoine. Grâce à des études patientes eï à l'aide d'une escouade de praticiens, Donatello remplil les programmes qui
lui étaient tracés. Jamais, depuis la tin de l'Empire r ain, une
grande statue équestre n'avait été érigée. Donatello campa son guerrier au regard dur sur le cheval à l'nrlo encolure du Marc- Aurèle du Capitole. Pour l'autel du « Santo -, il fondil des reliefs et des statues. Cet ensemble unique, dont les morceaux dispersés ont été raccordés, de nos juins, suivant un plan arbitraire et déplaisant, fut à la fois une œuvre exubérante de vie el une sorte de défi lancé à la tradition chrétienne, au milieu d'un sanctuaire consacré par les plus dévots pèlerinages. Les Miracles île saint Antoine, figurés sur quatre des bas-reliefs, disparaissent au milieu d'une foule impétueuse de personnages inutiles, entassés sous de vastes architectures. Parmi les grandes statues de bronze qui devaient surmonter l'autel, le Crucifix est une étude de cadavre; le saint Daniel, à la dalmatique ornée d'Amours, semble le « Camille » d'un culte païen; la Vierge est une Cybèle au regard de sphinx.
Après avoir travaillé dix ans à Padoue, Donatello se retire à Florence; il y exécute ses dernières œuvres pour les Médicis :
ce sont deux chaires de bronze destinées à l'église San Lorenzo.
L'artiste a mis dans ces basreliefs, que la mort ne lui a pas permis d'achever, tout son amour de la beauté antique et toute sa passion du drame humain, affranchi de toute contrainte traditionnelle. Sous la frise, composée
de Centaures et d'Amours, les scènes de la Passion, encombrées de personnages, animées de uvemenls forcenés et d'expressions démentes, s'a id lent, méconnaissables pour le fidèle qui avait appris à lire l'Évangile dans Giotlo.
I.a sculpture florentine ne se limite point, comme l'architecture, aux leçons d'un seul maître. Sans doute le nom de Donatello
devait dominer tout l'ai l du XV° siècle ; l'influence de ses «'livres
s'étendait, comme autrefois la domination de Giotto, depuis Venise, où l'église des Frari conservait une de ses statues farouches de saint Jean-Baptiste, jusqu'à Naples, où s'élevait, dans